‹ Les savants GodefroyChapitre 3 sur 36 · lACoiKs (■()l)KFHn · texte numérisé non relu

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(le si'crt'taiic d Etat, et en \i)M, \(\\\. Dii;'), Iftil), celles de Syndic, la première dignité de la République, à laquelle on ne pouvait être rappelé qu'à trois ans d'intervalle. Les fortifications, l'artillerie, les prisons. I hripit.il. les écoles, les archives, furent successivement soumis à sa direction attentive et éclairée. En tonti' (irr;isinii l'on rcrouriiil à son dévouement et .'i >o liiiiiii'it'>. jaiiiai.-^ eu vain: ses noird)reu\ rap- |iiirl> déposés aux archives (ienevoises eu fout loi. Aussi ful-il tenu l'un des meilleurs et des plus ulilis citoyens de (ienéve , dans riii<(oin' de laipiolli- il occupe une place distinguée.

Ee mérite de cette carrière ne doit pas (Hn- mesuré aux diuu^nsions du très-petit l'Aid où elle fut parcourue. Genève, quoique bornée à peu prés à son enceinte, avait alors en politique une importance réelle. Assise à une entrée de son grand lac. aux coulins de la Confédération helvétique , de la Savoie, de la Bresse, de la Franche-Comté, sur un point de passage entre la France et l'Italie, centre de relations nuiltipliées comme étape commerciale, elle tenait une position qu'aucun de ses puissants voisins n'eût voulu voir livrée ;i un autre, mais (|ue plus d'un convoitait, notamment le duc de Savoie,son constant ennemi. Capitale du calvinisme, ofTrant une patrie à nombre d'hommes de valeur séduits par les erreurs de la Réforme et m;d à l'aisi' dans h'ur propre patrie, entretenant des rapports suivis avec la Hollande, le.s villes et princos protestants de Suisse et d' Allenia-

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gno, elle so trouvait plus uu moins inôiée aux grandes complications do cette épO([ne si agitée. Elle ne maintenait sa tranquillité au dedans et sa sécurité au dehors qu'à force de vigilance, de prudence et d'habileté. Il lui rall.iit donc à l;i, tête de ses affaires de grands talents et de grands (;aractères sans autre ambition que celle du bien de TRtat : car les emplois étaient temporaires, peu rétribués, et Testime des concitoyens ;i jxui prés la seule récompense du dévouement à la chose commune, ainsi que dans les meilleures républiques de l'antiquité.

Telle fut l'existence laborieuse et désintéressée que Jacques (lodefroy voulut mener, de préférence à toute autre, quoique mal pourvu du coté de la fortune. Des offres avantageuses et llatteuses lui vinrent plusieurs fois du dehors. j)es Universités essayèrent de l'attirer dans leur sein. Les Etats-généraux lui offrirent, en 1038, la chaire que Pierre GunoMis venait d'occuper brillamment cà Leyde : le prince de (londé tenta de le rendre à la France : sa réputation, j(diite à celle de son père, lui ouvrait l'accès de positions Incrativeset enviées. Honneurs, pensions, traitements, il déclina tout, inébranlablement attaché à sa chère Genève.

Il n'avait point lardé à s'y faire connaître par deux traités publiés en KiK) et décelant déjà une forte érudition : l'un, snr l;i loi des douze tables, qu'il sempressa d'adresser au Président de Thon u comme « premier de ses labeurs, et en témoignage de recon- « naissance pour la faveur singulière qu'il a ton-

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u jours marquée à son père, et iju il cûiiliuiie à son K IVére ' »; l'autre, sur la loiJulienue et Papienne, tentative célèbre de l'empereur Auguste pour décourager par des mesures fiscales et pénales le célibat cher à la corruption des mœurs romaines. Un opuscule sur la condition des Payens au temps des enipeleurs chrétiens suivit de prés, et acheva de donner sa mesure. L'académie de Genève s'empressa de lui ouvrir ses portes, et une chaire lui fut conférée en 1019. après le court stage de trois mois de professorat gratuit. Il avait à peine vingt-neuf ans, et ce n'était pas un médiocre honneur, alors que Genève, refuge de nombreuses illustrations étrangères, se glorifiait d'un enseignement donné par les plus éminents jurisconsultes de l'Europe.

Soit que le trésor public lut pauvre, soit ipiun esprit de parcimonie vint ;i souttler, le traitement cessa en l()21. ï<a vénérable compagnie on nomme ainsi le corps des ministres réclama contre cette économie qui coïncidait presque avec une dernière visite rendue par Denys Godefroy à ses amis de Genève. Le conseil fit droit à la réclamation. « pour dit na'ïvement le pro- <( cés-verbal ne pas donner de chagrina monsieur Go - « defroy père à son arrivée, pour conserver la réputa- >i tion de cette académie, et parce que le dit sieur ap- '( partient à gens de qualité, comme entre autres à « M. de Bi'ederode, agent de MM les Ktats-généraux.))

' Loino il.iit'o (lo Fi-aiicr.)ii, 2^ mars HUG.

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l/aimi'c suivante nouvelle supi)rêssion ; nouvelle léclanialion de la vénéial»le compagnie déclarant (en français un peu genevois)... « spectable Jacrpies « Godefroy, personnage grandementutile au public pour « les qualités desquelles il est doué et la bonne lit- " térature ({uil a; que ci-d(»vant elle avait parléde lui >; on ternies d'honneur et de faveur, mais que main- « tenant elle en parlait en des termes de justice et d'é- <( quité; surtout depuis (pi'il a eu le malheur de perdre <( iOOO écus par la calamité arrivée à. lleidelberg. Allusion au sac d'IIeidelbeig pris d'assaut par larmée impériale!. Le li-ailemenl fut rétabli; il parait mémo qu en une autre occurrence, elle y pourvut de ses propres fonds.

La fonction de memlire du petit (lonseil dont on investit Jacques (Jodefroy en 1()29, était inconq)atible avec le professorat : une exception fut faite en sa faveui'; il est le seul, avec le docte Jacques Lectius, son pariain, pour qui elle ait jamais eu lieu. Néanmoins, quand de I (>;]2 à 1 0in, la secrétaiieiie d'Ktat ne lui laissa plus de moments libres, il y eut suspension forcée de son cours. La reprise en \(\:\H fut brillante ; le Conseil en corps honora de saprésenci; la leçon d'ouverture où se pressait un nombreux concours de disciples nationauv et étrangers. Mais les devoirs du syndical, mais les commissions diverses intervenaient fréquemment avec leurs exigences : il fallut donc demander un suppléant qui lui fut accordé: c'était un AlhMuand. Jean \lelclii(tr Stimherg.

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MISSIONS DiPLOM.vTiQiKs. — Sa prcinièrc mission diplomatique coïncide avec son entrée à la secrétairerie d'Etat. En voici l'occasion. Henri IV qui tenait à pacifier ses frontières, et voyait l'intérêt de la France à protéger la République de (lenéve contre l'ambition du duc de Savoie, la lit comprendre dans la paix de \ervins en 1o98,et ménagea en 1603 le traité de Saint- Julien qui régla leurs rapports de voisinage et établit ce que nous appelons un morla.^ virendi. Un des articles stipulait la liberté du commerce. Or, en 1032, une ordonnance veiuie de Turin entravait la circulation des grains entre les territoires respectifs : de plus, quelques sujets (lenevois avaient été incarcérés à Cliaml)éry, et l'on supposait que c'était en haine du Calvinisme.

Pour réclamer le redressement de ces griefs, le petit Conseil choisit le moment de l'avènement du duc Yictor-Amédés et de la naissance d'un fils aine. H députa donc vers lui le Syndic Jean Sarrasin et Jacques Godefroy chargés à la fois de le complimenter et de signaler les infractions au traité de Saint-Julien. J'ai vu les dépêches et le journal de cette mission aux archives de Genève : c'est Jacques Godefroy qui tient la plume : le cachet des dépêches est le sien : trois hures avec un petit cimier.

Les députés eurent leurs instructions le 3! octobre, et partirent le lendemain. Ils arrivèrent à Cliambéry le 3 novembre, et à Turin le 0.

Ils n'épargnèrent point les visites. On les voit chez

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les i)riii(ip;ui\ iiuigistrats, clioz le liranrt chancelier, chez le secrétaire rt^Klat Carron, chez le résidenl (rAngleterre, chez les ambassadeurs de France, M. de Praslin ordinaire, et M. de Servien extraordinaire, chez le maréchal de Toiras, chez le comte de Verrue, à l'audience du cardinal de Savoie, du prince Thoinas. du duc, de la duchesse ([u'ils trouvent entourée (le nondu'eux seigneurs et dames, et qui. pendant leur discours . se courrail de son manchon le visatic Ils furent accueillis avec politesse, reçurent beauconj) de himnes paroles et des honnêtetés: le cardinal les in- \ita à sa vigne : le duc \c\\\' envoya vingt houteilli^s de \\\\ (][ (puilrc Ixissincs (le Irrs-hrJI ('■■■! confiture!^. Ils n'en subirent pas moins des ateiinoiements et des réponses évasives qui durent singulièrement éprouver leur patience. On leur promettait audience: ils se présentaient . on les remettait à I après-midi, puis au lendemain matin, puis àraprés-midi encore, etc., et ce, pendant plusieurs jours d(* suite : c'était ordinairement la chasse ([ui en était le motif. Ouantl. après des démarches multipliées, auxquelles concouraient le résident d'.Xngleterre et l'ambassade française, ils eurent enlin obtenu une décision du dnc elle n'élail point conforme à leur réclamation : une seconde décision donna encore lieu à discussion. Au bout de cinq semaines seulement, grâce à leur fermeté, ils eurent ce qu'ils réclamaient, et reçurent un congé gracieux : le duc les défraya même de leui' long séjour, l.e concours du l'ésidenl d'Angleterre pai'ait avoir été plus sincère et

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actir que cAm de l'ambassadeur de Fi'ance : le duc était cependant beau-frère du roi Louis XIII. Le journal fournit quelques détails curieux, notamment sur les insinuations qu'on faisait aux députés pour peisuader;u]\ Genevois dacceptcr la domination ducale, et sur la largeur d'interprétation des traités qu'on leuidisait ne lier les princes que dans la limite de leurs intérêts.

Les capucins, elle W Monnot. jésuite en l;iveui;i la cour de Savoie, leur montrèrent beaucoup de bon vouloir.

Le 8 décembre, ils quittèrent Turin, et le 17 ils arrivèrent ;'i Ch;iml)èrv. où ils revirent le prince Thomas.

J'ai moins de renseignements sur les missions conliées à Jacques Godefroy en I6:}'j- et H)3(). Henri IV avait assuré aux Genevois propriétaires dans le pays de Gex certaines franchises, mal respectées parles agents de Louis XIH. A ce sujet Godefroy fut expédié avec les conseillers Faure et Gallatin vers le prince de Gondé, commandant en Bourgogne, qui l'accueillit avec distinction, et n'épargna ni olfres ni sollicitnti<ms pour rendre à la France un homme dont il appréciait la haute valeur. Deux ans plus tard, les ini'mes griefs se produisaient encore, du fait de M. de Machault, Intendant de Bourgogne. La République cette fois recourut à l'intervention amicale des cantons de Berne et de Zurich .ses alliés, en réclamant par eux l'appui de M.Méliand. ambassadeur français en Suisse. Godefrov

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trouva mie rêceplioii cordi.ilr el ll;itl( use à Berne. Le succès [Kirait avoir coiiromié s;i négociation: car. |)eu après rintendanl lioslile aux (lenevois était relevé de son poste.

•Néanmoins le cabinet IVançais ne manifestait plus la même bienveillance envers eux. Les enclaves, b's cdiillits de juridiction . la contrebande suscitaient maintes dinicultés d(» frontières, mal appréciées à distance, et <h'i Ion se licnrlail à des adversaires en crédit à la (-our. L Intendant Mangot, successeur de Maclianlt. s'exprimait «Tune manière encore plus fâcheuse, imputant à la Hé[)ulili([ue d'acoir po'dn, loutc (ilJcclioii en laUuinci' du rot cl de fdrori^cr ses cmionis. Ouand les faibles doivent s abriter sous un protecteur [luissant, ils sont <'X[)osés à ce que la protection dégénère en exigence absolue et hautaine.

(îenéve n'avait un lien d'alliance formelle ([iiavec (pielques cantons, Tribourg, Berne, /ruiclL et souhaitait l'étendre à tous les autres, de manière à l'air-' [)artie du cor[»s Helvèti(iue comme le Valais, les (Irisons, les villes de Saint-(iall et de Mulhouse : ce (|iii obligerait ses grands voisins à comiUer davantage avec elle. La circonstance semblait [)ropice. car (constance, ville catholitpu'. nourrissait le même désir. L'o])inion dans les cantons était lavoiable à la doubbî annexion. Protestants et catholiques y trouvaient leur C(mq)te également. Constance couvrant la Suisse an nord-est. et (lenève au sud-ouest.

Kn l()il. la Diète Helvétique siégeait à Baden.

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