IV. l.o \\ Niceron : Mr moires, t. Wll, p. (iO
\'. Le I*. Lelong, dans [^ Jiihiioihèqtip histori(/iir tic la France, édition Fontetle. in f". t. 111.
pp. I.IX-LXI.
Vï. llaag. La France prolcslanlc.
VIÏ. Notice par le professeur Bellot, dans l^iBiblioilic-
f/ae anirerseJle de Génère, décend)re 1837. Vïll. Trotzius; vie latine placée en télé des Opuscuht minora.
.le ne puis résistera en traduire quelques passages : << Digne lils de son père, il possédait à tond le grec et le latin, Ihisloire universelh», le droit i)ublic et privé. Ses écrits sont comme un trésor où vous êtes assuré de ne jamais chercher en vain. Ne se contentant point de notes sommaires éclaircissant toute la suite de l'œuvre de Justinien, il alla fouiller les recoins les plus cachés de la jurisprudence antérieure, y porta la lumière, et sans autre guide que ses ingénieuses
lOfi JACQUES nODEFROY
conjectures, rétal)lit heureusement les passages obscurs des vieux auteurs...
« Si vous mettez en parallèle le père et le fils, celuici vous apparaîtra avec un talent plus élevé, des études poussées plus loin, des connaissances plus étendues et plus diverses, ^a méthode n'est point d'aller glaner dans le fumier d'Ennius et parmi la foule des vieux glossateurs. mais de puiser aux limpides sources de la raison, de l'histoire et de l'antiquité. Comme Aristote, jugeant de haut et avec sagacité, c'est en remontant <à l'origine et aux causes premières qu'il découvre, discerne, et développe la raison des choses...
« On peut se rendre compte combien il eut damis à l'étranger par les dédicaces de ses ouvrages, dédicaces (|u"il n'adressait, comme il le dit dans un avant-propos, qu'à des personnes avec lesquelles il entretenait des relations d'affection particulière ; on le peut encore en voyant les lettres qu'il recevrait de tant d hommes célèbres tels que Sarravius, Saumaise, Rigault, Rivet, etc. »
Pourquoi ne citerais-je pas encore un éminent et fécond jurisconsulte allemand. Chrétien Thomasius, Recteur de l'Université de Halle au commencement du dix-huitième siècle ? Dans son traité de nœvis jioisprudentiœ, il s'indigne... « de l'inertie de son époque qui a produit une foule d'abrèviateurs, compilateurs, nnnotateurs, commentateurs, arrètistes , admirés du vulgaire, et n'a sçu produire un ou deux Godcfroy pour continuer à extraire de l'antiquité liistorique la jurisprudence Romaine. »
JACQUES r.ODEFROY 107
Si j'interroge l'illustre Vincent Gravina qui professa le droit à Rome avec tant d'éclat vers le même temps, voici sa réponse : « Comme profondeur d'érudition, comme rare science du droit, comme sûreté de jugement, Godefroy vient immédiatement après Cujas. »
X. B. Le poi'trait do Jacques Godefroy fip;ui-e près de celui de son père à la Bibliothèque publique de Genève, à l'Efolc de droit de Paris, au Musée historique de Versailles.
THÊODOHK (iOI)EKHO\
mSTOlJIOGRAPHE DE IR.VNCi; CONSEILLKK DKTAT
c;iiAU(;É u'affaibes polr lk uoy a munsikh
Caractère de ses travaux, — Grâces et pensions . — emi)lois et missions. — Détails donnestiques.
Le Mis aiiiù de Dcnys Guclelï'oy, 'Ihéodure, tient une place honorable entre son père et son frère. Ses travaux, dont la liste est également considérable, révéleul une infatigable patience unie îi une sagacité rare. Ils sont de deux sortes. Comme publiciste, il dirigea de profondes recherches sur tout ce qui tenait au droit des gens et aux droits de la couronne. Ces recherches étaient d'une importance majeure à une époque de diplomatie compliquée où les intérêts de chaque contrée, les prétentions de chaque souverain, se discutaient à force de documents et de précédents non moins que par les armes. Elles concouraient au grand œuvre de l'extension et de l'unité de la France : aussi s'élevaient-elles à la hauteur d'un véritable service rendu au pays. Comme historiographe, Théodore fut un des
\\i TlltODOlŒ GODKinoV
chefs et des modèles de cette lorle et cuiiscieiicieiise école du dix-septième siècle qui basa Tliistoire sur rinvestigatiou des sources, et neii demanda la vérité et le sens ([uaux titres originaux et aux chroniques contemporaines. DuChesne, Ducange, et bientôt les Bénédictins s'associèrent à cette méthode sincère qui porta la lumière sur notre passé jusque-là mal connu ou travesti.
Théodore naquit à Genève le li juillet 11380 et lut LeMu sur les fonts par Théodore de Beze. Il étudia dans sa ville natale, puis à Strasbourg, et vers 1600 vint à Paris ou il abjura le calvinisme. Le fait seul m est conim, sans aucune circonstance, et sans que j'y trouve aucune allusion dans la correspondance de famille, ni dans les écrits de son père ou de son frère. Sa présence dans la capitale m'est révélée par les lettres de son père au président de Thou. Dans une du :?^ mai 1003 on lit : « J'espère qu'il se rendra ([uelque jour capable ' et digne de sa condition... il m'en a donné, estant « près de moi , quelques bons signes et indices... »> Ktfectivement il s'adonna avec ardeur au droit et à l'histoire, apprit plusieurs langues, et se lit recevoir avocat au Parlement, puis au Conseil, sans toutefois frèqueiiter le Barreau, les travaux de cabinet absorbant son temps.
Dès loi:], il était Historiographe de France, et obte nait, avec le don dune succession en déshérence, la charge de secrétaire interprète du roi et une pension de six cents livres. I>e brevet roy.d (|ui lui confère celle-
TIIKODOUK (iODKl llOV H Ij
ci, « r;n>|M'll(' les bons et agréables services ([ii il a « ci-(l('vaiit rendus au feu roi i^Henri IV). lesquels i « continue cliascuns jours à Sa Majesté (Louis XIII).)) (lelte pension fut portée à 1,200 livres en ICI7, à 2.000 en I()i0, à :{,()00 en 1032, avec survivance assurée à son lils aine en Ki'iO.
Chargé en KM") de rinventaii-e du Trésor des (lliartesdu roi de concert avec le savant Pierre Dupny, il reçut eu \ii:\ï une mission analogue pourlecliartrier de Lorraine, et le titre de (Conseiller au Conseil souverain de Nancy. Attaché au département des affaires étrangères [)0ur lequel il ivdigeait de nond»reu\ et importants mémoires, il eut en 10:37 un passeport et des instructions pour se rendre aii congrès de Cologne, puis en l()'i-3 pour passera La, Haye et de là au célèbre congrès de Munster en qualité de Conseiller secrétaire de l'ambassade IVançaise. On lui dèlivi'a en même temps des lettres de Conseiller d Ktat. Il prit une part active aux négociations ipii mirent lin à la grande guerre de Trente ans. et après la signature de la paix en IGiH, demeura comme chargé daiïain'S de France à Munster. C est là qu'il termin.i sa laborieuse vie, le ooctol)re I6i0.
Lt; climat de La Haye où les oidres du ministre le retinrenten IO'i:{et lOi'», ainsi (|ue celui de Munster, étaient coidraires à sa santé très-fatiguée parle travail. Les habitudes de la vie allemande ne lui allaient point. Il souffrait à Munster de l'incommodité des logements. <'l du genre de nourriture auquel il fallait
114 TllKObOKi: (lODEFROY
se plier. Plusieurs fois les luimeurs se poilèieiil sur ses jambes et lui interdirent la marche. Je lis Jaus une lettre de son secrétaire, datée de Munster en mars 16io : « Il n'y a rien de bon ici que le pain et le vin... « les viandes sont de dure digestion. La ville est assez « belle, et les faces des bâtiments superbes ; mais au (( dedans ce ne sont que des nids à rats. On voit des « processions de pourceaux comme on fait de moutons « à Paris, mais encore plus ; car vous ne sauriez « marcher, principalement la nuit, que vousneren- « contriez des porcs... Je la nommai la ville aux « cochons. . » Et dans une autre : « Les rues sont « trés-sales, remplies de fumier et de pourceaux, « mal pavées : les maisons très-désagréables, et peu « de conversation avec les habitants. )^
En 1646, il fit une grave maladie, dont il rend ainsi compte à son fds : (18 juin) — '.< Je suis contrainct « d'user d'autre lettre que de la mienne pour vous « respondre, ayant esté malade à lextrémité depuis « (piatre jours après un dévoyement extraordinaire. « Ensuite tous les membres entrepris, et des douleurs K extrêmes plus que ceux qui ont la (juestion ordinaire « et extraordinaire. Je commence de me remettre « peu à peu par l'ayde du médecin de M. de Longue- « ville et d'un apoticaire et chirurgien du pays de « Béarn et de Bayonne, ayant aussi heureusement « rencontré auprès d'eux, que si j'eusse esté à Paris. « J'ay usé des lavements, breuvages, onctions, et de « saignée bien contre mon gré, n'y estant point cy
THEODORE GODEFKOY llo
« (levant accoutumé. Le sang lut trouvé tout noir et « corrompu; et faut que de nécessité j'en use encore « deux ou trois fois, estant autrement à craindre pis. « La nouiriture d'ici y a Ijeaucoup contribué, et ce « ([ue Ion souffre en logements et en autre manière. »
En 1647 il se plaignait de l)Ourdonnements d'oreilles et de rétention durine. (^e triste état de santé, joint à Tisolement de sa famille, lui faisait depuis longtemps solliciter son rappel, ou dn moins un congé. Le congé venait d'être accordé et un moyen de transport favorable se présentait en juin 1648: mais il ne put en profiter, et il écrivait ; « de malbeur je me trouve à « présent très-incommodé pour ma santé, et faible : « et faut que j'attende jusques au mois de septembre « procbain que j'espère me remettre. J'y apporte tous « les remèdes possibles par des médecines, saignées, « et autrement. C'est l'aage, le changement d'air, et « la nourriture, et le manquement envers moy pour « mon entretenement ((ui en sont cause. » Cette situation le portait à la mélancolie : aussi date-t-il sa lettre de Munster m Barbarie. Et en une autre : « .Unsi me divertis-je en ces rives aquatiques de (( lîabilon mélancoliques. »
Je n'ai point de renseignements sur sa dernière maladie. La famille elle-même parait avoir été laissée dans l'ignorance à cet égard, cardans un projet d'éloge lapidaire, annoté de la main de son frère et de son fils, se trouve cette ligne : qno tnorbo dccuhnerit,
ncertnnt.
116 THtOUOlU-; GODKKUOV
Tout ce (luil y avait encore de meiiilires du corps diploiiialKiiie à Mmister, assistèrent à ses obsèques. Ou rinlmuia eu lèglise Saiut-Laudjerl. Sur la pierre sépulcrale lurent gravées sesarinoiriesaver linsciiption suivante :
THEODORUS GOTIIOFREDI s
oliiit ^lonastci-ii die V ocloljris
Aiino K349, cotatis sua- 72.
Kt au pourtour :
IJic jacet noliilissimus cximius (ju^ DoDiiuus Tlieodoi-iis Golliofrcdiis, Rcyis GaUia: Status coiisiliai'iiis, ab <'()i|m' Cliristianissimo Regc ad conventuiii Moiiastcriciisi'in pro puce gencrali deputatus.
C'est à dire :
tl('-c('dé à Munstrr le 5 oct()l)rc 1(311».
cil sa 72= aiim'o.
Ci-git ti-rs-iioljlc et excellent scigneiii- TliéoJorc Godelrov.
Conseiller d'Etat du roi de France et député [sar sa majesté
très-ehrétienne au conférés de Munster pour la paix yénéi-ale.
Pendant la campagne de 1742 un ollicier français, ami de mon grand-père, passa par Munster et chercha cstte pierre sans succès. J.e curé de Saint-i>ambert lui dit. qu'à moins d'un acte de concession perpétuelle, les pierres sépulcrales laisiiient place à d'autres après quarante ans, et que sans doute cette formalité avait été omise. L'officier demanda vainement un exti'ait mortuaire : les registres paroissiaux ne mentionnaient (pie les baptêmes et les mariages.
TMKOIXUIK (lODKIlUtV 117
1.0 11 iiovoinhiY' \(\'i\), i;i liiinilh! fit rôléhivr iiii sorvicn ;iu gniiid couvent des (loixlcliers de Piiiis.
Avant d'entrer dnnsie détail de la vie publi(iue de Théodore et de sis n'iivres. je consignerai ici le peu fjue j'ai recueilli de s.i vie piivée.
Le 28 novembre Kilo, il contract.i mariage à Paris avec Anne Janvyer, lille de feu Pierre Janvyer, Conseiller secrétaire du roi. et de Charlotte de Roussillon, demeurant rue lîourtiltourg, sui" la paroisse Sainti*aul. Kllc avait trois frères et trois^œurs et apportait une dot de six mille livi-es tournois. C'était une alliance bien modeste : mais il n';ivail alors lui-même presque aucune fortune, et commençait k peine à se faire connnitre. Je trouva" un frère inné, Pierre Janvyer, (pialiné noble homme dans deuxactesde l()2i et l().")i-. Cette famille tenait à la m<igistratnr.' parisienne. Chiude Forcadel, chevalier, (!!onseiller ;i l.i Cour des Aides, épousa une petite nièce d'Anne. Ch.irlotte Janvyer épousa Pierre Séguier, seignenrde Saint-Cyr, Conseiller au Parlement.
Tout ce que je sais d'Anne Janvy.'r, cCsl (|n"ell.' accoucha eu 1012, 1()13, IGlo, 1010. 1(;I7. IOI'),10i>2. 1623, et qu'elle mourut en 1623, prol)ablemetil à la peine, quelques mois après la naissance de sa dernière fille. Six enl';iiits lui snivivaient :
Denys, qui fut historiographe de France ; Léon, qui fut chanoine à Montp:'/al; Denyse. Louise-Catherine, etAnniMpii furent religieuses ;iux Irsulines de Troyes: Charlotte qui pii'ail ne s'être poiiil mariée,
118 ÏHKODORE GODEFROY
La tutelle de ces mineurs fut, par acte du 27 octobre 1623, confiée au père, avec un oncle maternel, Pierre Janvyer, pour subrogé tuteur. Cet oncle mourut en 1668, sans enfants, et sa succession donna lieu à de longs débats entre ses héritiers.
J'ai sous les yeux rinvcnlaire après décès d'Anne Janvyer, dressé le 13 janvier 162i. 11 n'énonce qu"un mobilier très-ordinaire, quelques bijoux, quelque argenterie et une bibliothèque de 166 volumes. Elle se compose d'ouvrages d'histoire et de jurisprudence, dont 46 in f", 17 iu-4", le reste de moindre format ; estimés 137 livres de tournois.
Outre l;i dot de six mille livres, on mentionne seulement une obligation de 200 1., et le lot dans la succession des père et mère. Ce lot, par suite d'échange, coiisisl;i eu une maison au village de Vanves avec sept arpents et uu quart de vignes et terres labourables : plus, le tiers dune maison et corps de logis rue Hourtiitourg à Paris. Kn 1632, Théodore Godefroy se fit autoriser par le conseil de famille à vendre ces deux immeubles de petit revenu pour en employer le prix à la dot de ses filles religieuses. Le tiers de la maison de Paris fut payé 2,800 livres.
Obligé par suite de quitter la rue Bourtibourg, il loua une maison rue Pierre-Sarrasin, propriété du collège dit de Dainvillc et v attenante. Le bail, daté du 2 mars 1633, impose au locataire un loyer de 400 livres, outre les taxes et cotisations urbaines « pour « fortifications, pauvres, boues, chandelles et lan-
THÉODORE C.ODEFROY 119
« ternes ; plus, do vivre fii la dicte maison, lui et sa « famille, selon les saiiicts statutz de l'Eglise catho- « lique, apostolique et romaine. » En 10 4-8 on ajoute aux charges urbaines ci-dessus, les centièmes, gardes de portes, guets et sentinelles, et on porte le loyer à 450 livres. La famille continuait encore cette location en16G9.
I)(! la succession de Denys Godefroy et sa femme Denyse de Sainct-Yon, dépendaient 366 1. de rentes sur l'hôtel de ville de Paris, restées communes entre leurs quatre enfants. Théodore, de concert avec son frère et ses deux sœurs, les vendit le 21 avril 1633 à noble homme maitn^ François Euillier, Conseiller du roi et trésorier de France à Paris. Il reçut pour son quart un capital de 936 livres. C'est comme qui dirait du cinq pour cent à 51 ,50 : le crédit de la ville de Paris n'était donc pas bien grand à cette époque, et on ne lui apportait pas, comme aujourd'hui , un million quand elle voulait emprunter cent mille livres.
Ac([uéreur en 1635 des ollices du grelTe de Moret créés par édit de juin 1627, il les revendit en 1637, Cela représentait un capital de 1,200 livres.
En 1645 il prêtait, par act(> notarié, une somme de trois mille livres à André lîrissonnet, seigneur de Meril.
Je ne trouve point trace d'autres capitaux qu'il ait possédés, ni d'autres revenus que ses pensions du roi indi(piées plus haut, aux(iuelles s'adjoignirent deux petites pensions du clergé et du duc de Longueville.
lîO THÉODORE nODKIllOY
(Vest avoc cela, avpo i\v modestes appointements, quelques rares onitifications du trésor, et le prix de ses ouvrages, qu'il éleva seul six enfants et soutint sa laborieuse et parfois voyageuse existence.
En 1628 et 1020. il écrit an <>;ird<' des sceaux :
« Je n'ay d'autres moyens en ce monde que ce que « je reçois du roi » . Les mémoires de Mathieu Mole attestent qu'il fut fort mal indenuiisé des frais de sa mission à Nancy.
Ce qui aggravait son honorable pauvreté, c'était rirrégularité du Trésor toujours en retard, toujours aux expédients, n'ayant point de service centralisé, et payant au moyen de délégations. Ce n'était pas toul que d'obtenir son mandat de payement : il fallait encore obtenir d'être assigné en ordre utile. Le comptable sur lequel était faitf' l'assignation, ou n'avait point réalisé sa recette, ou l'avait épuisée au profit déplus diligents ou de plus favorisés. Alors nécessité d'attendre indéfiniment, ou de recommencer des démarches et des sollicitations afin d'être mieux colloque. On devine quels abus «mi résultaien*. quels mécomptes, quelles fatigues, qud temps perdu, ipielle souffrance pour ceux qui n'avaient pas d'antre ressource. De fréquentes doléances de Théodore Godcfroy m'ont passé sous les yeux. A Munster on laissa ce vieillard maladif languir après ses appointements dés longtemps échus, et quand il mourut, plusieurs années étaient duesencor-, qui ne furent jamais payées.
Ces doléances n'étaient dictées ()ue par la stricte
l'HKODOUK (iOMKFUOY 121
nécessité. Il ircul jain;iis (rautres goiUs quf l'étiHlcel racromplisscinoiil du dovoir. Sa corrcspoïKlaiico \e inuiiUv simple dans ses iialtitiidcs, duii\ do caractère, sincère et affectueux dans ses relations. Il ne lecliercliait les grands (iiiaMlaiil(|ue ses fonctions l'exigeaient, et eux appréciaient en lui le mérite modeste, l'application iidatigable, l'érudition profonde, le dévouement persévérant et désintéressé aux intérêts de la patrie. Le cardinal de liichelieu, le chancelier Seguier, le vertueux garde des sceaux de Marillac, les secrétaires d'Klal de (!lliavigny, des Noyers, de Hrienne, les Ifarlay (dont il était parent\ Mathieu Mole, de Bullion, avaient recours frè([uemment à ses lumières. Dans le inonde diplomatique français et étranger il jouissait d'une haute estime. I.e duc de l>ongueville, le comte d'Avaux, Ahel de Servien, plénipotentiaires de France à Munster, réclamaient son concours, et lui témoignaient à ICnvi leur intérêt : les plénipotentiaires de Suède, Oxensliern et Salvius, le comblaient d'égards. Je pourrais appuyer cela de nomlu'euses citations. Kn voici du moins (|in'lques-unes. Le pnicureui' général de llarlay, dans une lettre de \iVM, rap[)elle : « C.e célèhiv (lodehoy qui a esté tant cliery « pour son èminent sçavoir de tous les ministres et X d,' tous les sçavans (\u temps. »>
Chapelain, dans un mémoire rédigé pour le ministre VA l()()2, le (jualilie : « Cet excellent homme Théodore u Godefroy le plus consommé dans les droicts et « tiltres du royaume, » i/and»assadeur Clianut, si
connu pour ses négociations dans les cours du Nord, prenant, en 16i0, possession du poste de Stockliolm, lui écrivait ; « Je serois estranger dans la France, si a j'ignorois le nom de vostre maison, le mérite de « vostre personne, et Temploy nécessaire que vous « avez auprès de messeigneurs les plénipotentiaires. « La connoissance que j'en ay par la voix publique '.( me fiiit désirer quelque communication... je me « prépare à recognoistre par toutes les voyes qui me « seront possibles la faveur de vostre correspondance « à l'advenir... Je me tiendray glorieux, d'apprendre « de vous qui avez adjousté la diligence et de beaux « talents à une science liéréditaire. »
('omme preuve de suffrage mérité par sa conduite à Munster, il suffit de produire la lettre par laquelle le roi lui accordait un congé :
« Sur ce qup l'on ma fait entenrlre que vous désirez « venir faire un tour en celle ville pour mettre l'ordre « que vous estimez nécessaire à vos affaires particu- « liéres,je vous escris la présiMit'.' par l'advis de la « .-eyne régente, madam;' ma mère, pour vous dire que « je trouve bon que vous vous y acbeminiez lorsque « vous en aurez une occasion propre et commode, et w que j'auray à contentement de vous voir et de vous (( tesmo'igner 1(1 satisfaction qtw j'(n de vos sercices. — « Cependant je prie Dieu... escrit à Paris le 19 « novembre \{\\1. « d |)Ius bas : « Loménie. »
TRAVAUX. — L'énumération de C3 qu'a rassemblé,
TliKODOlU', (lODEFROY 12:1
classé, écrit, publié, Tliéodore Godefroy, est presque effrayante. Je compte di>L-iiuit tomes imprimés : mais c'est peu de chose à côté des labeurs manuscrits. C'est par masses qu'ils iigureiit sur les rayons de la J3ibliotlièquc du Roi, et surtout de la Hibliotlièque de l'Institut, où une salle spéciale est consacrée à la collection dite Cjiodefroij, laquelle compte o30 portefeuilles, dont les trois quarts remplis par Théodore. Là sont accumulés mémoires, notes, études, préparations et matériaux ayant pour objet l'histoire, le droit pul)lic , international, ecclésiastique, maritime, les intérêts politiques, le commerce. Cette collection complétée par son fils et ses petits-lils, demeura dans la famille jusipie vers le milieu du ■ siècle dernier. J'ignore quelles circonstances en amenèrent la vente. Elle fut acquise en 1746 par .Vntoinc Moriau, procureur du roi et de la ville de Paris, lequel en mourant la transmit par legs à ladite ville. Lors de la formation de la, lîibliolhéquede l'Institut, elle y fut annexée. Quantité d(! documents, de i)ièces originales se trouvent là, qui sans doute avaient été mis aux mains de Théodore et de son lils pour les travaux dont ils étaient ofliciellement chargés. Ces précieux portefeuilles sont restés longtemps dans un demi-oul)li, grâce auiiucl les chercheurs d'autographes les ont frauduleusement écrémés. Récemment M. Ludovic Lalanne en a dressé un inventaire que la société de l'histoire de France a inséré dans son Annuaire bulletin de 186") et 186(). Les dimensions éti'oites du bulletin ne permettaient
\'2k' Tlli:()IM)UK C.ODKl'UOY
(luiiii iiivoiilniro livs-somniaire,p.ii' consoqnont insnflisaiit. D'ailleurs luie opération prélimiiiairo serait nécessaire. Ces portefeuilles sont dans un assez grand désordre. Les matières y sont souvent confondues : il faudrait les ramener à un classement exact et méthodique sur lequel serait basé un inventaire détaillé, fil conducteur à travers ce laltyrinthe de richesses historiques.
En fait d'histoire, Théodore s'attacha particulièrement aux quinzième et seizième siècles sur lesquels il v(»Mlut jeter la lumière pnr la puldicntidii de nrirrnteurs conteniporains encore inédits.
De ICI 4 à IG2'2 il fit imprimer :
Histoire de Charles Vf, par Jean Juvenal des Trsins.
1614-, in-4'.
Ifisloire de Charles Vf II, par Guillaume de Jaligny,
André de la Vigne, et autres. IGIT, in-'i'\ Ilistdire de Louis XI f. par Jean d'Anton. Ifill) et
1020, iû-4'\ Histoire de Louis XI f, par Claude de Seyssel. IGI.').
in-4".
Histoire de Louis XI L par J. de Salnt-Gelais. 1022,
in-4°.
flistoire de J. de liouriraut, maréchal de France.
1020, in-4".
Histoire d'Artus III, duc de liretafjne, connétable de
fnance^ c >mte de fiicJieniont, pni' Ciiilliiume
Grnel. 1023. in-4",
TIlKODUlîl. (.OIH;i'K(»V \f.'j
//i.sloire (lu chevalier Bajiard. llil'.), iii-'i".
l.u luiil accuinpngné de notes el déclaiicisseiiieiils.
De [)Iusieurs, son lils a donné des éditions Irésangnientées. Le père el le lils i)répai'èrent ensendjle mu; édition de Philippe de Coinines.
En même temps il élndiait les nombreuses «piestions relatives au cérémonial ; et ce n'était point là une l'echerclie puérile. Les diflicultés d'étiquette avaient en ce temps une gravité réelle, devenant même parfois des dillicultés politiques, parce (pielles impliquaient des prérogatives, des droits actpiis, et s'appuyaient sur des précédents souvent obscurs et éloignés. Aussi molivérent-elles la création d'une charge de Cour importante, celle de grand-maitre des cérémonies de France. C'est pour éclaircir ces dillicultés qu'il [udjlia :
« Entrevues de Charles IV empereur, de son lils Venceslas roi des Romains, et de Charles V roi de France, à Paris en 1378. — De Louis XII roi de France et de Ferdinand roi d'Aragon, à Savonne en 1507, etc. I()24-, in-i°. »
« L'ordre et cérémonies observés au.\ mariages de Fi'ance et d'Espagne. IG27, in-'i". »
« Le (U'!rémoni;il de France, ou description des cérémonies, rangs et séances obseivés... aux counmnements, entrées, etc. des rois et reines de France. lOll), in-i". )> (Ouvrage qui fit autorité, et que son lils réédita en lOiO, fort augmenté.)
1 2G THi:ol)OKK (.OiJKI-l'.OV
Dans le même but il mit au jour un mémoire de la préséance des rois de France sur ceux dEspagne. lGl;j-IGIi-lGI8, in-i".
Charles-Quint, déjà roi d'Espagne, ayant obtenu la couronne impériale qui lui donnait la préséance, ses successeurs sur le trône d'Espagne, possesseurs en outre de nombreux et vastes Etats, prétendaient retenir cette préséance dont la couronne espagnole ne jouissait pas auparavant. 11 en résulta une controverse (pii agitait le monde diplomatique et le monde savant. Théodore Godefroy s'y mêla, ainsi que son père et son frère.
('onstamment applii^ué à soutenir l'éclat et les prérogatives de la royale maison de France, il publia ses études sur la généalogie des rois de Portugal, IGIO, in-'i°, des ducs de Lorraine, lG2i-, in-4", des comtes et ducs de Bar, 1G27, in-i'^. 11 établit que la famille régnante en Portugal est de souche capétienne. Quant aux maisons de Lorraine et de Bar alors confondues, leur filiation était intéressante à discuter, et à cause des possessions contestées entre elles et nos rois, et à cause des nombreux conflits politiques qui amenèrent les Lorrains jusqu'à élever des prétentions sur la couronne de France, comme issus de Charlemagne. Le livre prouve qu'ils doivent se contenter de remonter à Gérard d'Alsace.
La maison d'Autriche, formidable et constante antagoniste de nos rois depuis la fin du quinzième siècle, ne négligeait pas les armes généalogiques à
iiiKohoiiK (.oi)i;ri',(>Y 127
Tappui (le sa colossale aiiibilion . et prétendait à primer la nice capétienne, comme descendant elleniènie en ligne masculine de la race mérovingienne. l'héodore Godefroy Tatlaipia sur ce terrain : fort de ses découvertes dans les obscures archives de l'abbaye d'Knghelberg en Suisse, il réduisit à néant cette prétention en publiant : Do la vr(n/e origine de la utaison (V Autriche, 102i, in-'i". Il y démontre qu'elle descend simplement des comtes de Habsbourg en Argovie . et sa démonstration Ta définitivement emporté.
En l()oo parut, sous le nom de P. Dupuy, un infolio intitulé :
« Traité touchant les droits du roy trés-chrétien sur plusieurs estats et seigneuries possédez par plusieurs princes voisins, et pour prouver qu'il tient à juste titre plusieurs piovinces contestées par les princes étrangers. Recherches pour montrer que plusieurs provinces et villes sont du domaine du roy. Usurpations laites sur les trois éveschez, Metz, Toul, et Verdun. Du droit d'aubaine et du Trésor des Chartes. ))
Je transcris en entier ce long titre parce qu'il fait connaître à la fois Tobjet et l'importance de l'ouvrage, importance déjà suflisamment indiquée ci-dessus, page III. C'est comme la condensation des énormes travaux commandés dans T intérêt de la France par les longues et dilliciles négociations qui occupèrent la première moitié du dix.-septiéme siècle, et aboutirent enfin à cette fameuse paix de Munster qui fi.^a pour
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un temps létal politique de l Europe. Le nom seul de P. Dupuy figure en tête, parce que le manuscrit fut trouvé dans sa bibliothèque après sa mort par son frère le prieur de St. -Sauveur. Mais en réalité la principale part en revient à Théodore Godefroy. En effet la plupart des traités particuliers dont se compose le volume existent écrits de sa main ou de celle de son secrétaire, et portent ses initiales. Ce point est nettement éclairci dans la Bibliothèque historique de France par le P. Leiong et Eontette, tome II, n" 287o4-, pp. 80G-8G8, et à la fin tome III, dans la notice consacrée à Théodore et Denys Godefroy. Théodore fut parent, ami et collaborateur habituel de P. Dupuy. Ils avaient été simultanément chargés de ces recherches par le cardinal de Richelieu, comme l'atteste nue lettre signée d'eux, adressée audit cardinal, le 27 octobre ■1631, et rapportée au même endroit. P. Dupuy est assez riche de son propre fonds pour n'avoir pas besoin de s'enrichir aux dépens d un collègue.
Les travaux manuscrits de Théodore Godefroy et ses compilations sont, comme je lai dit, immenses. Les fonds Séguier et Dupuy. à la bibliothèque du roi, ont i volumes consacrés au cérémonial de la Cour du parlement de Paris : à ITnstitut, les matériaux pour le cérémonial français emplissent 99 portefeuilles, en y comprenant le contingent apporté par son fils (n'" 379 à i78;.
Au môme lieu les matériaux pour la Préséance des rois de France occupent deux portefeuilles (390-391^.
Tiii:oi)oni-: (.odeihov 129
Oil\ (le I ouvrage Slll" [Origine de la ïiuiison d Autriche, deux i(l. .j2i, "tlS) ; de l'ouvrage 'swv \i}i Droits dn Hou, septid. ^292 à 298).
Je dois me contenter d indiquer :
Hecueil sur les llégences /ilo).
— sur les duchés-Paiiies (311 à ;JI i).
— sur les parlements et cours souveraines 173 à 183, 289, 290).
— sur les Universités (318, 319).
— sur les duels (124, 12o\
— sur les crimes de lèse-majesté en divers pays (109 à 122^.
— sur les matières ecclésiastiques ; régale ; bénélices ; décimes; contributions ])ar le clergé, en France, Italie, Esi)agne, Allemagne, Hongrie, Pologne (3 à 0,10 à 12).
— de généalogies des familles princières de l'Europe ^i)18).
— de contrats de maiiag(3 de souverains, princes et princesses (299 à 300).
— de testaments de id. id. (207, 208).
— de documents relatifs au commerce extérieur, aux colonies, à la navigation, à la jurisprudence maritime ,00 à 09'.
(Vesl là que riièodorc puisa les éléments de son u Traité sur le droit de bris, de naufrage, et de représailles » demandé par le cardinal de Ricbelieu loi'sipiil fut nommé suriideiulant de la marine , et présenté à cette Èminenceen 1G28. Ces mêmes études