jO Tiii:ou<>Hi-; <;oi)i;i-uo
l'ameiièreiil à dresser un (liciiumiaiR' de la lUiuiiic (207,^208).
Recueil relalil' ;ï la Loiiaine et au Bairois M\) à a73\
Ce volumineux recueil l'ut l'ornié à l'occasion des querelles que j.ouis XIII eut pendaut presque tout sou règne avec le duc de Lorraine contre lequel il luttait à la l'ois par les arguments diplomatiques et par les armes, l'evendiquant les droits de la couronne sur une grande portion des possessions du duc. En novembre 1G34, pendant loccupation militaire de la Lorraine, Théodore reçut à ce propos une mission importante, celle de se transporter à Nancy pour, de concert avec le conseiller d'Etat Gobelin, examiner et recenser les archives ducales, et faire copier les titres les plus intéressants. M. Gobelin étant retenu à l'armée par ses fonctions d'intendant , il s'en acquitta seul, et dressa un inventaire formant huit volumes in-folio. En y travaillant il reconnut que l'intérêt du roi demandait le transport à Paris d'un choix considérable desdites archives. Sur son exposé le secrétaire d'Etat de Bouthillier lui en expédia Tordre en janvier l(33o. Ce transport, qui exigeait des soins intelligents et minutieux et de grandes précautions à cause de l'état de guerre, s'effectua heureusement. Un certificat du procureur général Mathieu Mole atteste que le 13 avril six gros colfres ariivaient intacts au trésor des Chartes. Les ministres en témoignèrent leur satisfaction , mais furent peu empressés à dédommager le
THÉOIJOUK (iODEFHOY Ul
corniiiissaiic «l(i ses JVuis cl uvunccs « de quoi, dit-il dans iiiic lollre à son collègue Gohelin, je ne puis venir à bout sans beaucoup de peine et de longueurs, comme cest la coustume pai- deçà en fait de finances. »
Il était rompu à ce ti;ivail d'inventaires qui requiert une patience opiniâtre et des connaissances spéciales. En mai ICIo un arrêt du Conseil l'avait chargé, lui et Pieire J)upuy , d'inventorier le Trésor des Chaites déposé à la Sainte-Chapelle, et remontant au commencement du treizième siècle. Ils s'y employèrent durant (juinze ans au moins, aux modestes appointements annuels de six cents livres chacun. L'inventaire renqilit huit volumes in-folio dans le fonds Dupuy à la Bibliothèque du roi , et quinze portefeuilles à ITnstitut (148 à 162). Il se trouve aussi aux archives du royaume.
Leur collaboration produisit encore :
Table alphabétique des registres du parlement de Paris, entre les années 136i- et 1027. :) vol. in-F, fonds Dupuy.
Registres de la chambre des comptes de Paris, entre les années 1254 et 1506. 14 vol. in-1^, ibid.
La rédaction des inventaires en faisant connaître à Théodore les lacunes qui se trouvaient au Trésor des Chartes, l'induisit à proposer quelques vues utiles pour la conservation des papiers d'Etat qui souvent demeuraient aux mains de ceux qui avaient traité les aiïaires publiques, soit intérieures, soit extérieures, et faisaient défaut lorsipie plus tard il était l)esoin d'y
THÉODORE (lODEFROY
recouiir. l'ii inéiiioire de sa main représenla la nécessité d'obliger ces personnes à en rendre compte au sortir de fonctions et à en prendre décharge du gardien dudit Trésor. Ces vues lurent accueillies. Le 23 septembre \(ViH un édit royal ordonna « rétablissement « de registres tenus par un des ministres, où seront « enredstrés tous traités, lettres, accords et actes de « paix, trefve, mariages, ailliances, négociations, rc- « cognoissances, concessions, et autres de quelque « nature que ce soit, etc., plus une recherche exacte de « tous les actes de mesme nature antérieurs, lesquels « seront enregistrés dans un autre registre. Les ori- <( ginaux seront portés au Trésor des Charles. )^
Le 10 décembre de la même année autre édit prescrivant au procureur général de « rechercher et faire >( réintégrer au Trésor des Chartes tous actes publics « qui en ont été distraits. »
Mais pendant prés de cent ans encore, les ambassadeurs, les intendants, les chefs de services publics, persévérèrent plus ou moins dans l'habitude de conserver leurs dépèches, correspondances et documents s'y rattachant. C'est dans le siècle dernier seulement que cette pratique préjudiciable a cessé.
Le mariage que Gaston, duc d'Orléans, contracta en 1032 avec la princesse Marguerite de Lorraine, cà l'insu et contre la volonté du roi Louis XIII son frère, ne fut pas un des moindres embarras de ce règne si troublé. C'est à cet événement que se rapportent les « mémoires « de plusieurs mariages traiclez par aucuns princes et
TIIKODOHE r.ODFFROY 133
« seigneurs avec des eslrangers et ennemis sans l'ad- « veu et consentement des rois leurs souverains, et des « peines ordonnées contre ceux qui les ont contrac- « tez » (»?uvre de Théodore conservée à l'Institut, sous les n"^ 30o et 30G. '
Kn cette même année 1032 il terminait la « des- « criplion sommaire de l'Empire d'Allemagne, des « royaumes de Danemarc, Suéde et Pologne, cl du « grand Duché de Moscovie » ; résumé historique qui fait bien connaître la situation de l'Allemagne, ses dilïérentes divisions et Etats vers le milieu du dixseptiéme siècle, et aussi l'origine et la filiation des maisons souveraines (à la ])il)liothéque du roi, AF. 10083.2, fonds Dupuy, vol. 10, 20, 21. Original; fonds Saint-Germain, MOT et 1170: et à l'Institut (480-486).
Mentionnons en passant une série d'Elor/os d'hommes illustres, ihid. 210 à 213. Le nombre de ces éloges est de 214 et devait être porté à 330. Son fils Denys y coopéra.
Voici maintenant le gros tril)ut payé à sa carrière diplomatique :
Recueil des affaires de Piedmontet de Savoye avec la couronne de Erance. Bibliothèque du roi, fonds Baluze 8604, 2, et à l'Institut ^232).
Mémoire sur Pigncrol, ibid.
Recueil de traités de paix colligés en 70 portefeuilles ; à UInstitut 1^23 à i)0 : 70 à I03\ Beaucoup sont annotés de sa main.
134 THKODOUK GOUEFROY
liecneil rto documents relatifs à la paix (1(> Venins en lo98 (17, 18). ils ont servi à l'impression de deux volumes in-'12 qui parurent en 1667 à Paris, chez Sercy, sous ce titre : « Mémoire historique concer- « nant la négociation de la paix traitée à Vervins « entre Henri IV, roi de France et de Navarre, Phi- « lippe II, roi d'Espagne, et Charles-Emmanuel, duc « deSavoye. »
Analyse des instructions données aux différents négociateurs français pendant le régne de Henri W (43).
Alpabetica historique et diplomatique, dont chaque article renvoie à des actes diplomatiques (167).
Mémoire sur l'alliance qu'a le roi avec le Grand- Seigneur, et l'utilité qu'elle apporte à la chrétienté (42).
Mémoire du dessein qu'ont les Espagnols d'attirer en Espagne le principal commerce de l'Europe 60).
Mémoire des usurpations des Espagnols en Italie (■232).
Mémoire des infractions aux traités commises par la maison d'Autriche, de 14-82 à 1631 (81).
Mémoire des usurpations de plusieurs seigneuries sur l'Empire, en Italie, Allemagne, et Pays-Bas, faictes depuis cent ans par les Empereurs et Roys de la maison d'Autriche. Fonds Saint-Germain. 1170.
Escript montrant que les Electeurs et autres princes de l'Empire, soit en Allemagne ou en Italie, se peuvent allier et confédérer entr'eux et avec les
THÉODOm<: (iODEFROY 13:')
Hoys et princes estrangeis pour la défense de leurs Klats. — S.G.F. 824. f 171
h^script pour faire voir que les ducs de Parme, de Ferrare , et d'Urbiu . vassaux du Saint-Siège , ont esté compris eu plusieurs traitez entre les Roys de Krnnce et d'Espagne. — Ilud. f ITii.
Collections formées pour les négociations de Cologne et d(^ Mnnsler. Elles sont :
A la bibliotliè([uedn roi: Saint-Germain, fonds Coislin, n'" I74G et 1749 : Suppléments français, 411)7, l""^ et 2. — St. (i. — Oesvres, 30 — S. G, F. 824 : à rinstilut, les portefeuilles 10 à 22 : 34; 83 à 02 ; 08.
Tous ces volumes et portefeuilles sont le témoignage de sa coopération active au grand et long œuvre de la paix de Westphalie. Dés 1030 11 avait été désigné pour assister les plénipolentiaii'es français.
Voici la teneur de ses instructions datées du 12 mai 1037 (Cologne était alors le lien indi(|né poni' le Congrès) : -< Le Roy ayant jette les yeux sur le s'Godefroy comme personne qui a ac(iuis par son soing et gi'and estnde la cognoissance de diverses négocialions importantes qui se sont faictes dans IKni'oit' dei)nis long temps et mi'sme recueilly plusienis traitez cy devant faits [)i)nr estre employé prés de ses and)assadeurs extraordinaires qui se trouveront on la paix se traiclera entre S. M. et ses alliez dune paît cl l'empeieur et iîoy d'Hongrie, le Hoy dFs[)agne et les leurs d'autre : File a comnumdé le pi"ésenl mémoii'e eslre donné audit s' (Jodefroy.
« 11 se pourvoira avant que partir, de tous les traitez et autres pirces qu'il peut avoir par devers luy, lesquelles il jugera pouvoir servir en la négociation de la dicte paix, comme tout ce qui peut concerner la Lorraine, le Barois, les Eveschez de Toul, Metz et Verdun , le traicté de trefsves faict entre le Roy d'Espagne et M" les Estats, et touts les traictez et pièces qui peuvent justifier la possession en laquelle le Roy est à l'esgard du Roy d'Espagne, et de ce qui s'est pratiqué sur ce sujet, pour subministrer le tout aux dicts ambassadeurs (]uand ils en auront besoing. « 11 fera le journal de ce qui se passera en la dicte négociation, et tiendra fidel registre de toutes les délibérations qui s'y l'eront et des résolutions qui s'y prendront, selon la coguoissance que les dicts seigneurs ambassadeurs liiy en donneront.
« Le dict s'' GodelVoy devra nussi avoir touts les actes faisant voir comme le Roy a possédé cy devant la ville de Pignerol comme memlire du Dauphiné, et mesme pour justifier que ce lii^n ne relève point de l'Empire.
« Fait à Saint-Germain-en-Laye le XII may 1637. » Signé, Louis : et plus bas. Bouthillier.
Plus tard, des instructions pareilles lui enjoignirent de se transporter à Munster, datées du 25 septembre 164-3. Cette fois il partit avec des lettres de Conseiller d'El.'il, où le roi s'exprimait ainsi :
'( Esliinl l»ien informez de vos services en la
TFIKOnOr.K GOnKFROY 137
r(»(',liorclie dos droicts de iiostre couronne, grandeur et prééminence de ce royaume, où vous vous estes acquis une particulière cogiioissance, et en cette considération nous vous aurions choisy pour estre près di^ nos ambassadeurs extraordinaires que nous envoyons à Munster pour Iraicter la paix liénèralle, pour bailler les mémoires et advis rpii seront nécessaires au laict de la conférence pour le dict traicté, sçachant que vous poiive/, dignement et fidellement servir en cet employ ainsi (pie vous ave/ faict en diverses occasions pour nostre service, dont nous avons tout sujet de contentement : A ces causes nous vous avons esleu et ordonné, eslisons et ordonnons par ces présentes signées de nostre main Conseiller en nos conseils d'Estat, privé et finances, pour dores en avant nous servir en iceux, y avoir entrée, séance et voix délibèrative suivant nos règlements etc. etc. Donné à Paris le neufvième jour d'octobre, l'an de grâce H)i3. Signé Louis, et plus bas : par le lloy, la Reyne régente s;i mère pi'ésente, signé de (inenegand. Scellé. »
En exécution de ces instructions il rédigea bon nombre de mémoires et d'instruments, et tint la plume aux conférences.
Les portefeuilles 11) à ii contiennent divers travaux de lui, le journal des conférences, et quelques correspondances, notamment avec son lils aine. Ils ont servi à l'impression du grand ouvrage intitulé : « Négociations secrètes touchant la paix d(! Munster u et d'Osnabi'Ug, de llVii ;i 1048, etc. — La Haye
138 THKODOHE GODEFROV
« Neaiilme, 172o-172C ; 4- vol. in f". » Jean Le Clerc dirigea cette publication de concert avec les petits-fils de Théodore. Elle offre bien des choses curieuses, mais on peut y désirer un meilleur ordre.
Parmi les rédactions dues à la plume de Théodore durant cette grave mission, je citerai : « Mémoires et '( instruction pour servir dans les négociations et « affaires concernans les droicts du Roy de France « (imprimé depuis à Amsterdam, chez Michel, IGGi); et à Paris, chez Cramoisy, 1 665, in-1 2^ . « Project de la paix de Munster dressé par MM. d'Avaux ambassadeur pour le Roy et Godefroy historiographe de France et secrétaire d'ambassade pour la dicte paix. » (Bibl. du roi. S. G. Gesvres. 39.) « Mémoire des précautions que le Roy doit prendre et des ;isseur;iiices qu'il doit avoir des Roys d'Espagne, avant que d'envoyer ses députés cala conférence pour la paix. »
« Autre mémoire pour faire connoistre que le roy Henry IV n'envoya ses députez pour la conférence à Vervins l'an 1598, qu'il n'eust esté asseuré que les villes et places fortes de Picardie et Bretagne occupées par le roy d'Espagne Luy seroient restituées, et que l'on y employeroit ses alliez. » (S. G. F. 824-.)
« Mémoire des matières et choses qui peuvent servir au traité de paix à Munster. » Ibid.
« Piéliminaires pour la paix, ou mémoires pour servir à la conférence pour la paix avec l'empereur et le roy d'Espagne ; avec partie des incidents survenus en Espagne et ailleurs. » A l'Institut, n" 3'i .]
THKODORK KODEFUOY \:V.)
« Journal des conférences. » lltid. 10.)
« Recueil de ce qui s'est passé de plus notable aux conférences et traictez de paix entre le roy de France et la reine de Suède d'une part, l'empereur et le roy d'Espagne d'autre part, à Munster et Osnabrug es années 1 64-4 à IGi7. » (Ibid. 87.
Les quelques lettres ou plutôt fragments de lettres de Théodore à son fils sont sobres de détails, la discrétion étant de stricte obligation pour un membre de cette nombreuse assemblée diplomatique où s'agitaient et se heurtaient tant dintérèts. où Ion sépiait mutuellement ; sans compter le peu de sécurité sur le secret des communications épistolaires. Ces fragments sont en partie reproduits dans les quatre infolio ci-dessus cités.
Théodore fut en correspondance avec beaucoup de personnages importants et de savants de son temps. J'ai nommé les premiers à la page 121. Quant aux seconds, il me reste peu de lettres. J'ai cité Camerarius; je puis ajouter Gronovius : Grotius, qui se déclare quelque part son ami depuis longues années : Peiresc ; Camusat ; Pierre Dupuy. A ce dernier il adressa plusieurs dépêches intéressantes sur sa r.iission en Lorraine. On ne peut signaler dans ce (|;i il a écrit les agréments du style, mais bien la jusl'sse, le bon sens, labsence de toute recherche. La phime à la main il était le même que dans les habi- Indes de sa vie simple, grave, et studieuse.
Son portrait est au Musée histori(pu> de Versailles,
LÉON (lODEKKOV
ciia.noim;
DENYSE & CATIIEUINE (iODEFUOY
UUSULINES
LÉON (. ODKFKOY
Chanoine
1.(3 fils c;i<l('l (lo Tliéodoi'L! (iodelruy sappchiil l.ùuii. Xé à Paris If 17 sepleinlnc Kilo, il acheva ses Imiuaiiités à Toulouse, suivil des cours de droit, entra dans les oj'dres sacrés, l'ut docteur eu théologie et chanoine de la collégiale de Saint-Martin-de-Montpezat-en-Quercy (5 lieues sud de Cahors), où il mourut probablement en ItiOi-. L'évéque de Séez lui C(jnléra en Ki'iS le petit prieuré de Sainte-Croix rapportant 108 livres, qu'il résigna en 1078, en laveur de son neveu Jean, s' d'Aumont, alors destiné à Fétat ecclésiastique.
J'ai trouve à la bibliothèque de Tlnstitul ^carton n" 219), une longue lettre latine de lui à son père, datée de Toulouse le 30 août \iVM . Il allait Taire une seconde année de rhétorique suivant les intentions de son père. Celui-ci témoignait le désii' de le ravoir
lii LEON GODKFUOY
à Paris : Léon, tout en se déclarant Ycrbeiisemciit pièt ;i obéir, insiste sur la convenance de son séjour à Toulouse. S'il est venu chercher l'instruction aussi loin, c'est qu'étant peu avancé pour son âge, il souffrait de se montrer à Paris moins instruit que la réputation de science de sa famille ne le voulait. Il auiait aimé ne revenir que pour entrer en théologie. 11 va visiter quelques villes voisines de Toulouse et passer les vacances à la campagne, emportant des livres pour remplir utilement ses loisirs. Il a fait un |jetit voyage en compagnie d un ami nommé Besson, « (jui, quoique Gascon, n'est ni pétulant ni trompeui', « plus recommand;d)le encore p;ir son excellent natu- « rel et ses inclinations vertueuses (juc par sa fortune « et l'illustration de ses parents. »
Il envoie la relation de ce voyage, et une longue pièce d'assez mauvais vers sur la conquête des lies de Provence reprises aux Espagnols par le comte d'Harcourt... Il a ouï parler de la réapparition des Croquants qui se seraient emparés en Gascogne d'un ciiàteau assez fort appartenant au marquis d'Ambres, et s'y comportent insolemment.
Dans la même bibliothèque, ir' 250, et aussi à la Bibliothèque du Roi, n° 835740. repose la relation manuscrite de son voyage de Toulouse à Paris, accom- 1)1 i pendant les mois d'août et septemltre 1G38, en visitant Agen, Bordeaux, [.a Rochelle, Nantes. Angers, Poitiers, Tours et Orléans. Il commence par une description détaillée de Tonlouse où il a passé quatre
LÉON r.ODEFROY 145
années, puis nain; tout ce qu'il a vu sur la loute. Son récit ne présente rien de bien remarfjuable, et n'est pas semé de réflexions d'une grande portée ; mais il est de quelque intérêt en ce qu'il décrit une multitude d'objets ((ui ont disparu, ou du moins bien changé de physionomie depuis deux siècles, il se niontie admirateur du cardinal de Richelieu et très-respectueux envers sa toute-puissance. En passant à Loudun il assiste à une scène d'exorcisme, et parle de la possession des Ursulines et d'Urbain (Jrandier, qu'il appelle (h-and Dit' comme les récits officiels du temps.
1! me icstr de lui vingt-sept lettres d'un style fort ordinaire, adressées à sa famille entre les années 1068 et l()S4. Elles le montrent affectionné aux siens, niellant une vie paisible et régulière dans sou modeste canonicat de province qui pouvait rapporter de quatre à six cents livres. Il était insliuit, collectionnait des inscriptions et des épitaphes . avait quelque goût pour les mathématiques, mais n'a rien publié, se contentant de ce vœu exprimé dans une épitre du il) novembre 1670 : « Je souhaiterois que quehju un « de mes neveux s'adonnast à la jurisprudence en « laquelle MM. iiostre ayeul et oncle ont tellement « excellé, qu'ils ont rendu lenr nom illustre parmi « toutes les personnes doctes. »
C'est en \{\ï'A qu il quitta Paris pour aller résider à Montpezat. En 1 600 il y reçut la visite de son frère et de sa belle-sdHU' qu'il accompagna dans une tournée
HO LÉON GODEFUOY
eu Languedoc. Ses neveux trouvèrent plusieurs fois chez lui une cordiale hospitalité, et constaninient une affectueuse attention à leurs intérêts. Il rend compte ainsi de la venue de 1 aine en novembre 1071- : « Pen- « dant son séjour (|ui a esté de vingt quatre jours, <( nous avons tasché de nous divertir es manières les « plus honnestes et les plus agréables, soit en visitant « nos amis à la ville ou à la campagne, dont plusieurs « nous ont traittez, soit en allant à la chasse ou chérie chant des truffes, et nous promenant dans les salra- « niers ; sans oublier la danse et la musique à son " esgard. »
Cette correspondiiiicu toute inlinie d un chanuiiie casanier dans une petite ville reculée, n'offre daulre iitlrait que celui des événements de famille. En dehors je puis tout au plus noter ces particularités à la date de février 1670 : « Les prunes sont une des cho- « ses considérables de ces quartiers. Elles se vendent « prés de quarante sols le quintal. On les transporte à (' Bordeaux où les Anglois el Hollandois s'en pourvoie yent. Onauroit peine de se persuader la prodigieuse « quantité qui s y en débite. Nous ressentons depuis le « 1 3 du mois de décembre dernier un liyver continuel : « il a commencé par un froid fort aspre, et a eu à « suitte de la neige qui ne se lond point enrore. Voicy « deux mois entiers (ju elle duie : qui est une circons- « tance toute extraordinaire à ce pays où de mémoire « d'homme telle chose ne s'est veue... Depuis un « mois il ne se [lailc icy ipu' de loups. La riguenr de
LKON GObEFHOY I i7
« lu saison leur a l'ait (juitter les inonlagues pour « ciiercher dans les vallées de ((iioy se repaistre. Ils « vont attroupez de (|uatre, de cinq, de six et plus « grand nonilne. On asseure < pi' ils ont dévoré i)lu- « sieurs hommes. Ils sont entrez dans nostre ville, et « mesme dans la cour de nostre collège qui est le lieu « où je demeure... Par permission qui n'a jamais >« esté octroyée jusqu'à présent en ce diocèse, on peut « manger des œufs jusqu'au dixiesme du mois pro- « chain. Le défaut général d'herbes au\ jardins en « est cause en partie. »
Il y est souvent question du petit prieuré de Sainte- Croix, dont le mince i)roduit. à la distance de deux cents lieues, était bien malaisé à percevoir, à surveiller, à défendre contre les litiges. Voici ce que le neveu cité plus haut, résidant à Paris, écrivait en avril I67G, à propos de difficultés suscitées : « Comment mon on- « de, vivant aussi loin de Séez, peut-il être instruit de « la vérité d'une atï'aire dont il n'a nulle connoissance « lixe et réelle, et qui passe par tant de dilîérentes « mains, puisque pour la solliciter il faut qu'il me « donne ses ordres, ([u'ensuite je m'adresse à M. de « Pontcarré, lequel en écrit à M. Dufriche grand archi- « diacre de Séez, lequel ne pouvant de son côté rien « faire à cause de son extrême vieillesse, employé M. <.<■ l'archidiacre de Courbonois, qui agit du mieux qu'il « peut ? Quel embarras extrême pour une bagatelle ! »
Aussi en le résignant, avec réserve d'une pension, il S(^ flêbarrassn plnl('>l (luil ne se dépouilla.
DENYSE & C4THERTNE GODEFROY
Ursullnes
Chose remarquable ! Denys Godefroy, le grand jurisconsulte, entraîné vers les erreurs de la prétendue réforme, avait contristé l'Eglise catholique par sa défection. Gomme pour la consoler, un de ses petits-fils fut prêtre, trois de ses petites-filles se vouèrent au cloître.
Veuf de bonne heure, Théodore, qu'absorbaient ses travaux historiques et diplomatiques, confia l'éducation de ses quatres filles aux Ursulines de Troyes. I)enyse, Louise-Catherine et Anne y prirent la vocation religieuse.
Anne, née le 17 février 1622, est à peine nommée dans mes documents ; mais je suis mieux fourni (piant aux deux autres. J ai les contrats passés pour leur admission dans la communauté, et les circulaires envoyées après leur décès, suivant l'usage, aux communautés du même Ordre, circulaires qui sont conime
150 DKNYSR KT (.ATHKRINK (;ODKFH(»V
une pieuse lùographie avec demande de prières. J.a supérieure qui les signa, sœur Claire du Saint-Sacrement, appartenait à la noble maison de Tiioisy. J'ai aussi quelipies-unes de leurs lettres, écrites en 1()08 et 1669.
Les circonstances qui amenèrent leur père à Troyes ne me sont point connues. Il y acquit de véritaldes amis, tels qne Tévèque Malier du Houssai, le savant Camusat, MM. Denise, l'un maire, lantre lieutenantcivil, le troisième supérieur ecclésiastique du couvent durant ^5 ans, etc. : il y acquit aussi une grande considération dont hérita .son fds aîné. Le mérite de ses tilles y fut pour quelque chose. Denyse, née le 15 avril 1612, avait douze ans quand elle perdit sa mère, et dès ce moment, renonça par vœu au mariage. On ne la destinait point à la maison de Sainte-Ursule qui était à son commencement, et d'un dénuement tel qu'une seule grande pièce y servait.à tout, des toiles séparant le chœur, le réfectoire, le dortoir. Ce dénuement fut pour elle un puissant attrait, et elle sollicita d'entrer là de préférence. Sa capacité se révéla de bonne heure : à dix-neuf ans, et encore pensionnaire. « elle gouvernail tout au couvent » écrit M. Camusat. Les conditions de son admission furent réglées par acte notarié du 15 décembre 1631. après quelle eût été soigneusement examinée par le chanoine dii'ecteur. maître Pierre Cotignon. Je les transcris comme témoignage des usages de ce tenq)s. La dot est fixée à '2,000 livres, dont 200 payables le jonr de la prise d'habit, 100 le jour de
DK.NYSK KT CATIIKHINK (;()!>KKROV loi
la profossion, lo surplus ;t la commodité du pèie. moyennant un InténH annuel de cent livres. Le trousseau et le mobilier apportés pai- la pensionnaire demeureront ;i 1,1 maison, et 'M) livres seront versées pour linge. Le jour de l;i prolessiori la |)ostulante l'Cnonce à tontes successions, au profit de ses parents, ifonoraires de notaires et orosse, lo livres. La dot fut soldée entiéreinenl le 7 septend)le 1():{o.
l^rofesse le 22 décembre 1032 sous le nom de Denyse de Jésus-Maria. elle passa par toutes les charges de la communauté ; /élalrice. maitiesse des novices, dépositaire, assistante durant di\ ans et demi, trois fois supérieure triennale. La circulaire la représente comme profondément imbue de Tesprit de sa vocation, nourrie de la Sainte-Ecriture, austère, d'une ferveur soutenue, si fermement attachée à la régie rpiayant été envoyée pour gouverner une autre maison, et ne réussissant p'is à en bannir le relàchcmenl. elle |)référa s'en bannir elle-même et rentrer simple religieuse à Sainte-Ursule. Klle mourut saintement et en exhortant ses conso'urs. le mardi l 'i janvier KiTO. Sa sn'ur cadette, dont je vais parler, I avait précédée de dix jours. Tontes deux laissèrent à la communauté de long^ regrets et d'édifiants souvenirs.
Louise-Catherine, née le lo novembre l()17, fut reçue aux mêmes conditions que son aînée, si ce n'est qu'on éleva ladot à 2,i()0 livres: plus, H) livres pour fourniture d un bréviaire en deux tomes. Pensionnaire i\vr^ l'âge de sept ans. et déclinant l'olfre que lui fai-