‹ Les savants illustres du XVIe et du XVIIe siècleChapitre 12 sur 40 · VIE DE NEWTON · texte numérisé non relu

VIE DE NEWTON

Prééminence de Newton sur les autres savants. — Sa t sance et ses premières années. — Son goût pour l'étui sonindilTérencepourlagealion deses biens. — Sonséji Woolstrop pendant la peste de Londres.— Ses débuts si tillques. — Travaux sur l'optique. — Le livre de3 Pr pes et l'attraction universelle. — Maladie de N'ewtoi Ses ronctions à la Monnaie de Lon^Ires. — Honneurs il est l'objet. —Publication de divers ouvrages. — nière maladie et mort de Newton.

c Que les mortels se gloriBeat de ce qu'il existé un homme qui a fait tant d'honneur genre humain! » Ces paroles hardies, insci sur la tombe de Newton, constituent un é] dont il est difficile de soutenir le poids, et pour le mériter, il fallait, h la sublimité du gi scientifique, joindre l'éclat d'une haute phih phie et les vertus d'un grand cœur, New lui-même n'y aurait pas des droits absolus.

T. IC. if

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pendant peu d'hommes se sont n tains égards, plus dignes d'une tel qui frappe, en effet, dans la vie de gieux, c'est l'immense supériorité non seulement sur les savants ( mais encore sur les savants de toi de tous les pays. Il est toujours t il s'agit des hommes supérieurs, d'une manière définitive sur leur leur prééminence; chacun d'eux | des partisans devant la postérité, restera incertaine. Mais, en présen toute hésitation disparaît, le mondi naît en lui le type le plus parfait d'un accord unanime, le proclame i Cette supériorité de Newton s'es par la profondeur de son intelligen de pensée et par la puissance de tr dilation dont il était doué. Toutefo sui'iit pas toujours pour réaliser h couvertes ; i! faut encore un heure' circonstances qui lui permettent libre carrière et de compléter, en pos, l'œuvre dont les siècles ontp ments. On sait que l'illustre Lagrai amèrement d'être venu trop tard pas eu un monde à expliquer ; *

u Newton a paru, dans la suite des ment précis où la science avait besoin IX siècles plus tût, il n'aurait peutffl à soulever le poids immenae des [u'il a résolus; mais, dans cet inlerïants ont travaillé pour lui : Copernic, ô, Kepler ont renouvelé l'astronomie ; ■éé la mécanique ; Descaries enfin a )métrie et l'analyse à la hauteur des tmioa modernes. Dès lors tout est prêt I pour le succès, et le jour du triomphe est arrivé, iste, il faut bien le reconnaître, jamais vic- Itoire ne fut plus complète et plus fertile en résultats. Depuis bientôt deux cents ans, les savants ■ont occupés & développer les conséquences des [iques découvertes de Newton, et ils sont krès loin d'avoir épuisé la mine féconde qu'il fut f premier à exploiter. On peut donc, sans témés considérer comme le plus grand, et en Sème temps comme le plus heureux de tous les Ivants qui aient jamais existé. La gloire de ■ewlon ne se borne pas d'ailleurs à avoir résolu ^ problème fondamental de la mécanique céleste, I a abordé avec un égal bonheur toutes les par- ) la science. Il partage avec Leibnilz l'honleur d'avoir créé l'analyse infinitésimale, et ses pmirables travaux sur les sciences naturelles,

particulièrement sur l'optique, le placent aussi au premier rang des physiciens. Enfin, il faut remarquer que, par suite de la tendance naturelle de son esprit, Newton avait l'habitude de méditer longuement les questions soumises à son étude, de les approfondir avec une persévérance infatigable, et de ne livrer au public que des œuvres d'une perfection achevée. On comprendra, d'après cela, les témoignages d'admiration et d'enthousiasme dont il fut l'objet de la part de ses contemporains, et^ auxquels viendront se joindre ceux de la postérité la plus reculée.

La vie et les travaux de Newton ont été, pendant ces derniers temps, l'objet de nombreuses recherches, et des savants éminents se sont oc« cupés d'en retracer la merveilleuse histoire. Parmi ces derniers, on doit citer surtout l'illustre M. Biot, qui a laissé sur cette matière plusieurs mémoires aussi remarquables par la haute portée des jugements que par l'impartialité du juge. Ces mémoires, publiés à diverses époques et dans divers recueils, ont été réunis dans un ouvrage intitulé : Mélanges littéraires. C'est là qu'il convient de recourir pour connaître à fond tout ce qui concerne le grand homme et pour apprécier avec équité les contestations, souvent très délicates, qu'on a coutume de soulever à son sujet. Il

n'entre point dans notre plan de reproduire ces savantes discussions ; nous nous contenterons de rappeler les traits principaux de la vie de Newton, d'initier le lecteur à ses principales découvertes, et surtout de caractériser le genre d'influence qu'il a exercée sur le mouvement scientifique et intellectuel de son temps.

Isaac Newton naquit à Woolstrop, dans la province anglaise de Lancastre, le 25 décembre de Tannée 1642. Il vint au monde avec une constitution si faible et si délicate qu'on désespéra de le conserver à la vie. Sa mère, devenue veuve de bonne heure, se remaria au bout de peu d'années, mais ne négligea point l'éducation de son premier fils, et le mit en pension, vers l'âge de douze ans, dans la petite ville de Grantham. Les débuts de Newton n'eurent rien de brillant, ni qui pût faire deviner la prodigieuse carrière scientifique à laquelle il était appelé. On pouvait seulement remarquer chez lui un goût très prononcé pour la mécanique. Sa chambre d'étudiant était remplie d'instruments et de petites machines qu'il construisait lui-même avec beaucoup d'habileté. On cite, par exemple, un cadran solaire, une horloge à eau qui fonctionnait avec une précision remarquable, et un moulin à vent d'une forme très ingénieuse. Au bout de deux ans, sa

re, qui ne pensait pas h faire de lui un savant, ■appela à Woolstrop afin qu'il commençât d'adlistrer lui-môme, avec i'atde d'un fermier, le naine dont la mort de son père l'avait rendu isesseur. Mais le jeune propriétaire ne montrait ^oût ni aptitude pour la gestion de son bien, •squG sa mère l'envoyait à la ville, les jours de fché, en compagnie d'un domestique, pour y idre les produits de la ferme, il avait coutume laisser le soin de la vente à son serviteur et irait s'enfermer dans son ancienne chambre aolier. Quelquefois même il n'allait pas jusqu'à ville, mais s'arrêtait dans la campagne, au d d'un arbre, oîi il passait la journée k lire et léditer; c'est là qu'un de ses oncles le trouva jour profondément absorbé par la solution a problème de mathématiques. Lorsqu'il fut onnu que le jeune Isaac ne serait jamais qu'un uvais agriculteur, sa famille se décida à le iser suivre désormais ses goûts pour l'étude. le renvoya à Grantham pour y terminer ses îsea élémentaires ; après quoi, à l'âge de dix- Lf ans, on le plaça à l'université de Cambridge. m ne le distingua d'abord de ses condisciples ; ibtint, comme la plupart d'entre eux, le titre scholar, mais sans éclat, et, au bout de deux I, il n'occupait encore dans les classements

qu'un rang assez médiocre. Cependant, s'il ne possédait pas ces qualités spéciales qui font briller un élève dans les examens, il n'en faisait pas moins des progrès marqués dans l'étude des sciences. La géométrie d'Euclide fut le premier livre qu'il étudia, mais pour ainsi dire en passant. Il se bornait à examiner l'ordre et l'énoncé des propositions et suppléait au reste par un travail personnel de démonstration. Deux ouvrages d'une autre nature furent, au contraire, de sa part, l'objet d'une étude sérieuse et soutenue ; ce sont : le traité de géométrie de Descartes, et celui de Wallis sur l'arithmétique des infinis. On peut dire que ces deux ouvrages révélèrent à Newton son propre génie et qu'ils furent les sources fécondes où il puisa les éléments de ses découvertes .

Dans le cours de l'année 1665, la peste ayant éclaté à Cambridge, les élèves de l'université furent licenciés. Newton en profita pour retourner dans son domaine de Woolstrop, et* là, au sein de la retraite la plus profonde, il se livra, pendant deux ans, à un travail incessant de méditation qui le mit dès lors en possession des principes sur lesquels reposent ses travaux ultérieurs. C'est, en effet, un point acquis désormais à Thistoire que dès l'année 1666, c'est-à-dire à l'âge de vingt-

quatre ans, Newton avait déjà pressenti les trois grandes découvertes qui ont surtout immortalisé son nom : le calcul des fluxions, la théorie de la lumière et la loi de Tattraction universelle. Les principes de ces découvertes n'étaient pas sans doute parvenus, dans son esprit, à Tétat de maturité complète, mais ils y étaient néanmoins conçus d'une manière très distincte, et, pendant sa longue carrière scientifique. Newton n'avait plus qu'à développer lentement et progressivement les germes contenus dans ses premières pensées.

D'après une anecdote bien connue, il paraîtrait que ridée de l'attraction universelle lui fut suggérée par un effet du hasard. Comme il était assis dans son jardin, à l'ombre d'un pommier, un fruit se détacha de l'arbre et vint tomber à ses pieds. Dans la disposition d'esprit oti se trouvait Newton, ce phénomène, si vulgaire en lui-môme, fut un trait de lumière, et aussitôt il se prit à réfléchir sur la cause qui sollicite ainsi les corps à tomber. Mais cette force ne s'exerce-t-elle qu'à la surface de la terre? Ne serait-elle pas simplement un cas particulier d'une force générale répandue dans l'univers et qui produirait les mouvements célestes? Ne serait-ce pas, par exemple, cette pesanteur qui, étendue jusqu'à la Lune, lare-

tient dans la sphère d'activité de la Terre et lui fait parcourir invariablement son orbite ? Telles sont les pensées hardies qui se pressèrent dans son esprit et dont il entreprit sur-le-champ la vérification. Le résultat ne répondit pas exactement à son attente, car, au lieu de Taccord qu'il attendait, son calcul lui donna, pour la valeur de la pesanteur terrestre étendue à la lune, une valeur trop forte d'un sixième environ. Cet écart, considéré en lui-même, n'était pas excessif, et des recherches ultérieures ont montré qu'il provenait de la détermination peu exacte de la dimension de la Terre, dont on faisait alors usage. Un savant ordinaire iaurait pu se tenir pour satisfait et attribuer l'écart en question à l'influence de causes secondaires, encore inconnues; mais, pour un esprit aussi rigoureux, une simple approximation ne suffisait pas. Newton fut donc découragé et il pensa, ou que son hypothèse était fausse, ou que certaines causes indéterminées en restreignaient la généralité : en conséquence, il cessa de s'en occuper.

Cependant la peste ayant disparu, il revint à Cambridge et concourut pour le grade de fellow. On sera sans doute surpris d'apprendre que celui, dont le génie avait déjà pris un tel essor, n'obtint que la dernière place du concours. Pour expliquer

ce fait étrange, il est bon de rappeler que, dans Texposition orale des théories scientifiques, New* ton manquait de cette facilité et de cette élégance qui exercent toujours tant d'influence sur la décision des juges. Il était d'ailleurs du nombre de ces génies méditatifs et solitaires qui demeurent concentrés en eux-mêmes, sans révéler à personne le résultat de leurs investigations. Par la suite, il ne cessera de se maintenir dans les limites d'une extrême réserve et se renfermera souvent dans un secret impénétrable. Lorsque le moment sera venu de publier enfin ses travaux, il semblera encore prendre à tâche de dissimuler sa route et sa méthode ; ses démonstrations seront présentées sous une forme synthétique ; les intermédiaires seront supprimés, et le but seul apparaîtra dans toute sa simplicité et sa force. Cette tactique avait sans doute pour Newton l'avantage de rehausser l'éclat de ses découvertes, en leur imprimant le caractère de l'imprévu et du mystère ; mais elle a eu en même temps pour la science un résultat fâcheux, en privant les autres savants des instruments précieux de recherche que Newton possédait, et qu'un esprit plus communicatif se fût empressé de mettre à leur disposition.

Cependant, dans le cours de l'année 1668, un

incident scientifique vint révéler le génie de Newton qui était resté jusque-là inconnu à ses maîtres eux-mêmes. Le géomètre Mercator avait publié récemment un traité intitulé : Logarithmo* technia, où se trouvait exposée une méthode nouvelle et très remarquable concernant l'analyse des séries. Newton, en s'occupant des mêmes questions, était déjà parvenu, de son côté, à une méthode beaucoup plus générale ; mais, retenu par son jeune âge et persuadé d'ailleurs que Mercator achèverait facilement lui-môme sa découverte, il ne voulut rien publier et se contenta de communiquer à son professeur Barrow un manuscrit où ses propres recherches étaient exposées. Celui-ci fut émerveillé de voir un semblable trésor entre les mains de son élève, et peut-être encore plus surpris du soin singulier qu'il avait mis à le tenir caché. Ce travail ne fut publié que beaucoup plus tard, en i7H, sous le titre suivant : De Analyst per «quationes numéro termïnorum infi^ nitas. On y trouve une théorie remarquable du développement des fonctions en séries, et les premiers germes de la méthode des fluxions.

Isaac Barrow, dont nous venons de prononcer le nom, mérite ici une mention particulière à cause de l'heureuse influence qu'il exerça sur son illustre disciple. Ce que Mœstlinusavait été pour

Kepler, Barrow le fut pour Newtoni Après lui avoir servi de maître, il Tencouragea dans ses débuts et publia avec bonheur ses premières découvertes; un peu plus tard, lorsque Barrow se décida, tout jeune encore, à renoncer à Tétude des sciences pour s'adonner à la théologie, c'est en faveur de son disciple favori qu'il résigna sa place de professeur à l'université de Cambridge.

A peine investi de cette fonction élevée, Newton s'empressa de justifier le choix dont il avait été l'objet, par une série de travaux du premier ordre sur la théorie de la lumière. Ce fut la matière des leçons par lesquelles il inaugura, à l'âge de vingt-sept ans, sa carrière de professeur. Le triomphe eût été certain si le talent d'exposition avait égalé chez le maître la sublimité du génie ; malheureusement Newton apporta dans son enseignement les mêmes défauts qui, peu d'années auparavant, avaient déjà nui à ses succès comme élève ; malgré l'importance de ses leçons, la tradition rapporte que le vide se faisait souvent autour de sa chaire.

Dans le monde savant, au contraire, sa réputation grandissait de plus en plus, et, dès l'année 1672, ses amis s'occupaient de le faire admettre à la Société royale de Londres. Pour répondre à cet honneur, il crut devoir adresser au

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président une de ses découvertes : le télescope qui porte son nom et qui était Tun des résultats de ses recherches sur l'optique. L'instrument produisit une vive sensation; aussi, à la suite d'un accueil si favorable, New^ton se trouva amené à communiquer à la Société une découverte bien autrement importante : celle de l'analyse de la lumière. Il en sera parlé plus loin ; disons pour le moment que cette découverte, l'une des plus belles de la physique, suscita à son auteur une foule de contradictions et de critiques ; ainsi se trouva justifié le soin extrême qu'il prenait à cacher les résultats de ses recherches. Il conquit la gloire, mais il perdit le repos et la paix. . Parmi ses adversaires, on remarque surtout le physicien Hooke, savant d'un rare mérite, mais d'un caractère inquiet et envieux. Cet homme, que Newton devait rencontrer à diverses reprises, comme rival et comme contradicteur, a produit lui-même des travaux importants et a rendu à la science de sérieux services, mais il manquait de cette logique rigoureuse et de cette précision mathématique qui constituent le caractère essentiel du génie de lS[ewton. Il émet dans ses récits des hypothèses ingénieuses, des conceptions hardies, mais il n'approfondit rien, et le plus souvent ses démonstrations n'ont aucune base

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