LB9 SAVANTS ILLUSTRES
variation de deux lignes pour soixante et quÎDze pieds d'élévation. A partir de ce moment, le problème était définitivement résolu, et le baromètre devenait en môme temps un instrument précieux pour la mesure des grandes hauteurs. Après avoir rappelé les principales découvertes de Pascal, on peut se demander quelle inQuence elles ont eue sur le mouvement scientiQque de son époque. A ce sujet, tout en reconnaissant leur haute valeur, il est bon de ne rien exagérer. Malgré la grande et légitime réputation de Pascal, il faut bien l'avouer, si l'on ne considère en lui que le géomètre et ai l'on a uniquement en vue le progrès même de la science, son rôle a été assez limité. 11 a abordé des questions ardues, des problèmes difficiles dont il adonné avec bonheur la solution, mais ses travaux ne sont pas comparables aux découvertes de pluBÎeurs'de ses prédécesseurs; il est loin do Tycho-Brahé et de Galilée pour le génie d'observation; comme inventeur, il est très inférieur à Copernic, à Kepler, aussi bien qu'à Descartes, son contemporain.
Ses recherches se caractérisent plutôt par la sagacité de l'investigation et par le mérite de la difficulté vaincue, mais elles n'ont abouti à aucune de ces grandes lois qui renouvellent une branche des conaaissances humaines et font
époque dans la science. N'était-il point capable de produire par lui-même quelqu'une de ces œuvres monumentales? Assurément on ne saurait le nier de la part d'une si puissante intelligence ; mais pour atteindre un tel but, il faut autre chose que du génie, il faut encore le temps, la patience et une invincible opiniâtreté, il faut que le savant, possédé de son idée, fasse trêve à toute autre pensée, pour la suivre sans relâche et avec passion. Pascal possédait à un degré éminent ces rares qualités, mais il les dirigea d'un autre côté. Sa vie fut partagée et comme morcelée entre les sciences pour lesquelles la nature l'avait si heureusement doué, la philosophie dont l'étude absorba de bonne heure toutes ses facultés, et les querelles religieuses où Ton doit regretter à tant d'égards qu'il se soit trouvé mêlé. Dans cette disposition d'esprit, la science pure finit par ne plus avoir à ses yeux qu'une importance secondaire, et par ne plus lui offrir d'autre intérêt que de le faire mieux écouter quand il parlait de philosophie ou de religion. C'est sans doute par suite de cette même indifférence qu'il lui arrive, dans son livre des Pensées, de parler si légèrement des systèmes astronomiques qui venaient de renouveler la science des phénomènes célestes. Quelques auteurs ont même pensé que Pascal
professait encore à cet égard les opinions erronées des anciens, mais cette assertion est loin d'être bien établie. « Que la terre, dit-il dans son célèbre chapitre sur les deux infinis, paraisse à l'homme comme un point auprès du vaste tour que le soleil décrit; » c'est la forme figurée de langage dont on se sert même de nos jours • « Je trouve bon, ajoute-t-il ailleurs, qu'on n'approfondisse pas l'opinion de Copernic. » Malgré le ton sceptique de cette phrase, on ne peut y voir une négation formelle du sytème nouveau; on doit seulement s'étonner de ce que Pascal l'ait écrite, surtout après les découvertes de Kepler et de Galilée. « Que prendrons-nous de là, semble-t-il conclure avec Montaigne, sinon qu'il ne nous doibt chaloir lequel ce soit des deux, et qui sait qu'une tierce opinion, d'icy à mille ans, ne renverse les deux précédentes. »