VIE DE DESCARTES
Stat de ta philosophie à l'époque où parut Descartes. — Sa naissance et ses premières années. — Il étudie à Paris. — Il prend du service militaire en Hollande, puis en Allemagne. — Voyages en Allemagne et en Italie. — Il se fixe en Hollande et se livre tout entier à l'étude de la philosophie et des sciences. — Voyages fréquents en France. — Correspondance avec la reine Christine. — Descartes se décide à aller en Suède.— Son séjour à Stockholm» — Sa maladie et sa mort.
« Le respect que Ton porte à Tantiquité, écrivait Pascal, est aujourd'hui à tel point, dans les matières où il doit avoir le moins de force, que Ton se fait un oracle de toutes ses pensées et des mystères môme de ses obscurités, que Ton ne peut plus avancer de nouveautés sans péril, et que le texte d'un auteur suffit pour détruire les plus fortes raisons. »Tel est, en effet, Texcès dans lequel finit par tomber la philosophie du
LES SAVANTS ILLUSTREE
en-Age, et le vice radical qui causa sa ruine, rré les immenses services qu'elle avait rendus isprit humain. La réaction commença au siècle par les sciences. Déf^ager l'astronola physique, la mécanique, et en général sciences naturelles , des anciens préjugés, : leur ouvrir une voie nouvelle : tel fut le principal poursuivi par les savants de cette lue, et le succès éclatant de leurs premiers 'ts était un gage assuré de ce que l'on pouespérer pour l'avenir.
i réforme philosophiquevint un peu plus tard : lit la tâche réservée au xvii" siècle, et, parmi hommes qui y ont le plus contribué, il n'en lucun dont l'influence soit comparable h celle tescartes. Comme toutes les réactions, cette rme fut une véritable révolution. <t Ce n'est ajoutait encore Pascal, que mon intention soit orriger un vice par un autre, et de ne faire me estime des anciens parce qu'on en fait . Je ne prétends pas bannir leur autorité [* relever le raisonnement tout seul, quoique veuille établir leur autorité seule au préjudu raisonnement > Mais les nouveaux phiphes ne l'entendaient pas ainsi ; après avoir lué un joug devenu insupportable, ils ne lurent plus relever que d'eux-mêmes et de
leur propre pensée. Ce nouvel' excès ne pouvait manquer d'entraîner, à son tour, des abus énormes ; pour en juger, il suffit de considérer Fanar* chie et la confusion inextricable qui régnent dans la plupart des systèmes modernes et les aberrations étranges où sont tombés les plus grands esprits.
Avec Descartes, nous assistons du moins à la phase la plus sensée et la plus brillante de ce puissant mouvement philosophique dont il fut le principal promoteur. On trouve, il est vrai, dans ses ouvrages, des erreurs nombreuses et capitales ; la plupart de ses théories sont même depuis longtemps abandonnées ; mais l'impulsion qu'il a communiquée aux intelligences subsiste encore dans toute sa force, et, parmi les systèmes philosophiques contemporains, bons ou mauvais, il en est peu qu'on ne doive rattacher, par des liens intimes, à la réforme cartésienne.
Ce grand homme naquit à la Haye en Tour-' raine, le 31 mars 1596. Sa famille, originaire de Bretagne, appartenait à la noblesse; son père était conseiller au parlement de Rennes.
Dès l'enfance, le jeune René fit paraître des dispositions extraordinaires pour l'étude et la méditation; on le surnommait déjà le petit philosophe. A l'âge de huit ans, son père l'envoya au
collège des jésuites de la Flèche, ou il se fit re-* marquer, non-seulement par son progrès dans les sciences, mais encore par la netteté et la précision de son intelligence, et surtout par Tindépendance et la logique rigoureuse de son esprit, qui ne pouvait se contenter du simple exposé des principes reçus dans les écoles, et rejetait sans hésiter toute proposition dont la démonstration était incomplète ou douteuse.
Son séjour à la Flèche fut de huit années ; il en sortit en 1612, à Tâge de seize ans, pour aller passer une année dans sa famille, à Rennes; après quoi son père, confiant dans la sagesse et les habitudes sérieuses du jeune étudiant, l'envoya à Paris, accompagné d'un simple valet de chambre. La conduite de Descartes ne répondit pas d'abord à cette marque d'estime paternelle ; on le voit, en effet, pendant les deux premières années de son séjour, rechercher la société des .jeunes gens et se livrer avec ardeur au jeu et aux divertissements. Mais bientôt, par un brusque changement, il rompit tout à coup avec ses habitudes de relâchement, quitta toutes ses connaissances et se retira dans une maison isolée du faubourg Saint- Germain où, protégé par un secret absolu, il se remit sans réserye à l'étude. Au bout de deux ans, un de ses anciens amis
le rencontra par hasard dans la rue, le suivit jusqvCk sa demeure et le décida h reparaître dans le monde.
A rage de vingt et un ans, Descartes se décida à prendre du service militaire. Les sentiments de nationalité et de patriotisme n'étant pas alorâ développés, comme ilà Tont été depuis, il ne faudra pas trop s'étonner de le voir quitter la France pour aller, en Hollande, se mettre, en qualité de volontaire, sous les ordres du prince Maurice de Nassau. D'ailleurs son but était moins de se créer ainsi une carrière que de voyager pour s'instruire, pour étudier les hommes et pour se fortifier contre les divers accidents de la vie^
C'est à cette époque qu'il faut rapporter les premières productions de Descartès. Pendant l'hiver de 1618, il profita des loisirs que lui laissait le service pour composer divers traités sur la philosophie et les mathématiques. Traversant un jour les rues de Bréda, il vit la foule arrêtée devant une affiche, et s'adressa h son plus proche voisin pour en connaître l'objet. Il s'agissait d'un problème à résoudre et l'interlocuteur était le professeur Beckman qui, croyant avoir affaire à un jeune officier plus occupé d'armes et de plaisirs que de science et de calculs, offrit en plaisantant de traduire l'affiche sous la condition
9udre le problème. Le déO fut accepté, tman ne fut pas médiocrement surpris I, dëa le lendemain, l'inconnu vint lui apla solution promise.
iB le meurtre politique de Baraeveldt, tes quitta la Hollande pour aller se mettre vice du duc de Bavière, alors en guerre s protestants. Il entre à Prague, ft la suite mée victorieuse, et assiste aux fêtes du nement du nouvel empereur; mais, toulus curieux de science que de guerre, il iccupe surtout de savoir ce que sont deve-
instruments de l'astronome Tycho-Brahé, {uelques années auparavant dans cette j'empereur Rodolphe les avait achetés aux rs pour une somme de vingt mille écus, ■enait si strictement enfermés que Kepler oae n'avait jamais pu ni les voir ni s'en
Pendant la guerre de Bohème, l'élecm moment triomphant, ayant permis le , tout fut brisé et détruit, à l'exception çrande sphère en cuivre, dépourvue du e tout intérêt.
is une dernière campagne en Hongrie, tes renonça définitivement à la carrière ?e et revint en France après avoir visité d de l'Allemagne. Dans une traversée.
d'Embden à la Frise occidentale, il courut un grand danger. Les matelots qui le transportaient, voyant un étranger de chétive apparence, seul avec son domestique, conçurent le projet de le tuer pour s*approprier ses dépouilles; mais, comme ils parlaient entre eux de leur complot. Descartes, qui savait heureusement assez de hollandais pour les comprendre, se lève tout à coup avec fermeté, tire son épée et en menace le premier qui tentera de l'approcher. Tout se borna h cette démonstration et le voyage s'acheva tranquillement.
L'année 1619 est une date mémorable dans la carrière de Descartes ; c'est à cette époque qu'il faut rapporter ce travail extraordinaire de méditation dont ses biographes ont souvent parlé. Dans le bâtiment où il prenait son quartier d'hiver, se trouvait une salle fortement chauffée que, dans ses écrits, il désigne sous le nom d'hypo" çaustum, c'est-à-dire une espèce de calorifère ou d'étuve. Pendant toute la saison il s'y renferma d'une façon presque absolue, uniquement oC" çupé de rechercher les fondements d'une nouvelle philosophie, t Ce genre de vie, dit son historien Baillet, jeta son esprit dans de violentes agitations qui augmentèrent de plus en plus, par une contention continuelle ot il le jetait, sans souf-
frir que la promenade ouïes compagnies y fissent diversion ; il se fatigua tellement que le feu lui prit au cerveau et qu'il tomba dans une espèce d'enthousiasme qui disposa de telle manière son esprit déjà abattu qu'il le mit en état de recevoir des songes et des visions, t Dans un écrit intitulé : Olympica, on trouve en marge ces mots : (c 10 novembre 1619, — j'ai commencé de comprendre rinvention admirable. » — Ailleurs :
« Ceci fut composé pendant mon enthousiasme. » « En novembre 1619, raconte encore Descartes, j'ai eu un songe pendant lequel j'ai récité le poëme VII d'Ausone :
Quod vitm sectahor iter ? etc.
Une autre fois, il crut entendre un violent coup de tonnerre et la chambre où il était lui parut toutenfôu.
A ce travail de méditation venait se joindre un caractère religieux très prononcé. C'est une chose bien connue que, dans son ardeur pour la recherche de la vérité. Descartes avait fait le vœu d'un pèlerinage à Notre-Dame de Lorette, au sujet duquel il s'explique en ces termes : « Avant la fin de novembre, je gagnerai Lorette à pied depuis Venise, si cela se peut commode-» ment et si c'est l'usage ; sinon, je ferai du moins
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ce voyage avec toute la dévotion qu'on a coutume d'y apporter, et je terminerai mon traité avant Pâques ; et si les livres ne me manquent pas, et si le mien m'en paraît digne, je le publierai comme je Tai promis aujourd'hui. » Diverses circonstances retardèrent l'exécution de ce vœu, et, dans l'intervalle. Descartes se mit à rechercher et à visiter tous les hommes dont il pouvait espérer quelque secours pour la réalisation de ses desseins. Il y avait alors en Allemagne une secte d'illuminés connus sous le nom de Rose- Croix, qui promettaient à leurs adeptes une science nouvelle avec la véritable sagesse. C'en était assez pour que Descartes se mît à leur poursuite ; mais, malgré beaucoup de voyages et de démarches, il ne put jamais rejoindre ces philosophes singuliers qui semblaient prendre à tâche de se rendre invisibles; aussi, lorsque, de retour à Paris, le bruit se répandit qu'il s'était affilié à leur secte, il répondit plaisamment qu'il suffisait de se montrer pour faire tomber cette imputation.
Après son voyage d'Allemagne et un court séjour en Hollande, Descartes était revenu en France. Par suite de la mort de sa mère, il se trouvait en possession d'un bien assez considérable, consistant en plusieurs fermes et, en ou-
travaux de la pensée. La Hollande, au contraire, sortie victorieuse de ses guerres avec les Espagnols, jouissait d'une prospérité exceptionnelle et d'une liberté qu'on aurait vaijiement cherchée sur d'autres points du continent. Du reste, la principale raison de cet exil volontaire paraît avoir été celle du climat. On pourrait dire qu'il y a, pour les productions de l'esprit, comme pour celles de la nature, des climats privilégiés. Les œuvres d'art et d'imagination naissent plus volontiers dans les contrées méridionales; le soleil les fait éclore sous ses rayons ardents, au milieu des fleurs éclatantes et des parfums exquis; pour les travaux abstraits il faut un ciel plus froid, une nature plus sévère ; il faut que les sens restent calmes, toujours maîtres d'eux-mêmes, et que les rêves brillants et colorés de l'imagination ne viennent pas interrompre les spéculations austères de la raison pure. Tels sont, en effet, les sentiments dont Descartes était animé et qu'il exprime maintes fois à ses amis dans sa correspondance»
Cependant la tranquillité qu'il avait espéré trouver en Hollande, ne devait pas être sans mélange. Malgré son amour de la retraite et sa prudente réserve, il allait se voir en butte à une persécution tracassière et prolongée. On attaqua ses
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doctrines philosophiques; à ses preuves sur Texistence de Dieu, on répondit par une accusation redoutable d'athéisme et de matérialisme; des ministres protestants, à la tête desquels se trouvait Voët d'Utrecht, furent, pendant cinq ans, les propagateurs opiniâtres de cette odieuse calomnie. Dans cet intervalle de temps parurent douze libelles diffamatoires qui finirent, à la longue, par surexciter l'opinion publique. Descartes, après avoir d'abord dédaigné d'y répondre, dut pourtant se préoccuper d'une agression aussi injuste et aussi persistante. Il était temps, car ses ennemis en étaient venus à persuader aux magistrats de faire son procès et de le condamner comme athée. L'ambassadeur de France fut obligé d'intervenir; grâce à ses démarches, la procédure, déjà avancée, fut heureusement arrêtée dans ses suites.
Pendant la durée de son séjour en Hollande, Descartes revint plusieurs fois en France, où. il avait d'ailleurs pour correspondant habituel le P. Mersenne, religieux de Tordre des Minimes ; mais, ni les avances, ni l'accueil empressé dont il était l'objet, ne purent le décider à s'y fixer. Cet accueil même lui était suspect : <c Je m'aperçus, écrivait-il à ce sujet, qu'on voulait m'avoir en France, à peu près comme les grands seigneurs
eut avoir dans leurs ménageries un éléphant, m lion, ou quelques animaux rares. • D'un e côté, il n'avait pas k se louer de sa famille, exception de son père qui l'aimait tendrement, autres parents n'avaient pour lui que du dé-
et, n ne le regardant plus que sous le titre ux de philosophe, dit Baillet, tâchaient de icer de leur mémoire, comme s'il eût été la Le de leur race. • Lorsque son père mourut, 649, à l'âge de soixante-dix-huit ans, on ne pas même la peine de l'en informer; un mois ^a l'événement. Descartes, croyant toujours père en vie, lui écrivait encore une lettre plie des sentiments les plus touchants. Dana iffaires d'intérêt qui suivirent, cette mort, il aussi à ae défendre contre la rapacité d'un } aîné, dont il se plaint, h diverses reprises, termes assez vifs. A l'occasion d'une autre ;es8ion provenant d'un oncle, il écrivait : a Je donné aucune charge à mon frère d'agir pour dans mes affaires; que s'il s'ingère de faire que chose en mon nom, comme se faisant fort lOi, il en sera désavoué. Lorsqu'il se plaint que
se fait à son préjudice, il témoigne encore r envie de se faire mon procureur malgré , comme il a fait au partage de la succession non père, pour me ravir mon bien sous ce
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prétexte, et sur Tassurance qu*il a que j'aime mieux perdre que de plaider. Ainsi sa plainte est semblable h celle d'un loup qui se plaindrait que la brebis lui fait tort de s'enfuir, lorsqu'elle a peur qu'il ne la mange. » On comprend d'après cela que le séjour en France devait être peu sympathique à Descartes et qu'il avait hâte de retourner, au plus tôt, dans sa chère retraite.
C'est pendant un de ces voyages qu'il fit la connaissance de M. de Ghanut, ambassadeur de France à Stockholm. La Suède était alors gouvernée par la fille de Gustave-Adolphe, la reine Christine, non moins célèbre par son aptitude pour l'administration d'un grand Etat que par l'ér lévation de son esprit et retendue de ses connais* sances. M. de Ghanut l'engagea à étudier les ouvrages de Descartes et à se mettre en relation de correspondance avec lui. Dès l'année 1647, elle lui avait fait écrire pour lui adresser une de ces questions qu'on proposait autrefois aux sages de l'antiquité : il s'agissait de savoir en quoi consiste le souverain bien. Descartes répondit, à la manière de Socrate et de Platon, que le souverain bien réside dans la vertu et la joie d'une bonne conscience. La reine fut si enthousiasmée de cette solution, qu'elle voulut le remercier de sa propre main, en le priant instamment de venir en Suède
pour lui exposer de vive voix les principes de sa philosophie.
Cette proposition inattendue jeta Descartes dans une grande perplexité. C'était lui demander de renoncer à sa chère retraite et à son repos, pour se lancer au milieu des hasards de la vie des cours. Il pouvait espérer sans doute que la reine le traiterait avec égard et lui laisserait la plus grande liberté ; mais cette indépendance ne serait-elle pas plus apparente que réelle, et les honneurs dont il serait Tobjet compenseraient-ils les avantages de sa vie tranquille et studieuse?
D'ailleurs sa santé n'aurait-elle pas à souffrir d'un climat si septentrional? Descartes avait toujours eu une constitution frêle et délicate ; dès la jeunesse, il avait ressenti les premières atteintes d'une affection de poitrine, dont il triompha dans la force de l'âge, mais qui exigea longtemps des soins assidus. Il se laissa néanmoins séduire à la pensée d'avoir pour élève une reine illustre, et de pouvoir installer sa philosophie à côté d'un trône, Il se décida donc, et, après avoir mis ordre à ses affaires, comme sous le pressentiment d'une mort prochaine, il se rendit à Stockholm vers la fin de l'année 1649. La reine le reçut avec toute sorte d'honneurs, le dispensa de l'étiquette, et lui offrit de grands avantages pour le fixer en Suède*
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De son côté, Descartes accepta d'assez bonne grâce son rôle nouveau de courtisan et s'y prit de son mieux pour être agréable à la souveraine. L'auteur du Discours sur la Méthode ne crut pas trop déroger en composant des vers à l'occasion d'un bal ; on a môme retrouvé dans ses papiers le manuscrit d'une pièce de théâtre dont il voulait faire hommage à la reine. En même temps il rédigeait les plans et les statuts d'une académie sué** doise, dont aucun étranger ne devait faire partie, prenant ainsi ses mesures pour le cas où Ton aurait eu l'idée de lui en imposer la direction. Il commença, en outre, le cours des leçons royales^ objet principal de son voyage.
La reine Christine avait coutume de se lever de très bon matin et de donner aux travaux de l'esprit les premières heures de la journée, afin de vaquer ensuite librement aux affaires de l'Etat, C'était une sujétion qui devait coûter beaucoup à un homme accoutumé à rester très tard dans son lit et à passer ainsi toute la matinée à méditer. Il y avait de plus, dans ce changement d'habitudes, un véritable danger pour Descartes ; lorsqu'il se rendait au palais, il était obligé de traverser une partie de la ville et, bien qu'il fit ,usage de la voiture de son hôte, M. de Chanut, le froid l'incopmodait beaucoup, surtout pendant un hiver d'uno T ir. 6»
rigueur exceptionnelle. Le 2 février 1650, une fluxion de poitrine se déclara et prit, dès Torigine, un caractère menaçant. Les médecins le pressèrent vivement de se faire saigner, mais il résista à toutes leurs instances : c Messieurs, leur disaitil dans le délire de la fièvre, épargnez le sang français, i Au bout de huit jours, il se décida, mais le mal avait fait des progrès irrémédiables, et la mort survint, le 11 février, à quatre heures du matin. -> •
En apprenant la fatale nouvelle, la reine Christine ne put s'empêcher de témoigner publiquement sa douïeur par des larmes. Son intention avait d'abord été d'honorer les restes mortels du grand philosophe en leur procurant la sépulture des rois; mais dés motifs de religion s'y opposèrent. Les funérailles eurent lieu suivant le Hte catholique et sans aucune pompe ; une simple tombe surmontée d'une pyramide carrée et quelques inscriptions firent tous les frais du modeste mausolée.
' Seize ans plus tard, les cendres de Descartes furentrapportées en France, et déposées avec honneur dans l'église de Sainte-Geneviève. En 1793, à l'époque de la spoliation des édifices sacrés, ces restes furent transportés au musée des monuments français; un décret de la Convention
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avait décidé qu'ils seraient placés, avec un buste, au Panthéon; mais, malgré les réclamations de rinstitut, le décret demeura sans effet. 'Sous la Restauration, en 1819, ils furent transportés solennellement à Téglise Saint-Germain-des-Prés.