LA METHODE
Traité des Règles pour ta direction de V esprit. — Procédé du Doute méthodique, — Le Discours sur la Méthode, — - Le Cogito, ergo sum. — L'évidence, caractère de la vérité. — Triple restauration, du moi, de Dieu, du monde extérieur, — Dieu, auteur des êtres et de toutes les vérités. — Descartes essaie d'expliquer a priori l'origine du monde physique et le mécanisme des êtres animés. — Ses idées sur le progrès des sciences naturelles, et en particulier de la médecine.
A peine affranchi de la tutelle de ses maîtres, Descartes entreprit de se tracer un plan d'études et de se créer une méthode nouvelle. Il avait ré-» digé, à cet effet, un petit traité intitulé : Règles pour la direction de l'esprit, qui devait être pour lui une sorte de programme et de vade-mecum. Ce •traité n'a vu le jour que cinquante ans après la mort de son auteur, mais il avait été composé dans le temps de sa jeunesse. « Nous aussi, y est-
il dit, nous nous félicitons d'avoir reçu l'éducation de l'école; mais maintenant nous sommes délié du serment qui nous enchaînait à la parole du maître et, notre âge étant devenu assez mûr, nous avons soustrait nos mains aux coups delà férule. • Toutefois, après avoir congédié ses premiers guides et quitté les sentiers battus, il fallait frayer à l'esprit une voie nouvelle et lui donner comme une boussole pour s'orienter à travers ce monde nouveau qu'il s'agissait d'explorer. Tel est l'objet du traité en question, qui nous fait assister aux débuts de Descartes et aux origines de sa philosophie.
Supprimer, dans la recherche de la vérité, toute autorité autre que celle de la raison pure, et n'admettre d'autre critérium de la vérité que l'évidence : voilà le point de départ. « Il faut chercher sur l'objet de nos études, non pas ce qu'en ont pensé les autres, ni ce que nous en soupçonnons nous-mêmes, mais ce que nous pouvons voir avec clarté et évidence, ou déduire d'une manière certaine. C'est le seul moyen d'arriver à la science. » Il n'est pas absolument inutile de lire les ouvrages des anciens, mais à titre de simple renseignement; cette lecture môme n'est' point sans danger, à cause des erreurs et des préjugés qui peuvent en résulter. Et d'ailleurs « eus-
sioQS-nous lu tous les raisonnements de Platon et d'Aristote, nous n'en serions pas plus phîloso-' phes si nous ne pouvions porter sur une question quelconque un jugement solide. Nous paraîtrions en effet avoir appris, non une science, mais deThistoire. » Pour Descartes, « toute la méthode' consiste dans Tordre et dans la disposition desobjets sur lesquels l'esprit doit tourner ses efTotts afin d'arriver à quelques vérités. Pour la; suivre, il faut ramener graduellement les propositionsembarrassées et obscures à de plus simples, et ensuite partir de l'intuition de ces dernières pour' arriver par les mêmes degrés à la connaissance des autres. » — « C'est en ce seul point, ajoutet-il, que consiste la perfection de la méthode, et cette règle doit être gardée par celui qui veut entrer dans la science, aussi fidèlement que le fil de Thésée par celui qui voudrait pénétrer dans le labyrinthe. »
Voilà la géométrie introduite dans la place, et* la philosophie remise aux mains des mathématiciens; car c'est bien là, en effet, leur procédé général d'analyse et de démons traction.
Mais une science ainsi comprise ne sera-t-elle pas purement idéale? Résistera-t-elle à l'épreuve de la réalité? Quelle sera, dans cette méthode, la part de l'observation et de l'expérience? Descar-
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tes aurait biea souhaité de pouvoir s*en passer et de réduire tous ses principes à des conceptions abstraites; toutefois, comme la chose n'est pas possible, il indique, dans une dernière règle, le rôle qu'il attribue à cette source de connaissances. « Enfin, dit-il, il faut se servir de toutes les ressources de rintelligence, de Timagination, des sens, de la mémoire, pour avoir une intuition distincte des propositions simples, pour comparer ce qu'on cherche avec ce qu'on connaît, et pour trouver les choses qui doivent être ainsi comparées entre elles ; en un mot, on ne doit négliger aucun des moyens dont l'homme est pourvu, t Cette part d'influence attribuée à l'expérience paraîtra sans doute bien restreinte et insuffisante, aujourd'hui surtout que, par suite d'un excès opposé, la méthode expérimentale a prévalu dans les sciences d'une façon à peu près exclusive, et quç beaucoup d'esprits se sont habitués à la considérer comme la source unique de nos connaissances. La tendance de Descartes est complètement opposée à cette manière de voir; lui aussi se servira de l'expérience, mais le moins possible, et à la dernière heure , comme d'un simple moyen de vérification et de contrôle ; c'est la dernière démarche d'un homme qui , dans la poursuite active d'un but difficile à atteindre,
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ne veut rien négliger ni rien laisser à l'imprévu.
Une fois en possession de sa méthode, Descartes entreprit de faire une revue crititique de toutes nos connaissances et de discuter les titres de la faculté de connaître elle-même « Il n'est, dit-il, aucune question plus importante à résoudre que de savoir ce que c'est que la connaissance humaine et jusqu'où elle s'étend C'est là une
question qu'il faut examiner une fois dans sa vie, quand on aime tant soit peu la vérité, parce que cette recherche contient toute la méthode et comme les vrais instruments de la science. Rien ne me semble plus absurde que de discuter audacieuseiiient sur les mystères de la nature, sur l'influence des astres, sur les secrets de l'avenir, sans savoir si Tesprit humain peut atteindre jusque-là. » Mais comment sortir de ces incertitudes? Gomment secouer le joug de ces opinions hasardées, de ces jugements préconçus auxquels l'habitude seule prête une apparence de force? Descartes l'entreprend en inaugurant un procédé radical qui est celui du doute méthodique étendu à toutes nos connaissances.
Son système se trouve longuement développé dans le célèbre Discours sur la Méthode, publié pour la première fois à Leyde, en 1637. « J'avais dès longtemps remarqué, dit l'auteur, que, pour les