‹ Les savants illustres du XVIe et du XVIIe siècleChapitre 8 sur 40 · I LES SAVANTS ILLUSTRES · texte numérisé non relu

I LES SAVANTS ILLUSTRES

iura, il esl besoin quelqucFois de suivre des nions qu'on sait être fort inceplaînea, tout de me que si elles étaient indubitables ; mais, ir ce qu'alors je désirais seulement vaquer à la herchc de la vérité, je pensais qu'il fallait que sse tout le contraire.etqueje rejetasse comme olumentfauxtoutceen quoi je pourrais imagi-

le moindre doute, afin de voir s'il ne resterait it après cela quelque chose en ma créance qui sntièrement indubitable. Ainsi à cause que nos s nous trompent quelquefois, je voulus super qu'il n'y avait aucune chose qui fût telle Is nous le font imaginer ; et, pour ce qu'il y a

hommes qui se méprennent en raisonnant, ne touchant les plus simples matières da métrie, et y font des paralogismes, jugeant j'étais sujet à faillir autant qu'aucun autre, je tai comme fausses toutes les raisons que j'a- . prises auparavant pour démonstrations et n, considérant que toutes les mêmes pensées

nous avons, étant éveillés, nous peuvent li venir quand nous dormons, sans qu'il y en ucune pour lors qui soit vraie, je me résolus eindro que les choses qui m'étaient jamais Ses dans l'esprît n'étaient non plus vraies que llusions de mes songes. »

a doute aussi absolu est-ij raisonnable? Est'

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il îtiéfflë praticable? Si Ton Veut pàrldt* de cette sUspifcîdii pr'ovisdire dàiis laquelle ôii tient des pfôgosiUons iriçertaînes, le doute est ftsâuréthént légitifiié, il est ttiêrae une cdiiditlon essentielle potlt* âfflYet* à là vérité ; mais le dotilé liilivei*sél et absolu egt pftitiquëffient impossible ; tirië fo'uld de noliotiS ëi d'idées ptenlièr^es lui échappent fdfeéffiéiit, et c*ëât uiië Véritable chifnèrë de suppôSëi* (Jil'tin esprit dé sens droit puisse feérlètïsëmëtil les révaqtiei^ ëii dotite. Ûéscdrtës né la pas fait, et il coiïviefil de îë considérer, ildil côniifié un pyrfhôniëîi àtiâsi radical qu'il feembleTàsSurer, mais comme un hotftme qui, sans reriVeréët* Fédî^ fîce de âés ancienfiés crajaiicës, entreprend d'ëfl sonderleè fondements et d*ën con$tèttef Id solidité. Il fallait ènstlitë prdcéder àtî traVàîI de i^estauration et trouver dans lèt philosophie de pôîtit fixe qu'Arcllimèdé réôktîidît autrefois pouf sduleVërîe inonde. Of, aprèâ aVoif essayé de mettre en doute, ridn-séùlemefit ses cofinaissàficés an-» térieur''es, mais ericofe celles qiii vienrieiît dii monde extérieur par les seils, Oëscarteâ ajouté : « Mais aussitôt je pria garde que, pendant que je voulais penser' (|iië tout était faux, il fallait fiéanmoins que ftïoi, qiîî le pensais, fiissë quelque chose; et retùâùquant que cette Véfitê : Je pense, donc je suis, était si ferme et si assufée

Lie toutes les plus exlravagaiiLes suppositions Bs sceptiques n'étaient pas capables de l'ébranr, je jugeai que je pouvais la recevoir sans scrunie pour le premier principe de' la philosophie ae je cherchais. » L'existence de l'être pensant : iUe est donc la vérité primitive qui va lui servir retrouver toutes les autres; le minimum quid concussum sur lequel il va bâtir son système, e point de départ a été l'objet de nombreuses 'itiques. La preuve de l'être par la pensée it certainement irrécusable, mais est-elle aussi îclusive que l'auteur le prétend? N'avons-nous 18 aussi bien, et mieux encore, la preuve de atre existence par le sentiment même de notre .re? Après tout, la pensée, considérée comme :te intellectuel, n'est pas un fait permanent; il y des moments ofi nous ne pensons pas, et ce- 3ndant le sentiment de notre existence n'en perste pas moins avec toutes ses conséquences logiaes: Tout ce qu'on peut dire, c'est que l'axiome mdamental est parfaitement légitime et que escartes a très bien pu le prendre comme base 'i son système; dans les mathëmatiques, une léorie peut s'établir en partant de diverses donnes également vraies ; de même, en philosophie, ne vérité bien établie sert à retrouver toutes les jtres.

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Et maintenant, quel sera le caractère essentiel, le critérium de la vérité ? Descartes le place dans révidence. « Après cela, dit-il, je considérai en général ce qui est requis à une proposition pour être vraie et certaine ; car, puisque je venais d'en trouver une que je savais être telle, je pensai que je devais aussi savoir en quoi consiste cette certitude. Et ayant remarqué qu'il n'y a rien du tout en ceci : Je pense, dôYic je suis, qui m'assure que je dis la vérité, sinon que je vois très clairement que, pour penser, il faut être, je pensai que je pouvais prendre comme règle générale que les choses que nous concevons fort clairement et fort distinctement, sont toutes vraies, mais qu'il y a seulement quelque difficulté à bien remarquer celles que nous concevons distinctement. » Il y a, en effet, une foule de choses qui nous paraissent d'abord évidentes et dont un plus ample examen nous démontre la fausseté. Il y a plus ; tandis qu'une personne admettra une proposition comme parfaitement évidente, une autre sera très fermejnent et très sincèrement persuadée de la fausseté de cette même proposition, de sorte que, dans un certain sens, le caractère de l'évidence se trouve être purement relatif. Pour échapper à cette difficulté. Descartes établit une distinction entre ,les êtres eux-mêmes et les idées dont ils sont

"ibjet ; les êtres pourraient, à Ja rigijepr, n'avoir iCune réaliLé, et les idées n'en subsisteraient ,s moios h l'état de connaissance claire et évi^nte. 11 eq résulte que notre certitude doit porr uniqueinenl sur les conceptions abstraites des oses et sur les rapports nécessaires qui exianl entre elles.

Mais alors, comment atteindre les réalités es-mêœeH? Descartes y parvient par un long tour- Après avoir établi l'existence (}u moi par pensée, il entreprend une seconde restautioii qui cppaiste dans la déoionstration do sistcnce de Dieu. Réduite ^ux termes les plu^ i)ples, S3 preuve peut se forqiuler aiqsi ; nou^ ons en nous certaines idées claires et distinctes nt nqus n'avons pas la cause en nous-mâmes ; 3 idées nous viennent donc d'uno cause extéiure ; il y a donc quelque chose hors de poos, nous pouvons affirmer avec certitude, au sujet cette cause, tout ce que nplre pensée perçoit ec évidence. Or, nous avons clairement l'idée m être nécessaire et infini, renfermant toutes ; perfections possibles ; donc cet objet 4e nos' usées existe réellement et possède actuellement ites les perfections dont nous avons l'idée ire; donc Dieu existe. Descartes ajoi^te : « Par aom de Dieu, j'entends une substance inGnie,

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éternelle, immuable, indépendante, toute connaissante, toute puissante et par Jiaquelle moi-même et toutes les choses qui sont, s'il est vrai qu'il y en ait qui e^^istent, ont été créées et produites. Op, ces avantage^ sont si grands et si éminents que, plus .attentivement je les considère, moins je me persuade que l'idée que j'en ai puisse tirer son prigine de moi seul. Et par conséquent il faut nécessairement conclure, de ce que j'ai dit précédemment, que Dieu existe, v ^

A pette première preuve, qu'on pourrait appe» ler la preuve de l'objet par l'idée, Descartes en ajouta plus tard ^^ux î^utres, dont l'une repose sur le développement nécessaire de l'idée de Dieu. Si Dieu n'existe pas, il faut, ou que l'être pendant existe par lui-même, ce qui est manifestement faux, ou qu'il e3f:iste en vertu d'autres eau» pes finies ; hypothèse qui ne fait que reculer la difficulté san^ la résoudre : donc il fjaut nécessair rement que Dieu existe.

Mais, pbjectait-on h, Déscaptes, il ne suffit pas de concevoir un être pour qu'il existe réellement, la pensée ne pouvant, en cela, imposer aucune nécessité à la nature 4es choses. A cette objection, Descartes répondait que, lorsqu'il s'agit de Dieu, la nécessité d'exister entre précisément dans l'idée que nous en avons. « Il n'y a pas moins

lit LES SAVANTS ILLLSTHES

répugnance, disait-jl, b concevoir un Dieu, Bt-à-dire un être souverainement parfait, ausl manquerait Texistence, c'est-à-dire quelque 'fection, que de concevoir une montagne qui ût pas de valiée, ou un triangle dont les trois ;lea ne soient pas égaux à deux droits. » Telle . la substance de la troisième preuve que ine Descartes pour démontrer l'existence de

3es diverses preuves portent en elles le carac- 6 d'une excellente philosophie et de grands ests, tels que Fénelon et Leibnitz, n'ont pas héi à les accueillir avec un empressement qui en lausse encore, s'il est possible, l'importance et valeur. Est-ce à dire que les preuves de ce ire soient seules décisives, ou même qu'elles nt une valeur comparable aux preuves tirées l'ordre moral ? On peut le contester; où peut me ajouter que les preuves abstraites paratnt toujours bien subtiles et peu accessibles à plupart des hommes. Elles éblouissent un mosnt, comme le soleil, le regard de l'intelligence ; lis, l'impression une fois passée, on se demande l'on a bien vu et si l'on n'a pas été dupe do elque brillante illusion.

Dn peut encore se demander si la preuve méibysique de l'existence de Dieu appartient en

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propre à Descartes, ou s'il n*a pas été précédé dans cette voie par d'autres philosophes. Il faut reconnaître en effet qu'elle se trouve déjà présentée, avec d'admirables développements, dans le Proslogium de saint Anselme ; le mérite de Descartes consiste surtout à l'avoir renouvelée sous une forme plus méthodique et plus en rapport avec la tournure d'esprit de ses contemporains. Après avoir établi l'existence de l'être pensant et celle de l'être infini, Descartes va maintenant redescendre au monde de la nature et essayer d'en faire aussi la restauration ; il s'appuie, à cet effet, sur le principe de la véracité divine. Nous pouvons sans doute nous tromper dans les conséquences que nous tirons des impressions des sens, mais ces impressions n'en sont pas moins très réelles. « Dieu n'étant point trompeur, il est très manifeste qu'il ne nous envoie point ces idées immédiatement par lui-même, ni aussi par l'entremise de quelque créature dans laquelle leurs réalités ne seraient pas contenues formelle'ment, mais seulement éminemment. Car, ne m'ayant donné aucune faculté pour connaître que cela soit, mais au contraire une très grande inclination à croire qu'elles partent des choses corporelles, ■je ne vois pas comment on pourrait l'excuser de tromperie, si en effet ces idées partaient d'ail-

OU étaient produites par d'autres causes r àe$ choses corporelles; et partant, il faut re qu'il y a des choses corporelles. » C'est iniquement à cause de la véracité divins lescartes croit h l'exislence des corps, ot lent à cause du témoignage des sens, Cauxa trompent sans eeftse; un bâton est-ll

(jana l'eau, ils jioua le montrent brisé; ■iF est-elle carrée, ils nous la font paraître ; cet homme a la jaunisse, il voit tout en

cet autre a la jambe coupée, il noaifr^ D membre imaginaire. Enfin, qui nous rét que, dans l'état de veille, nous ne sodas sujets, comme pendant Is sommeil, h.

ile d'illusions? Ne perions-nous même pas :tde quelque génie malfaisant qui prendrait k nous tromper ot à remplir notre intellide vains fantômes? Pour nous rassurera ird. Descartes n'a à nous offrir, pour gaque la véracité d'un Dieu entrevu h la luou trop éclatante, ou trop vacillante, d'un^ tion abstraite.

irait encore intéressant de suivre Descarirsque, après cette triple restauration du e Dieu et du monde extérieur, il essaye Duer la chaîne des autres vérités premièles que : la distinction de l'ime et du corp«.

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Je libre arbitre, riromortalité de Tâme, puis les vérités de Tordre moral, et enfin celles de Tordre scientifique; mais cette revue nous conduirait trop loin, ^fous dirons seulement que Descartes fait dépendre toutes ces idées de celles que nous ^vpns ^ur la Divinité. Dieu est iion-seulemept la cause des êtres, mais encore celle des vérités premières qui ne sont telles que parce qu'il Ta voulu ainsi. Il a créé les vérités comme il a créé les êtres ; et en cela, coi^me dans tout le reste, il n'a d'autre règlp que sa volonté. Mais quoi ! si Diey Tayait voulu, il îjurait donc pu établir autrement leg règles du vr^i, du beau et du bien? Desoo-rtes Je proclame sans hésiter ; « C'est parler do Piep, écrit-il au P. Mersenjae, comme d'un Jupiter Qu d'un Saturne, et Tassujettir au Styx et ftux destinées que de dire que ces vérités sont iodépend.antes de lui. Ne craignez point, je vous prie, d'assurer et de publier que c'est Dieu qui a établi ces lois en la nature, ainsi qu'un roi établit des lois en son royaume. » Les vérités mathématiques ne sont pas même exceptées; si les rayons d'un cercle sont tous égaux, si les angles (d'un triangle valent deux droits, si enfin deux et deux font quatre, c'est que Dieu Ta voulu ainsi, ce qui suppose que les choses auraient pu être .autrement. Ici Pescartes tombe dans une exa-

gération insoutenable, eL il vaut mieux a'en tenir à oroùoncer, comme il l'explique en un autre en- 3it, qu'il n'y a aucune vérité qui soit antérieure Dieu, ni qui puisse en être séparée. « On ne ut dire que ces vérités seraient, quand même eu ne serait pas, car Dieu est ta première et la is éternelle de toutes les vérités qui peuvent ■e, et la seule d'oîi procèdent toutes les aui8. »

Les prétentions de Descartes ne s'étaient pas rnées & reconstituer l'ensemble de nos connaisaces premières ; il avait encore tenté d'explier à priori, par sa méthode, les origines mêis du monde physique, et jusqu'au mécanisme s êtres animés. Mais ces nouveaux essais n'ont s été heureux; le système des tourbillons, rès avoir joui quelque temps de la plus grande ;eur, s'est évanoui comme un rêve en présence s découvertes de Nevi^ton, et les médecins en nt encore à chercher ces panacées merveilleuses i devaient prolonger indéliniment la vie huiine. Ce dernier problème avait longtemps éoccupé Descartes qui, à ce sujet, s'était livré ie nombreuses recherches sur la structure et irganisation des animaux. Son but avait été ibord d'en donner l'explication, au moyen de 'incipes abstraits, sans recourir au témoignage

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des sens ; toutefois il est bientôt oblig'é de reconnaître que la solution de la question se présente sous une forme indéterminée, rien n'empêchant Dieu de créer les êtres sous telle ou telle forme, avec tel ou tel attribut. Il se résigne donc à consulter l'expérience, en réduisant le plus possible cet emprunt forcé. Une forme définie, un peu de matière fermentescible lui suffiront, pense-t-il, pour tout expliquer. Voici, du reste, ses propres expressions : « De l'étude des corps inanimés et des plantes, je passai à celle des animaiix.et particulièrement à celle des hommes. Mais, pour ce que je n'en avais pas encore assez de connaissance pour en parler du même style que du reste, c'està-dire en démontrant les efTets par les causes, et faisant voir de quelles semences et en quelle façon la nature les doit produire, je me contentai de supposer que Dieu formât le corps d'un homme entièrement semblable à l'un des nôtres, tant en la figure extérieure de ses membres qu'en la conformation intérieure de ses organes, sans le composer d'autre matière que celle que j'avais décrite, et sans mettre en lui au commencement aucune âme raisonnable, ni autre chose pour y servir d'âme végétante et sensitive, sinon qu'il excitât en son cœur un de ces feux sans lumière que j'avais déjà expliqués, et que je ne concevais

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ppintd'mia autre nature que celui qui échauffe Je foin, lorsqu'on Ta enfermé avant qu'il fût sec, ou qui fait bouillir les vins nouveaux lorsqu'on les laisse cuver sur la râpe : car, examinant les fonctions qui pouvaient, en suite de cela, être dans pe corps, j'y trouvais exactement toutes celles qui peuvent être en nous sans que nous y pensions, 3?

Desçartes espérait que, par des études de ce genre, on arriverait à inventer a une infinité d'artifices qui feraient qu'on jouirait- sans aucune peine des fruits de la terre et de toutes les conimodités qui s'y trouvent, mais principalement pour la conservation de la santé, laquelle est sans doute le premier bien et le fondement de tou& les autres biens de cette vie, « Il faut donc étudier avep spin la niédecine, d'autant plus qu'il n'y a personne, même de ceux qui en font professipn, qui n'avoue que tout ce qu'on y sait n'est presjque rien à comparaison de ce qui reste à y savoir; et qu'on pourrait s'exempter d'une infinité de maladies, tant du corps que de Tesprit, et même aussi peut-être de l'affaiblissement de la vieillesse, si on avait assez de connaissance de leurs causes et de tous les remèdes dont la nature nous a pourvus. Or, ayant dessein d'employer toute ma vie ^ la recherche d'une science si nécessaire, et ayant

rencontré un chemin tel qu'on doit infailliblement la trouver en le suivant, si ce n'est qu'on en soit empêché par la brièveté de la vie ou par le défaut des expériences, je jugeais qu'il n'y avait point de meilleur remède contre ces deux empêchements, que de communiquer fidèlement au public le peu que j'aurais trouvé, et de convier les bons esprits à passer plus outre. »

Malgré sa bonne volonté et ses efforts, il est trop évident que Descartes n'était pas en mesure de tenir ce qu'il avait promis ; les erreurs nombreuses où il est tombé, dans ce genre de recherches, montrent clairement que sa méthode, si utile d'ailleurs dans les mathématiques et les autres sciences abstraites, ne saurait être appliquée, sans de graves inconvénients, à l'étude de la nature et des sciences d'observation.

TRAVAUX SCIENTIFIQUES

La Géométrie, la DioptriqiLe, les Météores et les Principes,

— Théorie des équation^ algébriques. — Application de l'analyse à la géométrie. — Construction et discussion des courbes. — Problème des tangentes. — Problème des maxima et des minima» — Système des ondulations.

— Théorie de la réfraction. — Explication de l'arc-en-ciel.

— Système des tourbillons. — Recherches sur les principes de la mécanique et sur le choc des corps. — Réflexions sur les erreurs scientifiques de Descartes.

Dans le temps môme où paraissait le Discours sur la Méthode, Descartes lui donnait pour complément trois traités spéciaux : la Géométrie^ la Dioptrique et les Météores, afin de montrer que l'application des nouveaux principes n'était pas limitée aux questions philosophiques, mais qu'elle s'étendait également à tous les ordres de connaissances, et pouvait y produire une rénovation analogue. C'est dans ces trois traités, et dans le

livre des Principes, publié sept ans plus tard, que se trouvent exposées les recherches scientifiques de Descartes sur les mathématiques, la physique et Tastronomie. L'analyse de ces travaux va nous donner une nouvelle preuve des avantages de la méthode de Tauteur et des dangers qu'elle présente si Ton veut en faire un usage exclusif.

Le traité de Géométrie de Descartes est certainement le plus beau de ses ouvrages scientifiques, et peut-être son titre de gloire le plus incontesté. Il ne faut pas s'en étonner : la géométrie est un monde d'abgtractioQS où le gavant, tirant tout de son propre foijc}, xfa. rioja à emprunter à Te^^périencd et n'est point gêné dans ses déductions par les réialités du monde sensible ; or c'est précisément dans les spéculations de ce genre que Descartes excellait et que son génie aimait à se donner libre carrière.

La théorie des équations algébriques fut d'abord l'objet de ses investigations. On lui doit, sur cette matière, uiie règle très remarquable^ conni^e sous le nom de règle des signes, dopt le but est de déterminer une limite supérieure du nombre des racines réelles. 0a lui doit aussi plusieurs principes nouveaux et très utiles sur lacomposition des équiations, ainsi que sur l'interprétation et l'usage des solutions négatives. Mais

DESCAUTES J27

8.a découvepU 1^ plus importante cQnc^rn^ T^p? pUci^tiou diB r^ns-Jy^e à la gépmétrip d^s cQurb.es. Av9.pt lui, Qn s'était déjà servi de Tt^Igèbre pour résoudre ceptfiins problèmes de géométrie et ïqj\ avait môme fait us^gp des systèmes de coQrdou? nées pouï? facilite?? cette reabercbe ; m9.is personne n'avait encore eu Tidée de rcprésputer les courbes elles-mêmes p^-r des équatiqns qui sont pomme le tableau résumé et concis de toutes leurs pro^ priétés. Dès Iops Tétucje de la géométrie se v^mène à une questioii d'^u]^lys^ et emprunte ^ Jg. puissante f|î.cuUé de généralisation de l'algèbre une force extraordinaire. Cette transformation de l|L géométrie a produit dans les sciences ma-f thématiques une révolution profonde ; elle a préparé la voie ^nx imn^ortels travaui^ de Newton, et, sans elle, on ne serait jamais parvenu au calcul infinitésimal, ce mpryeiUeuj instrument d§

la science modepup»

Descartes appUqu^^ d'abord sa métbo(}e k h solution complète de divers problèmes qui avaient arrêté avant lui les géomètres, ou dont on ne possédi^it que dps solutions particulières. Jl s'en

servit ensuite pour U construction des équations de divers degrés, et pour la classification des courbes diaprés le degré de leurs équations. La théorie des sections coniques, ou courbes du

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second degré, fut l'objet de son attention spéciale et lui doit des perfectionnements essentiels. Il étudia aussi avec un soin particulier les courbes connues sous le nom d'ovales et de fok'um. Parmi les problèmes qu'il résolut, on doit citer surtout celui des tangentes, dont Hoberval et Fermât s'étaient déjà occupés. La solution de Hoberval se fondait sur des considérations empruntées à la mécanique ; celle de Fermât se rattachait aux propriétés des maxima et des minima; enfin celle de Descartes se déduisait de la théorie algébrique des racines égales ; elle se distinguait des précédentes par son caractère purement analytique, et par sa grande généralité. ,

La question des maxima et des mi'ntma, dont pescartes s'occupa aussi de son côté, fut l'occasion, entre Fermât etlui, d'une querelle extrêmement vive où le philosophe se montra acerbe et injuste à l'égard de son rival, et se donna presque tous les torts. Des amis communs essayèrent de réconcilier les deux savants ; Fermât fit les premières démarches auxquelles Deacartes répondit d'assez mauvaise grâce et sans déposer des senti-

ents d'irritation qui continuèrent de percer dans

i correspondance.

Le traité de Dioptrique a pour objet l'étude de la

mière. Descartes commence par exposer ses

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vues sur la nature intime de cet agent physique. Selon lui, « la lumière n'est autre chose qu'un certain mouvement, une action prompte et vive qui se dirige vers notre œil, en traversant l'air ou les corps diaphanes interposés. > Tel est le point de départ de la célèbre théorie des ondula^' fions qui a renouvelé toute l'optique. Jusqu'alors on était habitué au système de l'émission dans lequel on considérait la lumière comme une substance matérielle extrêmement subtile que les corps éclairants émettaient autour d'eux dans toutes les directions. Saint Thomas d'Aquin est peut-être le seul, parmi les anciens, qui ait deviné cet important progrès de la physique moderne. Dans sa Somme théologique (première partie, question Lxviii), il se pose cette alternative : la lumière est-elle un corps, ou simplement une qualité des corps? et, après une discussion délicate, il conclut en faveur de cette dernière opinion. Toutefois la théorie des ondulations ne devait pas triompher sans difficulté ; Newton et la pluprfrt des savants de son temps tenaient encore pour l'émission enfin, au commencement de ce siècle, on a vu des physiciens éminents continuer de prêter à ce système l'appui de leur talent et l'autorité de leur nom. Aujourd'hui, après les travaux de Fresnel et de Cauchy, la question est définitivement tran-

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chée en faveut* de rhypolhèôe des Ondulftiidfl&. Descaf les fut fuoinS heufetijif pôùi* sa théorie de la réfractiori. Soîi explication était foôdéé 3ur ce fait inexact ^ue la lumière, eti passant d'un corps dâfis uri autre Corps plus deiise, de j'aïf daîîs Tcau paf exemple, augmêiite de vitesse Stilvatit la perpendiculaire à la surface de sépâfàtlofi des deUx milieux, de maniéré à se rapfirochef' dé cette dernière direction. Il disait encore que la lumière, à son entrée dans l*eau, se comportait comme une balle qui a reçu un cou{J de raquette dans le sens dé Son mouvement. Ses idées furent accueillies par de nombreuses objections ; ôiî trouvait, en particulier, que ce Coup de raquette, introduit à Timprovisté pour le besoin de là cause, avait un caractère occulte peu compatible avec les principes d'évidence dont rautéur s'était fait une loi. La théorie de Newton, daris le systèrbè de rémission, était du moins plus ratiofifielle ; si la lumière est un Corps, on comprend que, lOrS de Son passage dans un milieu plus dense, Tftttraction exercée Sur là molécule luinînëtise pourra devenir plus considérable et déterminer aînSi un accroissement de vitesse. En réalité, il est main-» tenant démontré que la vitesse de la lumière décroît dans les milieux pluS denses, ce qui est du reste conforme au principe des ondulations.

Quoi qu*il en soit, Descartes, en poursuivant son étude, et en faisant usage des expériences du savant Polonais Vitellion, arriva h la loi bien connue des sinus qui est la base de toute la théorie de la réfraction. Cette loi célèbre, qui avait échappé au génie si pénétrant de Kepler, paraît avoir été trouvée pour la première fols par le Hollandais Snellius ; mais celui-ci n'avait point publié son travail; aussi, d'après les règles adoptées pour les questions de priorité. Descartes conserve le principal honneur de la découverte. Le problème des réfractions fut encore Toccasion d'un débat passionné entre Descartes et Fermât. Ce dernier chercha, de son côté, à expliquer les faits au .moyen d'une hypothèse tout opposée et, chose singulière I il parvint au même résultat. Fermât rattachait sa solution aux propriétés des maxima et des mtnima; il partait de ce principe que la nature opère toujours avec le moins de dépense possible; il admettait d'ailleurs que la lumière -se meut plus difflcilement dans Teau que dans l'air. Cela posé, imaginons qu'un mobile ait à passer d'un milieu dans MU autre dont l'accès soit plus difficile, et supposons que Ton cherche le chemin que le mobile doit suivre pour arriver, dans le tetbps le plus court, d'un point du premier milieu à tin point du se-

cond ; un calcul très simple conduira précisément à la loi des sinus. Descartes montra dans cette nouvelle lutte d'autant plus d'animosité qu'il se sentait soutenu par la plupart des savants contemporains. Fermât fit encore les premières avances de réconciliation et, sans être convaincu, il finit par dii'e que, puisque tant de gens habiles étaient contre lui, il fallait bien qu'il eût tort; mais que, dans tous les cas, il avouait ne rien comprendre à la démonstration de son adversaire.

Comme application de ses principes sur la réfraction, Descartes s'était occupé de rechercher la forme la plus convenable à donner aux verres d'optique. Malgré son peu de sympathie pour les choses d'expérience, il avait imaginé deux machines pour la taille des verres, et s'était mis en rapport avec un fabricant hollandais ; il ne paraît pas que ses procédés aient donné des résultats bien utiles.

Il entreprit avec plus de succès d'expliquer les diverses circonstances du phénomène de l'arc-enciel. L'Italien de Dominis avait déjà rendu compte de l'arc intérieur au moyen des rayons lumineux qui parviennent à l'œil de l'observateur après s'être réfléchis à l'intérieur des gouttes de pluie, mais son travail n'était qu'une première ébauche

de la solution. Il restait encore à expliquer Tare extérieur, à calculer exactement la position et la dimension des deux arcs, puis à justifier Tordre et l'arrangement des couleurs des bandes irisées. Descartes résolut les deux premières difficultés ; la troisième ne fut levée que plus tard par Newton, lorsqu'il eut établi sa théorie de la dispersion des couleurs.

Pour compléter cet exposé, il reste à dire quelques mots de la partie scientifique du livre des Principes, Descartes avait dédié cet ouvrage à la princesse Palatine, Elisabeth de Bohême, qui fut, ainsi que la reine Christine, du nombre de ses disciples. Cédant à de pressantes invitations, il était venu auprès d'elle pour lui exposer les principes de ses doctrines ; aux leçons avait succédé, jusqu'à la fin de sa vie, une correspondance suivie.

CTest dans le livre des Principes qu'on trouve développé le fameux système des tourbillons^ destiné à expliquer à priori la formation des mondes et les lois des mouvements des corps célestes; entreprise ambitieuse dont l'insuccès radical montre combien il est imprudent de fonder une théorie physique sur des conceptions abstraites sans tenir compte des données de Pexpérience. Le système des tourbillons est, en effet, une œu-

vrè de piire fantaisie, Considéré en liii-inéifié, il fait pëii d'honiieiir à la philosophie de Dèscartës et dbît être fâùgé pàrMî le§ ésâàis lés pliiS iiîàîhèurëux dont l^histoiré de la science fasse îîièntiôn. Gassendi à porté, aii sujet des Principes, ce jugement sévère : « Je ne vois personne qui ait le courtage de les lire jusqu^à la fin; rien n'est plus ennuyeux ; il tue son lecteur, et Ton s'étonne que des fadaises aient tant coûté à celui qui les a inventées. On doit être surpris qu'un aussibon géomètre que lui uit osé débiter tant de songes et de chimères pour des démonstralions certaines. »

Le système astronomique de t)escartes est depuis longtemps abandonné, mais à son origine il eut un grand retentissement, et, aujourd'hui encore, quoiqu'à peine connu, il jouit d'une grande célébrité; aussi ne sera-t-il pas inutile d'en donner rapidement une idée.

li faut d'abord imaginer que Dieu, en créant l'univers, l'ait rempli de particules matérieîles animées de mouvements extrêmement rapides autour de divers centres. Il s'est formé, ainsi autant de systèmes ou de tourbillons qu'il y avait de centres distincts. Mais, par suite de leurs mouvements, les molécules, d'abord anguleuses, se sont arrondies et se soiit groupées de manière

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4 former la substance (Jes corps lumineux^ du Soleil et dqs étoiles. Les parties détachées, ou la raclure des angles, compae l'appelle Descartes, se ^ont répandues dans l'espace environnant et y constituent ce milieu transparent qu'on appelle Vf^ther* EpQp» U y a une troisième sorte de particules ipatériellcs qui, en raison de leur grosseur et dq leur figure, ont échappé à ce travail de dér fprnaatipn ; ce soiit elles qui composent les corps opaqqqg, la Terre, les autres planètes et leurs satelliteg. Pans cette i^ianière de voir, la Terre n'a pas 4© mpuvejiient propre ; celui qu'elle possède lui 0?t cpmnîuniqué par le tourbillon au sein 4ut quel elîô nage. « î^a Terre ne se meut pas, dit Descartes, seulement elle ypyage en bateau, elle est entraînée par un tourbiHonr » Et maintenant, comment ypîit se pojnpprter ces divers tpurbillQn&? Ils étaient d'abord distincts, mais, en réa<? gissant l^S uns siur les autres, ils se sont peu k peu déformés, et les plus considérables ont fini par absorber les moindres dont la matière s'échappe successivement par des intervalles canne^ lés en forme de spirales, pour pénétrer dans un plus grand système. C'est ainsi que les planètes ont absorbé à la longue les tourbillons de leurs satellites et que le Soleil a accaparé, en définitive, les uns et les autres.

Les diverses régions d'un môme tourbillon n'ont pas la môme vitesse; le mouvement, très rapide vers le centre, va en diminuant jusqu'aux extrémités, et c'est ce qui explique l'inégale vitesse des planètes. Le Soleil, en tournant sur son essieu avec rapidité, communique la plus grande accélération à la planète la plus voisine qui est Mercure! La Terre, à cause de son éloignement, aura une révolution plus lente, et ainsi de suite à mesure qu'on s'éloignera du centre du système. Enfin, après avoir considéré l'univers dans son ensemble, l'auteur essayait encore d'expliquer les faits particuliers, tels que l'inclinaison de l'écliptique sur l'équateur, les perturbations planétaires et le phénomène des marées.

Dans le môme ouvrage. Descartes s'occupe encore d'établir les lois du mouvement et du choc des corps solides, mais sans plus de succès.

Guidé par des considérations philosophiques, assez séduisantes au premier abord, mais complètement fausses, il est conduit à admettre que la quantité de mouvement, mesurée par le produit de la masse et de la vitesse, reste constante dans l'univers. Leibnitz montrera plus tard que cette constance réside seulement dans l'élément appelé force vive, qu'on évalue en multipliant la masse parle carré de la vitesse. Une autre erreur très

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grave consiste à supposer que les corps possèdent par eux-mêmes une certaine force pour résister au mouvement ou pour persister dans le mouvement qu'ils possèdent déjà. Que dire enfin des règles énoncées pour le choc des corps solides, dont le premier inconvénient est de se trouver en contradiction absolue avec les faits?

Il est difficile de concevoir, d'après ce qui' précède, pourquoi une foule d'auteurs ont eu l'idée de présenter Descartes comme le fondateur de la méthode d'observation dans les temps modernes. C'est une opinion qu'on trouve formulée dans un grand nombre d'ouvrages et qui, à force d'être répétée, a fini par prendre la consistance d'un préjugé opiniâtre. Cependant rien n'est plus inexact. En réalité. Descartes se montre, à chaque pas, l'adversaire de la méthode expérimentale, et il n'hésite pas à le déclarer expressément dans une foule de circonstances. Ainsi, par exemple, après avoir posé ses règles pour la direction de l'esprit, il énonce très explicitement que, parmi les sciences, il n'y a que celles des nombres et des figures qui y satisfassent véritablement. N'est-ce pas proclamer hautement qu'il ne regarde comme exactes et rigoureuses que deux sciences d'abstraction?

Ce qui caractérise surtout la méthode d'obser-

>!}, p'pst la nécessité de recueillir ii'abor4 Jeg ., de les analyser el ije les interpréter ftvge . Les phénomèpes de la nature se présentest .tuellenjent h l'espril comrpe un objet d'élitâfl complexe; sous leurs apparences e^térl^ur^S Bclient et s'agitent une multitude de CBusgg e forcps distinctes, et la principale difflcplt^, c le savant, consiste préciséipent h détermiet h dégager dans cet ensemble le rôle et l'aède chacune d'elles, ntin de remonter en^pitë pauses premières et aux lois générales gui '; Je couronnement et non lij base de tgiitç iprphe scientifique sérieuse. Qr il çst constant Descartes suit partout une marche e?iact§p it inverse ; il conjmence par !es idées simples, âge a ppari le^ Igis, et ça n'est qu'en dernier Seulw^nt'i fit 4'as8eg niftuyaisù grâce, qu'il iréaccupe de gavflir si ses théopies 'sont d'ac 1 avec l'expérience. La piéthgde géométrique ^ns doute soii rôle m^i'qué, même dans \(i9 luçes d'observation; mais si, d'une p^rt, pn , condarnner cette tendance étroite et mesquins renfermerait Je B^vanl. dftOS le cercle rigouii des faits et le transformerait en une sort? panœuvra plus ou (noins intelligent et adroit, 1 autre côté, il ne faut paa moins ae défier dP endance opposée qwi, après avoir séduit l'es-

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prit par la simplicité apparente d'une logique facile, le transporte inévitablement dans la région des illusions et defe rêves. Vouloir tirer la. réalité de conceptions abstraites, et essayer de créer une seconde fois le monde par la pensée, c'est se jeter de propos délibéré dans une entreprise chimérique et se préparer bientôt de lourdes déceptions.

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