LAMARCK
des causes actuelles admise également par Geoffroy Saint-Hilaire, doctrine qui domine de nos jours toute la géologie et dont le développement a fait la plus grande part de la gloire de Charles Lyell...
Cependant Lamarck, en tant que philosophe, est à peine connu de ses contemporains; ils lisent sa Philosophie zoologique mais c'est pour écrire sur la couverture, comme on peut le voir sur Texemplaire de la bibliothèque du Muséum, cette annotation anonyme : « Homme assez superficiel. » On ne le comprend pas ; on ne sent pas que ses idées que Ton dédaigne, parce qu'elles ne sont pas dans le courant vulgaire, contiennent le germe d'une féconde révolution ; un demi-siècle plus tard, cette révolution, un autre l'accomplira; si bien, que c'est un rayon de la gloire de Darwin qui vient brusquement mettre en lumière le grand nom de Lamarck.
E. Perrier. {Làinarck et le transformisme actuel^ dans le Livre du Centenaire de la fondation du Muséum.)
HAÙY (RENÉ-JUST)
Saint-Jiist (Oise), 1748; Paris, 1822. — Minéralogiste. Prêtre. Professeur de cinquième au collège du Cardinal Lemoine, où il connut le grammairien Lhomond. Professeur de botanique au Jardin des Plantes ; de minéralogie au Muséum, à l'Ecole des mines et à la Sorbonne.
Créateur de la cristallographie. On lui doit la collection de l'Ecole des mines.
Structure des cristaux. — Traité de minéralogie. — Caractères physiques des pierres précieuses. — Traité de cristallographie.
Gomment, se disait Haliy, la môme pierre, le môme sel se montrent-ils en cubes, en prismes, en aiguilles, sans que leur composition change d'un atome, tandis que la rose a toujours les mômes pétales, le gland les mômes courbures, le cèdre la môme hauteur et le môme développement?
Ce fut lorsqu'il était rempli de ces idées, qu'examinant quelques minéraux chez un de ses amis, M. Defrance, maître des comptes, il eut Theureuse maladresse de laisser tomber un beau groupe de spath calcaire cristallisé en prismes. Un de ces prismes se brisa de manière à montrer sur sa cassure des faces non moins lisses que celles du dehors, et qui présentaient l'apparence d'un cristal nouveau tout différent du prisme pour la forme. M. Haiiy ramasse ce fragment ; il en examine les faces, leurs inclinaisons, leurs angles. A sa grande surprise, il découvre qu'elles sont les mômes que dans le spath en cristaux rhomboïdes, que dans le spath d'Islande.
Un monde nouveau semble à l'instant s'ouvrir pour lui. 11 rentre dans son cabinet, prend un spath cristallisé en pyramide hexaèdre, ce que l'on appelait dent de
BENÉ-JUST HAIJV
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cochon ; il essaye de le casser, et il en voit encore sortir ce rhomboïde, ce spath d'Islande ; les éclats qu'il en fait tomber sont encore de petits rhomboïdes : il casse un troisième cristal, celui que Ton nommait lenticulaire ; c'est encore un rhomboïde qui se montre dans le centre, et des rhomboïdes plus petits qui s'en détachent.
Tout est trouvé, s'écrie-t-il ^ ! les molécules du spath calcaire n'ont qu'une seule et même forme ; c'est en se groupant diversement qu'elles composent ces cristaux dont l'extérieur si varié nous fait illusion ; et partant de cette idée, il lui fut bien facile d'imaginer que les couches de ces molécules s'empilant les unes sur les autres et se rétrécissant à mesure, devaient former de nouvelles pyramides^ de nouveaux polyèdres et envelopper le premier cristal comme d'un autre cristal où le nombre et la figure des faces extérieures pourraient différer beaucoup des faces primitives, suivant que les couches nouvelles auraient diminué de tel ou tel côté et dans telle ou telle proportion.
Si c'était là le vrai principe de la cristallisation, il ne pouvait manquer de régner aussi dans les cristaux des autres substances ; chacune d'elles devait avoir des molécules constituantes identiques, un noyau toujours semblable à lui-même, et des lames ou des couches accessoires, produisant toutes les variétés. M. Haûy re balance pas à mettre en pièces sa petite collection ; ses cristaux, ceux qu'il obtient de ses amis éclatent sous le marteau ; partout il rencontre une structure fondée sur les mêmes lois. Dans le grenat, c'est un tétraèdre ;