HUYGHENS
souvent Téclat de son génie ; aucune n'est de médiocre importance. En mécanique, en géométrie, en physique, il a des égaux ; il ne peut avoir de supérieurs. Deux de ses écrits surtout, le Traité sur le pendule et la Théorie de la lumière^ vivront éternellement parmi les chefs-d'œuvre de Tesprit humain.
Placé par sa date entre les dialogues de Galilée sur le mouvement et le livre des Principes de Newton, VHorologium oscillatorium d'Huyghens s appuie sur les premiers et a servi évidemment avec ses théorèmes sur la force centrifuge à la préparation du second. C'est dans ces trois chefs-d'œuvre que l'on peut trouver sans chercher ailleurs, la base ferme et solide de la science du mouvement...
L'expérience avait appris à Galilée l'isochronisme des petites oscillations du pendule, c'est-à-dire l'égale durée des oscillations plus ou moins amples d'un pendule de longueur donnée. Mais cette égalité n'est qu'approchée et les petites oscillations^ l'expérience l'a démontré, s'accomplissent plus rapidement que les plus amples. Huyghens, préoccupé 'des applications à l'horlogerie, chercha d'abord à former un pendule rigoureusement isochrone. Dans la solution de ce beau problème, où les principes physiques étaient à créer aussi bien que les méthodes géométriques, Huyghens, comme en passant et en guise de lemme, révèle la théorie des développées, exemple et modèle entièrement nouveau de Tétude générale des courbes.
Si VHorologium oscillatorium est la plus accomplie des œuvres d'Huyghens, le Traité sur la lumière montre peut-être un plus étonnant génie. La voie ouverte
par Galilée devait être suivie, et si Huyghens avait été refusé & la science, les progrès de la dynamique retardés pour un temps n'auraient pas manqué, cela paraît certain, de se produire assez rapidement sous une forme équivalente... Le Traité sur la lumière reste au contraire entièrement original. Pendant un siècle et demi, les princip(»s aujourd'hui indubitables en sont rejetés comme obscurs et sans fondement. Plusieurs générations successives, en reléguant ce petit chef-d'œuvre parmi h^s chimères d'un grand esprit, ne lui accordent jiuH d'au tre attention qu'aux conjectures sur la cause de la pesant(;ur. C'est là pourtant peut-être sa plus admirable conception. Huyghens s'y montre non seulement le précurseur, mais le seul guide et le maître de Thomas Yung, et la théorie triomphante de Fresnel devait lui emprunlor, avec ses premiers principes, quelques-uns de ses plus clairs rayons.
(i'(îst av(;c une lunette fabriquée par lui-même qu'il a découvert l'anneau et Tun des satellites de Saturne.
J. Bektrand {L'Académie des Sciences,..)