‹ Les savants modernes: leur vie et leur travaux, d'après les documentsChapitre 26 sur 144 · EULER · texte numérisé non relu

EULER

Il avait conservé toute sa facilité, et en apparence toutes ses forces ; aucun changement n'annonçait que les sciences fussent menacées de le perdre. Le 7 septembre 1783, après s'être amusé à calculer sur une ardoise les lois du mouvement ascensionnel des machines aérostatiques, dont la découverte occupait alors toute TEurope, il dîna avec M. Lexell et sa famille, parla de la planète d'Herschell et des calculs qui en déterminent l'orbite ; peu de temps après il fit venir son petit-fils, avec lequel il badinait en prenant quelques tasses de thé, lorsque tout-à-coup, la pipe qu'il tenait à la main lui échappa, et il cessa de calculer et de vivre.

GONDORCET.

Privé de la vue ; obligé de faire la disposition de tous ces calculs immenses par la seule force de sa mémoire et de son imagination ; arriéré dans ses affaires domestiques par un incendie qui venait de ravir à lui et à sa famille une grande partie de leurs biens ; réduit à la nécessité de quitter une maison ruinée, où tous les coins lui étaient connus, où l'habitude avait suppléé par conséquent à la vue... M. Euler.fut en état de commencer un ouvrage (sur les inégalités de la lune) , qui tout seul suffirait pour l'immortaliser. Je ne connais rien de plus fort, rien qui tienne plus de l'héroïsme que cette égalité d'âme^ ce courage inébranlable au milieu des revers de la fortune.

Parmi ce grand nombre de mémoires, il n'y en a

pas un seul qui ne renferme quelque nouvelle découverte, ou quelque vue ingénieuse qui pourra y conduire. On y trouve les intégrations les plus heureuses ; une multitude d'artifices et de raffinements de la plus sublime analyse; de profondes recherches sur la nature et les propriétés des nombres ; la démonstration ingénieuse de plusieurs théorèmes de Fermât ; la solution de quantités de problèmes très difficiles sur l'équilibre et le mouvement des corps solides, flexibles et élastiques, et le dénouement de plusieurs paradoxes apparents. Tout ce que la théorie du mouvement des corps célestes, de leur action mutuelle et de leurs irrégularités a de plus abstrait et de plus épineux, s'y trouve perfectionné, autant que le calcul, manié par les mains du plus grand géomètre^ a pu contribuer à cette perfection. Il n'y a pas une branche des sciences mathématiques qui ne lui soit redevable à cet égard.

Nicolas Fuss [Éloge (ïEiilei\ à l'Académie de Saint-Pétersbourg.)

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