GAUSS (FRÉDÉRIC
Brunswick, 1777 ; (iœttingue, 1855. — Mathématicien et astronome allemand. Professeur à Gœttingue et directeur de l'Observatoire de cette ville.
Profondes recherches arithmétiques. Application de la haute analyse aux questions célestes. Théorie du magnétisme. Inscription du polygone régulier de 17 côtés. Héliotrope et magnétomètre.
Méthodes des moindres carrés (traduction J. Bertrand). — Recherches arithmétiques (lat., traduction PouUet-Delisle). — Théorie des mouvements célestes (lat., traduction Dubois). — Recherches sur les surlaces courbes (lat., traduction Roger).— Observations magnétiques. — Questions de géodésie supérieure. — Théorie des équations algébriques. — Œuvres complètes, Gœttingue, 1863-74, 1 vol. in-4*.
Gauss était comme le grand géomètre anglais (Newton) un caractère probe et droit, doué d'une énergie de travail sans pareille. Les obstacles, les difficultés, au lieu de Teffrayer, avaient pour lui un charme particulier, et tout travail devait être une victoire remportée par une lutte opiniâtre et brillante de son intelligence et au prix de ses veilles. Les travaux de Gauss ont ceci de carastéristique qu'ils portent tous le coin de la plus haute perfection, d'une œuvre achevée dans toutes ses parties, n'admettant ni corrections ni additions. Sa devise, gravée sur son cachet, qui représente un arbre chargé de fruits, était: Pauca^ sed matura.,. Gauss posséda un esprit original : toutes ses grandes découvertes ont leur source dans la profondeur de son propre génie, et ne portent aucune trace d'une influence étrangère. Jamais les mémoires de Gauss ne sont des perfectionnements ou des additions à des méthodes que d'autres avaient inventées ; tout y est nouveau, et
quand par hasard il reprend un sujet déjà travaillé avant lui, il a toujours soin de suivre une route tout à fait originale, et son gépie sait trouver chaque fois celle qui le conduit non seulement au but cherché par son prédécesseur, mais qui, en le dépassant, mène à des découvertes nouvelles. Rien n'échappe à sa pénétration, et les résultats ont tous un caractère de généralité qu'il est difficile de saisir, dans tous ses rapports et toutes ses conséquences particulières. La forme synthétique qu'il donnait à ses mémoires en fait des œuvres d'une inconcevable puissance d'induction, ne laissant reconnaître aucune trace des opérations de l'esprit analytique pour trouver la voie conduisant à de si hauls résultats. Aussi les écrits de Gauss offrent de grandes difficultés pour celui qui veut les étudier. Il n'ignorait pas le reproche que Ton faisait à ses ouvrages d'être trop difficiles à comprendre, mais il y répondait par l'observation que le bâtiment achevé ne devait plus laisser découvrir les échafaudages et les autres moyens qui ont servi à sa construction. On dirait qu'il n'a écrit que pour ses égaux...
Son enseignement oral au contraire était facile à suivre.
Les explications avait une clarté analytique qui, pour ainsi dire, faisait trouver aux élèves ce que Gauss n'a donné que par la synthèse dans ses mémoires ; il se plaisait à discuter les méthodes et les voies qui l'avaient conduit à de si grands résultats, et parlait souvent de l'esprit, de la philosophie des sciences mathématiques et de leurs procédés. 11 demandait à ses auditeurs la plus grande attention, et n'aimait pas que l'on prît des notes par écrit afin de ne pas perdre
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le fil de ses raisonnements. Assemblés autour d'une
table, les élèves écoutaient avec délices les paroles
si lucides et si animées du maître. Les yeux clairs, le
sourcil droit plus élevé que le sourcil gauche (signe
caractéristique des astronomes), son front large et
haut recouvert de cheveux blancs, la physionomie
expressive du grand homme, dont la leçon était plutôt
une conversation qu'un discours ; tout cela faisait une
expression qui ne s'effacera jamais du souvenir de ses
élèves.
Wagener. [Biographie Michaud,)
Il montra, dit-on, pour l'étude des mathématiques, une aptitude plus précoce encore que celle déjà si extraordinaire de notre Pascal ; car, dès Tâge de trois ans, il calculait, résolvait des problèmes numériques et traçait dans la poussière des lignes et des figures de géométrie...
Gauss fut nommé, en 1807, directeur de l'Observatoire de Gœttingue et professeur d'Astronomie à l'Université de cette ville. Il resta attaché à ces deux postes jusqu'à la fin de ses jours, sortant si peu, qu'à l'âge de soixante-dix-sept ans, c^est-à-dire un an avant sa mort, il n'avait pas encore vu de locomotive. Il consacrait tout son temps, son génie et son infatigable activité aux recherches les plus abstraites et les plus profondes relatives à toutes les branches des mathématiques. Doué de la plus heureuse santé, ayant des goûts simples et modestes, indifférent à la gloire au point de ne porter aucune des nombreuses décorations que tous les gouvernements lui avaient adressées, Gauss avait un caractère doux, probe et droit...
La vie de Gauss s'est passée presque tout entière à Gœttingue, au milieu de travaux assidus, et sans événements remarquables. Il était, au reste, non seulement peu communicatif, mais même morose, on pourrait dire chagrin.
M. Marie.
(Histoire des sciences mathématiques et physiques.)
Euler et Gauss, deux génies admirables, ont tous deux profondément labouré, richement fécondé les plages du vaste sol mathématique. Euler répandait sur ses découvertes un océan de lumière, dont les rayons pénètrent dans les recoins les plus obscurs ; variant les expositions, ramifiant les explications, il sait assouplir ses méditations et les adapter aux intelligences de toute dimension.
Gauss ne vise qu'à la perfection logique et littéraire, ne veut produire que des œuvres accomplies, d'une rigueur inexorable; accumulant les preuves, ne les affaiblissant jamais par condescendance ; présentant la théorie sous diverses faces, mais conservant toujours la dignité de la sévère abstraction. Il a peu écrit; mais chaque écrit est un modèle de style, un chef-d'œuvre de raisonnement. Dans la géométrie vulgaire et supérieure, dans Talgèbre des quantités finies et infinitésimales, dans la mécanique rationnelle, en dynamique céleste, partout on rencontre l'empreinte de ses pas : des pas de géant. Quels magnifiques théorèmes sur l'élément superficiel, sur l'élément attractif potentiel, sur l'élément magnétique ! Quel admirable remaniement de méthodes géodésiques , des orbites planétaires et cométaires ! Et toutefois ce ne sont pas là