CHASLES
lui la balance complètement.égale. S'il invitait un des concurrents, il était rare que, le jour même, pu la semaine suivante, on ne trouvât pas Tautre à sa table...
En admirant le nombre et Féclat de ses découvertes, un illustre géomètre anglais a pu s'écrier, longtemps avant la mort de notre confrère : « M. Chastes est Tempereur de la géométrie . »
J. Bertrand.
L'année même où il quitta sa chaire de machiner, Chasles était nommé de l'Académie des Sciences en remplacement de Libri exclu *. Mais dès 1846, on avait fondé pour lui, à la Sorbonne, une chaire de Géométrie supérieure qu'il occupa pendant vingt et un ans, et où son enseignement exerça une grande influence. Le nom de cette branche toute moderne de la science est inséparable du sien. S'il a eu des précurseurs, auxquels il a d'ailleurs toujours rendu justice la plus complote et qui sont presque tous Français, il fut, sans contredit, le chef du grand mouvement qui de notre pays se propagea à l'étranger, et releva la géométrie au rang de l'analyse.. Son Traité de Géométrie supérieure (Paris, 1852) suivi du Traité des sections coniques est une œuvre capitale et désormais classique.
Sans jamais abandonner la géométrie, Chasles sut d'ailleurs montrer le lien étroit qui en rattache les hautes théories à celles de l'analyse ; le calcul intégral lui doit des propositions élégantes, la mécanique un chapitre devenu classique sur le déplacement des corps
1. Libri avait volé des livres dans les bibliothèques publiques.
solides et les théorèmes généraux sur Tattraction qui ont renouvelé Tétude de Télectricité statique, ses travaux sur Tattraction des ellipsoïdes ne sont pas moins justement célèbres.
Son goût pour les études historiques lui attira une mésaventure célèbre. Un faussaire, du nom de Vrain- Lucas, lui vendit successivement, par pièces détachées, une immense collection d'autographes dont Chastes se servit notamment pour revendiquer en faveur de Pascal un certain nombre de découvertes qui font la gloire de Newton. Faugère en France, Brewster en Angleterre démontrèrent la fausseté des pièces invoquées par Chasles et finalement celui-ci, en 1869, reconnut cette fausseté et lit poursuivre Vrain-Lucas qui lui avait extorqué près do 200.000 francs.
Paul Tannery. [La grande Encyclopédie,)