‹ Les savants modernes: leur vie et leur travaux, d'après les documentsChapitre 55 sur 144 · LE VERRIER · texte numérisé non relu

LE VERRIER

et complet des calculs astronomiques, les tables du mouvement apparent du soleil, la théorie et les tables des planètes tant intérieures qu'extérieures, embrassant ainsi le système solaire dans son ensemble, écrivant le dernier mot de la dernière page de son œuvre immortelle, à la dernière heure de sa vie, et murmurant pieusement alors : Nunc ^ dimittis servum tuum.

Domine,

J.-B. Dumas. {Discours aux obsèques

de Le Verrier.)

11 avait rapidement atteint le faîte. Fortifié par le travail, stimulé par sa propre gloire, il voyait devant lui une vaste et belle carrière et se sentait la force de la parcourir. Bien des dégoûts Ty attendaient cependant, et, si l'énergie d un caractère inflexible et hautain sut cacher ses blessures, plus d'un coup devait le frapper au cœur. Absorbé dans ses propres recherches, peu empressé en apparence à les communiquer et à les répandre , il marquait peu de curiosité pour les travaux d'autrui ; il les redressait à l'occasion, et les reprenait d'erreur, sans tempérer toujours dans ces rencontres et ces chocs de l'esprit la rudesse nécessaire du fond par la bonne grâce facile de la forme. Sévère pour luimême, il n'affectait pas l'indulgence pour les autres. Pour cette raison peut-être, peut-être sans raison, il avait peu de commerce avec les autres astronomes, et, pour tout dire enfin, comptait peu d'amis parmi eux.

La direction de l'Observatoire à laquelle, sans consulter aucun corps savant, le gouvernement l'appela après la mort d'Arago, aurait pu faire de Le Verrier le

maître en même temps que le chef d'une grande école astronomique. Tel ne fut pas son rôle cependant, telle n'était pas son ambition. Lors même que chez ses collaborateurs, qui joignaient à l'avantage de lancienneté celui d'une nomination plus régulière, il eût rencontré moins d'opposition et d'aigreur; lors môme que Téclat encore récent de son succès, l'élévation de ses vues, la grandeur de ses projets et sa renommée toujours croissante eussent affermi son autorité en imposant à tous la déférence au moins, à défaut de la sympathie, Le Verrier n'aurait eu ni le goût d'enseigner, ni la patience d'instruire, ni le don de communiquer son zèle, ni le talent de concilier les esprits et de diriger sans contraindre.

J. Bertrand.

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