‹ Les savants modernes: leur vie et leur travaux, d'après les documentsChapitre 96 sur 144 · DEVILLE · texte numérisé non relu

DEVILLE

recèlent. D'autres, enfin, se montrent rebelles à ces influences; pour séparer de Targile le métal qu'elle renferme, Taluminium, la chimie de ces temps primitifs, où Vénus était maîtresse de forges, ne suffisait pas; toutes les ressources de la Science la plus moderne étaient nécessaires.

Ce métal (l'aluminium) est léger comme le verre, presque aussi beau que Targent, comme lui, inaltérable à Tair, au feu, et résiste même à la plupart des agents chimiques. Ductile, malléable, fusible, exigeant cependant pour fondre une température assez haute et ne se volatilisant pas, c'est un métal noble de plus, prenant place à côté de Tor, du platine et de l'argent, et un métal prodigué par la nature, plus répandu que le fer dans les couches superficielles du globe, formant comme une réserve pour les besoins des époques les plus civilisées.

Le chef de laboratoire ou d'atelier (s'il s'agit des beaux-arts) doit donner l'exemple de l'assiduité : tout entier à sa tâche, patient, travaillant de ses mains, le premier à la besogne et le dernier. Il faut que les élèves puissent s'honorer de leur maître; que des découvertes remarquées, des idées nouvelles mises en mouvement ou des chefs-d'œuvre applaudis, appellent sur son école l'attention du monde savant ou celle des hommes de goût. Sous une semblable influence, les dévouements se réunissent, les imaginations s'exaltent, des générations animées d'un même esprit marchent avec ensemble à la conquête du vrai dans la Science et du beau

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dans l'Art ; c'est à ce^prix seulement qu'on fonde une école, qu'on est un maître, et un maître aimé, si aux dons de Tintelligence imposant la confiance et le respect, on ajoute cette bonté souveraine du cœur, source ineffable de Taffection.

Henri Deville ne s'est soustrait à aucune de ces obligations; il a réalisé avec éclat toutes ces conditions. Renonçant de bonne heure à toutes ces distractions dont la vie de Paris est si prodigue, il se proposa et il tint parole, de consacrer ses journées au travail matériel, ses soirées à la réflexion. Le dimanche, ses élèves et ses amis, réunis à TEcolc normale, assistaient à la répétition des expériences qu'il avait imaginées ou de celles dont on voulait le rendre témoin. Géomètres, physiciens, chimistes, naturalistes, industriels, philosophes, historiens, gens de lettres et gens du monde, chacun se plaisait dans ce milieu sans prétention, ouvert à toutes les hardiesses, fermé à toutes les idées fausses.

Dès le moment où il entra dans ce laboratoire de l'Ecole normale, jusqu'à celui où la maladie à laquelle il devait succomber vint l'en éloigner, il s'y montra le plus assidu, le plus simple et le plus heureux de ceux que la Science y réunissait. Toute morgue en était bannie, une camaraderie charmante y régnait; une gaieté franche et communicative en écartait les discussions. On sortait de là content des autres et de soi-même; on avait appris quelque chose; on avait fourni son contingent au progrès; on s'était vu entouré de grands talents et d'éminents esprits, ne marchandant pas l'éloge, prompts à l'admiration, étrangers à l'envie, ignorant la jalousie et pratiquant la plus large tolérance.

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