L^ACADÉMIE DES SCIENCES
présenter au public les travaux de TAcadémie : le véritable génie est un guide sûr qui semble ignorer les tentatives, et fait frapper au but du premier coup. On lui doit encore rétablissement de ces discours que TAcadémie consacre peut'-étre moins à la gloire de ceux qu'elle a perdus, qu'à exciter l'émulation de ceux qui se sentent assez de courage pour entreprendre de les imiter. Tel est à peu près le système de V Histoire de C Académie. L*ordre qui règne dans les différentes malières qu'elle renferme, la clarté avec laquelle M. de Fontenelle avait Fart de présenter celles qui semblent les plus obscures, et les agréments que son imagination sagement fleurie y savait répandre à propos, en eurent bientôt fait un livre à la mode. Le goût des sciences se communiqua de proche en proche, et l'espèce de barbarie dans laquelle on était alors sur cet article céda à la lumière naissante, du moins pour ceux qui voulurent ouvrir les veux. »
«t 11 avait déjà publié ses principaux ouvrages, dit à son tour Flourens. notamment la Phiraliié des mondeSy qui fut plus tanl son vrai titre, et un titre rare, piHir la place de secrétaire de TAcadémie des sciences, et VHistoirt des ofucles, qui lui ouvrit les portes de rAcadêmie des inscriptions.
Son génie était donc formé : ses idées étaient faites, il avait sa philosophie, son style, sa manière: Fontenolle était tout Fontenelle : et c>st ce que d*abord on vit bien dans les deux Pjr faces quil mil en tète. Tune de [Hi<:Âre de ltU>U, et Tauti^e de V Histoire de 1699 : ou\nig\^s où IVsprit nouveau des sciences brille avec tant d\H:lal, et les plus beaux sans doute qu'il ait écrits.
Fontenelle, dit G, Ouvier, jxir la manière claire.
lucide, dont il exposait les travaux de rÂcadémie, concourut à répandre le goût des sciences plus peut-être qu'aucun de ceux qui en traitèrent de son temps.
Gela est vrai, mais cela n'est pas assez. Fontenelle ne s'est pas borné à répandre le goût des sciences. Nul n'a mieux secondé Descartes, destructeur de la philosophie scolastique ; nul, après les grands hommes qui Tont fondée, les Descartes, les Bacon,- les Galilée, les Leibniz, les Newton, n'a mieux compris la philosophie moderne ; il est un des premiers qui ait vu la métaphysique des sciences, et le premier qui leur ait fait parler la langue commune. Son influence a été plus grande qu'on ne le pense. Il lui est arrivé la môme chose qu'à BuGTon. L'écrivain a fait oublier le savant et le philosophe. »
MAIRAN (Jean- Jacques)
Béziers, 1678; Paris, 1771. (Presque centenaire). — Littérateur et physicien ; membre de l'Académie française; secrétaire intérimaire de l'Académie des sciences en 1740, pendant trois ans seulement.
Autrefois célèbre, bien oublié aujourd'hui.
Truite de TAurore boréale. — Lettre sur les forces vives. — Sur la glace. — Sur les variations du baromètre. — Eloges des académiciens (dix seulement^ dont celui de l'astronome Halley) .
DE FOUCHY (Jean-Paul-Orandjean)
Paris, 1707-1788. — Astronome ; secrétaire de l'Académie pendant 30 ans, de 1743 à 1773.
A publié de patientes observations astronomiques.
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11 fut un secrétaire exact et appliqué, d'après ses registres qui ont été conservés.
Les éloges qu'il a composés sont au nombre de 46, mais il n'en a paru qu'un seul volume.
« L'Académie le choisit comme astronome, en 1731, dit Condorcet.
C'est en 1743 qu'il fut nommé secrétaire perpétuel.
C'était succéder à Fontenelle, dont M. de Mairan n'avait voulu occuper la place qu'un petit nombre d'années.
L'un (Fontenelle) devait avoir pour but de donner une idée juste de toutes les sciences à ceux qui n'en avaient étudié aucune ; l'autre (de Fouchy) d'initier ceux qui avaient cultivé une science^ aux principes de toutes les autres.
La simplicité, la vérité, l'exactitude sont le principal caractère de ses portraits. 11 inspire la confiance, parce qu'il ne parait chercher à rien embellir. »
CONDORCET
Richemont ^ Aisne), 17 13 ; Bourg-la-Reine (près Paris), 1794. — Philosophe, mathématicien et homme politique. Membre de TAcadémie française. Nommé, en concurrence avec Buffon« secrétaire de l'Académie des sciences^ il dut se faire suppléer pendant les années qui précédèrent la suppression de la Compagnie. Ami de Voltaire, de d'Alembert et de Turgot.
Poursuivi, après la chute des Girondins, il s'empoisonna à Bourg-la-Reine. — Lycée Condorcet à Paris ; statue.
Condorcet est un philanthrope : il croit à la perfectibilité indéfinie de rhomme. Contesté comme mathématicien, il essaye d'appliquer le calcul des probabilités aux questions sociales (Décisions des tribunaux^ élections populaires, etc.)
Essai sur le calcul intégral. — Calcul des probabilités. — Esquissf des progrés de Vetprit humain. — Eloges des académiciens (d'abord ceux morts avant 1669, puis les autres depuis 1770). — Œuvres complètes, 1847-49, 12 vol. in-S.
D'après Biot, les « éloges académiques continués d'abord pendant trois années par Mairan, puis par Grandjean de Fouchy, enfin par Condorcet devinrent sous la plume des deux premiers, moins délicatement spirituels et moins disposés pour plaire... Condorcet leur donna un ton plus assuré, qu'il accompagna de toute l'élévation de style que ce genre comporte... Mais, au-delà du but scientifique, on découvre le but politique vers lequel se portaient les opinions du temps. L'exposé des services rendus par les sciences devient comme une sorte de réclamation publique contre l'injustice de Tordre social. »
Arago dit à son tour :
« C'est aujourd'hui chose assez généralement convenue, et propagée par ouï-dire, que Condorcet manque, dans ses éloges, de force, de chaleur, d'élégance, de sensibilité. J'oserai ne pas être de cet avis.
Les compositions biographiques de Condorcet brillent par ce qui devait naturellement en faire l'essence. L'histoire de l'esprit humain y est envisagée de très haut. Dans le choix des détails, l'auteur a constamment en vue l'instruction et l'utilité, plus encore que l'agrément. Sans trahir la vérité, dont les prérogatives doivent primer tout autre intérêt, toute autre considéra-
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tion, Condorcel est sans cesse dominé par cette pensée, que la dignité du savant se confond, à un certain degré, avec celle de la science...
Notre ancien secrétaire se distingue surtout par la plus éclatante impartialité, par les pensées philosophiques et d'un intérêt général qu'il jette à pleines mains au milieu des plus simples circonstances biographiques; par son abnégation constante de tout ressentiment personnel^ de tout esprit de coterie, de toute pensée d'amour-propre. »
La perpétuité des Secrétaires de l'Académie est interrompue de 1796 à 1803. Le plus jeune membre de la classe des sciences de l'Institut, Cuvier, est nommé secrétaire à la première séance. Les secrétaires annuels nommés deux à deux et souvent réélus sont le naturaliste Lacépède et Haûy^ Lacépède et le mécanicien de Prony, le chirurgien Lassus et le chimiste Lefèvre- Gineau, Cuvier et Delambre, enfin Lacépède et le mathématicien Lacroix.
On revient à la perpétuité en 1803 et il y a désormais simultanément un secrétaire pour les sciences mathématiques et un secrétaire pour les sciences physiques. Les deux premiers sont Cuvier et Delambre.