HUMBOLDT
le sentiment humain et sérieux, il a la passion de la science et de la vie. Ce qu'il apprend il sait le transmettre aux autres fidèlement et agréablement.
Il fut pour tant de branches de la science, le premier qui apporta la lumière et Tintelligence, et Ton ne sait par où commencer à Tétudier. Mais on peut dire de lui en général, qu'il a le premier régularisé et débrouillé le chaos des observations éparses sur le monde ancien et sur le monde nouveau et tout mis à sa vraie place. Son regard pénétrant découvrit des lois sous Tirrégularité apparente, rattacha les faits isolés, de façon que l'ensemble de la création pût être compris par l'esprit humain. Il fut le fondateur de la géographie comparée, il imagina une nouvelle théorie de la formation du globe, il étudia la formation et l'action des volcans. Il créa la géographie des plantes, une science toute nouvelle. Il établit les rapports entre les diverses études d'histoire naturelle, surprenant la nature dans ses mystérieux laboratoires, ne cherchant d^abord que les faits puis les coordonnant et les combinant.
C'est lui qui rattacha la science physique à celle de l'homme , en procédant pas à pas et en évitant Tem pirisme .
Deux nations, l'Allemagne et la France, se font gloire d'adopter Humboldt comme un écrivain classique. Ses descriptions dans les deux langues sont remarquables par la noble simplicité et la flexibilité du style. Ses livres, quoique traitant des sujets assez secs en eux-mêmes, sont agréables à lire et, lorsqu'il le faut, le ton s'élève sans effort. Ses dissertations scientifiques sont toujours solidement appuyées, ses tableaux de la nature ont le charme delà vie.
D'après Klenckk. [Alexandre de Humboldt.)
Un personnage de grand nom dans la science et de grand crédit dans le monde, zélé pour les savants, fêté par les académiciens, infatigable dans son ardeur à tout connaître, admirable par sa promptitude à tout comprendre — c'était Alexandre de Humboldt — vint à Timproviste s'asseoir sur Tunique chaise de la petite chambre où, entouré de livres, un crayon à la main. Dumas dessinait un projet d*appareil. « En me rendant « au congrès de Vérone, dit le grand voyageur, j'ai voulu « visiter de vieux amis, en faire de nouveaux peut-être, (( voulez-vous m'y aider ? » Confus des avances d'une telle amitié^ ravi d'une telle fête, Dumas se montra digne d'un tel honneur. Le silence pesait à Humboldt, comme à d'autres l'oisiveté ; il parlait bien et savait beaucoup dire ; initié à toutes les sciences, exercé à toutes les études, fertile en contes amusants qu'il n'inventait pas tous, effleurant tout problème, sondant toute profondeur, perçant de traits malins toute ambitieuse chimère, admirateur sagace de tous les talents, observateur satirique de toutes les faiblesses, révélateur indiscret de tous les secrets, mettant en scène tous ceux qu'il en jugeait dignes, il donnait aux grandes figures le relief et la vie. Respectant Laplace, osant sourire d'Ampère, admirant, sans juger entre eux, Geoffroy Saint-Hilaire et Cuvier, Gay-Lussac était pour lui un admirable compagnon d'études, Arago, le modèle des amis, Ghevreul un jeune savant de grand avenir. Elevant ses regards et l'audace de son vol au niveau de ces grandes renommées, Humboldt, étincelant de savoir et de zèle, savait éblouir les esprits, mettre en branle les idées, faire retentir le succès. J. Bertrand.
[Discours de réception à t Académie française.)