‹ Les savants modernes: leur vie it leurs travaux d'après les documents académiques choisis et abrégésChapitre 20 sur 139 · CASSINI · texte numérisé non relu

CASSINI

qu'il en est le plus près qu'il puisse être, à une minute de variation dans sa hauteur répondent, sur la méridienne, quatre lignes du pied de Paris, et, lorsque le soleil est le plus éloigné, deux pouces et une ligne, de sorte que cet instrument donne une précision telle qu'on n'eût osé l'espérer. Il fut construit avec des attentions presque superstitieuses. Le P. Riccioli, bon juge en ces matières, les a nommées « plus angéliques qu'humaines ». Le détail en serait iniini : dans les sciences mathématiques la pratique est une esclave qui a la théorie pour reine, mais ici cette reine est absolument dépendante de l'esclave .

Ce grand ouvrage étant fini ou du moins assez avancé, M. Cassini invita par un écrit public tous les mathématiciens à l'observation du solstice d'été de 1635. Il disait dans un style poétique, que la sécheresse des mathématiques ne lui avait pas fait perdre, qu'il s'était établi dans un temple un nouvel oracle d'Apollon, ou du Soleil, que l'on pouvait consulter avec confiance sur toutes les difficultés de l'astronomie.

Cette méridienne de Saint-Pétrone était la 600 OOO'' partie de la circonférence de la terre, mais on en avait entrepris une autre en France, qui devait être la 45' partie de cette même circonférence, et qui par conséquent devait donner dans une précision jusque-là inouïe et inespérée, la grandeur du demi-diamètre de la terre, nécessaire et unique fondement de toutes les mesures astronomiques. C'est la fameuse méridienne de l'Observatoire, commencée par Picard en 1669, continuée en 1683 du côté nord de Paris par la Ilire, et du côté sud par Cassini ; et enfin poussée par Cassini

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en 1700 jusqu'à rextrémité du Koussillon. Nous avons parlé ailleurs de ce grand ouvrage, des difficultés qu'on a eues à y surmonter, de Tusage dont il sera tant qu*il y aura une astronomie, et même des usages imprévus et surnuméraires qu'on en a tirés. Cassini a eu la gloire de le finir *, seul auteur de la méridienne de Bologne, auteur de la plus grande partie de celle de France, les deux plus beaux instruments que Taslronomie ait jamais élevés sur la terre, et les plus glorieux pour l'industrieuse curiosité des hommes.

Dans les dernières années de sa vie, il perdit la vue, malheur qui lui a été commun avec le grand Galilée, et peut-être par la même raison, car les observations subtiles demandent un grand effort des yeux. Selon l'esprit des fables, ces deux grands hommes, qui ont fait tant de découvertes dans le ciel, ressembleraient à Tirésie, qui devint aveugle pour avoir eu quelque secret dos dieux.

M. Cassini mourut le II septembre 1712, âgé de 87 ans et demi, sans maladie, sans douleur, par la seule nécessité de mourir. 11 était d'une constitution très saine et très robuste, et, quoique les fréquentes veilles nécessaires pour l'observation soient dangereuses et fatiguantes, il n^avait jamais connu nulle sorte d'inlirnulé. La constitution de son esprit était toute semblable, il lavait égal, tranquille, exempt de ces vaines inquiétudes, et de ces agitations insensées, qui sont les plus douloureuses et les plus incurables de

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toutes les maladies. Son aveuglement même ne lui avait rien àté de sa gaité ordinaire. Un grand fond de religion, et ce qui est encore plus, la pratique de la religion aidait beaucoup à ce calme perpétuel. Les cieux, qui racontent la gloire de leur Créateur, n'en avaient jamais plus parlé à personne qu'à lui, et n'avaient jamais mieux persuadé. Non seulement une certaine circonspection assez ordinaire à ceux de son pays, mais sa modestie naturelle et sincère lui aurait fait pardonner ses talents et sa réputation par les esprits les plus jaloux. On sentait en lui cette candeur et cette simplicité que l'on aime tant dans les grands hommes, et qui cependant y sont plus communes que chez les autres. Il communiquait sans peine ses découvertes et ses vues, au hasard de se les voir enlever, et désirait plus qu'elles servissent au progrès de la science qu'à sa propre gloire. Il faisait part de ses connaissances, non pas pour les étaler mais pour en faire part. Enfin, on lui pourrait appliquer ce qu'il a remarqué lui-même dans quelqu'un de ses ouvrages, que Josèphe avait dit des anciens patriarches, « que Dieu leur avait accordé une longue vie, tant pour récompenser leur vertu, que pour leur donner moyen de perfectionner davantage la géométrie et l'astronomie . »

FONTENELLE *

1. Sou s- en tendez : Eloge de Cassini. Lu remarque s'applique à toute la suite de ce ii\re.

HUYGHEN8 (CHRISTIAN)

La Haye, 1629-1695. — Géomètre, astronome et physicien hollandais ; étudia à Leyde ; habita Paris pendant quinze ans ; rentra dans sa patrie, lors de la révocation de l'édit de Nantes.

H forme le lien entre les anciens. Descartes et Newton. — On lui doit la théorie de l'ondulation de la lumière *, la découverte du premier satellite et de lanneau de Saturne, celle de la nébuleuse d'Orion, l'application du pendule aux horloges, des rectifications de courbes, etc.

La lune et le système de Saturne (lat.)- — VHorloge oscillatoire (lat.).— Le Traité de la lumière (Lit.)!— Œuvres complètes, publiées par la Société hollandaise des Sciences, et dont 8 vol. ont déjà paru.

L'horlogerie, ou l'art de mesurer le temps à Taide d'une machine, ne peut être susceptible d'exactitude qu'autant qu'on a un moyen de faire parcourir à un corps des espaces égaux dans des temps égaux. Huyghens vit que si un pendule faisait ses vibrations dans des temps égaux, il pourrait faire répondre à chaque vibration le passage d'une dent de roue chargée de dents également distantes, et qu'il produirait ainsi un mouvement uniforme.

11 fallait donc déterminer la courbe que doit décrire un corps, pour que ses oscillations dans cette courbe, grandes ou petites, soient faites dans des temps égaux ; et voilà où en était resté Galilée qui avait eu, avant Huygbens, l'idée d'appliquer les pendules aux horloges.

Huyghens trouva que la courbe demandée était une cycloïde^ : cela ne suffisait pas; il fallait un moyen de faire décrire une cycloïde aux pendules.

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