‹ Les Scandinaves en Amérique [microforme]Chapitre 3 sur 11 · HUMEUR GUERRIÈRE ET AVENTUREUSE DES NCANDINAVES · texte numérisé non relu

HUMEUR GUERRIÈRE ET AVENTUREUSE DES NCANDINAVES

Charlemagne étant un jour dans une ville méridionale de la Gaule vit plusieurs bâtiments étrangers entrer dans le port. Parmi les gens de sa suite quelques-uns lui dirent que c’étaient probablement des bâtiments juifs; d’autres les prirent pour des Africains, d’autres encore pour des Anglais; mais, Charlemagne, observant avec soin leur construction et leurs manœuvres rapides, s'écria: “ Non, ces navires ne portent pas de denrées, ils portent de rudes soldats.” Et alors, ajoute la chronique, il baïissa la tête et se sentit saisi d'une profonde tristesse en songeant aux périls qui menaçaient ses successeurs.

Ces bâtiments portaient des pirates ou guerriers scandinaves, et les événements subséquents n'ont que trop démontré la justesse des appréhensions de Charlemagne.

Dans ces pays du Nord, sous un ciel gris et chargé de nuages, les hommes naissent avec des passions et des caractères bien plus énergiques que dans les pays du centre de l'Europe. Les hommes de ces siècles passés étaient d'une humeur belliqueuse, et leur

l Justin Winsor, Narrative and Critical History of America, vol. I, p. 89.

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plus grande ambition était de mourir dans un combat. Les enseignements de la religion scandinave d’ailleurs leur avait appris à ne pas craindre la mort. Le premier de tous les devoirs était de ne jamais fuir devant un ennemi, même quand on était menacé d’une mort certaine, Après un combat violent, un roi demande à un guerrier qui combattait contre lui, combien il a reçu de blessures : ‘“ Pas beaucoup, répond ce dernier, mais tu m'as pourtant donné avec ton glaive un coup à la poitrine qui fait que je me sens moins alerte que de coutume.” Le roi lui fait ouvrir son habit et s'aperçoit qu'il a la poitrine entièrement fendue et déchirée. “ Voilà une effroyable blessure, dit-il, mais je ne désespère pourtant pas de te guérir.” Alors il prit du fil, une aiguille, recousit les chairs disjointes, les frotta d’un certain onguent, et quelque temps après le blessé se trouvait assez bien.

Entre les VIIIe et Xe siècles, les NScandinaves ravagèrent les côtes des îles Britanniques, et surtout les rivages de la France, où un groupe nombreux finit par s'établir ; c'était dans cette partie du pays appelée, depuis. la Normandie. Vers le même temps d’autres bandes parcouraient la Méditerranée, répandant partout la terreur. D’autres encore entrèrent dans la mer Blanche, remontèrent le Dwina et arrivèrent par le Volga jusqu’à la mer Caspienne, où ils fondèren: une principauté. Ils assiégèrent même Constantinople, et allèrent jusqu'en Grèce inscrire leurs caractères runiques sur les flancs d’un des lions du Pirée.

Les Scandinaves étaient donc par caractère en état de jouer un grand rôle dans les découvertes du monde, et capables d'entreprendre les voyages dont je vais bientôt retracer l'itinéraire.

Leurs navires étaient construits par les ouvriers les plus expérimentés, et on ne négligeait rien pour les rendre aussi élégants que solides. Du temps même de Tacite, les Romains avaient remarqué que les peuples de la Scandinavie (le Danemark, la Suède et la Norvège) étaient redoutables par leurs flottes. D'ordinaire leurs navires étaient très relevés aux deux extrémités, la proue présentant une tête menaçante de dragon ou autres figures, vraies ou fantastiques, propres à inspirer la terreur aux ennemis. Un moine du temps, apercevant un jour, sur la côte de France, une flotte normande hérissée de mâts, disait avoir vu “ une troupe de bêtes sauvages au milieu d'une forêt.” Ces navires portaient généralement de trente, quarante à soixente rameurs, et, dirigés par des mains habiles, “ils glissaient sur la vague, rapides et gracieux comme le canard ou le cygne dont ils avaient emprunté la forme.”

En général, ils sortaient de leurs havres an printemps, et manœuvraient sur la mer durant la plus belle saison de l'année. La pêche les entraina de bonne heure dans la direction du Nord. Les mers du Nord sont poissonneuses : on y trouvait des morses, des baleines et de la morue en abondance. L'amour de la pêche les conduisit peu à peu dans toutes les îles qui s'étendent des côtes de la Scandinavie à celles de l'Amérique.

Une autre cause qui força vers cette époque les Scandinaves à s'expatrier, fut la conduite du roi Harold qui, en 885, voulut soumettre toute la Scandinavie à son autorité. Jusqu'à ce moment, ces hommes avaient joui de la plus entière indépendance, et avaient été gouvernés par un grand nombre de chefs qui se partageaient le pays. Ces chefs convoquaient, dans certaines circonstances, des assemblées nationales, et respectaient réci-

! Depping, Histoire des expéditions maritimes des Normands et de leurs expéditions en France «u Xe siècle,

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proquement leurs droits. Quand Harold, aprés une langue guerre, ent réussi à soumettre on

ces différents chefs, plusieurs préférèrent, au joug du 1ainqueur, les hasards de la mer et tin

1 l'exil. Les uns vinrent aux Orcades, les autres passèrent aux Hébrides et au Shetland, et ne

abordèrent, en 861, aux iles Féroë, où ils se portèrent en grand nombre. oue

En 861, Naddod, pirate norvégien, mit à la voile pour les Féroë. Une tempête le ter:

porta loin de sa route, et en vue d'une terre blanc de neige. Il gravit une montagne, qu

et découvrit d’autres sommets, dont plusieurs LL aient de !a fumée, mais n’aperçut de

| aucune habitation. 1[l donna à cette terre le nom de Snowland, ou terre de neige. Quatre tan l ans plus tard un nommé Kloki Rafina retrouve cette même terre, en fait le tour, et lui

| donne le non de Iceland, ou terre de glace. C’est l'Islande actuelle. les

| En 874, les Scandinaves s'établirent définitivement dans cette ile, et, un siècle plus div

tard, en 982, des colons d'Islande, sous la conduite d’Erick le Rouge, découvrirent le Te:

Grocnland. Dès la même aunée, trente-cinq navires islandais mirent à la voile pour le nouveau pays. Un nouvel Etat y fut fondé d'après la constitution républicaine de l'Islande.

Ce fut vers cette époque que les Scandinaves emurassèrent le christianisme. L'influence de la religion nouvelle modifia leurs mœurs sans cependant détruire chez eux l'esprit d'entreprise et d'aventure.

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