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s'agit est très vive, elle dure peu; si elle dure» d'ordinaire elle n'est pas très vive, et on peut y apporter quelque soulagement. Fût-elle très vive, la faute n'en serait pas au sceptique, mais à la nature, et le sceptique a du moins évité la seule faute que les hommes puissent commettre en pareil cas, celle de s'infliger à soi-même une foule de maux par les idées qu'on se fait du bien et du mal. Celui qui ne se figure pas que la douleur est un mal ne souffre que de l'impression présente ; celui qui la regarde comme un mal double sa souffrance. On voit parfois l'homme à qui on coupe un membre, souffrir sans pâlir et sans gémir : les assistants au contraire, dès qu'ils voient couler le sang, se mettent à trembler et à pleurer; tant il est vrai que l'idée d'un mal peut être plus pénible que le mal lui-même.
Voilà comment le sceptique, bien plus facilement que le dogma liste, arrive à être heureux. Il est comme ce peintre (1) , qui ayant voulu peindre l'écume d'un cheval, et désespérant d'y parvenir, jeta de dépit contre son tableau l'éponge qui lui servait à nettoyer ses pinceaux : elle atteignit le cheval, et l'écume se trouva fort bien représentée. Le sceptique aussi désespérant^ d'atteindre rationnellement l'ataraxie, parce qu'il a vu le désac- ( cord des sens et de l'intelligence, suspend son jugement; et par : N une heureuse rencontre, l'ataraxie survient, comme l'ombre suit le corps ®.
Divers chemins conduisent à cette perfection morale. On appelle tropes, les moyens d'arriver à la suspension du jugement. Il y a des tropes généraux, au nombre de trois : on peut opposer les sens aux sens : ainsi, une tour vue de loin est ronde; de près, elle est carrée; ou l'intelligence à l'intelligence : ainsi l'ordre du monde prouve qu'il y a une providence ; les malheurs des honnêtes gens , qu'il n'y en a pas ; enfin l'intelligence aux sens; ainsi la neige parait blanche, mais Anaxagore prouve qu'étant de l'eau condensée, elle doit être noire.
Il y a encore beaucoup d'autres tropes plus particuliers : tels
sont les dix tropes dVEnésidème, les cinq d' Agrippa, les deux qui y furent plus tard substitués, les huit d'yEnésidème contre les partisans des causes (1) .
II. Réfutation du dogmatisme (avTJfâtKrtt). — La tâche du sceptique est moins d'expliquer son doute que de combattre les croyances de ceux qui ne doutent pas. Il parle de lui-même le moins possible, afin de donner moins de prise : sa principale préoccupation, c'est de parler des autres, ou plutôt contre les autres. Il ne se défend guère, n'ayant rien à garder; mais il excelle dans l'attaque : son œuvre propre est de détruire. Aussi la réfutation du dogmatisme, Xàmippneiç, comme il l'appelle, est-elle de beaucoup la partie la plus importante de l'ouvrage de Sextus.
Il ne faudrait pas se méprendre sur le sens de ce mot réfutation que nous employons faute d'un meilleur, et en tirer contre le scepticisme un argument facile que Sextus a prévu, et auquel il a répondu d'avance. Il ne réfute pas les dogmatistes en ce sens qu'il voudrait prouver qu'ils ont tort : ce serait une thèse affirmative. Il se contente de montrer qu'ils n'ont pas raison, on du moins qu'à leurs raisons on peut opposer des raisons égales: il se borne à les contredire. Entre les raisons contraires, Sextus se garde de faire un choix, et comme on pourrait s'y méprendre. il le rappelle souvent, quand il achève une de ces discussions où il a examiné minutieusement toutes les hypothèses qu'on peut faire, et même quelques-unes que personne n'a jamais songea faire.
Le sceptique règle ses mouvements sur ceux de l'adversaire qu'il veut harceler, et Yâvrfyfacnç comme la philosophie ellemême se divise en trois parties : l'attaque porte sur la logique. la physique et la morale.
i° Contre les logiciens. — D'après les logiciens, les chose?* apparentes (ÇaivSfieva, êvapyrj) sont connues directement au
M Voir ci-dessus, p. a54, a65, 3oi.
moyen du critérium, les choses cachées (iSjjXa) indirectement, au moyen des signes et de la démonstration. Il faut examiner leurs thèses à ce double point de vue.
Le critérium dont il s'agit ici n'est pas celui dont il a été question plus haut, et qui permet de choisir entre plusieurs actes possibles dans la vie pratique : c'est le critérium qui permet de distinguer le vrai et le faux.
On peut distinguer trois sortes de critérium, suivant qu'ontconsidère ou le sujet qui est censé connaître la vérité (xpmfpiov ~~~ v<p' o5), ou l'instrumenta l'aide duquel il la connaît (Si otf), ou ^ l'emploi particulier qui est fait de cet instrument [koB 9 6, nrpocr-
Qu'il n'y ait de critérium en aucun sens, c'est ce que montre
d'abord le désaccord des philosophes. Suivant Xénophane, Pro-
tagoras, Gorgias, il n'y a point de critérium du tout. Pour Àna-
xagore, les pythagoriciens, Démo cri te, Parménide et Platon,
pc'est la raison seule, à l'exclusion des sens, qui peut juger la
i vérité; encore l'en tendent-ils diversement. Suivant Empédocle,
il y a six critériums; pour les stoïciens, il n'y en a qu'un, la
sensation compréhensiv^ les académiciens nient la certitude, et
i n'admèttenf-q«e-fef probabilité ; enfin c'est aux sens seulement!
que les cyrénaïques et les épicuriens accordent leur confiance, V
Est-ce d'abord l'homme qui est le critérium , ou , comme nous dirions plutôt aujourd'hui , le juge de la vérité ? Mais qu'est-ce que l'homme ? Nous ne pouvons le savoir, pas même nous en faire une idée (2) . Les philosophes ont donné de l'homme bien des définitions : aucune ne résiste à l'examen. La plus célèbre est celle qui voit en lui un animal raisonnable, mortel, capable de science et d'intelligence. Mais c'est définir l'homme par ses qualités accidentelles, et les accidents sont autre chose- que le sujet. En outre, nous n'avons rien à faire avec la mort, tant que nous vivons; et dira-t-on que les ignorants, les fous, les gens endormis ne sont pas des hommes? Enfin, les autres animaux sont
<» Af., VII, 35. P., Il, ai.