ALEXIS DE TOCQUEVILLE
Bientôt une nouvelle génération d'écrivains, où dominent comme dans les deux premières les professeurs des Facultés de droit, put faire apparaître une méthode plus scientifique encore, la méthode comparative et critique, qui élève les commentaires du Code civil à la hauteur, où elle se maintient en se développant sans cesse, des véritables traités scientifiques de droit privé.
A cette nouvelle école, toujours en progrès, se rattachent les œuvres et l'enseignement des Valette, des Bufnoir, des Charles Beudant, des Labbé, des Larombière, des Hue, des Guillouard, des Planiol, des Baudry-Lacantinerie et de ses nombreux et vaillants collaborateurs, des Saleilles, des Massigli, des Surville, des Ambroise Colin et Capitant, les derniers venus et non les moins dignes d'être cités dans cette pléiade de civilistes éminents.
Et si on joint à ces travaux un très grand nombre de traités spéciaux, de thèses de doctorat, de mémoires, couronnés dans les facultés de droit, d'articles de Revues, de notes d'arrêts (si importantes) sans oublier les volumineux Répertoires de Dalloz, de Sirey, des Pandectes françaises, on peut dire que la France a, sur le droit civil, un ensemble d'œuvres qui ne le cède en importance, ni en influence exercée dans le monde entier, à celle d'aucun autre peuple.
Que s'achève la revision du Code civil commencée depuis quelques années (1), et la législation de la France continuera à exercer cette « prépondérance juridique » (2), si marquée dans le droit du xixe siècle, et qu'elle devra encore à l'esprit démocratique et conservateur à la fois, à l'idée profondément humaine, qui se dégage de toute son histoire et se reflète dans sa législation, et aussi à « ces formules claires, précises, dégagées de toute théorie inutile (3) », et formulées dans une langue qui semble faite pour « donner droit de cité aux idées qui ont une valeur universelle » .
(1) Cette revision a été entreprise en 1904 par une commission dont le Bulletin de la Société d'études législatives a déjà publié quelques travaux.
(2) Deslandres, Les travaux de Raymond Saleilles sur les questions sociales. (Dans l'Œuvre juridique de R. Saleilles, p. 272.)
(3) R. Saleilles, De la Déclaration de volonté, p. 9.