‹ Les sciences juridiques et politiquesChapitre 6 sur 44 · MEDAILLON PAR DAVID D'ANGERS · texte numérisé non relu

MEDAILLON PAR DAVID D'ANGERS

loin après eux; et quant à de Tocque ville (1805-1859), soa livre classique, la Démocratie en Amérique, le place à un rang que je laisserai à nos hôtes le soin de fixer, sans qu'ils oublient cet autre chef-d'œuvre, V Ancien régime et la Révolution. De Broglie, Prévost Paradox, Jules Simon, Dupont- White, Laboulaye doivent être cités parmi les propagateurs des idées libérales les plus connus qui ont vécu sous le Second Empire.

La théorie et l'histoire du droit constitutionnel ont été faites avec un grand éclat dans la chaire de droit constitutionnel créée à la Faculté de droit de Paris en 1834 sur l'initiative de M. Guizot en faveur de P. Rossi et où celui-ci a enseigné pendant dix ans, de novembre 1835 à mars 1845., Il quitta l'École pour aller à Rome remplir les fonctions d'ambassadeur et y trouva une fin tragique. Bien que P. Rossi soit un des plus illustres enfants de la natios italienne, nos alliés nous permettront de l'inscrire ici au nombre de nos professeurs et de nos publicistes les plus célèbres.

Et plus près de nous, M. Boutmy, le fondateur d'une École, où viennent se former comme à la Faculté de droit de Paris les hommes d'État du monde entier, M. Boutmy, le plus fin et le plus puissant peut-être des psychologues politiques, et notre regretté collègue, M. A. Esmein, en qui s'alliaient si parfaitement le sens historique et l'esprit juridique, ont apporté au droit public et à la science constitutionnelle une contribution qui n'a certainement été dépassée dans aucun pays.

A ces noms il faut ajouter ceux de M. Charles Benoist, dont les articles sur l'État moderne, de la « Revue des Deux- Mondes » ont été si remarqués, M. More au, dont le Précis élémentaire de droit constitutionnel est parvenu à sa 7e édition et qui a publié sous ce titre, Pour le régime parlementait eri une vigoureuse défense de la liberté politique, c'est-à-dire du « régime représentatif qui en est la meilleure sauvegarde et du régime parlementaire qui est la forme supérieure du régime représentatif », et de M. Pierre, dont le Traité de droit politique, électoral et parlementaire est pour

la France ce qu'est en Angleterre le Treatise on the law, froceedings and usage of Parliamant d'Erskine May, traduit en français par M. E. Delpech. Le Manuel de droit constitutionnel, de M. Saint-Girons, a été un des premiers ouvrages suscités par notre nouvelle Constitution, comme l'Étude sur les lois constitutionnelles, de 1875, de M. Ch. Lefebvre, où les traits essentiels du régime parlementaire allié à la forme républicaine sont si nettement et si vigoureusement détachés; M. Léon Duguit clôt la liste des auteurs d'ouvrages généraux sur le droit constitutionnel avec son Traité, dont le premier volume renferme un résumé des théories de l'auteur sur le droit en général et une théorie de l'État qui ne rentrent pas dans la conception française traditionnelle du droit constitutionnel.

Quant aux monographies, elles sont fort nombreuses et pour la plupart d'une très grande valeur. Elles ont été presque toutes suscitées par les concours ouverts devant l'Académie des sciences morales et politiques et surtout devant la Faculté de droit de Paris (concours Rossi). Les ouvrages de M. Joseph Barthélémy, l'Introduction du régime parlementaire en France sous Louis XVIII et Charles X, le Rôle du Pouvoir exécutif dans les Républiques modernes, l'Organisation du suffrage et l'expérience belge; de M. Bompard, le Veto du président de la République et la sanction royale; de M. Lair, des Hautes Cours politiques en France et à l'étranger ; de M. Matter, la Dissolution des assemblées politiques; de M. Morizot-Thibault, la Division du Pouvoir législatif en deux Chambres; de M. Ripert, la Présidence des assemblées politiques; de M. Michon, les Enquêtes parlementaires; de M. G. Barbier, le Code expliqué de la Presse, forment le complément le plus précieux de la théorie et de l'histoire du droit constitutionnel telles qu'elles sont exposées dans les traités généraux.

La liste des Revues qui publient des travaux sur le droit constitutionnel et la science politique serait fort longue à dresser. Il faudrait citer en effet les grandes Revues littéraires., comme la Revue de* Deux-Mondes, la Revue de Paris

le Correspondant, où paraissent souvent des études de science politique de tout premier ordre. Il ne faudrait pas oublier non plus les Revues juridiques générales où le droit public est souvent supérieurement traité. Je me contenterai de citer trois Revues spécialement consacrées au droit public : la Revue du droit public et de la science politique en France et à l'étranger, que j'ai fondée en 1894, la Revue politique et parlementaire qui a commencé à paraître la même année, les Annales de l'École libre des sciences politiques, dont la publication remonte à 1886.

En résumé, il ne semble pas que dans le domaine du droit constitutionnel, la France ait manqué depuis 1789 à sa mission de pionnier des idées libérales, soit dans l'ordre politique, soit dans celui des libertés civiles. Par ses constitutions, ses lois, ses orateurs parlementaires, ses publicistes, ses professeurs, ses Revues, on reconnaîtra qu'elle est à un bon rang, qu'il ne m'appartient pas d'ailleurs de fixer.

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