‹ Les sciences naturelles et la philosophie de l'inconscientChapitre 14 sur 62 · XXII PRÉFACE · texte numérisé non relu

XXII PRÉFACE

somme d'autre problème fondamental que celui de la matière ou de la réalité, quelle qu'elle soit. Malheureusement, le substratum, forcément idéal pour Thomme, de tout ce qui affecte notre sensibilité, et que nous nous représentons comme coexistant dans l'espace et se succédant dans la durée, est un de ces mvstères devant lesquels la science et la philosophie se résignent en silence à ignorer. Igiiorabimus.

Hartmann plane si fort au-dessus de ces vulgaires principes de mécanique, qu'il conçoit très-bien les actions psychiques de l'inconscient comme tout à fait indépendantes et distinctes des mouvements matériels. L'inconscient, r Un-Tout, n'arrive à la conscience que dans les organismes individuels du monde phénoménal ; il se révèle surtout dans l'instinct et dans les réflexes. Mais ces actions ont lieu sans la dépense d'un travail mécanique équivalent. L'esprit se passe très-bien du concours de la matière dans cette philosophie qui, en dépit de ses aspirations au monisme, tombe à chaque pas dans le plus grossier dualisme. C'est la doctrine toute crue du spiritisme. « C'est même pis, dit Vaihinger, car les spirites admettent du moins, comme un intermédiaire nécessaire, quelque fluide matériel ou un médium 1 »

Ainsi, suivant Hartmann, la volonté qui fait contracter un muscle est en elle-même impuissante à atteindre le point du cerveau qui préside à ce mouvement de contraction. L'idée consciente de lever le petit doigt ne suffit pas

PRÉFACE XXIII

pour que cette action voulue se réalise : une idée inconsciente doit intervenir pour agir sur les terminaisons des nerfs moteurs ! Cet exemple, avec celui du calcul des probabilités appliqué aux causes finales, a frappé tous les critiques de Hartmann. Weis a spirituellement nommé cette théorie de la contraction musculaire : Hartmann' sche Fingerhebungsthéorie. « L'objection de Hartmann contre la possibilité de la propagation mécanique des excitations provoquées par les idées conscientes me semble, dit M. Schmidt, intempestive et inutile, parce que la transformation de la volonté et de ridée en mouvement nerveux moléculaire et la transformation de cette excitation en mouvement musculaire visible sont pour nous des faits inexpliqués. A coup sur, ils ne deviennent pas plus clairs lorsqu'on fait intervenir la clairvoyance de l'inconscient. »

Ces paroles, il n'est guère de pages de la Philosophie de V inconscient auxquelles elles

évoque

cient. On a donc le droit de lui reprocher de recourir au miracle, et à un miracle perpétuel, si bien que sa philosophie n'est, aux yeux mêmes des prêtres de l'Occident, qu'une basse et ridicule superstition. Ajoutez — M. Schmidt Ta prouvé d'abondance — qu'il ne déplaît pas au philosophe de l'inconscient d'indiquer les lacunes de notre savoir. Plus d'une fois il s'est même détourné des solutions trop simples.

XXIY PRÉFACE

En général, Hartmann excelle à compliquer les problèmes et à élever autour des questions d'immenses murailles de la Chine. Contre le mécanisme des savants, cet ennemi héréditaire des cause-fînaliers, il n'est remparts ni bastions que le philosophe n'ait construits pour abriter derrière son inconscient. C'est dans cette préoccupation perpétuelle qu'il faut chercher la cause de son opposition radicale au darwinisme.

Hartmann admet la théorie de la descendance, parce que le temps a consacré les vues de génie de notre immortel Lamarck; mais il repousse la théorie de la sélection, parce qu'elle explique la transformation des espèces par des causes purement matérielles et mécaniques.

A l'entendre, la lutte pour l'existence et l'hérédité des caractères utiles acquis et fixés au cours des siècles ne sont que des moyens qu'emploie l'inconscient pour atteindre son but. S'il l'avait voulu, l'inconscient, nous diton, aurait pu aussi bien créer de toutes pièces, et sans formes intermédiaires, des organismes supérieurs. En vain la science démontre que l'adaptation physiologique et la transformation morphologique ont toujours été de compagnie dans l'évolution des plantes et des animaux, si bien que, par la force des choses, un progrès vers un degré d'organisation toujours plus élevé en est résulté. Hartmann invoque la génération hétérogène dans la production d'espèces nouvelles. Partout où de nouveaux types doivent être créés, il fait intervenir la généra-

Page 1