XXVI PRÉFACE
tèbres crâniennes, de Goethe, avant la théorie de la sélection ou celle de Téquivalence des forces; il semble, dis-je, qu'on le voie détourner la tête de dédain, dans sa chaise gothique, lorsqu'un savant comme du Bois-Reyniond écrit ceci : « Point d'autre science pour nous que la mécanique, quelque expression imparfaite qu'elle soit de la véritable science, La pensée n'a qu'une forme vraiment scientifique^ celle de la physique mathématique. Point de pire illusion que de croire expliquer la finalité de la nature organique en recourant à une intelligence immatérielle, conçue à l'image de la nôtre et agissant comme nous suivant des fins *. » Hartmann ne sentira jamais la grandeur et la simplicité d'une telle doctrine. C'est qu'il est poète, et poète romantique, et que le savant s'élève naturellement à une hauteur d'abstraction où l'imagination de Tartiste ne peut vivre. Hartmann est tout plutôt que naturaliste. Aussi, en dépit de l'épigraphe de la Philosophie de Vinconscient, on ne citerait pas en ce siècle un second livre dans lequel la méthode fût plus opposée à celle des sciences naturelles.
Sur un seul point, peut-être, Hartmann a vu juste; il a pressenti une vérité qui, déjà signalée, que dis-je? démontrée par bien d'autres, paraît avoir, quoique toujours contestée, l'avenir pour elle. 11 a compris que les réflexes dominent la vie entière de l'organisme, depuis les réactions du protoplasma sous l'action de
PRÉFACE XXVII
la lumière ou de toute autre excitation, jusqu'aux fonctions supérieures de rintelligence. A priori, il y a bien dans tout réflexe, comme il le croit^ une réaction motrice, qu'on peut appeler volontaire, qui reflète une sensation. Or une sensation, aussi simple et élémentaire qu'on la suppose, implique une conscience; c'est un acte de l'intelligence. Quand une réaction motrice, consécutive à l'arrivée et à la propagation d'une excitation sensible, a lieu dans une partie de notre corps sans que nous en ayons conscience, on dit que c'est un mouvement réflexe. Hartmann parle d'une idée et d'une volonté inconscientes qui évoluent dans les 'ganglions du grand sympathique et dans les diverses régions de l'axe spinal, comme évoluent dans le cerveau les idées et les volitions conscientes.
Je trouve le mot inconscient malheureux, et cela au point de vue même de Hartmann.
Que le cerveau en ait ou non conscience, tous les réflexes de l'organisme, dans Thypothèse que nous exposons, ont lieu avec une conscience aussi obscure qu'on voudra, mais avec une conscience positive et qui ne diffère qu'en degré de celle des centres nerveux de l'encéphale. Si la sensation est la condition nécessaire du réflexe, et si toute sensation est l'origine d'une conscience rudimentaire, il existe chez les êtres organisés de la conscience à tous les degrés : il n'y a point d'inconscient, n y en a encore moins dans les forces cosmiques qui dominent l'évolution de l'univers.
XXVIU PRÉFACE
Des physiologistes et des naturalistes émînents , tels que Wundt , Ferrier , Oscar Schmidt, distinguent encore en conscients et inconscients les mouvements appropriés qu'exécutent les animaux, suivant que les centres inférieurs sont ou non séparés des centres supérieurs. Le mécanisme, c'est-à-dire l'existence de certaines conditions organiques, et les propriétés physiologiques du système nerveux expliquent suffisamment, selon eux, les réactions motrices appropriées des tronçons d'animaux mutilés ou décapités. L' a âme inconsciente y> du cordon ventral des invertébrés ou celle de la moelle épinière des vertébrés leur parait, à bon droit, une « addition superflue et inutile » ^ Ni la finalité de ces mouvements, ni leur adaptation aux conditions extérieures ne dépassent Tidée qu'on peut se faire d'une machine. Sans doute, on ne connaît pas de mécanisme automoteur d'une si délicate perfection ; mais, le principe admis, qui fixera les limites où finit le mécanisme, où commence la volonté? Ou bien il existe, même dans les plus simples réflexes, un minimum de conscience, partant d'idée et de volonté, ou tous les mouvements accomplis par les centres nerveux inférieurs, séparés des centres supérieurs, sont déterminés d'avance dans l'organisme et résultent des propriétés mécaniques du système nerveux.
Les actions réflexes d'un animal déca-