‹ Les sciences naturelles et les problèmes qu'elles font surgir;Chapitre 11 sur 44 · VALEUR DES SCIENCES NATURELLES · texte numérisé non relu

VALEUR DES SCIENCES NATURELLES

morte, prenoos une particule de protéine vivante, UD de ces petits ôtres microscopiques qui abondent dans nos étangs, et que l'on appelle des tnfmoires, une Euglène, par exemple, et mettous-la dans notre vase d'eau. C'est une petite masse arrondie, pourvue d'un long filament et qui ne présente pas, en dehors de cette forme particulière, de différence physique ou chimique pouvant la faire reconnaître d'une parcelle de protéine morte.

Pourtant les phénomènes qu'elle va occasionner présenteront des différences immenses. En premier lieu notre Ëuglëne, traversant te liquide en tous sens et très-rapidement à l'aide des vibrations de son long filament ou cil, développera une énorme quantité de forces physitjues.

La quantité d'énei^ie chimique que possède ce petit être n'est pas moins étonnante. Il représente en lui-même un laboratoire parfait, et va agir et réagir sur l'eau et les matières qu'elle contient, les transformant en composés nouveaux analogues à sa propre substance, et rejetant en mgme temps d'autres parties de sa propre substance devenues excrémentitielles .

De plus l'bluglène va s'accroître, mais sa croissance est loin d'être illimitée, comme pourrait l'être celle d'un cristal. Après avoir acquis un certain développement, elle se divise, et chacune des parties prend la forme de l'original pour s'accroitre et se diviser comme lui.

Ce n'est pas tout. Après s'être ainsi divisés et

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subdivisés plusieurs fois, ces petits êtres infimes revêtent une forme tout à fait nouvelle; ils perdent leurs longues queues, ils s'arrondissent et sécrètent une sorte d'enveloppe, une petite loge où ils s'enferment pendant un certain temps, pour reprendre parfois, directement ou indirectement, leur premier mode d'existence. Or, d'après ce que nous en savons, il n'y a pas de limites naturelles k l'existence de l'Euglëne ou d'aucun autre germe vivant. Une fois lancée dans l'existence, l'espèce vivante tend à vivre toujours.

Voyez combien diCTëre cette particule animée, des atomes sans vie dont s'occupent les physiciens et les chimistes.

La particule d'or tombe au fond du vase, et y entre en repos ; la particule de protéine morte se décompose, disparaît, elle arrive aussi au repos; mais la particule de protéine vivante ne tend pas à épuiser ses forces, elle ne tend pas à revêtir une forme permanente, et se fait essentiellement reconnaître comme troublant l'équilibre en ce qui concerne la force, comme subissant une métamorphose et un changement constants, quant à la forme.

Ainsi donc, ce qui caractérise cette portion de l'univers qui ne vit pas, domaine du chimiste et du physicien, c'est la tendance à l'équilibre des forces, à la permanence des formes.

Ce qui caractérise le monde viyant, c'est la tendance au trouble de l'équilibre établi, la production de formes qui se succèdent en cycles déûnis.

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Quelle est la cause de celte merveilleuse ditTérence entre la particule morte et la particule vivante d'une matière qui, à tout autre égard, parait Être identique; de cette différence à laquelle nous donnons le nom de vie ?

Quant à moi, je ne puis le dire. Plus tard peut- £tre lespfailosophcs découvriront des lois supérieures dont les faiLs vitaux ne seraient que des cas particuliers. Il est très-possible qu'ils arrivent à reconnaître les liens qui unissent, d'une part, les phénomènes physico-chimiques, eties phénomènes vitaux, de l'autre. Pourtant nous ne savons rien encore à cet égard, et nous ferons preuve, je pense, d'une sage humilité en avouant que, pour nous du moins, ce revêtement successif de formes différentes, les conditions extérieures restant les mômes, cette spontanéité d'action , si je suis autorisé à me servir d'une expression qui implique plus que je ne saurais garantir, cet aspect variable, qui constitue une distinction pratique si vaste et si claire entre les corps vivants et les corps inanimés, est un fait ultime, indiquant, comme tel, qu'il existe, entre ce qui Tait l'objet des sciences biologiques et la matière de toutes les autres sciences, une ligne de démarcation bien tranchée.

Je voudrais, en effet, vous faire bien comprendre que l'Euglène, cet être rudimentaire, est le type de tout ce qui a vie, en tant qu'il s'agisse de distinguer la matière vivante de la matière inerte. Ce cycle de changements, qui se manifeste dans l'Euglène

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par deux ou trois changements successifs, se manifeste aussi clairement dans les nombreux états de développement que traversent le cbëne ou l'horame, à partir du germe primitif qui leur a donné naissance. Quelles que soient les forrfies simples ou complexes que puisse revêtir l'être vivant, il se distingue de ce qui ne vît pas par ces trois phéno- . mènes : la production, l'nccroissement, la reproduction.

S'il en est ainsi, il est clair qu'en passant des sciences physico-chimiques aux sciences physiologiques, l'étudiant aborde un ordre de faits tout nouveau; et nous avons maintenant à rechercher jusqu'à quel point ces faits nouveaux impliquent de nouvelles méthodes, ou nécessitent une modification de celles qu'il connaît déjà. Or, on a beaucovp parlé des particularités de méthodes de la science en général, et des méthodes différentes suivies dans les différentes sciences. Les mathématiciens, dit-on, ont une méthode spéciale ; en pby^que il en faut une autre, il en faut une autre encore en biologie, et ainsi de suite. Pour ma part, j'avoue ne rien comprendre à cette manière de parler.

En tant qu'il m'est possible de bien m'en rendre compte, la science n'est pas, comme quelques-uns semblent le supposer, une modîllcalion de la sorcellerie adaptée au goût du dix-neuvième siècle, et ses progrès ne résultent pas surtout de la décadence de l'inquisition.

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La science, selon moi, n'est que le sens commun dressé et organisé ; elle en diffère comme an vétéran peut diiTérer d'un jeune conscrit ; ses méthodes ne diffèrent de* celles du sens commun que comme les coups d'estoc et de taille du vieux soldat diffèrent des coups de massue portés maladroite- . ment par un sauvage. Dans les deux cas la puissance première est la m£me, et le sauvage qui n'a pas été dressé au métier des armes, a peut-être le bras le plus vigoureux. L'homme au sabre a comme avantages réels une arme pointue et bien affilée, son œil exercé reconnaît vite le point faible de l'adversaire, sa main est prompte à y porter les coups. Mais après tout, l'exercice du sabre n'est que le développement , le perfectionnement des coups portés à tort et à travers par l'homme au bllton.

Ainsi donc, les grands résultais de la science ne proviennent pas de facultés occultes; les procédés intellectuels qui nous ont acquis ces résultats considérables ne diffèrent pas de ceux dont nous usons tous dans les affaires de la vie les plus humbles, les plus insignifiantes. L'agent de police découvre un coquin à l'empreinte de ses pas, par les procédés intellectuels qui permirent à Cuvier de restaurer des animaux disparus, sur des fragments de leurs o» retrouvés à Montmartre. Et quand, à l'aide d'un procédé d'induction et de déduction, une dame qui aperçoit sur sa robe une tacbe d'une espèce particulière arrive à cette conclusion que quelqu'un y

renversé un eacrier, son raisonnement ne diffère pas, dans l'espèce, de ceux qui firent découvrir des plané tes à Adams et à Leverrier.

Après tout, l'homme de science ne fait qu'employer avec une exactitude scrupuleuse les méthodes dont nous nous servons tous habituellement et & chaque instant d'une façon négligente ou par & peu près; etmémel'homme d'affaires, comme celui d'entre nous qui a le plus pftli sur les livres, doit employer les méthodes scienliflques, il sera homme de science nu même titre que nous le sommes nous< mêmes, quelque étonné qu'il puisse être de se trouver philosophe, comme l'était bien M. Jourdain en apprenant qu'il avait toute sa vie parlé en prose. Cependant, s'il n'y a pas de différence réelle entre les méthodes scientifiques et celles de la vie habituelle, il paraît bien improbable à première vue qu'il y ait des différences entre les méthodes des différentes sciences ; pourtant à chaque instant on accepte, semblerait-il, comme chose bien certaine, qu'en fait de méthode il y a une différence tranchée entre la physiologie et les autres sciences. La biologie diffère des sciences physico-chimiques et mathématiques en ce que ce n'est pas une science exacte, dira-t-on en premier lieu, et c'est ce' dont je vais m'occuper d'abord, parce que des physiologistes mêmes admettent trop souvent la vérité de celte imputation. Or, quand on parle du défaut d'exactitude, il s'agit soit des méthodes, soit des résultats de la science physiologique.

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On ne peut pas dire que les mélhoiles manquent d'exactitude, car, comme j'espère tous le montrer dans un instant, les métbodes sont identiques dans toutes les sciences, et ce qui est vrai de la méthode physiologique l'est aussi de la méthode phjsiqne ou mathématique.

Ce seraient alors les résultats de la science biologique qui manqueraient d'exactitude? Il n'en est rien, je pense. Si je dis que la respiration s'accomplit au moyen des poumons ; que la digestion s'effectue dans l'estomac; que l'œil est l'organe de la vue ; que les mâchoires d'un vertébré ne s'ouvrent jamais latéralement, mais toujours de haut en bas, tandis que celles d'un annelé ne s'ouvrent jamais de haut en bas et toujours latéralement, j'énonce des propositions aussi exactes que toutes celles de la géométrie. Comment s'est donc produite cette idée de l'inexactitude de la science biologique ? A mon avis, elle provient de deux causes : d'abord, de ce que nos prédictions, par rapport à ce qui se passera dans des circonstances données, sont approximatives seulement, la plupart du temps, en raison de la complexité de cette science et de la multitude des conditions qui interviennent dans nos expériences; en second lieu, de ce que, les sciences physiologiques étant encore relativement dans l'enfance, la plupart de leurs lois ne sont pas encore parfaitement élucidées. Mais il faut d'abord distinguer entre ce qui fait l'essence d'une science et les accidents qui l'entourenti et, dans leur essence, les méthodes

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et les résultats de la physiologie sont aussi exacts que ceux de la physique ou des mathématiques.

On a dit que la méthode physiologique est tout spécialement comparative (I), et bien des hommes acceptent favorablement cette manière de voir. Je T»e -voudrais pas donner à entendre qu'en raisonnant

(1) Ea établissant ma division rationnelle des trois modes rondamentaui de l'srt d'obserïer, J'ai déjà fait sentir, en général, que le dernier de ces modes, le plus indirect et le plus difficile de tous, la comparaison, était essentiellement destiné, par sa nature, k l'étude dea phénomènes les plus particuliers, leB plus compliqués et les plus variés, dont il devait constituer la principale ressource. Nous avons d'abord reconnu que les vrais plténoménes astronomiques, nécessairement limités au seul monde dont nous Taisons partie, ne pouvaient aucunement comporter, si ce n'est d'une manière tout & fait secondaire, l'application d'un tel procédé d'exploration. Passant ensuite aux divers phénomènes de ta physique proprement dite, nous avons également constaté que, quoique leur nature y interdise beaucoup moins une utile introduction de la méthode comparative, c'est néanmoins d'après un tout autre mode fondamental que l'art d'observer doit y Être spécialement employé. Enfin, it partir des phénomènes chimiques, nous avons établi que, quoiqu'une talle méthode n'ait jusqu'ici aucun rang dé- , terminé dans le système logique de la philosophie chimique, le caractère des phénomènes commence dès lors i. devenir susceptible d'une heureuse et importante combinaison de ce mode avec les deui autres, qui doivent néanmoins y rester prépondérants. Mais c'est seulement dans l'étude, soit statique soit dynamique, des corps vivants, que l'art comparatif proprement dit peut prendre tout le développement philosophique qui le caractérise, de manière à ne pouvoir être convenablement transporté i aucun sujet qu'après avoir été end usive ment emprunté à cette source primitive, suivant le principe logique si fréquemment proclamé et pratiqué dans ce Traité.

(A. Comte, Court de Philosophie posilive. 3* édition, Paris, 1869, t. m p. 239.)

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sur la classificatioD scientifique, certains philosophes spéculatifs ont été induits en erreur par le nom accidente! d'une des branches Us plus importantes de la biologie, l'anatotnie comparée, mais je demanderai si la comparaison et ce genre de classificatioa qui en résulte ne sont pas l'essence de toutes les sciences, quelles qu'elles soient? Gomment peut-on découvrir une relation de cause à effet, si ce n'est en comparant entre eux une série de cas dans lesquels la cause et l'effet supposés se présentent réunis ou isolés? Il est si peu vrai que la comparaison soit propre aux sciences biologiques, qu'elle constitue selon moi l'essence de toute science.

De même, un de ces philosophes spéculatifs nom dit que les sciences biologiques ont ceci de particulier, que ce sont des sciences d'observation et non des sciences expérimentales (I).

(I, AussiUt qu'on s'écarte de cet heureux ensemble de curac- . tires, en passant II des phénomènes plus particuliers et plus compliqués, l'usage de l'eipérimenuiion devient nécessairement de moins en moins décisif. Heme à l'égard des phénomènes cliimiques, noua avons reconnu qu'ils présentent, sous ce rapport, de grandes difHcultés Ton da mentales, et que l'emplù des expériences ne semble y être si étendu que par suite d'une disposition peu philosophique, trop commune aujourd'hui, àconfondre l'observation d'un pliénomène artificiel. avec une véiitable expérimentation. Touterois, l'art expériment*! proprement dit oITre encore à la chimie une ressource capililt' Hait, dans l'étude des corps vivUits, la nature des phénoiuènes me paraît opposer directement des obstacles presque ix- Bormontables i, toute large et féconde application d'un t«l procédé ; ou du moins, c'est par des moyens d'un autre ordie

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Parmi toutes les étranges assertions oîi la spéculation, sans connaissance pratique du sujet dont on s'occupe, peut entraîner un homme distingué, celleci, je pense, est bien la plus étrange. Quoil la physiologie ne serait pas une science expérimentale! Mais il n'y a pas une seule fonction des organes du corps qui n'ait été déterminée purement et simplement par l'expérimentation. N'est-ce pas par l'expérimentation que Harrey a déterminé la nature de la circulation? N'est-ce pas par l'Expérimentation que sir Charles Bell a déterminé les fonctions des racines des nerfs spinaux? Avons-nous un autre moyen de connaître la fonction d'un nerf quel qu'il soit; et même comment pouvons-nous savoir que notre œil est notre appareil de vision à moins de faire l'expérience de le fermer; que l'oreille est notre appareil d'audition à moins de la boucher, et de reconnatlre ainsi que nous n'entendons plus?

Vraiment, il serait bien plus exact de dire que parmi toutes les sciences, la physiologie est la science expérimentale par excellence, celle où il y a le moin^ à apprendre au moyen de l'observation pure, et

que doit être surtout poursuivi le perfectionnement essentiel de la science logique.

(A. Comte, Court de philosophie positive, 3* ëdilion. Puis. ISev, t. m, p. 3Ï3,)

Comme cela lui arrive si souvent, U. Comte se contredit deux pages plus loin, mais cette coniradiction ne peut guËre le dédiarger de la responsabilité du passage que nous venons

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celle où l'expérimentateur trouve le plus vaste champ pour déployer toutes les facultés qui le caractérisent. Je dois reconnaître que si l'on me demandait un modèle d'application de la logique de l'expérience, je ne pourrais en indiquer un meilleur que l'ouvrage de M. Claude Bernard sur la fonction du foie considéré comme organe producteur de matière sua-ée chez Phomme et chez les animaux.

Pour ne pas trop donner à ce discours la tournure d'une controverse, je me bornerai à vous signaler une seule autre doctrine proressée par ud penseur de notre siècle et de notre pays, et dont les opinions méritent tout notre respect. Les sciences biologiques, dit-il, difTërent de toutes les autres en ce qu'on y établit les classifications par type et non par définition (1);

En deux mots : on a ditqu'en histoire naturelle la

II) Groupes naturels éUblispar type et non par définition. . L> classe est Siée solidement sans être limitée d'une façon précise; elle est donnée sans être circonxcrite, aea frontiëres ne sont pas établies par une ligne qui l'entoure extérieuremont, elle est déterminée intérieurement psr un point central auquel tout se rapporte ; non par ce qu'elle exclut absolument, mais par ce qu'elle inclut éminemment; elle est déterminée par un exemple et non par un précepte ; brer.pournousgulder, nous avons ici un type au lieu d'une définition. On type est un exemple d'une classe quelconque, soit une espèce nous faisant connaître un genre, cette espèce étant considérée comme possédant éminemment les caractères du genre auquel elle appa^ tient. Toutes les espèces qui ont une plus grande aÉnilé »ïec cette espèce type qu'avec les autres espèces forraenl le genre et se groupent auloor de lui, en s'en écartant plus ou moins en différents sens.

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classe ne peut être déflDÏe ; que la classe des rosacées parexemple, ou celle des poissons, ne peuvent être déflnîesd'une manière précise et absolue, parce qu'elles présentent des membres qui font exception à toutes les définitions possibles, et que les membres de la classe se trouvent réunis en raison de leur ressemblance à une rose, à un poisson imaginaires, pris comme types, l'emportant sur leur ressemblance k toute autre cbose.

Mais id comme précédemment, la distinction provient, je crois, de ce que l'on a pris une imperfection tranatoire pour un caractère essentiel. Tant que nous connaissons les objets d'une façon imparfaite, nous les classons ensemble d'après des ressemblances que nous sentons sans pouvoir les àé- Snir; bref, nous les groupons autour de types. Ainsi demandez au premier venu combien il y a d'espèces de bëtes, il vous répondra : il y a des animaux, des oiseaux, des reptiles, des insectes, etc. Demandez-lui de déSnir l'animal comme il l'entend, de façon à le différencier du reptile, cela lui sera impossible, et il vous répondra : les bêtes sembla- ' blés à une vache, à un cheval sont des animaux; les betes semblables à une grenouille à un lézard sont des reptiles. Vous le voyez, il classe par type et non par définition. En quoi cette classification diffèret-elle de celle du zoologiste? En quoi le nom scientifique de classe : mammifères, dill%re-t-il du nom vulgaire : animaux?

La différence provient précisément de ce que le

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premier dépend d'une définition et le second d'un type. On déflnit scientifiquement la classe des mammirères : tous les animaux qui ont une colonne vertébrale et (Jui allaitent leurs petits. Ici on ne se rapporte pas à un type, mais à une définition assez rigoureuse pour satisfaire un géomètre. Et c'est Ift le caractère que tout savant naturaliste reconnaît comme celui auquel toutes ses classes doivent atteindre, car il sait bien qu'en classant par type, il prend un moyen temporaire de se tirer d'affaire, et avoue par le fait son ignorance. j

Voilà, selon moi, l'argument négatif relatif aux 1 différences des méthodes biologiques comparées ' aux autres méthodes scientifiques. Ces différences n'existent réellement pas. Ce qui fait l'objet de l'é-tude en biologie diffère de ce que l'on étudie dans les autres sciences, mais les méÂodes sont toujours les mêmes. Ces méthodes les voici :

I* L'observation des faits; et sous cette indication je comprends ce genre d'observation artificielle auquel on a donné le nom â'expérimentation,

i' Le procédé qui consiste k réunir les faits similaires en faisceaux étiquetés et prêts à nous servir, ' que l'on appelle comparaison et classification. On appelle proposilims générales les résultats de ce procédé, les faisceaux étiquetés.

3* La déduction, qui nous ramène des propositions générales aux faits, et nous enseigne pour ainsi dire à prévoir, d'après l'étiquette, ce qui se trouve dans le faisceau.

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Bnfin

4° La vérification, le procédé au moyen duquel on s'assure que la prévision est conforme au fait prévu.

Une science, quelle qu'elle soit, ne peut avoir d'autre méthode ; mais permettez-moi par un exemple de TOUS faire Toir l'emploi de ces méthodes dans les sciences de la vie, et supposons, comme cas spécial, qu'il s'agisse d'établir îa doctrine de )a circulation du sang.

Dans ce cas nous connaîtrons à la suite d'une hémorrba(^ie par exemple, et par l'observation simple, l'azisfence du sang; accordons même, qu'à la suite d'une blessure accidentelle nous ayons pris connaissance de la localisation dece sang dans les vaisseaux et dans le cœur. L'observation nous fait encore connaître l'existence du pouls en dilTérenls points du corps, et nous apprend la structure du cœur et des vaisseaux.

Ici pourtant s'arrête l'observation simple, et nous devons ensuite recourir à l'expérimentation.

Liez une veine, et vous verrez le sang s'accumuler dans ce vaisseau du cAté opposé au cœur. Liez une artâre, et vous verrez le sang s'y accumuler du côté du cœur. Ouvrez la poitrine, et vous reconnaîtrez que le cœur se contracte énergiquement, ouvrez les grandes cavités de cet organe, et tout le sang s'écoulera sous vos yeux. Dès lors il n'y aura plus de pression, ni en avant ni en arrière, dans la veine ou dans l'artère liées précédemment.

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