V&LEUH DES SCIENCES NATURELLES
Or, tous ces Taits réunis démontrent de toute évidence que le sang est chassé par le cœur dans les arlëres, qu'il retoarne par les veines, en un mot que le sang circule.
Supposons que nous ayons observé ces phénomènes et expérimenté snr les cbevaui ; nous réunirons alors les résultats de nos observations et de nos expériences en une proposition générale : Le sang des chevaux circule, et cette proposition sera une étiquette dont nous pourrons nous servir.
Dès lors le cheval porte pour nous une sorte d'indication, une marque qui nous dit où nous trouverons une certaine série de phénomènes appelée ctrculaiion du sang .
Nous voici donc arrivés à notre proposition générale.
Comment, etàquel moment, pourrons-nous faire un pas en avant, c'est-it-dire en tirer une déduction?
Supposons que notre phy^ologiste, dont l'expérience se borne aux chevaux, se trouve pour la première fois de sa vie en présence d'un zèbre. Va-t-il supposer que sa proposition générale est valable aussi pour le zèbre 7
Ceci dépendra beaucoup de la tournure de son esprit, mais admettons qu'il soit hardi. 11 dira : Assurément le zèbre n'est pas un cheval, mais il lui' ressemble beaucoup ; je suis donc fondé à reconnaître en lui la marque ou l'étiquette de la circulation du sang, et j 'en conclus que le sang du zèbre circule. .
Voilà une déduction ; elle est très-valable, mais on
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AU POINT DE VUE DE L'KDUCATION. Il»
ne peut nullement la considérer comme acienlifiquement certaine. En effet, cette qualité' de la certitude ne peut être acquise que par la vérificatioa.: c'est-à-dire qu'il faut faire du zèbre un sujet d'expérience, et répéter sur lui toutes celles qui ont été faites sur le cheval. Nous savons bien que, dans cecas, le procédé de vérification confirmera la déduction, et ce n'est pas seulement une connaissance positive plus étendue qui va en résulter, mais l'expérimentateur acquerra par ce fait une plus grande confiance en la vérité de sa généralisation dans d'autres cas.
Après avoir ainsi réglé la question par rapport au zèbre et au cheval, notre philosophe poun-a croire en toute confiance à la circulation du sang de l'âne. Je crois oiSme que la plupart des hommes l'excuseraient, si alors il ne se donnait pas la peine de recommencer toute la série des expériences de vérîficatioQ ; et il n'y aurait pas lieu de s'étonner si, comme on l'a déi& vu dans l'histoire de l'esprit humain, notre physiologiste imaginaire soutenait maintenant qu'il connaissait à prionXdi circulation de l'&ae.
Cependant, pour vous faire bien comprendre comr bien il faut être prudent, je vous ferai remarquer que, par sa nature même, notre savoir est absolument conditionnel ; il est toujours dangereux de négliger le procédé de vérification ; dès que nos déductions nous entraînent en dehors du terrain qu'il BOUS a assuré, nous restons suspendus à un fil. Rien ne peut mieux vous faire comprendre cela que l'Ius-
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IflO VALEUR DES SCIENCES NATURELLES
toirc de ce que noas savions de la circulation du sang dans le règne animal jusqu'en 1&34. Dans tout animal pourvu d'un système circulatoire, observé jusqu'à cette époque, on avait vu le courant sanguin prendre une direction déterminée et invariable. Or, dans une certaine classe d'animaux appelés les Atcidietiê, on trouve un cœur, et le sang circule; jusqu'à l'époque dont je parle personne n'aurait soogé à nier la valeur de la déduction que chez ces petits 6tNe la circulation s'effectue suivant une direction fixe, personne n'aurait pensé qu'il y eût lieu de vérifier ce point. Mais en 1824, M. Von-Hasselt, examinant par basard un animal transparent de cette classe, vit à sa grande surprise, qu'après un certain nombre de pulsations, le cœur de l'ascidie s'arrfita pour battre ensuite en sens inverse, de façon à renverser le sens du courant qui, au bout de peu d'iastants, reprend sa direction première.
J'ai observé et compté moi-même les battements du cœur des ascidies, et j'ai remarqué que tes périodes dinversion du courant sanguin sont aussi régulières que possible. Il n'est pas à mon avis de s^ctacle plus étonnant dans tout le règne animal, d'autant plus que, jusqu'à ce jour, ce fait est unique et propre à cette seule classe d'animaux. En mfime temps je ne connais pas de cas plus frappant pour prouver la néoessité de la vérification de ces déductions mêmes qui semblent fondées sur les propositifHis générales les plus larges et les plus cet-
Telles sont les méthodes biologiques. Elles sont évidemment identiques à celles de toutes les autres sciences et ne peuvent nous servir de base pour établir une distinction entre cesacioncesetla biologie (1). Maison va me demander tout de suite : Prétendeivous qu'il n'y ait pas de différence entre les habitudes mentales d'un mathématicien et celles d'un naturaliste ? Pensez-vous que, si l'on avait mis Laplace au Jardin des plantes et Cuvier à l'Observatoire, il en serait résulté le même avantage pour le progrte des sciences professées par chacun d'eux?
A ceci je réponds que n'en n'est plus éloigné de ' ma pensée. Mais les habitudes dilTérentes, les tendances spéciales et variées de deux sciences n'impliquent pas des méthodes différentes. Le montagnard et l'homme de la plaine ont des habitudes de locomotion bien différentes, et chacun d'eux serait gfiné à la place de l'autre ; mais ils se meuvent d'après la mfime méthode, qui consiste à mettre une jambe devant l'autre. Pour chacun d'eux le pas est la combinaison d'une levée et d'une poussée, mais le montagnard lève plus le pied, lïiomme du plat pays pousse le sien davantage. Il me semble que ceci s'applique à la différence des sciences.
Je sais parfaitement que si le mathématicien s'oc-
(!) Est-il néceisaire de Iklre remorquer combien je aals redevable, en ca qui concerne ma manière de comprendre U
métbode Bcientiflque, au aystène de logique de H. Stuart Hill ; que ce témoignage lui soit ici un gage de ri
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