‹ Les sciences naturelles et les problèmes qu'elles font surgir;Chapitre 13 sur 44 · S VALEUR DES SCIENCES NATURELLES · texte numérisé non relu

S VALEUR DES SCIENCES NATURELLES

cupe de déductions à tirer de propositions générales, le biologiste s'occupe plus spécialement d'observations, de comparaisons et de tous ces moyens qui nous mènent aux propositions générales. Je ne veux iosbter que sur un seul point : cette différence ne dépend pas d'une distinction fondamentale existant dans les sciences mêmes; elle dépend des accidents de l'objet de leur étude, de leur complexité relative, de leur perfection relative, résultant elle-mCme

, de ce plus ou moins de complexité.

Le mathématicien ne s'occupe que de deux pro-

' priétés des objets : le nombre et l'étendue, et toutes les propositions générales dont il se sert ont été formées et complétées il y a longtemps. Aujourd'hui il n'a plus qu'à déduire et à vérifier.

Le biologiste s'occupe d'un très-grand nombre de propriétés différentes des objets, et il n'arrivera pas, je le crains, à compléter ses propositions générales avant bien longtemps ; mais quand il les aura complétées, il procédera par déduction comme le matfaématicien, et sa science sera exacte comme les mathématiques mêmes.

Tel est le rapport qui existe entre la biologie et les sciences relatives aux objets dont les propriétés sont moins nombreuses que celles des objets dout s'occupe la biologie. Mais, comme en abordant l'ëtude de la biologie, l'étudiant porte les yeux en arrière pour contempler des sciences moins complexes, et par conséquent plus par/ailes, de mSme, portant les yeux en avant, il se trouve en pré-

=, Couple

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sence de couDaissaDces plus complexes et d'Autant moins parfaites. La biologie ne s'occupe des 6tres vivants qu'à leur état d'isolement, elle traite de la vie dans l'individu seulement ; mais il y a une branche de la science plus élevée encore; elle se rapporte aux êtres vivant à l'état d'agrégation; elle traite des relations des êtres vivant l'un avec l'autre. Cette science s'occupe des hommes; ses expérimentations se font par les nations entre elles, sur les champs de bataille ; ses propositions générales se formulent dans l'histoire, dans la morale, dans la religion; ses déductions- déterminent notre bonheur ou notre malheur ; et le plus souvent ses vérifications arrivent trop tard et ne servent, comme dit notre vieux poète, Samuel Johnson, qu'à indiquer une moralité ou k orner un récit. Je parle de la science de la société, ou sociologie.

La biologie occupe ainsi parmi les connaissances humaines une position centrale, et c'est surtout ce qui lui donne à nos yeux une grande importance. Les études physiologiques développent l'esprit humain en tous sens. Se rattachant aux sciences abstraites par des liens innombrables, la physiologie est en rapport avec l'humanité de la façon la plus intime, et en nous enseignant que les manifestations les plus étranges, les plus folles de la vie individuelle sont réglées par une loi, par un ordre, par un plan défini de développement, elle prépare l'étudiant à rechercher la fin vers laquelle tend l'humanité lors même qu'elle semble le plus errer à l'aventure, et k

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croire que l'histoire n'est pas seulement un chaos intéressant, journal tragi-comique d'une roarcbe fatigante et sans but.

Les considérations précédentes serviront, je l'espère, à vous indiquer comment il faut répondre aux deux premières questions posées au début de ce discours, à savoir : Quelle est la portée et la position des sciences physiologiques; Quelle en est la valeur comme moyen de discipline mentale ?

Ce qui fait l'objet de leur étude constitue une bonne moitié de l'univers. Comme position, elles tiennent le milieu entre les sciences physico-chimiques et les sciences sociales. Leur valeur comme moyen de discipliner l'esprit est en partie celle qu'elles ont en commun avec toutes les autres sciences, servant comme elles à dresser, à fortifier le sens commun ; d'autre part, elles ont une valeur spéciale dépendant du grand exercice qu'elles fournissent aux facultés d'observation et de comparaison, et dépendant encore de l'exactitude des connaissances qu'elles exigent de ceux de leurs adeptes qui travaillent à en étendre les limites.

Si ce que j'ai dit au sujet de la position et de la portée de la biologie est vrai, la valeur pratique, l'utilité immédiate des enseignements de la physiologie, troisième question posée, en découle et peut se passer de réponse.

Si le genre humain méritait le titre de rationnel qu'il s'arroge, il est certain qu'à d'autres égards, les hommes verraient en l'étude qui fait profession de

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leur faire connaître les conditions d'une existence dont ils font si grand cas, qui leur enseigne à éviter lamaladtejâconserverlasanté, tant chezeus que cheE ceux qui leur sont cbers, le genre d'instruction qui leur est le plus nécessaire, ainsi qu'à leurs enfants. Je .m'adresse sans doute à des auditeurs ayant reçu de l'éducation, et cepeadantjecroispouvoir affirmer que parmi ceux qui m'écoutent, à part quelques médecins, personne ne pourrait me dire à quoi sert et ce que signifie un acte que l'on exécute une vingtaine de fois à la minute, et dont la suspension entraînerait immédiatement la mort : je parle de Vaele respiratoire. Et qui d'entre tous saurait m'expliquer en termes précis pourquoi un air confiné est nuisible à la santé?

La valeur pratique des connaissances physiologiques ! ... Comment sefait-il qu'il y ait aujourd'hui des gens instruits prêts à soutenir qu'un abattoir au milieu d'une grande ville n'est pas chose fftcheuse ? Ne voyons-nous pas des mères s'enUSter à exposer au froid la plus grande surface possible du corps de leurs enfants, pour suivre une mode absurde adoptée par elles, et s'étonner ensuite de voir une providence cruelle frapper ces petits enfants, les faisant mourir de bronchite ou de diarrhée? Ne voyons-nous pas les charlatans courir partout la tâte haute? Il y a peu de temps, un des lieux de réunion les plus considérables de cette grande ville était plein d'auditeurs qui ne sourcillaient pas en écoutant un révérend personnage exposer cette doctrine, que les phéno-

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mènes physiologiques simples, connus sous les noms d'esprits frappeurs, de tables tournantes, de phrénomagnétisme et sous tant d'autres appellations baroques et déplacées, se rattachaient &' l'action directe et personnelle de Satan.

Tout cela ne dépend-il pas de la complète ignorance où se trouvent nos concitoyens les mieux élevés des lois les plus simples de la vie animale â laquelle ils participent ?

Mais il y a d'autres branches des sciences biologiques que la physiologie proprement dite, dont Tinfluence pratique, moins palpable, n'est pas moins certaine selon moi. J'ai entendu des gens bien élevés parler des études du naturaliste avec un dédain mal déguisé et demander en haussant les épaules : A quoi honétudier si soigneusement ces misérablcspeti tes botes? en quoi cela peut-il influer sur la vie humaine ?

Je vais t&cber de répondre à cette question. J'admets que vous m'accordiez tous qu'il y a un gouvernement fixe dans cet univers ; vous croyez sans doute que les peines et les plaisirs ne sont pas répandus au hasard, mais distribués selon des lois régulières et fixes, et que l'harmonie qui existe à cet égard entre les différentes parties du monde sensiUr s'accorde strictement avec tout ce que nous savons du reste de la création.

Nous sommes alors bien certainement intéressés ù connaître le sort des autres créatures animées, tout inférieures qu'elles peuvent être à notre égard ; seules parmi toutes les choses créées, elles parta-

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gent avec nous la capacité de jouir et de souffrir.

Celui qui reconnaît les peines et les majux inséparables de la vie, même d'un ver de terre, supportera, je pense, la part qui lui en incombe avec plusdfi courage et de soumission ; en touL cas il devra tenir en suspicion ces petites théories si gentilles du gouvernement divin, d'après lesquelles la souffrance serait une erreur ou un publi qui ne larderaient pas àfitre corrigés. Mais, d'un autre cAté, il verra prédominer le bonheur parmi les êtres animés, il verra la beauté qui leur a été accordée à profusion, il reconnaîtra entre elles une harmonie secrète et merveilleuse depuis la plus élevée jusqu'à la plus basse, et ce sera là pour lui une réfutation victorieuse des doctrines du manichéisme moderne qui considère le monde comme une troupe d'esclaves travaillant sans rel&cbe, abreuvés d'amertume et sans autre but que les fins utilitaires.

C'est encore d'une autrefaçon, j'en suis convaincu, que l'histoire naturelle peut exercer une profonde influence sur notre vie pratique ; elle agit sur nos sentiments les plus élevés considérés comme source du plaisir que nous procure la beauté. < Je né prétends pas que la connaissance de l'histoire naturelle puisse par elle-même développer directement notre sentiment des beautés naturelles. Peter Bell ne sentait pas, et comme nous le dit Wordsworth, ce grand poète de la nature :

La primevère, au bord du ruisseau, éUit pour lui ane petits fleur jaunUtre, et n'émit rien que cela.

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