VALEUR DES SCIENCES NATURELLES, ETC
Vous'Bpprécierez comme moi, je l'espère, les coDclusions auxquelles je suis arrivé; je les résume ainsi ; Quand la biologie demande une place, une place capitale dans nu plan d'éducation digne de ce nom, elle n'a pas besoin de défenseur. Biffer les sciences physiologiques du programme des études, c'est lancer l'étudiant dans le monde sans l'avoir façonné, au moyen de la science dont la matière pourrait le mieux développer sa capacité d'observation; il ignorera les faits qui importent le plus à son bien-6tre et au bien-ëlre des autres; il sera incapable de reconnaître les sources principales de la beauté dans la création divine; il ne pourra pas s'appuyer sur la croyance k une loi vivante, à l'ordre qui se maniieste k travers des changements, des variations sans Bd, au milieu desquels il est toujours reconnaissable, croyance qui arrêterait ou modérerait les mouvements du désespoir qui viendra certainement l'assaillir t6t ou tard, s'il s'intéresse d'une façon sérieuse aux problèmes sociaux.
En terminant, un mot par rapport à moi-même. Je n'ai pas hésité à vous parler fortement quand j'ai senti fortement. Les bienséances m'engageaient peut-être à vous parier sur le mode dubitatif et conditionnel, tandis que toutes mes propositions étaient positives, presque impératives pour ainsi dire. Veuillez donc oublier ce qu'il y a de personnel dans ce discours pour ne tenir compte que des vérités ou des erreurs qu'il contient.
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On appelle communément hàloire naturelle l'étude des propriétés des corps naturels désignés sous les noms de minéraux, déplantes et d'animatix; et c'est en opposant les sciences naturelles aux sciences dites phytiquet qu'on appelle naturelles celles de ces sciences qui embrassent les connaissances acquises sur ces sujets. On appelle habituellement encore naturalistes ceux qui se dévouent à cette étude spéciale.
Linnée était naturaliste dans cette acception étendue, et son système de la Nature {St/stema naturel) est un ouvrage sur l'histoire naturelle, dans le sens le plus large du mot. Ce grand esprit méthodique a rassemblé dans ses écrits tout ce que l'on savait à cette époque sur les caractères distinctifs des minéraux, des animaux et des plantes. Mais Linnée a donné une telle impulsion aux recherches de la nature, qu'il ne fut bient6t plus possible à un seul homme d'écrire un livre embrassant comme le sien tout le système de la nature, et il est très-difficile aujourd'hui d'être naturaliste comme l'était Linoée.
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Les trois branches scientifiques, autrefois comprises sous ce titre à'kùloire naturelle, se sont toutes bien développées, mais il est certain que la zoologie et la botanique se sont accrues bien plus que la minéralogie ; et c'est sans doute le motif qui fait que, de plus en plus, on appelle histoire naturelle L'étude des divisions les plus marquantes de ce sujet, tant et si bien qu'on en vient à désigner plus spécialement par ce nom de naturaliste celui qui étudie la structure et les fonctions des fitres vivants.
Quoi qu'il eu soit, les progrès des connaissances ont certainement écarté, de plus en plus, la minéralogie, des sciences qui lui étaient autrefois associées, tout en réunissant par des liens plus intimes la zoologie et la botanique. Aussi, dans ces derniers temps, a-t-on trouvé commode, je dirais même nécessaire, de réunir sous le nom commun de biotol/ie, les sciences qui traitent de la vitalité et de tous ses phénomènes, et les biologistes, récusant aujourd'hui leur parenté directe avec les minéralo^stes, ne veulent plus voir en ceux-ci que des frères de lait.
Certaines grandes lois s'appliquent au monde animal et au monde végétal, mais le terrain commun à ces deux règnes n'a pas grande étendue, et la multiplicité des détails est si grande, que celui qui étudie les êtres vivants se trouve bientôt dans l'obligation de dévouer exclusivement ses études, soit à l'une soit à l'autre des deux sciences. S'il se décida pour les plantes, à un point de vue quelconque, nous
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,j SUR L'ÉTUDE DE LA ZOOLOGIE. 133
l^r^L'Ons bien le nom qu'il faudra lui donner. Il
ppellera botaniste, sa science sera la botatàque. . ^ j,, ûs s'il se met à étudier la vie animale, on l'appel- 'i -a de différents noms, selon le genre différent .v animaux ou les différents phénomènes de la vie limale qui feront l'objet particulier de ses études. .il s'occupe de l'homme, on.l'appellera anatomisle, yit/siotogiste ou etknologiste ; mais s'il dissèque les . jimaux, ou s'il cherche à se rendre compte du >nctioiinement de leurs organes, il fait de Vanato- . ;ie ou de la physiologie comparées. Il fera de \Apaleon- . jlogie s'il s'occupe des animaux fossiles. S'il chercbe .. . donner des descriptions spéciQques, k différencier . J, à classer les animaux, et à reconnaître leur distribution sur la surface du globe, il fera de j^a zoologie proprement dite, on l'appellera zoolo- ^giste.
^ Cependant, en vue de ce que je veux vous faire j. savoir aujourd'hui, j'emploierai ce dernier terme , seulement, comme correspondant à celui de botaj^ niste, et je me servirai du terme soohgie pour indiquer toute la doctrine de la vie animale, en l'oppoi santà la botanique, qui indique toute la doctrine de I la vie végétale.
En ce sens la zoologie, comme la botanique, peut se diviser en trois grandes sciences secondaires : la morphologie, la physiologie et la distribution de& êtres vivants, et l'on peut pousser très-loin chacune de ces études indépendamment des deux autres. lAmorphologie zoologique est l'enseignement de la
forme ou de la siructure des animaux. Vanatotnie ei est une branche, l'étude du développement en. est um aulre, et la classification est l'expressioQ des rapporli que présentent entre eux les difTérents animaux, relativement à leur anatomie et k leur développemeul.
La dittrièulion zoologique est l'étude des animaux par rapport a ui conditions terrestres aujourd'hui régnantes, ou qui régnaient à une époque antérieure dé l'histoire de cette terre.
Enfin, la physiologie zoologique se rapporte aui fonctions ou aux actions des animaux. Elle considère les animaux comme des machines poussées par certaines forces, et accomplissant une somme de travail pouvant s'évaluer par les termes qui nous servent à évaluer les autres forces de la nature. Le but de la physiologie est de déduire les faits morphologiques d'une part, ceux de la distribution de l'autre, d'après les lois des forces moléculaires de la matière.
Telle est la portée de la zoologie. Mais si je m'en tenais à renonciation de ces défmitions arides, je m'y prendrais mal pour vous faire comprendre la méthode d'enseigner celte branche des sciences physiques que je veux chercber, ce soir, à faire valoir.à vos yeux. Abandonnons les définitions abstraites; prenons un exemple concret, un être vivant, l'animal'le plus commun de préférence, et voyons comment on arrive inévitablement à tontes ces branches de ia science zoologîque en appliquant, aux faits patents qu'il présente, le sens commun et la logique du bon sens.
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J'ai devant moi un homard. Quand je l'examine, guel.est le caractère apparent le plas sdllant qu'il ma présente? Je vois que cette partie, que nous appelons la queue du homard, se compose de six anneaux distincts et résistants et d'une septième pièce terminale. Si je sépare un des anneaux du milieu, le troisième par exemple, il porte, comme vous' voyez, à sa partie inférieure, une paire de membres ou appendices composés chacun d'une tige et de deux pièces terminales. Il est donc facile d'établir le dessin schématique gui représente cette disposition, en section transversale de l'anneau et de ses appendices.
En prenant maintenant le quatrième anneau, je m'aperçois que la structure en est semblable ; le cinquième et le second anneau me présenlent encore la même disposition ; ainsi, dans chacune des divisions de la queue, je trouve des parties qui se correspondent : un anneau et des appendices, et, dans chacun des appendices, une tige et deux parties terminales. En langage technique d'anatomie, ces parties correspondantes s'appellent parties homologues. L'anneau de la troisième divisiop est l'homologue de l'anneau de la cinquième, et les appendices !)Ont aussi les homologues les uns des autres. Bt comme chaque segment nous montre, en des points correspondants, des parties qui se correspondent, nous disons que les divisions sont toutes construites sur le m6me plan. Mais examinons maintenant la Mxième division. Elle est semblable aux autresj bien
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qu'elle en dill^re en mâme temps. L'i ble essentiellement à ceux des autres divisions, mais au premier abord les appendices font l'effet d'être tout autres. Que trouvons-nous pourtant en y rega> dant attentivement : une lige, deux parlies terminales, absolument comme dans les autres divisions; mais ici la tige est très-courte, très-épaisse, les parties terminales sont larges et aplaties, et l'une de cellesci se subdivise elle-même en deux lames.
Je puis donc dire que le sisième segment est semblable aux autres par son plan, mais qu'il présente des modifications dans les détails.
Le premier segment est semblable aux autres quant à l'anneau, et si les appendices, par la simplicité de leur structure, diffèrent de tous ceux que nous avons examinés jusqu'ici, il est facile d'y reconnaître des parties correspondant à la tige et à une des divisions.
Ainsi donc, la queue du homard semble composée d'une série de segments fondamentalement similaires, bien qu'ils présentent tous, par rapport au plan commun, des modifications qui leur sont propres. Mais en portant les yeux vers la partie autérieure du corps, ^ ne vois plus qu'une grande coquille en forme de bouclier, appelée en langage technique la carapace, terminée antérieurement par une épine fort pointue, à chaque cAté de laquelle se trouvent des yeux composés, bien curieux, portés eux-mêmes par des tiges mobiles et fortes. En arrière des yeux, à la partie inférieure du corps se
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trouventdeux paires de longues palpes, ie& antennes; puis, plus loin, six paires de mâchoires, se repliant l'une contre l'autre en recouvrant la bouche, et cinq paires de pattes dont les plus antérieures sont les grandes pinces ou griffes du homard.
A première vue, il ne semble pas possible de retrouver dans cette niasse compliquée une série d'aaneaus portant chacun ses deux appendices, comme je vous l'ai fait voir dans l'abdomen, et pourtant leur existence n'est pas dirocile à démontrer. Arrachez les pattes, et vous verrez que chacune de ces paires de membres s'attache à un segment très- * nettement défini de la paroi inférieure du corps; mais, au lieu d'appartenir k des anneaux libres, comme l'étaient ceux de la queue, ces segments sont les parties inférieures d'anneaux réunis et solidement soudés ensemble supérieurement; et ceci s'applique encore aux mSchoires, aux palpes, aux tiges oculaires, tputes parties disposées par paires, portées chacune sur son segment spécial. Ainsi, peu à peu, noQS sommes amenés forcément à conclure que le corps Aa homard se compose d'autant d'anneaux qu'il y a d'appendices, soit vingt en tout, mais que les six anneaux postérieurs restent libres et mobiles, tandis que les quatorze anneaux antérieurs se soudent solidement ensemble, et forment supérieurement un manteau continu, la carapace.
Unité dans le plan, diversilé dans l'exécution, voilà la leçon que nous enseignent les anneaux du corps, et cette leçon, l'élude des appendices nous la
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répète .d'une façon plus frappante encore. Si j'examine la mâchoire la plus extérieure, je m'aperçois qu'elle se compose de trois parties distinctes : une portion interne, une portion moyenne, une portion externe, fixées toutes trois sur une tige commune, et si je compare cette mâchoire aux pattes situées plus en arrière, ou aux mâchoires situées en avant de la première, il m'est facile de voir que t'est la partie de l'appendice correspondant à la division interne qui se modifie dans la patte pour former ce memhre, en même temps que disparaît la division 'moyenne, et que la division externe se cache sous la carapace. 11 n'est pasplus difficile de reconnaître que, dans les appendices de la queue, ce sont les divisions moyennes qui se montrent de nouveau, en l'absence des divisions externes, et d'autre part dans la mâchoire antérieure, appelée mandibule, il ne reste plus que la division interne. Les parties des palpes et des tiges oculaires s'identifient de la même façon avec celles des pattes et des mâchoires.
Mais où cela nous mène-t-il ? A cette conclusion bien remarquable : Qu*une unité de plan, semblable à celle de la queue ou de l'abdomen, se révèle dans toute l'organisation du squelette du homard. Je puis ainsi reprendre le dessein schématique représentant un des anneaux de la queue, et, en ajoutant une troisième division aux appendices, il me servira de schème pour vous faire comprendre le plan de chacun des anneaux du corps. Je puis donner des noms â chacune des parties de la fl-
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gure, et alors, en prenant un des segments du corps du homard, je puis tous indiquer exactement les modillcatioQS qu'a subies le plan général dans ce segment particulier, quelles sont les parties restées mobiles, celles qui se sont fixées à d'autres parties, CQ qui s'est développé à l'excès en se métamorphosant, et ce qui a été supprimé.
Mais vous m'adressez sans doute cette question :- Comment s'assurer de tout cela? C'est assurément une façon élégante et ingénieuse de se rendre compte de la structure d'un animal, mais cela.Tat-il plus loin 7 La nature vient-elle corroborer d'une Taçon plus profonde l'unité de plan ainsi indiquée?
Ces questions impliquent une objection très-valable et fort importante ; et, tant que la morphologie reposait seulement sur la perception d'analogies se présentant dans des parties pleinement développées, elle était bien discutable. Des anatomistes spéculatifs pouvaient donner libre cours A leurs théories ingénieuses, et tirer des mêmes fails bon nombro d'bypotbèses contradictoires; il en résultait des rêves morphologiques sans fin, qui menaçaient de supplanter la théorie scientifique.
Mais heureusement il y a un critérium d^ la vérité morpholo^que, une pierre de touche pour reconnaître ce que valent les analogies apparentes. . Notre homard n'a pas été toujours tel que nous le voyons; il a été ceuf, petite masse semi-fluide de jiiune oa vùellus, grosse tout au plus comme une petite tête d'épingle, renfermée dans une membrane
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transparente, et ne présentant pas la moindre trace des organes qui, chez l'adulte, nous étonnent par leur multiplicité et leur complexité. Mais bientôtil se produit, sur un des côtés du jaune, une petite membrane cellulaire Taisant légèrement tache, et c'est cette tache qui est le fondement de tout l'animal, le moule oîi il va se former. Empiétant peu à peu sur le jaune, elle se subdivise par un cloisonnement transversal en segments, avant-coureurs des anneaux du corps. A la surface ventrale de chacun de ces anneaux ainsi ébauchés, se montre une paire de bourgeons proéminents, rudiments des appendices de l'anneau. A l'origine, tous les appendices se ressemblent, mais en croissant ils ne tardent pasà présenter, pour la plupart, des traces distinctes d'une lige et de deux divisions terminales, auxquelles s'ajoute une troisième division externe dans les parties moyennes du corps, et plus tard seulement, au moyen de la modification ou de la résorption de certaines de ces parties constituantes primitives, les membres acquièrent leurs formes parfaites.
Ainâ donc, l'élude du développement prouve que la doctrine de l'unité de plan n'est pas seulement une vue de l'esprit, un genre d'interprétation des choses, mais que cette doctrine est l'expression même des faits naturels. Par le fait, par la nature des choses, les pattes, les m&choires du homard sont donc des modifications d'un type commun, et il ne nous est pas loisible d'accepter ou de rejeter cette interprétation, car il fut un moment où la
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pattfl ot la mâcboire du jeune animal ne pouvaient se reconnaître l'une de l'autre.
Ce sont là des vérités Qierveilleuses, d'autant plus merveilleuses qu'elles sont pour le zoologiste d'une application niilTerselle. Si nous avions étudié un poulpe, un limaçon, un poisson, un cheval, un homme, nous serions arrivés absolument au mfime point, mais par une voie plus ardue peut-être. Li'unité de plan est cachée partout soùs le masque de la diversité de structure, le complexe procède toujours du simple. Tout animal a d'abord ta forme d'un œuf, et, pour atteindre son état adulte, chacun d'eux, comme chacune de leurs parties organiques, traverse des conditions qui lui sont communes avec d'autres animaux, d'autres parties, h leur état de complet développement ; et ceci m'amène k un autre point. Jusqu'ici je vous ai parlé du homard comme si cet animal était seul au monde, mais je n'ai pas besoin de vous rappeler qu'il y a un nombre immense d'autres organismes animaux. Parmi ceux-ci, il en est, tels que l'homme, le cheval, l'oiseau, le poisson, le limaçon, la limace, l'huître, le corail, l'éponge, qui ne ressemblent pas le moins du monde au homard. En môme temps nous trouvons d'autres animaux qui, tout en différant beaucoup du homard, lui ressemblent beaucoup aussi, ou ressemblent à ce qui lui est fort semblable. La langouste, l'écrevisse, la salicoque, la crevette par exemple, malgré toutes les dissemblances, ressemblent tellement au homard cependant, qu'un enfant
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réunirait tous ces aniinaux en un seul groupe, pour l'opposer aux limaces et limaçons, et ces derniers formeraient aussi un groupe qu'il opposerait aux bestiaux : vaches, chevaux, moutons.
Mais ce groupement, spontané pour ainsi dire, est le premier essai de classification que fait l'esprit buraain cherchant à donner un nom commun aux choses qui se ressemblent, cherchant & les arranger de façon k indiquer la somme de ressemblance ou de dissemblance qu'elles peuvent avoir . avec toutes les autres.
Les groupes qui ne présentent pas d'autres subdivisions que celles des sexes ou des différentes races, s'appellent en langage technique des espèces. Le homard d'Angleterre constitue une espèce particulière, j'en dis autant de notre écrevisse et de notre salicoque. Dans d'autres pays pourtant, il y a des homards, des écrevisses, des salicoques, ressemblant énormément à nos espèces indigènes, et présentant malgré cela des différences sumsantes pour qu'il y ait lieu de les distinguer. Aussi les naturalistes expriment cette ressemblance et cette diversité en réunissant les espèces distinctes dans un . même genre. Mais, tout en appartenant à des genres distincts, le homard et l'écrevisse ont bien dos caractères communs ; on réunira donc ces genres différents en familles. On trouve ensuite entre le homard, la salicoque et le crabe des ressemblances plus éloignées, ce que l'on exprime en les réunissant Eous le nom d'ordre. Puis ou trouve des ressemblau'
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ces de plus en plus faibles, mais toulefois bien définies, entre le homard, le cloporte, le crabe des Moluques ou limule, la puce d'eau ou daphnie et l'anatife, des caractères communs séparant ces animaux de tous les autres; ils Tormeront donc un groupe plus considérable, une clagse, celle des cruttacés. Mais les crustacés ont bien des traits qui leur sont communs avec les insectes, les araignées et les mille-pieds, on les réunira ainsi en groupe, de plus en plus étendu, pour en former la subdmiion des articuléi ; et enfln les rapports de tous ces animaux avec les vers et d'autres animaux inférieurs s'expriment en les réunissant tous en un grand groupe auquel on donne le nom A'embranchement, celui Aesannelés.
Si j'avais pris pour point de départ une éponge, au lieu d'un homard, j'aurais vu que l'éponge se rallie par des liens semblables à un bon nombre d'autres animaux pour former l'embranchement des protozoaires; si j'avais choisi un polype d'eau douce, ou un corail, autour de ce type se seraient groupés les membres d'un autre embranchement que les naturalistes anglais et allemands appellent aujourd'hui les cœlentérés (Cœlenterata de Frey et Leuckart) (1) ; si j'avais choisi un limaçon, tous les habitants de coquilles univalves ou bivalves, terrestres ou marins, la térébratule, la seiche, la tlustre, se seraient rassemblés autour de celui-ci ijour former l'embran*
(I) Voyei l'appendice.
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Ui SUR L'ÉTUDE DE LA ZOOLOGIE.
cbement des tmllttsqttes ; si enGa j'étais parti de l'homme, j'aurais dû le rapprocher du singe, du chat, du cheval, du chien, avec lesquels il aurait formé une grande classe; puis il m'aurait fallu ajouter l'oiseau, le crocodile, la tortue, la grenouille, le poisson pour former ainsi l'embranchement des vertébrés. Et si j'avais poursum jusqu'au bout, pour tous les animaux, ces lignes différentes de la classification, j'aurais facilement reconnu que tous les animaux, récents ou fossiles, font partie d'un de ces grands embranchements. En d'autres mots, l'organisation des animaux se rattache à un de ces grands plans d'organisation, dont la réalité rend possibles nos classifications. La structure de chaque animal est si bien définie, marquée d'une façon si précise, que, dans l'état actuel de nos connaissances, aucune forme ne peut être alléguée comme preuve de transition d'un groupe à un autre, des vertébrés aux annelés, des mollusques aux cœlentérés, pas plus aujourd'hui qu'aux époques anciennes dont le géologue étudie les annales. N'allez pas croire pourtant que, si ces. formes de transition n'existent pas, les animaux faisant partie des divers embranchements soient sans rapport les uns avec les autres et tout à fait indépendants. Au contraire, à leur premier état, ils se ressemblent tous, et les germes primordiaux de l'homme, du chien, de l'oiseau, du poisson, du hanneton, du limaçon, du polype, ne sont séparés les uns des autres par aucun caractère essentiel de structure.
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ËDTisageaat aiosi l'ensemble des choses, on pçut dire, en toute vérité, que toutes lesformes d'animaux vivants, que toutes les générations éteintes révélées parla géologie se relient entre elles et sont dominées par une unité d'organisation constante, moins facile h reconnaître assurément, mais du même genre que celle qui nous permet de reconnaître un plan unique dans les vingt segmenta différents du corps d'un homard. C'est avec vérité qu'on a pu dire que, pour celui qui sait voir, le moindre fait dévoile des régions infinies.
LaissoDS.de cAté ces considérations purement morphologiques, pour considérer maintenant comment l'étude attentive du homard nous conduit à des recherches nouvelles.
On trouve des homards dans toutes les mers de l'Europe, mais on n'en trouve pas sur les cAtes opposées de l'Atlantique, ni dans les mers de l'hémisphère du Sud. Pourtant, les homards y sont représentés par des formes trës-rapprochées, quoique distinctes : le Nomarw Americanus et le Homa- Ttts Capemii ; ainsi donc, nous pouvons dire qu'en Europe il y a une espèce de homard, qu'il y en a une autre en Amérique, une autre en Afrique, et ainsi nous voyons poindre le fait remarquable de la distribution géographique.
De même, si nous examinons le contenu de la croule terrestre, nous trouverons, dans les dépAts les plus récents, ces grands cimetières des siècles passés, .un grand uombie d'animaux semblables
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ne (.'ÉTUDE DE LA ZOOLOGIE.
au bomard, mais ne ressemblant pas assez eu nôtre, cependant, pour permettre aux géologues de les attribuer sûrement au même genre. Si nous remontons plus baut dans le cours du passé, nous découvrirons daas les rocbes les plus anciennes les restes d'animauK construits sur le mAmeplan général que le bomard, et appartenant à ce même grand groupe des crustacés, mais leur structure diilëre beaucoup de celle du homard comme de celle de tous les autres crustacés actuellement vivants ; ainsi nous reconnaissons les changements successifs de la population animale du globe pendant le cours des siècles, et c'est le plus frappant de tous les faits révélés par la géologie.
Voyei maintenant où nous ont menés nos recherches. Nous avons étudié notre type au point de vue de la morphologie, quand nous recherchions i reconnaître son aaatomie et son développement, et quand nous lui avons assigné une place dans un système de classification, en le comparant à cet égard avec d'autres animaux. Si nous examinions de même tous les animaux, nous établirions un système complet de morphologie toologfque.
Nous avons aussi recherché la distribution de notre type dans l'espace et dans le temps, et si tous les animaux avaient été soumis à la même étude, Is science de la distribution géographique et géologique aurait atteint ses limites.
Mais observe! une chose importante : jusqu'ici nous n'avons pas encore tenu compte de la vie d«
«Couple
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tous ces organismes divers. Si les animaux, les plantes avaient été une forme particulière de cristaux, ne possédant pas les fonctions qui distinguent d'une façon si remarquable \es fitres vivants, nous aurions pu étudier tout aussi bien la morphologie et la distribution. Mais il faut expliquer les faits de la morphologie et ceux de la distribution : la science qui a pour but de les expliquer s'appelle la physiologie.
Revenons encore une fois à notre homard. Si nous l'observions dans son élément naturel, nous le verrions grimper et courir à l'aide de ses fortes pattes parmi les roches submergées dont il fait son séjour de prédilection. Nous le verrions encore na- ^r rapidement par des coups puissants de sa forte queue, dont le sixième anneau est garni d'appendices, en forme d'éventail largement étendu, qui lui servent de propulseur. Saisissez-le, et vous reconnaîtrez que ses grandes pinces ne sont pas des armes offensives à mépriser, et si dans les lieux qu'il habite vous suspendez un morceau de charogne, il le dévorera gloutonnement après avoir arraché la chair au moyen de ses m&choires multiples. Si nous n'avions connu jusque-là le bomard que comme une masse inerte, un cristal organique, s'il m'est permis d'employer une semblable expression, et que tout à coup nous le voyions exercer toutes ses forces, combien de questions, d'idées nouvelles et merveilleuses surgiraient dans nos esprits ! Voici la grande question nouvelle qui s'impose-
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rait : Comment tout cela se fait-il ? Kt, comme idée capitale, H faudrait reconnaître qu'il y a ici adaptation à un but ; que les parties constituantes du corps des animaux ne sont pas indépendantes lés unes des autres, mais des organes concouràntà une même fln. Examinons encore là queue du homard à ce point de vue. La morphologie nous a démon^ tré qu'elle se compose d'une série de segments dont les parties sont homologues, malgré les différentes modifications que ces parties présentent, et qu'un même plan de Tormation se reconnaît dans chacune d'elles. Mais si j'examine cette même partie au point de vue physiologique, j'y reconnais un organe de locomotion admirablement construit, à l'aide duquel cet animal peut se mouvoir rapidement en tous sens.
Mais comment ce remarquable appareil de propulsion accomplit-il sa fonction ? Si je tuais subitement un de ces animaux, je verrais qu'après avoir retiré toutes les parties molles, la coque est parfaitement inerte, et n'a pas plus la puissance de se mouvoir que les parties d'un moulin, quand on les a séparées de la machine à vapeur ou de la roue à aube qui les mettait en mouvement. Si je l'ouvrais cependant, et si je me bornais à en retirer les viscères, sans toucher à la chair blanche, je verrais que le homard peut replier sa queue et l'étendre comme précédemment. Si je coupais cette queue, elle ne me présenterait plus de mouvements spontanés; mais eu pinçant la chair en un point, j'y ver-
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rais survenir un changement très-curîeux : chaque ftbre devient plus courte et plus épaisse. Par cette contraction, comme on appelle ce phénomène, tes parties auxquelles s'attachent les extrémités de chacunede ces fibres se rapprochant nécessairement, et selon les relations de leurs points d'attache aux centres de mouvement des différents anneaux, il en résulte des mouvements de flexion ou d'estension de la queue. L'observation attentive du homard récem-, ment ouvert nous ferait voir bientôt que tous ses mouvements sont dus à la m6me cause : raccourcissement et épaississement de ces fibres charnues appelées en langage technique destnuscfef.
Voici donc un fait capital. Les mouvements du homard sont dus à la contractilité musculaire. Mais pourquoi un muscle se contracte-til à certains moqients, et ne se contracte-t-il pas à d'autres ? Pourquoi vojons-nous tout un groupe de , muscles se contracter quand le homard désire étendre sa queue, pourquoi un autre groupe se met-il en jeu quand l'animal veut la fléchir? D'où provient cette puissance motrice? qu'est-ce qui la dirige et la contrôle? L'expérimentation, le grand moyen de reconnaître la vérité en fait de sience physique, nous fournit une réponse à cette question. Dans la tète du homard, on trouve une petite masse d'un tissu spécial que l'on appelle substance nerveuse. Des cordons d'une malièresimilaire réunissent, directement ou indirectement, ce cerveau du homard avec les muscles. Si l'on coupe ces cordons de communi-
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cation, le cerveau restant intact, on détruit le pouvoir rte produire ce que nous appelons des mouvements volontaires dans les parties situées ea-desstras de la secLion ; et, d'autre part, si l'on détruit la masse cérébrale sans endommager les cordons, la motilité volontaire est également abolie. D'oil résulte cette conclusion inévitable : que le pouvoir de produire ces mouvements réside dans le cerveau et se propage le long des cordons nerveux.
On a étudié dans les animaux supérieurs les phénomènes qui accompagnent cette transmission, et l'on a reconnu que l'action qui résulte de l'énergie spéciale résidant dans les nerfs, s'accompagne d'un trouble dansl'élat électrique de leurs molécules.
Si nous pouvions évaluer ce trouble d'une façon précise, si nous pouvions obtenir la valeur d'une action donnée de force nerveuse en déterminant la quantité d'électricité ou de chaleur dont cette action est l'équivalent, si nous pouvions reconnaître l'ar* rangement ou tonte autre des conditions des molécules matérielles, d'où dépendent les manifestations de l'énergie nerveuse et musculaire, toutes choses que déterminera certainement la science un jour ou l'autre, les physiologistes auraient atteint, en ce sens, l'ultime limite de leur science ; ils auraient déterminé le rapport de la force motrice des animaux aux autres formes des forces disséminées dans la nature. Si l'on avait mené & bien ces investigations pour toutes les opérations qui s'effectuent dans l'organisme des animaux, pour tous les mou-
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L'ËTUDI! DE l\ ZOOLOGIE. ISl
vements extérieurs qu'ils produisent, la physiologie serait parfaite, et l'on pourrait déduira les faits morphologiques et ceux de la distribution géogr»' pbique, des lois établies par les physiologistes, en les combinaot avec celles qui déterminent les conditions de l'univers euTironnant.
Il n'est point, dans l'organisme de cet animal, un seul fragment dont l'étude ne nous ouvrirait des ré* gions aussi élevées de la pensée, que celles qu'en peu de mots j'ai cherché & vous faire entrevoir, mais j'espère que mes paroles ne vous out pas seulement mis à môme de tous faire une idée de la portée et du but de la zoologie, et qu'elles vous ont encore donné un exemple des voies les plus utiles à suivre pour arriver à connaître la zoologie ou toute autre science physique d'ailleurs. Avant tout, il s'agit de faire que l'enseignement soit réel et pratique, en fixant l'attention de l'étudiant sur les faits particuliers ; mais en même temps il faut rendre cet enseignement largeetcomprébensifense reportant sans cesse aux généralisations dont tous les faits particuliers sont des exemples. Le homard nous a servi comme type de tout le règne animal ; son anatomie, sa physiologie nous ont fait reconnaître quelques-unes des plus grandes vérités de la zoologie. Après avoir vu par lui-même les faits que je vous ai décrits, après avoir bien compris les relations qui lui auront été expliquées, l'étudiant aura, dans ces limites, une connaissance de la zoologie vraie et valable, toute restreinte qu'elle peut être,
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etloiitos les coonaissances scientifiques qu'il aurait pu acquérir par la simple lecture ne pourraient lui être aussi profitables. D'une part il connaît des Taits, de l'autre il ne sait que des on dit.
Si j'avais à tous préparer aux examens pour l'obtention des diplAmes es sciences naturelles, je suivrais une voie absolument semblable, en principe, à celle que j'ai suivie ce soir. Je choisirais une éponge d'eau douce, un polype d'eau douce oo une cfanée, une moule d'eau douce, un homard, une poule, comme types des grands embranchements du règne animal; je vous expliquerais leur structure dans tous ses détails, et je vous montrerais en quoi chacun d'eux élucide les grands principes zoologiques : après avoir parcouru soigneusement en tous sens ce champ d'étude, qui serait pour vous une base solide sur laquelle je pourrais compter, je vous forais reconnaître de la même façon, sans entrer pourtant dans les mêmes détails, des types choisis de même, pour représenter les classes; et puis je dirigerais votre attention aux formes spéciales successivement énumérées comme types, dans ce sommaire, et aux autres faits qui y sont indiqués.
Tel serait, en thèse générale, le plan que je suivrais, mais j'ai entrepris de vous expliquer le meilleur moyen d'acquérir et de transmettre la connaissance de la zoologie, et vous êtes, par cela même, fondés à me demander de vous expliquer, d'une façon précise et détaillée, de quelle façon je
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me proposerais de tous procurar les connaissances dont je TOUS parle.
Il me semble que la méthode d'enseignement de l'anatomie, en vigueur dans les écoles de médecine, est le meilleur modèle d'enseignement qu'il soit possible de proposer pour l'enseignement de toutes les sciences physiques. Trois éléments constituent cette métbode : des cours, des démonstrations, des
Le cours a d'abord pour but d'éveiller l'attention et d'exciter l'ardeur de l'étudiant; et j'en suis certain, la parole, i'intluence personnelle d'un professeur respecté réussissent bien mieux que tout autre moyen pour atteindre ce but. En second lieu, les cours ont un double avantage, en tant qu'ils mènent l'étudiant au point saillant d'un sujet, et qu'en mSme temps ils le forcent à porter son attention sur toutes les parties qui le composent, sans le laisser libre de s'attacher seulement aux parties qui ont pour lui de l'attrait. Enfin les cours donnent à l'é- .tudiant l'occasion de demander l'explication des difficultés qui se présentent dans ses études, et qui se présenteront d'autant plus qu'il voudra aller au fond des choses.
Mais, pour que l'étudiant retire d'un cours tout le bénéBce possible, il y a plusieurs précautions & prendre.
Je suis fort porté à croire que mieux vaut le cours auipoint de vue de l'art oratoire, moins il vaut comme enseignement. La belle élocution entraine
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tu L'ËTUDE DE LA ZOOLOGIE.
l'auditeur, il oublie le sens précis du sujet. Puis un iDot, une phrase lui échappent ; pendant un instant il n'a pas suivi le fil de l'idée, il cherche & le rattraper, et l'orateur parle déjà d'autre chose.
Depuis quelques années voici comment je m'y prends pour faire mes cours aux étudiants. Je condense en quelques propositions toutes sèches ce qui va faire le sujet du cours pendant une heure ; je les lis lentement ; les élèves les écrivent sous ma dictée. Après avoir lu chacune d'elles, je la Tais suivre d'un libre commentaire, je la développe et je l'explique par les exemples, j'explique les termes, j'écarte au moyen de dessins schématiques largement faits, et qui doivent se succéder facilement sous la main du professeur, toutes les difficultés qu'il est possible d'écarter ainsi. Jusqu'à un certain point vous vous assurez du moins, par ce moyen, la coopération de l'étudiant. S'il est forcé de prendre des notes, il ne peut pas quitter l'amphi théâtre sans avoir acquis quelque chose, et s'il n'apprend rien après avoir pris des notes qui lui ont été bien expliquées, il faut qu'il soit singulièrement nul et inintelligent.
Quels livres me conseillez-vous de lire ? Voilà une question que l'étudiant pose sans cesse h son professeur. J'ai l'habitude de répondre : Laissez-là les livres; prenez soigneusement vos notes, sans rien omettre, tâchez de bien comprendre, venea me demander l'explication de tout ce que vous ne comprenez pas, et, pour moi, je préfère que vous n'embrouilliez pas vos idées par la lecture.
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Si les leçons du proTesseur sont bien instituées, elles doivent renfermer toute la matière que l'élèvo peut s'assimiler pendant le temps qu'il passe k les entendre ; et 1« professeur ne doit jamais oublier qu'il a pour fonction d'alimenter l'intelligeace et non de la bourrer. Je crois vraiment que si l'élève prend au cours l'habitude de concentrer son attention sur une série de faits bien limitée, jusqu'à ce qu'il les ait parfaitement compris, il a fait par cela même un progrès dont l'importance ne saurait trop s'évaluer.
Mais, malgré toute l'utilité d'un cours bien fait, malgré toutes les lectures exoellentes dont on peut l'appuyer, tout cela n'est qu'accessoire. C'est la démonstration qui est le grand moyen d'enseignement en fait de science. Si j'insiste sans cesse, et je dirai même avec fanatisme, sur l'importance des sciences physiques comme moyen d'éducation, c'est qu'à mou avis, l'étude bien conduite d'une branche quelconque de la science remplit un vide que ne sauraient combler les autres moyens d'éducation. J'ai le plus grand respect, le plusgrand amourpour la littérature, etsilesconnaissances littéraires ne devaient plus occuper une place éminente dans l'éducation, j'en serais désolé ; je voudrais même que l'on tint bien plus grand compte, qu'on ne l'a fait jusqu'ici, de la valeur des études littéraires comme moyen de discipline mentale; mais tout cela ne peut m'empëcher de reconnaître qu'il y a une différence énorme entre les hommes dont l'éducation a 6té
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purement littéraire, et ceux qui ont acquis des connaïssances scientiHques solides.
Si je me demande d'où provient cette différence, je crois eu trouver l'explication en ce fait, que dans le monde des lettres il n'y a qu'un genre de savoir, et c'est par les livres que nous l'acquérons; mais quand il s'agit des sciences proprement dites, comme quand il s'agit de la vie, il y en a deux; le savoir des livres ne suffit plus, et pour savoir réellement et à fond, ce sont les faits et non les livres qu'il faut étudier.
On peut acquérir tout ce que peut donner la littérature par la lecture et par les exercices pratiques de l'écriture et de la parole, mais je n'exagère pas en disant que les dons supérieurs de la science ne peuvent s'acquérir par ces moyens. Au contraiire. soit que l'on considère l'éducation comme moyeti de façonner les hommes, soit qu'il s'agisse de leur donner des connaissances directement utiles, l'heureux résultat d'une éducation scientifique dépendra des limites plus ou moins étendues dans lesquelles on aura pu mettre l'intelligence de l'élève en contact direct avec les faits. On aura réussi selon qu'on aura pu d'autant mieux lui enseigner à en appeler dicectement à la nature, et qu'il aura acquis' par les sens des images concrètes des propriétés des choses que le langage humain exprime imparfaitement, qu'il sera toujours incapable de rendre d'une façon adéquate. D'année en année nous voyons la nature sous lin aspect différent, et nous en parlons en 1er-
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mes nouveaux, mais un fait une fois tu, une relalion de cause à' effet une fois comprise par la démonstration, sont choses acquises qui ne cbangent plus, ne passent point, formant tout au contraire des centres fixes autour desquels se réunissent d'autres vérités par afBnité naturelle.
Ainsi donc, le professeur de science a pour pr6> mier devoir de graver dans l'esprit de l'étudiant les grands faits fondamentaux et indiscutables de la science qu'il professe. Il ne peut se borner k les énoncer, il faut qu'il les fasse voir, entendre, toucher à son élève, et qu'au moyen des sens, il les lui fasse apprécier d'une façon si complète que tous les termes employés, toute loi énoncée lui rappellent plus tard une vive image des faits particuliers de structure, de rapport, de mouvement, etc., qui serviront à démontrer la loi ou & expUqaer'le nom des choses.
Tout cela est de majeure importance, et na peut s'obtenir qu'au moyen de démonstrations incessantes. Ces démonstrations peuvent se donner plus ou. moins pendant un cours, mais il faut encore les poursuivre en dehors du cours; il faut alors s'adresser à chacun des étudiants pris en particulier, et le professeur doit s'attacher, non pas h montrer à l'élève ce qu'il expose, mais à faire que celui<ci voie et touche par' lui-mf)me.
Quand il s'agit de vraies démonstrations zoologiques, il se présente, je le sais bien, de grandes-difficultés pratiques. Ladisseciion des' animaux n'est
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fSS L'fiTUDE DE LA ZOOLOGIE.
pas une occupation des plus agréables ; il faut y passer beaucoup de tetnps, et il est souveot dirscile de se procurer tous les spécimens dont on peut avoir besoin. Le botaniste est bien plus beureux à cet égard; il se procure facilement les spécimens qui lui sont nécessaires ; ses Heurs sont propres, saines et peuvent se disséquer dans une maison particulière comme partout ailleurs. C'est pour cela, je pense, que l'enseignement de la botanique se fait mieux que celui de la zoologie, et trouve plus d'adeptes. Mais, facile ou non, la démonstration est indispensable si l'on veut étudier convenablement la zoologie, et il faut par conséquent disséquer. Sans cela, personne ne peut acquérir une connaissance solide de l'organisation des animaux.
Pourtant, sans que l'étudiant dissèque par luimême, il y a beaucoup à faire au moyen de démonstrations; et il ne serait sans doute pas bien diftlcile, si la demande était suffisante, d'organiser, à . des prix relativement modérés, des collections d'anatomie zoologique qui suffiraient aux besoins d'un enseignement élémentaire. Sans cela, il y aurait même moyen d'arriver à de très-bons résultats, â les collections zoologiques ouvertes au public étaient disposées selon ce que nous avons appelé le principe des types; c'est-à-dire, si les spécimens, mis sous les yeux du public, étaient choisis de façon que cbacun eût & apprendre quelque chose en les examinant, tandis qu'aujourd'hui leur multiplicité
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amène la conrusion. Ainsi la grande galerie d'oraitliolofpe du Musée britannique contient deux ou trois mille espèces d'oiseaux, et les espèces sont parfois représentées par quatre ou cinq spécimens. Le coup ■d'CBil est cbamiant, certaines vitrines sont splen- ■didea, mais je rafQrme, & part quelques ornithologistes de profession, personne n'y a jamais puisé des connaissances nouvelles de quelque importance. Des milliers de promeneurs parcourent celle galerie, mais, en la quittant, personne assurément n'en sait plus au sujet des particularités essentielles des oiseaux, que lorsqu'il y est entré. Si, au contraire, «n un point de cette grande salle, on avait exposé ■quelques préparations pour montrer les particularités principales de la structure et du mode de déreloppcment d'une simple poule, à les types des genres, les grandes modifications du squelette, du plumage selon les ftges, de la nidification, etc. , parmi les oiseaux, y étaient représentés, celte collection "pourrait être, selon moi, un grand moyeu d'éducation scientifique, et l'on pourrait bien transporter tous les autres spécimefls en un endroit où ]e» hommes de science, qui peuvent senis en tirer profit, y auraient libre accès.
Parmi les moyens à la disposition du professeur, l'examen est le dernier de ceux dont je vous ai parlé, et ce moyen d'éducation est aujourd'hui si bien compris qu'il n'est guère nécessaire d'entrer dans de longs développements à ce sujet. Je professe que l'examen oral et l'examen écrit sont tous
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deux nécessaires, et si l'on demande à l'élève de décrire des spécimens, ces descriptions pourront servir de supplément à la démons Iration.
Le temps que j'ai à ma disposition ne me permet pas d'entrer dans de plus grands détails pour vous faire connaître les meilleures voies à suivre, en vue d'acquérir et de transmettre des connaissances en zoologie.
Mais il y a une question préalable que l'on peut nous présenter, et de fait, je le sais, plus d'un est disposé à la faire valoir. On demandera .: Pourquoi encourager des maîtres d'école à acquérir ces connaissances, comme toutes les connaissances physiques en général ? k quoi bon, dira-t-on, chercher à faire, des sciences physiques, une branche de l'éducation primaire? En poursuivant de semblables études, les maîtres d'école ne vont-ils pas être détournés de l'étude de connaissances bien plus importantes, mais moins attrayantes? Et en admettant même qu'ils puissent acquérir quelques connaissances scientifiques, sans faire tort au but d'utilité auquel ils doivent satisfaire, à quoi serviraient les
■efforls qu'ils feraient pour inculquer ces connaissances à des petits garçons qui ont simplement besoin d'apprendre à lire, à écrire et à compter?
Voilà des questions que l'on a souvent posées, et qu'on posera encore, car elles proviennent.de la
'profonde ignorance qui infecte l'esprit des classes les mieux élevées et les plus intelligentes de notre
^société, par. rapport & la valeur et à la position
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réelle des sciences physiques. Mais si je ne savais qu'il est facile d'y répondre d'une façon satisfaisante, que cette réponse a été faite bien des fois, et que bientôt tout homme ayant reçu une éducation libérale rougira de poser ces questions, j'aurais honte d'occuper ce soir la tribune d'où je vous parle*. Vous avez pour but bien important d'assurer l'éducation élémentaire ; il est hors de doute que tout co qui pourrait mettre obstacle k l'accomplissement de cette fonction capitale serait un grand mal ; et si je pensais qu'en acquérant les éléments des sciences physiques, ou en les inculquant & vos élève;', vous agissiez i rencontre de vos devoirs réels, je serais le première protester contre ceux qui vous encourageraient à agir de la sorte.
Mais est-il vrai qu'en acquérant des connaissances du genre de celles qui sont ici proposées, ou qu'en les transmettant à vos élèves, vous agissiez à l'enconlre du but utile que voua avez à remplir? Ne serais-je pas fondé plulftt à demander s'il vous est possible de bien remplir votre but sans cette aide?
Quel est le but de l'éducation intellectuelle donnée dans les écoles primaires? Son premier buts selon moi, est de dresser les enfants à se servir des instruments k l'aide desquels les hommes tirent leurs connaissances de la succession sans cesse renouvelée des phénomènes qui passent sous leurs yeux. Puis cette éducation primaire doit leur faire connaître les grandes lois fondamentales qui gouvernent le cours des choses, comme le prouve l'ex-
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Ifi2 L.'ËTUDB DE LK ZOOLOGIE.
périence, pour qu'ils u'arrivent pas lout nus dans le monde, qu'ils n'; soient pas sans dérense, el la proie d'éTéuements dont ils auraient pu se rendre maîtres.
Un petit garçon apprend à lire sa langue et celle des peuples voisins, pour Être à m6me d'avoir acoèâ àrun Tonds de connaissances bien plus étendu que celui que pourraient mettre à sa disposition les rapports qu'il aurait par la parole avec ses semblable* ; il apprend à écrire pour multiplier indéOniment ses moyens de communication avec tous les autres hommes, et en même temps pour se trouver à môme de noter et de mettre en réserve toutes les connaissances qu'il peut acquérir. On lui enseigne les mathématiques élémentaires pour qu'il puisse comprendre toutes ces relations de nombre et de forme sur lesquelles reposent les transactions des hommes associés en sociétés compliquées, et pour qu'il puisse avoir quelque pratique du raisonnement par déduction.
La lecture, l'écriture et le calcul sont des opérations qui doivent servir de mojrens iotellectuels, et il est de première importance de les connaître et de les connaître à fond, afin que le jeune homme puisse faire de sa vie ce qu'elle doit être : un progrès continuel en connaissances et en sagesse.
Hais, de plus, l'éducation primaire cherche à munir les enfants d'un certain bagage de connaissances positives. On leur enseigne les grandes lois morales, la religion de leur secte, et ce qu'il faut d'histoire etde géographie pour savoir oh sont atués le»
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grands pays du monde, ce qu'ils sont Bux-m£mes, et comment ils sont devenus ce qu'ils sont actuellement.
' Sans doute, voilà d'excellentes cboses à enseigner à un petit garçon, et Je ne voudrais rien en retrao' cher dans Un système d'éducation primaire. Dand ses limites, celui-ci est excellent.
Mais si je l'observe attentivement, il fait naître en moi une singulière réflexion. Je me figure qu'il y a quinze cents ans un citoyen de Rome, en bonne position de fortune, faisait apprendre à son fils absolument les mêmes cboses. L'enfant apprenait à lire et à écrira en sa langue, -en grec aussi peut-6tre, il apprenait les mathématiques élémentaires, la religion, la morale, l'histoire, la géographie qui avaient cours alors. De plus, je ne crois pas me tromper «n affirmant que si un jeune chrétien de l'ancienne Rome, ayant fini son éducation, pouvait être transporté dans une de nos grandes écoles publiques, et qu'on lui fit parcourir toute l'instrnction qu'on y donne, il n'y rencontrerait pas une seule ligne de pensée nouvelle pour lui ; parmi tous les faits nouveaux qu'on lui donnerait à étudier, il n'en est pas un qui pourrait l'amener à considérer l'univers d'une façon ditTéreate de celle qui avait cours à son époque.
Et pourtant, il y a assurément quelque diiférence capitale entre la civilisation du quatrième siècle et celle du dix-neuvième, et cette différence est plus marquée encore entre les habitudes intellectuelles
j04 LIÉTCDE DB LA ZOOLOGIE.
et )a maniëce de penser, de celle époque et de la nôtre.
D'où provient cette différence ? Je vons réponds en homme sûr de son fait. Elle provient du développement prodigieux des sciences physiques pendant les deux derniers siècles.
La civilisation moderne repose sur les sciences physiques; retranchez tout ce qu'elles ont donné à notre pays, et demain nous aurons perdu notre position parmi les nations qui dirigent le monde ; ce sont, en effet', les sciences physiques qui seules rendent l'intelligence et l'énergie morales plus puissantes que la force brutale.
La science domine tonte la pensée moderne ; elle exerce son influence sur les œuvres de nos meilleurs postes, et même celui qui se dévoue excludvement aux lettres, affectant de l'ignorer et de la mépriser, est à son insu imprégné de son esprit, et doit à ses méthodes ce qu'il a fait de mieux. Je crois que la science détermine en ce moment la plus grande des révolutions intellectuelles que l'humanité ait encore vues. Elle nous enseigne qu'il faut en appeler en dernier ressort à l'observation, à l'expérience, et non à l'autorité; elle nous apprend à connaître ce que Taut l'évidence ; elle doit nous donner une foi ferme et efficace en l'existence de lois morales et physiques immuables auxquelles nous devons une soumission absolue, une obéissance qui constitue le but le plus élevé que puisse se proposer un fitre intelligent.
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L'ÉTUDE DE LA ZOOL-OGIE. 168
Mais notre vieux systëma stéréotypé d'éducation ne tieot pas compte de tout ceci. A chaque instant de sa vie, le plus pauvre ^fant va se trouver en "préseDce des sciences physiques, de leurs méthodes, «le leurs problèmes, des difficutés qu'elles soulèvent, 'fet pourtant nous relevons de telle façon, qu'en entrant dans le monde, il ignorera, comme au jour de sa naissance, tes méthodes et les faits scienliflques. Le monde moderne est plein d'artillerie, et nous y , lançons nos enfants pour combattre équipés du bouclier'et de l'épée des anciens gladiateurs.
Si nous ne portons pas remède h ce déplorable élat de choses, la postérité aura droit de nous vouer "à la honte, et même, si nous avons encore vingt ans â vivre, la conscience de ce que nous faisons aujourd'hui nous fera rougir alors de confusion. . A tout cela il n'y a qu'un seul remède, j'en ai l'intime conviction : il faut que les éléments des 'sciences physiques fassent partie intégrante de l'éducation primaire. J'ai cherché à vous faire voir comment on peut y arriver dans la voie scientifique qui fait l'objet de mes occupations, et j'ajoute que le jour où chacun des maîtres d'école de ce pays formerait un centre de connaissances physiques vraies, toutes rudimentaires qu'elles pourraient être, ferait pour moi époque dans l'histoire de notre pays.
Mais je vous en supplie, n'oubliez jamais les quelques mots qu'il me reste & vous dire : comme professeurs, rappelez-vous qu'en fait de sciences physi-
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166 L'ÉTUDB DE LK ZOOLOGIli.
ques le savoir des livres est une fiction, un trompe^ Tceil. Si vous ne voulez être des imposteurs, il faut d'abord savoir réellement ce que vous avez k enseir gner à vos élèves, et la science, le savoir réel, signîfie la connaissance personnelle des faits, soit que vous en connaissiez seulement quelques-uns, soit au contraire que vous en connaissiez beaucoup (I ),
(I) CerUines personnes m'ont donné !i entendre qu'on pourrait mal interpréter me» ptroles, et croire que je veux proscrire toute espèce d'instniction scientifique qui ne Terut p«s connaltie . les faits de première main. Mais tel n'en est pas le sens. Sans doute l'idésl de renseignement scientifique est un sjslème su moyen duquel l'élève verrait tous les fsits par lui-mAmo, le professeur ne servant qu'ï lui donner les explications. Il est bien rare cependant que les circonstances nous permettent de réaliser cet idéal, et il faut savoir se contenter de ce qu'ily ads mieui après cela. Il faudra que l'élève croie souvent sur pa* vole un professeur qui, connaissant les faits pour les avoir vus par lui-m£nie, saura les déceife avec assez de lucidité pour mettre ses auditeurs k même de s'en former des idées exactes. Le système que Je repousse est celui qui permet b un professeur sans connaissance pratique et directe des faits capitaux d'une science, de fepasser ensuite aux autres ses connaissances de seconde main. Le virus scientiHque est semblable fc celui de la vaccine ; quand il passe successivement par un trop ijirand nombre d'organismes, il perd son efficacité, et ne garantit plus la jeunesse contre les épidémies intellectuelles auxquellas elle est exposée.
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SUR u un PBVJiquE di u tu (i).
Pour me faire plus généralement comprendre, j'ai traduit par base phytique de la vie, Utre de cette conférence, \6 tetme protoplasme, nom scientiflqae de la substance dont je vais vous parler. Je suppose que, pour beaucoup d'entre vous, l'idée qu'il existe quelque chose méritant le nom de base physique ou matière de la vie, sera nouvelle, tant il est habituel
(1) Les pages saivtntes cantiennent en substance ce qut a été ■lit dans un discours prononcé à Edimbourg le dimancbe lOir, S novembre 1868. J'avtis été chargé de raire la première des conférences sur des sujets non tliéologiques, Instituées pour tes soiréesdu dimanche par le révérend J. Cranbrook. Je la publié ici en omettant quelques phrases dout l'intérêt était tout local et transitoire ; au lieu de citer le discours de l'archevêque d'Tork d'après les comptes rendus des journaui, je cite h brocbnre ■ Sur les limites des recherches philosophiques » (Oh the LimiU of philosopliical Inquiry], publiée plus tard par ce prélat. En divers endroits j'ai cherché à exprimer ce que je voulais dire,'d'une Taçon plus complète et plus cisira que Je ne l'avais TaU tout d'abord, psratt-il, \ en Juger par certaines critiques adressées aux opinions quo l'on m'a prêtées gratuitement. Mus comme fond et mfime comme forme, autant que Je puis compter sur ma mémoire, ce que J'écria ici correspond h ca que J'ai dit fc Edimbourg.
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de concevoir la TÏe comme quelque chose agissant au moyen de la matière, dont elle serait néanmoins indépendante. Même ceux qui savent iiue la matière et la vie se relient d'une façon inséparable ne sont pas préparés h admettre cette conclusion, clairement indiquée par mon expression de Base physique de la vie, qu'il y a une sorte de matière unique commune à tous les èlres vivants, et qu'une unité physique, aussi bien qu'une unité idéale, réunit leurs diversités infinies. En efTet, cette doctrine, à première vue, paraît choquante pour le sens commun.
Que peut-il y avoir de plus clairement dissemblable en vérité, comme facultés, comme forme et comme substance, que les espèces différentes des êtres vivants? Quelle faculté commune peut-il y avoir entre ce lichen aux couleurs chatoyantes qui ressemble si bien à une incrustation minérale des roches dénudées sur lesquelles il pousse, et le peintre pour lequel cette petite plante rayonne de beauté ou le botaniste qui y puise les connaissances qui font sa joie?
Considérez encore un fongus microscopique, particule ovoïde infinitésimale qui trouve dans le corps d'une mouche vivante le temps et l'espace nécessaires pour se multiplier des millions de fois, puis voyez la richesse du feuillage, l'abondance de fleurs et de fruits qui séparent cette maigre ébauche d'une plante et le pin géant de Californie dont la cime s'élève à la hauteur des flèches de nos cathédrales, ou le figuier d'Inde, dont l'ombre épaisse couvre
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ginfle grandes éléndues, et qui dure pendant que des
m tations et des empires naissent et disparaissent au-
Qi-our de sa vaste circonférence. Ou, tous tournant
ie «vers l'autre moitié du monde de la vie, flgurez-Tous
àaM grande baleine Jubarle, la plus énorme des bëtes
W| actuelle ment vivantes ou ayant vécu autrefois, pro-
iqn^nenant sa masse d'os, de muscles, de lard, longue
inibde vingt-cinq ou trente mètres, et la roulant à l'aise,
i^u milieu des tempÊtes où les plus puissants navires
pn^Bonnbreraient inévitablement, et comparez ce mons-
Ultra aux animalcules invisibles, petits points gélati-
\\j neux Hont les multitudes peuvent danser en réalité
; 'sur la pointe d'une aiguille, comme le pouvaient en
|if. imagination les anges entrevus par la scolaslique.
[t Après vous être figuré tout cela, vous pouvez bien
vous demander : qu'y a-t-il de commun, comme
forme et comme structure, entre l'animalcule et la
baleine, entre le fongus et le figuier? Et, à fortiori,
entre les quatre?
Finalement, si nous considérons la substance ou la composition matérielle, quel lien caché peut-il y avoir entre cette fleur qui orne la chevelure d'une jeune fille, et le sang généreux qui coule dans ses veines; qu'y a-t-il de commun entre la masse dense et résistante du chêne, la structure si compacte d'une tortue, et ces larges disques de gelée transparente dont on reconnaît les pulsations sous les eaux d'une mer calme, mais qui s'écoulent en bave dans les mains de celui qui cherche à les retirer de leur élément?
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)70 SUR U BASE PBYSIQUB DE LA VIB.
Des objections de ce genre doivent se présenter, Jepense, à l'esprit de tous ceux qui réfléchissent pour la première fois sur la conception d'une base physique unique de La vie, sur laquelle reposeraient toutes les diversités d'existence vitale; mais je me propose de vous montrer que, malgré ces dirficultés apparentes, une triple unité se manifeste daas toute l'étendue du monde vivant : unité de puissance ou de faculté, unité de forme et unité de composition substantielle.
Nous n'avons pas besoin d'arguments bien abstraits, d'abord, pour prouver que les puissances on facultés de toutes sortes de la matière vivante, quelle que soit la diversité qu'elle présente en degré, sont substantiellement similaires en espèce.
Gœtbe a réuni une vue d'ensemble de toutes les puissances du genre humain dans une épigramme bien connue :
'nourrir,
a Aucun II 0 m me ne peut aller plus loin malgré tous ses efforts. • Pour traduire ceci en langage physiologique, nous dirons que les activités multiples et compliquées de l'homme se résument en trois catégories : les actions humaines ont pour but immédiat de maintenir ou de développer le corps; ou bien elles produisent des changements passagers dans les positions relatives des parties dn corps; ou enfin elles se rattachent à la propagation de l'espèce. Même ces manifesta-
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SUR LA BASE PHYSIQUE DB LA VIS. I7t
Uons de riatelligence, de la sensibililé, de la volonté, que nous appelons à juste titre les focultés supérieures, sont comprises dans cette classiflcation ; car, mettant à part celui qui en est le sujet, elles ne sont connues aux autres que comme changements transitoires de la position relative des parties du corps. En dernière analyse la parole, le geste et toutes les autres formes d'actions humaines peuvent se réduire en contractions musculaires, et la contrac- . (ion musculaire n'est qu'un changement transitoire dans la position relative des parties d'un muscle. Mais si cette manière de voir es! assez large pour inclure lesaclivités des formes supérieures de la vie, elle embrasse celles de toutes les créatures inférieures, La plante et l'animalcule les plus bas dans l'échelle se nourrissent, s'accroissent et reproduisent leur espèce. De plus, tous les animaux manifestent «es changements transitoires de formes que nous classons sous les titres d'irritabilité et de contractilité ; et il est infiniment probable que, quand nous aurons exploré à fond le monde végétal, nous reconnaîtrons qu'à un moment ou l'autre de leur existence, toutes les plantes possèdent ces mêmes puissances.
Je n'ai pas ici en vue certains phénomènes rares «t frappants à la fois, du genre de ceux que nous montrent les folioles de la sensltive, ou les étamines de l'épine-vinette, maisdes manifestations de lacontractilité végétale bien plus largement répandues, et en même temps plus délicates et plus cachées.
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Vous savez tous assurément que l'ortie ordinaire doit sa propriété de piquer i^ des poils innombrables, raides, en Tonne d'aiguilles excessivement fines qui en recouvrent toute la surface. Chacun de ces petits aiguillons s'amincit de la base au sommet, et, bien que ces sommets soient arrondis, ils sont d'une finesse microscopique telle qu'ils pénètrent facilelement dans la peau ets'y rompent. Tout le poil se compose d'une enveloppe ligneuse extérieure fort délicate; une coucbe de matière semi-fluide, pleine de granules innombrables d'une petitesse extrême, est intimement appliquée contre la surrace interne de l'enveloppe. Cette couche semi-fluide est du protoplasme, qui forme ainsi une sorte de sac plein d'un^ liqueur limpide, et qui correspond assez régulièrement à l'Intérieur du poil qu'il remplit. Quand on examine la couche de protoplasme du poil d'ortie à un grossissement suffisant, on y reconnaît an mouvement continuel. Des contractions locales de toute l'épaisseur de la substance deq poils se propagent lentement et graduellement d'une pointe à l'autre, comme des vagues successives, semblables aux ondulations que produit 1^ veut en courbant les uns après les autres les épis d'un champ de blé.
Mais indépendamment de ces mouvements on en reconnaît encore d'autres. Les granules sont pousr ses en couranss relativement rapides & travers des canaux du protoplasme, et ce mouvement, paraîtil, pertiste d'une façon remarquable. Le plus sou-
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vent les courants des parlies adjacentes du protor plasm.e prennent la m€me direction, et l'on voit sur un des côtés du poil un courant général ascendant et un courant descendant de l'autre cAté. Mais ceci n'empêche pas la production de quelques courants partiels prenant des routes différentes ; quelquefois on voit des trains de granules courant rapidement en sens inverses à un ou deux millièmes de millimètre l'un de l'autre. Parfois il se produit des collisions entre courants opposés, el après une lutte plus ou moins longue un des courants l'emporte. Ces courants, semble-t-il, sont causés par des contractions du protoplasme limitant les canaux dans lesquels les courants se produisent, mais les contractions sont si minimes qu'on ne peut les voir à l'aide des meilleurs microscopes qui noijs montrent seulement leurs effets.
Le spectacle de ces énergies merveilleuses renfermées dans les limites du poil microscopique d'une plante que nous regardons habituellement comme un organisme purement passif, est une chose que n'oublie pas facilement celui qui l'a bbservée pendant des heures successives, sans qu'il s'y manifeste aucun signe d'arrôt. On commence alors à entrevoir la complexité possible de beaucoup d'autres formes organiques, aussi simples en apparence que le protoplasme de l'ortie, et l'idée d'un ëminent physiologiste qui comparait un protoplasme de ce genre à un corps muni d'une circulation interne, perd beaucoup de son étrangeté. On
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a observé des courants semblables à ceux des poils de l'ortie dans un grand nombre de plantes très* différentes, et des hommes d'une haute antorité ont émis l'idée qu'ils se produisaient probablement, d'une façon plus ou moins parfaite, dans toutes les jeunes cellules végétales. S'il en est ainsi, le merveilleux silence de midi, dans une forêt des tropiques, dépend seulement de notre faiblesse d'ouïe, et si nos oreilles pouvaient saisir les murmures de ces petits tourbillons qui routent dans les myriades innombrables de cellules vivantes contenues dans chacun des arbres, nous en serions étourdis commeau bruissement d'une grande ville.
Parmi les plantes inférieures il n'est pas rare, il est même plutôt de règle, que la contractilité se manifeste plus évidemment encore à quelque moment de leur existence. Le protoplasme des algues et des fongus s'échappe complètement ou partiellement, dans bien des circonstances, de son enveloppe ligneuse, et nous montre des mouvements de totalité de sa masse, ou se meut par la contractilité d'un ou d^plusieurs prolongements en forme de poils et que l'on appelle des cils vibratiles. Et en tan t qu'on a étudié jusqu'ici les conditions de la manifestation des phénomènes de contractilité, ces conditions sont les mêmes pour la plante et pour l'animal. Dans les deux cas, la chaleur et les commotions électriques l'influencent et dans le mémesens, quoique cette action puisse différer en degré. Je n'ai nullement l'intention de vous donneràentendre, qu'entre la plante la
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plus basse et la plante la plus élevée dans l'échelle il n'y a pas de différence de faculté, ou qu'il n'y en a pas entre les plantes et les animaux. Mais ces différences de puissance qui séparent les êtres Tivants inférieurs, des supérieurs, sont des différences de degré, non des différences spécifiques, et comme Milne-Edwards l'a si bien indiqué il y a longtemps, elles dépendent de ce que la division du travail <e produit à des degrés différents dans l'économie des êtres vivants. Dans les organismes inférieurs toutes les parties peuvent accomplir toutes les fonctions, et la même portion de protoplasme devient successivement organe de nutrition, de mouvement ou de reproduction. Dans les êtres supérieurs, au contraire, un grand nombre de parties se réunissent pour accomplir une fonction, chaque partie accomplissant la part de travail qui lui est assignée d'une manière fort exacte et trës-efBcace, sans pouvoir cependant servir à aucun autre usage.
D'autre part, malgré toutes les ressemblances fondamentales qui existent entre les puissances du protoplasme dans les plantes et dans les animaux, ces* puissances nous offrent une différence frappante tje développerai tout au long ce point un peu plus loin) en ce fait que les plantes peuvent produire du protoplasme nouveau au moyen des composés minéraux, tandis que les animaux doivent se le procurer tout fait, et dépendent ainsi des plantes en Hn de compte. Nous ne savons rien actuellement des conditions qui produisent cette différence dans les
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puissances des -deus grandes divisions du monde vivant.
En tenant compte de ce que nous venons de dire, on peut avancer en toute vérité que tous les actes des Mres vivants sont uns, fondamentalement. Peuton dire que cette unité se révèle aussi dans leurs Tormes ? Cherchons une réponse à celte question dans les Tails faciles à vérifier. Si l'on se procure une goutte de sang par une petite piqûre du doigt, et qu'on l'examine avec les précautions voulues, à un grossissement suffisant, on verra parmi la foule innombrable des corpuscules, petits corps discoïdes qui y flottent et donnent au sang sa couleur, d'autres corpuscules incolores, bien moins nombreux, un peu plus grands et de formes trës-irréguHères. Si l'on maintient la goutte de sang à la température du corps, on reconnaîtra dans ces corpuscules incolores une singulière activité ; leurs formes changent rapidement ; il se produit des prolongements en saillie ou en dépression sur la substance de ces petits corps, et ils se meuvent en tous sens comme s'ils étaient des organismes indépendants.
Lft substance qui manifesLe ainsi son activité est une masse de protoplasme, et c'est par les détails, plutôt qu'eu principe, que cette activité dilTère de celle du protoplasme de l'ortie. Sous l'influence de circonstances variées, le corpuscule meurt, se distend et forme une masse arrondie, au milieu de laquelle on voit un petit corps sphérique qu'on appelle le noyau. 11 existait précédemment dans le
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corpuscule vivant, mais il était alors plus ou moins caché. Od trouve, dans la peau, des coqiusculea d'une structure essentiellement similaire, on en retrouve encore dans ta membrane qui revêt l'inlé-, rieur de la bouche ; ils sont disséminés dans toute, la cliarpente du corps. Bien plus, au premier moment de l'existence de l'organisme bumain, en l'état oti l'on commence & le distinguer dans l'œuf qui le produit, cet organisme n'eat qu'un assemblage de corpuscules de ce genre, et à un certain, moment tous les organes du corps n'ont été qu'un agrégat de même nature.
Ainsi donc, on reconnaît dans une musse de protoplasme munie d'un noyau, ce que l'on peut appeler l'unité do structura du corps humain. De fait, )q corps, à son premier état, n'est qu'un multiple d'uqités da ce genre ; à son état parfait, c'est, un multiplâ des marnes unités diversement njo-
Hais celte formule qui exprime les caractères essentiels de structure des animaux supérieurs, suf- Bt-elle i exprimer la structure des autres, comme nous ayons vu que celle qui exprimait les puis: sauces et les facultés s'appliquait à tous les animaux en général ? Peu s'en faut. Les mammifère^ et les oiseaux, les reptiles et les poissons, les mollusques, les vecs et les polypes, sont tous composés d'unités de structure, présentant le même caractère ; ce sont des masses de protoplasme à noyau. Il y a divers animaux très-inférieurs qui ne sont.
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eomme structure, qu'un corpuscule btanc du sang BieuaDt une vie indépendante. Mais tout au bas de l'échelle animale, cette simplicité se simplifie encore, et tous les phénomènes de la vie se manifestent dans une particule de protoplasme sans noyau. Ce n'est pas le défaut de complexité qui rend ces organismes insignifiants. 11 y a lieu de se demander si la masse du protoplasme de ces formes -les plus simples delà vie qui peuplent une immense étendue du fond des mers ne l'emporterait pas en pends sur l'ensemble de tous les êtres vivants supérieurs qui habitent la terre. Et aux temps anciens, comme aujourd'hui même, ces êtres vivants ont été les plus grands constructeurs de rochers.
Ce que j'ai dit du monde animal n'est pas moins Trai des plantes. On trouve un noyau sphérique caché dans le protoplasme de la base du poil de l'ortie. En outre, l'examen attentif de toute la substance de l'ortie fait reconnaître que cette plante se compose d'une répétition de semblables masses de protoplasme à noyau, chacun des noyaux étant contenu dans une petite enveloppe ligneuse dont la forme se modille pour former tantAt la fibre du bois, tantôt un conduit ou vaisseau spiral, ou encore un grain de pollen ou un ovule. En remontant à son premier état, on voit l'ortie provenir, comme l'homme, d'une particule de protoplasme à noyau. Et dans les plantes les pins basses, comme dans les animaux les plus inférieurs, une seule masse de protoplasme de ce genre peut constituer toute la
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plante, et même ce protoplasme peut manquer de noyaa.
S'il en est ainsi, on pourra bien demander : Comment reconnaitrez-vous l'une de l'autre .de Eeiûblablés masses de 'protoplasme sans noyau? Pourquoi donner h l'une le nom de plante, à l'autre le nom d'animal?
La seule réponse à faire, c'est que, si l'on tient compte des formes seulement, il n'est pas possible de distinguer les plantes des animaux, ei que dans bien des cas c'est une pure convention qui nous fait donner à tel ou tel organisme le nom de plante ou celui d'animaL 11 y a un corps vivant, appelé jStha- Uum lej^ticum, q\xe l'on voit parfdtre sur les substances végétales en décomposition, et que l'on trouve souvent à un de ses états au-dessus des puits à tan. C'est alors, à tous égards, un fongus, et autrefois on le considérait toujours ainsi ; mais les belles recherches de de Bary ont fait voir qu'à un autre état l'jËthalium est un être doué de mouvements de locomotion très-actifs, absorbant des ma* lières solides qui selon toute apparence lui servent d'aliment, et dénotant ainsi un des traits les plus caractéristiques de l'animalité. Est-ce là une plante, est-ce là un animal? rjËlhalium est-il à la fois plante et anima), ou n'est-il ni l'un ni l'autre? Quelques-uns sesontdécidéseDfaveur de celte dernière supposition ; on établit ainsi un .règne intermédiaire, une sorte de terrain neutre, siège de toutes ces formes douteuses. Mais comme il est impos-
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sible, cbacuD le reconnaît, d'établir une limite tnea tranchée entre ce terrain neutre pour le séparer d'une part du monde végétal, et du inonde aniriial de l'antre, il me semble qu'on n'est ainsi arrivé qu'fc mettre ici deux difficultés au lieu d'une.
Le protoplasme simple ou à noyau est la base formelle de toute vie. C'est la terre du potier. Faites-la cuire, ornez-la de couleurs, elle reste argile, essentiellement semblable à la brique la plus commune, à la motte sécbée au soleil, dont elle ne diffère que par des arliflces, et non par sa nature.
Ainsi il devient évident que toutes les puissances de la vie se relient par une étroite parenté, et que toutes les Termes vivantes ont fondamentalement un caractère unique. Les recherches du chimiste ont révélé une uniformité non moins frappante dans la composition matérielle de la matière vivante.
Pour parler d'une façon absolument précise, il est vrai que les recherches chimiques ne peuvent rien nous faire connaître, ou peu s'en faut, d'une manière directe, relativement à la coiâposition de la matière vivante, en tant que cette matière doit nécessairement mourir dans l'acte analytique ; et en se basant sur cet aperçu bien évident, on a fait des objections qui me semblent assez frivoles, je l'avoue, pour nier la valeur de toute conclusion relative à la composition de la matière actuellement vivante, ces conclusions étant tirées de la matière de la vie après sa mort, seul état otl elle nous soit accessible. Hais ceux qui font des objections de ca
^enre semblent oublier qu'il est tout aussi vrai ^u'en précisant de ia même façon, nous ne pouvotis rien savoir de la composition d'un corps quelconque tel qu'il est réellement. Si l'on dit qu'un cristal de spath d'Islande se compose de carbonate de chaux, cette affirmation est vraie, si l'on entend par là qu'au moyen des procédés convenables, on peut faire résoudre ce corps en acide carbonique et en cbaux vive. Si vous faites agir ce même acide carbonique sur la chaux vive qui vient de se produire, vous obtiendrez de nouveau du carbonate de cbaux, mais ce nesera pas du spath, etvotre produit n'y ressemblera en aucune sorte. Peut-on dire, par conséquent, que l'analyse chimique ne nous apprend rien relativement à la composition du spath d'Islande? Ce serait absurde, mais ce ne le serait guère plus que tout ce verbiage qui nous arrive parfois aux oreilles sur la vanité des résultats de l'analyse chimique appliquée aux corps vivants ^ui tes ont fournis.
En tout cas, il est u n fait que ne sauraient atteindre ces minuties: c'est que toutes les formes du protoplasme examinées jusqu'à cette heure contiennent les quatre éléments : carbone, hydrogène, oxygène et azote, en union fort complexe, et qu'elles se comportent toutes de la même fagon en présence de divers réactifs. A cette combinaison complexe, dont la nature n'a jamais été déterminée exactement, on a donné le nom de pi-otéine, et si nous employons ce terme avec les réserves que nous
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impose l'ignorance relative oîi nous sommes de la chose qu'il représente, nous pouvons dire en foule vérité que tout protoplasme est de nature protéique; ou encore, comme le blanc, ou l'albumine d'un œuf est un des exemples les plus répandus d'une matière protéique à peu près pure, nous pouvons dire que toute matière vivante est plus ou moinsalbuminoïde.
Nous ne sommes peut-être pas encore bien fondés à dire que toutes les formes du protoplasme sont affectées par l'action directe des commotions électriques ; et cependant on voit augmenter cbaque jour la nombre de cas où cet agent détermine des contractions du protoplasme.
On ne peut pas non plus affirmer en toute confiance que toutes les formes de protoplasme soient propres à subir, sous l'inQuence d'une chaleur de 40° à 50' centigrades, cet état particulier de raideur que les Allemands appellent warme-slasse ; pourtant les belles recherches de Kùhne ont prouvé que ce phénomène se produit dans des êtres si divers et si nombreux, que nous sommes autorisés à admettre la valeur universelle de cette loi.
J'en ai sans doute dit assez pour prouver que le protoplasme, base physique de la vie, présente, dans tous les groupes des êtres vivants où on peut l'étudier, le caractère d'une uniformité générale. Mais il faut bien comprendre que cette uniformité n'exclut en aucune façon toutes les modifications spéciales de la substance fondamentale qui peuvent
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se présenter. Le minéral, carbonate de chauii, présente les caractères les plus divers, et personne ne doute cependant que, soua ces changements protéens, ce soit toujours ta même chose.
Et maintenant quelle est la destinée ultime de la matière de la vie? quelle en est l'origine ?
Kst-elle répandue, comme le supposaient quelques-uns des plus anciens naturalistes, dans toute l'étendue de l'univers, en molécules Indestructibles et immuables par leor nature mCme, mais qui dans leurs transmigrations continuelles revêtent mille aspects divers et produisent ainsi toutes les diverses formes vitales que nous connaissons? Ou bien la matière de la vie se 'Compose-t-elle de la matière ordinaire, n'en différant que par l'agrégation spéciale de ses atomes ? Ëst-elle construite de matière ordinaire, qui doit se résoudre en matière ordinaire quand elle aura accompli son travail 7
Entre ces deux alternatives la science moderne n'hésite pas un seul instant. La physiologie a inscrit au fronton de la vie :
Debemur morti noa nost raque,
en un sens plus profond que celui du poëte latin qui a écrit ce vers mélancolique. Sous tous les masques qui le cachent, chSne ou moisissure, homme ou vermisseau, le protoplasme vivant finit toujours par mourir et se résoudre en ses constituants minéraux inanimés ; mais de plus il meurt sans cesse, et tout étrange que puisse vous sembler