‹ Les sciences naturelles et les problèmes qu'elles font surgir;Chapitre 22 sur 44 · SUR UN MORCEAL' DE CRAIE · texte numérisé non relu

SUR UN MORCEAL' DE CRAIE

d'admirables constructions calcaires, se composant de loges nombreuses communiquant librement les unes avec les autres. Ces corps cloisonnés afFectent des formes variées. Une des plus communes rap> pelle une framboise irrégulièrement développée; elle se compose de loges à peu près globulaires, de dimensions irrégulîères et réunies ensemble en assez grand nombre. C'est ce qu'où appelle la globigérine, et quelques échantillons de craie sont coostitués presque exclusivement par des globigérines et des granulations.

Examinons attentivement la globigérine; c'est la clef de l'énigme que nous cherchons à déchiffrer. Sinous pouvons apprendre ce que c'est, et quelles sont les condiUons de son existence, nous arriverons par ce moyen à connaître l'origine et l'bistoira du passé de la craie.

On pourrait croire tout naturellement que ces corps si curieux résultent de l'agrégation naturelle du carbonate de chaux ; ainsi, pendant l'hiver, le givre simule sur les vitres les feuillages les plus délicats et les plus élégants. Si ce minéral, l'eau^ peut, dans de certaines conditions, prendre l'aspect extérieur des corps organiques, pourquoi cet autre minéral, le carbonate de chaux, caché dans les entrailles de la terre, ne prendrait-il pas cette forme de corps cloisonnés? Je n'élève pas ici une objec* tion imaginaire et sans réalité. Autrefois des hommes fort savants ont cru qu'il en était ainsi de tous ces objets dénotant les formes de la vie, et

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que l'on trouve dans l^s roches, et si l'on n'accorde plusaujourdliui la moindre Tateuràcelteidée, cela ' provient de ce qu'une expérience longue et variée nous a fait reconnaître que la matière minérale ne prend jamais la forme et la structure que l'on reconnaît dans les fossiles. Si l'on voulait tous persuader qu'une écaille d'huUre, aussi composée presque exclusivement de carbonate de chaux, est une cristallisation provenant de l'eau de mer, cette abs\irdité vous ferait rire assurément. Vous auriez raison de rire en eflet, car toute notre expérience tend à prouver que cette écaille provient de l'huître, et ne se forme jamais autrement. Et si nous n'avions pas de meilleures preuves, nous serions en droit de croire, en nous fondant sur de semblables raisons, que la globigérine provient de la seule activité vitale. '

Mais par bonheur, nous allons voir surgir de plus pressantes raisons que l'analogie, pour nous démontrer la nature organique des globigérines. De tout petits êtres vivants forment en effet, actuellement, des squelettes calcaires, en tout semblables k ceux des globigérines de la craie, et littéralement plus nombreux que les grains de sable du bord de la mer, ils foisonnent sur une grande étendue de la surface delà terre recouverte par l'Océan.

L'bistoîre de la découverte de ces globigérines vivantes, et de leur rOle dans la construction de: roches, est bien singulière. Comme tant d'autres découvertes d'aussi grande importance scientiOque, celle-ci provient incidemment de recherches

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deslinées à satisfaire des intérêts Tort différents et des plus pratiques.

Quand les hommes commencèrent à naviguer en mer, ils apprirent bientât à s'inquiéter des récifs et des rochers, et plus augmentait la charge des navires, plus la néces^té de reconnaître avec précision la profondeur des eaux où l'on naviguait s'imposait aux matelots. Cette nécessité produit! l'emploi da la ligne de sonde et de son plomb, et fut plus tard l'origine de la géographie marine, consistant il noter sur des cartes la forme des cfttes et la profondeur de l'eau, reconnues au moyen de la sonde.

En même temps on reconnut la nécessité de s'assurer de la nature du fond de la mer et de l'indiquer, car c'est là surtout ce qui fait que l'ancre lient ou non. Un matelot ingénieux, dont le nom méritait mieux que l'oubli où il est tombé, réusàt b atteindre ce but, en armant le bas du plomb de sonde d'un morceau de graisse. Selon le cas, du sable, des coquilles brisées adhéraient à la graisse, et étaient ainsi amenés à la surface. Mais si un semblable appareil sufBsait aux premiers besoins de la navigation, le plomb armé ne pouvait satisfaire à la précision des besoins scientifiques, et pour en corriger les défauts, quand il s'agit surtout du sondage des grandes profondeurs, le lieutenant Brooke de la marine américaine inventa, il y a quelques années, un instrument des plus ingénieux, à l'aide duquel on peut ramasser une quantité con-

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CONFÉnENCE fAlTB A DES OUVRIERS. 23S

sidérable de la couche superficielle du fond, et l'amener à la surface de l'eau, quelle que soit la profondeur à laquelle desceude le plomb de sonde.

En 18S3, le lieutenant Brook'e se procura de la boue prise an fond de l'Atlantique septentrional, entre Terre-Neuve et les Açores, à plus de trois raille mètres de profondeur, au moyen de son appareil. Les échanLillons furent envoyés à Ebrenberg, de Berlin, et à Bailey, de West- Point, et, après les avoir examinés, ces habiles mie rograpbes reconnurent que la boue des mers profondes était composée à peu près exclusivement de squelettes d'organismes vivants, ressemblant tout h fait pour la plupart aux globigérines dont la présence était déjà connue dan^ la craie.

Jusque-là on n'avait travaillé que dans l'intérêt de la science, mais quand oo entreprit de poser uu c&ble télégraphique entre l'Angleterre et les États- Unis, les moyens de sondage du lieutenant Brooke acquirent une grande valeur financière. 11 fut dès lors fort important do connaître la profondeur de la mer sur toute la ligne où l'on voulait poser le cable, et, de plus, il fallut connaître la nature exacte du fond, pour chercher à éviter que celte corde de grand prix ne se coupât ou que le revêtement n'en fût déchiré. L'Amirauté donna donc l'ordre à mo» ami et ancien camarade de bord le capitaine Dayman, de reconnaître la protondeur sur toute la ligne du câble, et de rapporter des échantillons du fond. Au temps passé, un

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ordre de ce genre aurait fait l'effet des impossibilités que doit accomplir le jeune prince des contes de fées pour obtenir la main d'une belle princesse. Mon ami n'a pas été récompensé de cette façon, que je sache, mais cependant, dans les mois de juin et de juillet 1857, il put accomplir rapidement et avec grande précision la tAche qui lui avait été imposée. Les échantillons de boue qu'il rapporta du fond de l'Atlantique me furent envoyés, et je fus chargé de les examiner et de faire un rapport sur ce sujet.

A In suite de toutes ces recherches nous sommes arrivés h coanaitre les contours et la nature de la surface du sol que recouvre l'Atlantique septentrional, sur une distance de près de 700 lieues de l'est à l'ouest, aussi bien que nous connaissons aucune partie de la terre ferme.

C'est une plaine immense, une des plus larges et des plus unies du monde. Si la mer se desséchait, on pourrait conduire un chariot de Valentia, sur la cAte occidentale d'Irlande, au golfe de la Trinité dans 111e de Terre-Neuve, et si ce n'est sur une pente rapide à moins de cent lieues de Valentia, je ne crois pas qu'il serait jamais nécessaire de mettre les sabots aux roues de la voiture, tant sont douces les montées et les descentes sur cette longue route. En partant de Valentia, il y aurait- une descente de 80 lieues environ qui nous mènerait au point où la profondeur est de 1,900 brasses. Puis viendrait la plaine centrale, large de plus de

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400 lieue^ dont on reconnaîtrait à peine les inégalités en surface, bien que la profondeur des eaux qui la recouvrent maintenant varie entre 4,000 et 5;000 mètres, de sorte qu'en certains poiols le mont Blanc y disparaitrait sans montrer son sommet audessus des flots. Puis la montée du cAté américain, longue de 120 à laO lieues, commence et aboutit enfin aux rivages de Terre-Neuve.

Presque tout le fond de celle plaine centrale, qui s'élend à plusieurs centaines de lieues, nord et sud, lie ta ligne du câble, est recouvert d'une boue Bne qui se dessèche quand on l'expose à l'air libre, et forme une substance friable d'un blanc gris&ire, avec laquelle on pourrait marquer sur le tableau noir. A , l'œil , cette substance ainsi desséchée ressemble h de la craie un peu grise ; quand on l'exanaine chimiquement, on reconnaît qu'elle est presque entièrement composée de carbonate de cbaux,,et quandonen façonne des tranches transparentes comme on l'avait fait pour la craie, elle présente à l'examen microscopique d'iimombrablcs gl obi gér in es ensevelies dans une gangue granuleuse.

Ainsi donc, cette boue des mers profondes est esâentiellement de la craie ; je dis esseatiellemenl, car elle présente bon nombre de différences secondaires, mais comme ces différences sont sans importance relativement à la question qui nous occupe, à savoir : la nature des globigériues de la craie, il n'est pas nécessaire d'en parler.

On trouve réunies dans la boue de l'Atlantique des

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