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globigêrines de toutes dimensions, depuis les plus petites jusqu'aux plus grosses, et les loges de ces globigêrines s'ont souvent occupées par une matière animale molle. Cette matière molle provient du petit être auquel la coquille, ou mieux le squelette de la globigérîne, doit l'existence, et c'est un animal aussi simple que possible. C'est en effet une simple particule de gelée vivante, sans parties dëflnies d'aucune sorte, sans bouche, sans nerfs, sans muscles, sans organes distincts, et qui ne manifeste sa vitalité à l'observation simple qu'en faisant sortir de tous les points de sa surface de longs appendices filamenteux servant de membres, ou en les rétractant. Pourtant cette particule amorptie, dépourvue de tout ce que nous appelons organes chez les animaux supérieurs, est capable de se nourrir, de s'accroitre et de se reproduire ; elle sait tirer de l'Océan la petite quantité de carbonate decbaux dissoute dans l'eau de mer, et s'en fabriquer un squelette, selon un modèle que ne saurait imiter aucun agent connu. Les idées que nous nous faisons babitucllement par rapport aux conditions de la vie animale ne s'accordent pas fort bien avec cette notion que des animaux peuvent vivre et prospérer dans la mer, aux grandes profondeurs d'oii semblent avoir été tirées des globigérines vivantes ; d'ailleurs il n'est pas absolument impossible, comme on pourrait le croire à première vue, que les globigérines du fond de l'Atlantique ne vivent et ne meurent pas oti on les trouve.
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Comme je l'ai dit, les sondages effectués sur la grande plaine atlantique ne donnent guère que dos globigérines avec les granulations indiquées cidessus, et quelques autres coquilles calcaires ; mais une petite portion de cette boue crayeuse, soit au plus cinq pour cent de la masse totale, est d'une nature différente et consiste en coquillages et en squelettes d'une nature purement siliceuse. Ces corps siliceux appartiennent en partie aux organismes végétaux inférieurs que l'on appelle Diatomacées, et aussi à ces petits animaux extrêmement simples, les Radiolaires. Il est bien certain que ces fttresne vivent pas au fond de l'Océan, mais àsa surface, où l'on peut se les procurer en nombre prodigieux au moyen d'un âlet construit pour cela. Il en résulte que ces organismes siliceux, bien qu'ils ne soient pas pins lourds que la poussière la plus légère, sont tombés à travers cinq mille mètres d'eau avant de parvenir jusqu'au fond de l'Océan, leur dernière demeure. Et si l'on tient compte de l'étendue de la surface de ces corps relativement à leur poids, ils doivent mettre un temps énorme à accomplir leur trajet funèbre du niveau de l'Atlantique jusqu'au fond.
Mais si descoucbes superficielles de l'eau où ils passent leur vie, les radiolaires et les diatomacées pleuvent ainsi sur le fond de la mer, il est certainement possible qu'il en soit de même pour les globigérines, etl'on peut alors comprendre bien mieux comment ces animalcules se procurent la aourri-
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aeo. SUR u» morceau de cr&ie.
lure qui leur est nécessaire. Pourtant toute l'évidence des raisons positives ou négatives est en faveur de l'iiypothëse contraire. Les squelettes entièrement développés des grandes globigérines tirés des mers profondes, sont si solides, si lourds relativement à leur surface, qu'il ne semble guère possible que ces animaux puissent flotter, el de plus, il est de fait qu'on ne les trouve pas avec les diatomacées et les radiolaires dans les couches superlicielles de la haute mer (1).
On a encore remarqué que la quantité des globigérines, par rapport aux autres organismes de semblable nature, augmente avec la profondeur de la mer, et que les globigérines des eaux profondes sont plus grosses que celles qui vivent dans les eaux de moindre profondeur, et de semblables faits sont contraires à la supposition d'après laquelle ces organismes seraient entrdnés par les courants des parties hautes, vers les parties basses du fond de l'Atlantique.
Il n'est donc guère' possible de douter que la vie et la mort de ces êtres étranges s'effectuent à l'endroit même oCi on les trouve dans les profondeurs marines (2).
(1) Les recherches récentes de* neturalUtes da l'eipÉditîoii da Challenger ont prouvé qu'il y a, 6 la surface des mers, d'énormes quantités de globigérines vivantes; mais il est néanmoins possible que ces 6tres vivent aussi dans les grandes profondeurs (janvier 1876).
(3) En 1S60, pendant l'eipédition du nevire de. la marine TojFkle KDgUisfl le BuU-Dog commsudë par sir Leopold Hc Clin-
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Quoi qu'il en soit, ce qui boos importe, c'est que les globigérines vivantes sont exclusivement des animaux marins dont les squelettes abondent au fond des mers profondes, et que nous n'avons pus la moindre raison de croire que les habitudes des globigérines de la craie différaient en liea de celles des espèces existant actuellecaent. Mais si cela est vrai, il en résulte une conclusion inévitable: La craie ne serait autre chose que la boue desséchée d'une ancienne mer profonde.
Kn étudiant les échantillons du fond de la mer recueillis par le capitaine Dayman, je /us bien étonné de reconnaître qu'un bon nombre de ces petits corps, dont je viens de vous parler sous le nom de granulations, n'étaient pas, comme on serait porté à le croire tout d'abord, le simple détritus des globigérines, mais que ces granulations avaient des formes et des dimensions définies. Je leur donnai le nom de coccolithes, révoquant en doute
toek, on amena !l burd des étoiles de mer Httacliëes h la partie inférieure de 1b sonde, d'uns prorandcur de liOO brasses, ï jiioitîé cbemiii entre le cap Farewell au GroËnland et les bancs de Bockall. Le docteur Wsllich reconnut qu'en ce poi^it le fond de ]>. mer était composiï de U boue ordinaire de globigérines, et que l'estomac des étoiles de mer était plein de ces animalcules. Cette dëcouverCe repond aux ubjections faites pour nier la présance des globigérines virantes au fond des mers profondes, si ces objections se fondent sur la dilScullé supposée du maintien de la vie animale dans de semblables conditions ; et dès Inra c'est à ceui qui nient que les globigérines rivent et meurent dans les points même où on les trouve, qu'il appartient de fournir leurs preuves.
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leur nature organique. Le D. Wallicb vérifia mon observation et fit une autre découverte intéressante ; il reconnut que, bien souvent, des corps semblables à ces coccolithes s'agrègent et forment des sphéroïdes auxquels il donna le nom de coccosphëres. Ces corps dont la nature est extrëmemenl embarrassante et problématique étaient, d'après les résultats de toutes nos recherches, propres aux sondages de l'Atlantique.
Mais il y a quelques années, M. Sorby examinant soigneusement de la crnie en tranches minces et autrement, reconnut, comme Ebrenberg l'avait fait avant lui, qu'une proportion considérable de sa base granulaire présente une forme défiaie. Comparant ces particules de formes spéciales avec celles qui provenaient du fond de l'Atlantique, il reconnut leur identité, et prouva que la craie, comme la boue marine, contient ces coccolithes et ces coccospbëres mystérieux. Nous avions ainsi une nouvelle confirmation des plus intéressantes de l'identité essentielle de la craie et de cette boue qu'on trouve actuellement dans les profondeurs de la mer, fournie direclement par la composition môme de ces substances. On reconnaît donc que les globigérines, les coccolithes et les coccosphères sont tes principaux éléments de l'une et de l'autre, et ces corps prouvent que la boue et la craie ont été formées dans les'mfiuies conditions générales.
Si la façon, la disposition, la superposition, des pierres des Pyramides prouvent que ces édifices
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ont été- b&tis par les hommes, cette évidence n'a pas plus de poids que celle qui nous porte à croire que la craie a été bâtie par les globigérines, et la croyance que les anciens constructeurs des Pyramides étaient des êtres terrestres et respirant l'air comme nous, n'est pas mieux fondée que la conviction d'après laquelle nous affirmons que les coqstructeurs de la craie Tivaient dans la mer.
Mais comme notre croyapce que les Pyramides ont été construites par des bommes ne se fonde pas seulement sur l'évidence tirée directement des parties de ces édifices, et acquiert plus de valeur par de nombreuses preuves collatérales; comme le défaut absolu de toute raison pour croire lo contraire vient encore la corroborer, de même, l'évidence fourme par les globigériaes pour nous faire croire que la craie est un ancien fond de mer se renforce par de nombreuses séries de preuves indépendantes les unes des autres. Eniln ce fait qu'aucune autre hypothèse n'a le moindre fondement, est en quelque sorte la justification négative de celle-ci, et confirme une conclusion à laquelle nous avaient amenés déjà tous les témoignages positifs.
Il sera utile d'examiner rapidement quelques-unes de ces preuves collatérales qui nous permettent de croire que la craie a été déposée au fond de la mer.
Comme nous l'avons vu, la masse crétacée se compose surtout de squelettes de globigérines et
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d'autres orgaaismes simples, ensevelis dans une matière granuleuse. Çft et là, pourtant, cette boue desséchée des mers anciennes nous montre les restes d'animaux supérieursj qui, à leur mort, ont laissé leurs parties dures dans la boue ; comme les buttres meurent et laissent leurs coquilles dans la boue des mers actuelles.
n existe en ce moment certains groupes d'animaux que l'on n'a jamais rencontrés dans les eaux douces, et qui ne peuvent vivre nulle part ailleurs, que dans l'eau de mer. Tels sont les coraux, les bryozoaires, les mollusques à coquilles, les térébratules, la Nautile perlée et tous les animaux qui lui sont alliés, et de plus toutes les formes d'oursins et d'étoiles de mer.
Tous ces êtres vivent aujourd'hui exclusivement dans l'eau salée, et d'ailleurs, tout ce que nous pouvons savoir du passé nous prouve que les conditions de leur existence ont toujours été les mêmes; il ea résulte donc que, quand on les trouve dans un dépôt, c'est la meilleure preuve qu'il nous soit possible d'acquérir pour démontrer que ce dépAt s'est formé dans la mer. Or, les restes des animaux de toutes sortes, énumérés ci-dessus, se rencontrent dans la craie, en plus ou moins grande abondance, et en même temps, on n'y a jamais rencontré aucune des coquilles caractéristiques des eaux douces.
Quand on considère que l'on a découvert parmi les fossiles de la craie plus de trois mille espèces distinctes d'ainmauz aquaUques, en grande majorité
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semblables par les formes aux espèces exclusivement marioes aujourd'hui, et qu'aucune raison ne nous permet de penser qu'aucune de ces espèce ail jamais vécu dans l'eau douce, celte preuve collatérale d'après laquelle nous pouvons affirmer que la craie représente un ancien fond de mer, acquiert une force aussi grande que celle qui résulte de la nature même de !a craie. Je n'exagérais donc pas, vous me l'accorderez je l'espère, en affirmant que nous sommes aussi bien fondés à voir dans cette vaste étendue de terre ferme occupée actuellement par la craie, un ancien fond de mer, que nous sommes autorisés à croire à aucun autre fait historique, tandis que rien n'autorise une croyance contraire.
Il n'est pas moins certain que la période de temps pendant laquelle les pays constituant en ce moment le sud-est de l'Angleterre, la France, l'Allemagne, la Pologne, la Russie, l'Egypte, l'Arabie, la Syrie, étaient plus ou moins recouverts par la mer, a eu une durée fort longue.
Nous avons vu déjà qu'en certains points la craie a trois ou quatre cents mètres d'épaisseur. Si des squelettes d'animalcules mesurant deux à trois dixièmes de millimètre en diamètre ont produit une semblable accumulation, vous me croirez sans doute si j'avance qu'il a fallu pour cela bien du temps. Je vous ai dit encore qu'on trouve dans toute l'épaisseur d^ la craie les restes disséminés de différents animaux. Ces restes présentent souvent l'état de conservation le plus parfait. Les valves des ani-
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maux à coquilles sont communément adhérentes, les longues épines de certains oursins, que détacberaitle moindre choc, restent souvent en place, ëd un mot, il est certain que ces animaux vivaient et sont morts au moment où la place qu'ils occupent maintenant était à la surface de ce qui avait été déposé de craie jusqu'alors, et qu'ils ont tous été recouverts par les couches de boue de globigérine sur lesquelles les animaux ensevelis plus haut vivaient et sont morts de même. Mais quelques>UDS de ces restes démontrent la présence d'énormes reptiles dans les mers crétacées. Ceux-ci ont vécu leur temps, ils avaient des ancêtres, ils ont eu des descendants, ce qui implique de la durée, car les reptiles grandissent lentement.
Il y a même de plus curieuses preuves encore pour démonter que cet ensevelissement par dépôt de squelettes de globigérines ne marchait pas trèsvite. On peut faire voir que le squelette d'un animal de la mer crétacée a pu, après sa mort, rester à découvert sur te fond de la mer, assez longtemps pour perdre par putréfaction toutes ses enveloppes extérieures et ses appendices, et qu'après cela un autre animal a pu s'attacher à ce squelette dénudé, s'accroître, se développer complètement et mourir à son tour, avant que la boue calcaire n'ait enseveli le tout.
Sir Charies Lyell a décrit admirablement certains cas de ce genre. Unous dit que les géologues rencontrent fort souvent dans la craie un oursin fossile au-
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quel est altachée la valve inférieure d'une C'ianie. La Cranie est une espèce de mollusque à coquille bivalve comme l'huître, une des valves se fixant et l'autre restant libre.
tt La valve supérieure faîtpresque toujours défaut, u mais on la trouve assez souvent à peu de distance, « et parfaitement conservée, dans la craie blanche « environnante. En ce cas noua voyons clairement « que l'oursin, après avoir vécu, s'être développé <i et être mort, a. perdu ses épines qui ont été m dispersées. Puis la jeune Cranie s'est fixée sur le test « dénudé, elle a grandi, elle a péri à son tour, M après quoi la valve supérieure s'est détachée de ([ l'inférieure avant que l'Echino derme aitété enve- 41 loppé de boue crétacée (1). ii
Un échantillon du Musée de géologie pratique à Londres prolonge encore davantage la période écoulée entre la mort d'un oursin et son ensevelissement par les globigérines. La face supérieure d'une valve He Cranie, fixée sur un oursin {MicraHer), est etlemfime recouverte par un bryozoaire qui l'encroûte et s'étend ensuite plus ou moins sur la surface de l'oursin. Il en résulte qu'après la chute de la valve supérieure de la Cranie, la surface de la valve attachée est restée exposée pendant un temps nécessairement suffisant pour que ce hryozoaire ait pu se développer, car les bryozoaires ne vivent pas sous la houe.
Les progrès des connaissances nous permettront
(I) Sir Charles Lyell, Elément! ofGeoiogg,'^. Ï3.
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peut-être UD jour de déduire de faits de ce genre In rapidité maximum de l'accumulation de la craie, et d'arriver ainsi à la durée minimum de cette période géologique. Supposez la valve de Cranie, sur laquelle s'est lise, comme je viens de vous l'indiquer, un bryozoaire, attachée sur l'oursin, de telle sorte qu'aucune de ses parties ne dépasse de trois centimètres la surface sur laquelle repose l'oursin. Gomme le bryozoaire n'aurait pu se fixer si la Cranie avait été recouverte do boue crétacée, et n'aurait pu vivre lui-mSme s'il en avait été recouvert, il s'ensuit que trois centimètres de boue crétacée ne peuvent s'accumuler pendant le temps qui s'écoule entre la mort et la décomposition des parties molles de l'oursin et le complet développement auquel le bryozoaire a atteint. Si la décomposition ries parties molles de l'oursin, la fixation, le complet développement et la décomposition de la Cranie, la. Qxation postérieure et le développement du bryozoaire mettent un an ù s'effectuer (et c'est \k assurément une évaluation bien modérée), il a fallu plus d'un an à l'accumulation de trois centimètres de craie, et le dépôt de trois cent soixante mètres de cette substance aurait duré plus de douze mille ans.
Ce calcul se fonde nécessairement sur la connaissance du temps que mettent la Cranie et le bryozoaire à atteindre leur complet développement, et cette connaissance précise nous manque actuellement. Mais, d'autre part, certaines circonstances
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tendeDtè prouver que trois cenlimëlres de craie en hauteur sont loin de s'accumuler pendant la vie d'une Cranie, et, quelle que soit la durée probable de sa vie, la période de la craie doit avoir une durée bien plus longue que celle qui lui a été ainsi assignée approximatÎTement. '
tl est donc bien certain que la craie représente in boue du fond d'une ancienne mer, et il n'est pas moins certain que la mer crétacée a duré pendant une période de temps extrêmement longue, bien que nous ne soyons pas à même d'évaluer exactement en années !a durée de cette période. La durée relative est bien claire, c'est la durée absolue qu'il n'est pas possible de délimiter. Quand on cherche à llxer la date précise du moment où la mer de craie a commencé ou a cessé d'exister, on se trouve en présence de difficultés du môme genre. Mais l'Age relatif de l'époque crétacée peut être déterminé aussi facilement et avec autant de certitude que sa longue durée.
Vous avez sans doute entendu parler de l'intéressante découverte, récemment faite en didérentes parties de l'Europe occidentale, d'instruments de silex évidemment travaillés et façonnés avec intention par des hommes ; de plus, on les a trouvés dans des circonstances montrant incontestablement que l'homme est un fort ancien habitant de ces réglons.
On a prouvé que les anciennes populations de l'Europe, dont l'existence nous a été ainsi révélée,
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