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se composaient de sauvages fort comparables aux Esquimaux actuels. Dans ce pays qui est actuellement la France, ces hommes chassaient le renne, et ils connaissaient les allures du mammouth et du bison. La géographie physique de la France différait bien à cette époque de ce qu'elle est aujourd'hui ; la Somme, par exemple, a creusé son lit & un niveau plus profond de trente-cinq mètres environ, que celui qu'elle occupait alors, et le cUmat du pays devait ressembler plutAt à celui du Canada ou de la Sibérie qu'à celui de l'Europe occidentale.
Les traditions des nations historiques les plus anciennes ont oublié l'existence de ces peuples. Leurs noms, leurs hauts faits avaient disparu ; il y a peu d'années seulement que leur existence nous a été révélée, et les changements physiques qui se sont produits depuis leur époque sont tels, que si les siècles écoulés reculent dans un lointain vénérable quelques-unes des nations historiques, les anciens tailleurs de silex d'Hoxne et d'Amiens étaient éloignés des premiers peuples historiquement connus, comme ceux-ci sont éloignés de nous.
Mais si nous assignons à ces anciennes reliques de générations humaines depuis longtemps disparues la plus grande antiquité qu'il soit possible de leur attribuer, elles ne sont pas aussi vieilles i]ue le drift ou que l'argile des blocs erratiques, dépAts tout récents cependant relativement à la craie. Pour vous en convaincre, il ne vous sera pas nécessaire
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GONFËRENCE FAITE A DBS OUVRIERS. 271
de dépasser les confins de nos rivages. Sur un des points les plus cbarmants de la cAte de Norfolk, à Cromer, tous verrez l'aigle des blocs erratiques former une masse énorme qui repose sur la craie, et qui s'est donc produite postérieurement à celleci. D'énormes blocs erraUques de craie sont en effet renfermés dans l'argile, et de toute évidence ont été amenés aux positions qu'ils occupent par l'actioB des mêmes causes qui ont entrainé jusqu'il c&té d'eux des blocs de siénite venus de la Norvège .
La craie est donc certainement plus ancienne que l'argile des blocs erratiques. Si vous me demandez de combienelleest plus ancienne, je vous ramènerai au même point de nos cAtes pour y trouver une réponse certaine. Je vous ai dit quet'argile des blocs erratiques et toutes les alluvions anciennes y repoiient sur la craie. Ceci n'est pas précisément exact, car entre la craie et le drift on trouve une couche relativement insigniBante qui contient de la matière végétale. Mais cette couche nous raconte des merveilles. Elle est pleine de troncs d'arbres occupant encore la position dans laquelle ils ont poussé. Il y a là des pînsavec leurs cAnes, des buissons de coudriers avec leurs noisettes, on y trouve des pieds de chAnes, d'ifs, de hêtres et d'aunes. C'est pouf cela que cette couche a été appelée la coucbe foresUère {foresl tied).
Évidemment il a fallu que la craie fût soulevée et transformée en terre sèche avant que des arbres de haute futaie aient pu y pousser. Comme certains
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troncs de ces arbres mesurent jusqu'à un mètre de diamètre, il n'est pas moins clair que la terre sèche ainsi formée est restée longtemps au-dessus du niveau de l'eau. Ce ne sont pas seulement les belles dimensions des chênes et des pins qui nous indiquent ta durée de cet état de choses; les restes abondants d'éléphants, de rhinocéros, d'hippopotames et d'autres grands animaux sauvages, retrouvés grftces aux recherches du Révérend M. Gunn et de savants géologues aussi zélés que lui, uous apportent une nouvelle preuve de cette durée.
En examinant ces collections, il suffit de se rappeler que ce sont bien là des ossements réels qui ont vécu, que ces molaires énormes ont réellement broyé la verdure dans les bois sombres dont cette couche est aujourd'hui le seul vestige, pour y reconnaître la preuve de cette durée, preuve aussi évidente que celle des couches ligneuses annuelles encore lisibles sur la section des troncs d'arbres.
Un chapitre de l'histoire du globe est donc écrit aux flancs des falaises de Cromer, et y est exposé aux regards du passant. Cette inscription, dont l'autorité no peutËtre attaquée, nous raconte que l'ancien fond de la mer crétacée a été soulevé, et a été terre sèche assez longtemps pour se couvrir de forêts pleines de ces grands animaux dont les dépouilles font la joie de nos géologues. Combien de temps cela a-t-il duré ? Personne n'en sait rien ; mais les tourbillons du temps amènent des revanches certaines, et les mutations du sort se sont pro-
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âuiles alors comme nous les voyons encore se produire. Celte terre sèche, conlenant les os et les dents de bien des générations d'éléphants, dont la' vie est longue cependant, ensevelis sous les racines noueuses et les feuillages desséchés de ces arbres antiques, s'est enfoncée peu à peu sous la mer glaciaire qui l'a recouverte d'énormes masses de drift, d'aryile et de blocs erratiques.
Des animaux marins, le morse par exemple, qui ne s'écartent pas aujourd'hui de l'extrême Nord, pataugèrent où les oiseaux avaient sautillé sur les hautes branches des pins. Cela diira-til longtemps? Nous n'en savons rien encore, mais cet état de choses arriva cependant à prendre fin. La boue glacée se souleva, durcit et forma le sol actuel du pays de Norfolk. De nouvelles for&ls surgirent, le loup et le castor remplacèrent le renne et l'éléphant, puis commença h poindre ce que nous appelons l'histoire de l'Angleterre.
Vous avez ainsi, dans les limites de votre propre pajs, des preuves pour démontrer que l'antiquité de la craie l'emporte de beaucoup sur les traces physiques les plus anciennes du genre bumain. Mais nous pouvons aller plus loin, et démontrer, en nous appuyant sur cette autorité qui témoigne de l'existence du père des hommes, que la craie est hien plus vieille qu'Adam lui-mSme.
Le livre de la Gen&se nous apprend qu'après la création d'Adam et avant celle d'Eve, le premier homme fut immédiatement placé dans le jardin
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d'Ëden, le paradis terrestre, La position géographique de cet Éden est un problème qui a Tait le tourment des savants en ces matières, mais il est un point sur lequelaucun commentateur, que je sache, n'a jamais élevé de doutes. Des quatre rivières qui sortaient du paradis lerrestre, l'Euphrate et THiddekel sont cerlainement les rivières connues actuellement sous ie nom d'Euphrate et de Tigre.
Mais tout le pays dans lequel ces grandes rivières prennent leur source, ou celui qu'elles arrosent, se compose de roches du mfime Sge que la craie, ou plus récentes encore. Ainsi donc avant que le plus petit des ruisseaux qui alimentent le courant rapide du grand fleuve de fiabylone n'ait commencé à couler, non-seulement la craie était déjà formée, mais de plus il s'était passé, après sa formation, le temps nécessaire au dépôt de ces roches posLéribures et à leur soulèvement pour former une terre sèche.
11 n'est pas nécessaire d'insister davantage, mais si j'en avais le temps je pourrais vous faire connaître bien d'autres faits pour appuyer mou dire. Quoiqu'il en soit, on ne peut renverser les arguments qui vous forcent de cpoire que, depuis l'époque crétacée jusqu'au moment présent, la terre a été le théâtre de changements aussi vastes en étendue que lents à s'e&ectuer. Ce point où nous sommes à présent a d'abord été sous l'eau, puis il est devenu terre ferme ; quatre fois sou état a ainsi varié, et chaque fois il est resté dans les marnes conditions pendant un temps fort considérable.
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Ce D'est pas sur un seul coin de l'Angleterre que se sont produites cesmerveilleusestransformationsde mer en terre et de terre en mer. Pendant la période de ]a craiOi ou époque crétacée, aucun des grands traits physiques que nous voyons aujourd'hui sur le globe, n'existait encore. Nos grandes chaînes de naontagnes, les Pyrénées, les Alpes, l'Hymalaya, les Andes, ont toutes été soulevées depuis que la craie s'est déposée, et la mer crétacée recouvrait les sites du Sinal et de l'Ararat.
Tout cela est certain, car des roches crétacées, et même des roches postérieures à celles-ci ont paiv ticipé aux mouvements d'élévation qui ont donné naissance à ces chaînes de montagnes, et on les trouve parfois perchées à plus d'un millier de mètres sur les flancs de ces monts. Des raisons tout aussi probantes démontrent que si, en Norrolk, la couche forestière repose directement sur la craie, cela ne provient pas de ce que l'époque pendant laquelle poussait la forêt, a suivi immédiatement celle de la formation de la craie, mais dé ce qu'une imnaense étendue de temps, représentée ailleurs par des roches d'un millier de mètres de profondeur et plus encore, n'est pas représentée à Gromer.
Nous avons des preuves tout aussi concluantes, vous pouvez m'en croire sur parole, pour affirmer qu'une succession encore plus prolongée de changements semblables a précédé le dépdt de la craie. De plus, aucun fait ne nous permet d'afQrmer que le premier terme de cette série de changements
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nous soit connu. Les fonds de mer les plus anciens que nous puissions reconnaître se composent de sable, de boue, de cailloux roulés, résultant de la dislocation et de l'usure des roches formées dans de plus anciens Océans.
Mais, quelque grands que soient ces changements physiques du monde, ils ont été accompagnés d'une série de modifications non moins frappantes dans ses habitants vivants.
Toutes les grandes classes d'animaux terrestres et marins florissaient sur le globe depuis bien des siècles quand la craie se déposa. II n'en est guËre cependant, parmi ces formes anciennes de la vie animale, qui furent identiques k celles de notre époque; nous pourrions rnSme dire qu'il n'y en a pas, Les espèces des animaux supérieurs étaient certainement différentes de toutes les nôtres. Les bêlf! des champs, aux époques antérieures à la craie, n'étaient pas celles que nous connaissons, et les oiseaux de Pair n'étaient pas de ceux que l'homme a jamais tus voler, à moins que son antiquité ne remonte inSo'ment plus haut que nous n'avt>ns lieu de le croire- Si nous pouvions être transportés à ces temps reculés, nous serions comme un homme que l'on aurait soudainement déposé en Australie avant la colonisation de ce pays. Nous verrions des mammiftres, des oiseaux, des reptiles, des poissons, des insectes, des limaçons, d'autres bêtes encore, toutes reconnaissables en leur genre, et pourtant tous ces animaux ne seraient pas précisément ceux que nous connais-
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sons, et beaucoup d'entre eux seraient extrêmement différents des nAlres.
Depuis cette époque jusqu'à ce jour, la population du monde a subi des changements lents el graduels, mais incessants. Il n'y a pas eu de catastrophe grandiose, un destructeur n'a pas babyé les formes vivantes d'une période pour les remplacer par une création totalement difTérenle, mais une espèce a disparu, une autre l'a remplacée, des êtres présentant un certain type de structure ont diminué, d'autres présentant un type différent ont augmenté avec le cours du temps. Aussi, si nous confrontons les êtres vivants de l'époque antérieure à la craie el ceux du moment présent, leurs différences nous paraissent étonnantes, tandis que, si nous suivons le cours de la nature dans toute la série du résidu de ses opérations que nous retrouvons aujoui^ d'hui, nous sommes conduits d'une forme à une autre par une progression graduelle des plus manifestes.
C'est en effet par la population des mers crétacées que se relient !e mieux les anciens habitants du monde aux animaux actuels. On voit à cette époque fleurir c6te à côte les groupes qui s'éteignent et ceux qui constituent aujourd'hui les formes dominantes de la vie.
Ainsi la craie contient les restes de ces étranges
reptiles volantsou nageurs, le ptérodactyle, l'iclithyo-
saure, et le plésiosaure que l'on ne rencontre plus
dans les dépôts plus récents, mais qui abondaient
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iiux époques précédeDtes. Les coquillages cloisonnés que l'on appelle ammonites el bélemaites, si caractéristiques de l'époque anlérieure à la craie, disparaissent aussi avec elle.
Mais parmi ces témoins ultimes d'un état de choses antérieur, on rencontre certaines formes vitales toutes moderaes qui nous font là l'effet d'intrus. On voit paraître des crocodiles de type moderne; des poissons osseux, ressemblant beaucoup, dains bien des cas, aux espèces actuelles, tendent à supplanter les formes de poissons qui prédominaient dans les anciennes mers, et de nombreux mollusqiies vivant aujourd'hui se montrent pour la première fois dans la craie. La vi^gétation prend un aspect moderne. Certains animaux actuellement vivants ne peuvent même pas se recoDû^tre comme espèces distinctes de ceux qui existaient k cette époque éloignée. La globigérine du temps présent ne diffère pas spéciDquement de celle de la craie, et l'on peut en dire autant de bon nombre d'autres foraminilères. Un examen critique exempt de préjugés fera voir, je pense, que bien d'autres espèces d'animaux supérieurs ont eu une semblable longévité, mais en ce moment je ne puis vous en citer avec certitude qu'un seul exemple, c'est une térébratule [Terebratulina cc^ut ierpentis) qui abonde dans la craie et qui vit aujourd'hui dans les mers de l'Angleterre {Terebratulina striata des auteurs).
La généalogie humaine la plus orgueilleuse de sonanUquitédoits'inclinerhumblement devant celle
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de ce coquillage insigniBant. Nous autres Anglais soinmeK fiers d'avoir eu ud anc6tre présent k la bataille de Hastings. Les ancfitres de cette térébratule ont assisté sans doute à une bataille d'ichthyosnures qui s'est livrée en ce point, lorsque la mer crétacée recouvrait encore les champs de Hastings, Tout a ' cbangé autour d'elle, mais de générations en générations cette térébratule propageait paisiblement son espèce, et. aujourd'hui elle s'offre à nos yeux pour témoigner la continuité de l'histoire actuelle du globe avec son histoire passée.
Jusqu'à cette beure je crois ne vous avoir dit que des faits bien certains et les conclusions qu'ils imposent à l'esprit.
Mais l'esprit est constitué de telle sorte qu'il ne s'en tient pas volontiers aux faits et à leurs causes prochaines, et cherche toujours à remonter dans l'enchaînement causal.
Étant donnés comme certains les nombreux changements d'un point quelconque de la surface terrestre, tantôt é nu, tantôt recouvert par les eaux, nous ne pouvons nous empêcher de demander d'oîi proviennent ces changements. Et quand nous les avons expliqués, comme ils doivent l'être, par des mouvements d'élévation et d'affaissement alternant lentement pour modifier la croûte terrestre, nous allons plus loin, et demandons : Pourquoi ces mouvements ?
Je ne sais si quelqu'un est capable de donner A cette question une réponse satisfaisante. Quant &
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