‹ Les sciences naturelles et les problèmes qu'elles font surgir;Chapitre 27 sur 44 · DE LA CONTEMPORANÉITÉ GÉOLOGIÔIJE · texte numérisé non relu

DE LA CONTEMPORANÉITÉ GÉOLOGIÔIJE

prëstoutEs les discussions récentes dans lesquelles la paléontologie s'est trouvée impliquée, doivent avoir reconnu l'urgente nécessité d'un semblable examen. Il faut indiquer tout d'abord l'impulsion et la grande estension données h la botanique, à la zoologie et à l'anatomie comparée, par î'étude des restes fossiles, de tous les résultats de la paléontologie le mieux défini et le moins discutable. La masse des faits biologiques s'est accrue en effet de telle sorte, la portée des interprétations biologiques s'est tetlement étendue par les recberches du géologue et du paléontologiste, que les naturalistes du jour vont considérer la géologie, il y a lieu de le craindre, comme Brindley comprenait les rivières. Les rivières, disait le grand ingénieur, ont été faites pour alimenter les canaux; et certains savants ont l'air de penser que la géologie a pour seul but les progrès de l'anatomie comparée.

S'il était possible de justifier une semblable pensée, ce n'est pas dans cette assemblée qu'elle pourrait Être reçue favorablement; mais elle ne peut se justifier. La science que vous cultivez a un grand but, indépendant de celui des autres sciences. Ses fervents disciples, en lui consacrant leurs efforts, ont en vue ses seuls progrès il est vrai, mais si dans leur moisson ils trouvent de quoi répandre des dons magnifiques parmi les sciences voisines, il faut se rappeler que cette charité est du genre de celles qui n'appauvrissent pas, mais retombent en bénédictions sur celui qui donne et sur celui qui reçoit.

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Quoi qu'il en soit cependant, les Taits subsistent. Les recherches paléonlologiques ont ajouté près de quarante mille espèces d'animaux et de plantes au système de la nature. C'est une population viTante équivalant en nombre à celle d'un nouveau continent, à celle d'un nouvel hémisphère, si nous tenons compte du petit nombre d'insectes fossiles reconnus jusqu'ici, des grandes dimensions et de l'organisa* tion toute spéciale d'un bon nombre de vertébrés.

Mais à part cela, je n'exagère pas en disant que si les nécessités de l'interprétation des faits paléontologiques ne s'étaient pas présentées, les lois de la distribution n'eussent sans doute pas été étudiées avec les mêmes soins; et d'autre part, parmi les hommes qui s'occupent d'anatomie comparée, peu d'entre eux, et des moins marquants, eussent été poussés par l'amour du détail à étudier les minuties ostéologiques, si ces minuties ne nous donnaient la clef des énigmes les plus intéressantes du monde animal éteint.

Toilà assurément de grands résultats. Si on peut faire remonter la paléontologie b. une époque antérieure à celle de Cuvier, c'est à partir de ce grand homme seulement qu'elle prend son rang légitime, et si cette branche, jusque-là secondaire, de la biologie a doublé en un demi-siècle la valeur et l'intérêt du groupe scientifique auquel elle appartient, nous avons lien de nous en féliciter grandement.

Mais ce n'est pas tout. Unie à la géologie, la paléontologie a établi deux lois d'une importance

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capitale. La première, c'est qu'une marne superticle de la surface terrestre a Ëté succe^siTeinent occupée par des espèces vivantes fort différentes; la seconde, que l'ordre de succession établi pour une localité est approximativement valable pour tou les.

I^a première de ces lois est universelle et absolue ; la seconde est une induction que confirment des observations en grand nombre, mais elle peut présenter et présentera mfime probablement des exceptions. De cette seconde loi il résulte qu'il y a souvent une relation spéciale entre des séries de couches fossilifères, dans les différentes localités. Ce n'est pas seulement en vertu de la ressemblance générale des restes organiques. reconnus dans deux séries, qu'elles se ressemblent; c'est aussi en vertu d'une similarité dans l'ordre et dans le caractère de la succession sérielle de ces couches. L'arrangement est semblable ; aussi la correspondance se dénote dans les termes séparés de chaque série, comme dans les séries entières.

La succession implique le temps. Les couches inférieures d'une série de roches sédimentaires sont certainement plus vieilles que les couches supérieures ; et quand on a fait intervenir l'idée de Tftge comme équivalant à l'idée de succession, il est tout naturel de considérer une correspondance de succession comme une correspondance d'âge, ou contemporanéité. Et en vérité, s'il ne s'agit que de l'&ge relatif, une correspondaDJiQ de succession revient ef-

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fectivement à une correspondance d'≥ c'est une conlemporanéité relative.

Hais il eût été bien préférable d'exclure de la terminologie géologique cette expression vague et ambiguë de contemporain. Il eût fallu la remplacer par un terme exprimant la similarité de relation sérielle; ce terme, négligeant lanotion du temps, n'eût été employé que pour indiquer une correspondance de position dans deux, ou dans un plus grand nombre de séries de couches.

En anatomie, il faut indiquer k chaque instant une semblable correspondance de position; elle s'exprime par le mot homologie et ses dérivés. En géologie, science qui n'est après tout que l'analomie et la physiologie de la terre^ il y aurait lieu d'inventer un mot simple de ce genre, homotaxis (similarité d'ordre), par exemple, pour exprimer une idée essentiellement semblable. On ne l'a pas fait cependant, et l'on va me demander sans doute : Pourquoi surcharger la science d'ua mot nouveau et étranger, quand nous avons déjà un vieux mot familier faisant partie de notre tangage usuel?

Cette utilité se manifestera de plus en plus à mesure que nous pousserons plus loin l'examen des résultats de la paléontologie.

En effet, ceux qui s'occupent spécialement de l'étude des œuvres des paléontologistes savent trèsbien que si l'on voulait borner cette partie de la biologie dont ils s'occupent à l'énoncé des résultats

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ET DES TYPES PERSISTANTS DE LA TIE. Ïi6

indiqués ci-dessus, la plupart des paléoulologistes ie trouveraient insu rilsan t.

Nos grands trailés classiques de paléontologie font proFcssion de nous enseigner dès choses bien plus élevées. Ils prétendent nous découvrir toute la succession des Tormes qui ont vécu sur la surface du globe; ils veulent nous faire connaître une distribution totalement différeute des conditions clîmatériques aux temps anciens, nous révéler les caractères des premières manifestations de la vie, el. nous tracer la loi du progrès effectué depuis ces pre>miers êtres vivants j usqu'à nous.

Si c'est là ce que prétend nous enseigner la pa* iéoDtologie, il sera fort utile, peut-être, de soumettre ce qu'elle fait profession de nous apprendre, à un examen plus sévère qu'on ne l'a fait jusqu'ici, pour reconnaître si ces enseignements reposent sur une base bien établie, ou si, après tout, les paléontologistes ne feraient pas bien d'apprendre et de cultiver l' u arsariiutn» scientifique, l'art dédire : Je ne sais pas. Dans ce but, définissons d'une façon plus exacte la portée de ces prétentions de la paléontologie. Chacun sait quels livre du professeur Bronn (1 ) etle Traité de Paléontologie, du professeur Pictet (2) sont des oeuvres capitales, de première autorité, et que

(1) UnteriuchBage'i uber dis Getlaliwigs Gesetze der Natui'- ■ korpff. SWllgart, IS.ia. lais de la dUlribution du eorps orgoHiséa fossiles dam les différents terrains sèilimenlaires, suivant tordre de leur suptrpntition. Paris. 1861, in-4'. VI) Pictet, Traité de pattontetogir.

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