S»0 DE LA GONTEMPORANËITÉ GÉOLOGIQUE
consulte journellement lout paléontologiste militant. Il Tant parler de ces ouvrages excellents et de leurs auteurs distingués, avec le plus grand respect, en s'écarlant le plus possible du ton de la critique tranchante, et vraiment, si j'en parle ici, c'est simplement pour justifier l'asserlion que les propositions suivantes, implicitement ou explicitement contenues dans ces ouvrages, expriment, pour la plupart des paléontologistes et des géologues anfiilais ou étrangers, quelques-uns des résultats les plus certains de la paléontologie. Ainsi donc, on dira ;
Les animaux et les plantes ont commencé à vivre en même temps, peu après le commencement du dépAI des premières roches sédimentaires. Puis ils se sont succédé, de telle sorte que des faunes et des flores totalement différentes occupèrent toute la surface de la terre, l'une après l'autre, et pendant des époques distinctes.
Une formation géologique est l'ensemble de toutes les couches déposées sur toute la surface de la terre pendant une de ces époques. Une faune ou une flore géologique est l'ensemble de toutes les espèces d'animaux ou de plantes qui occupèrent toute la surface du globe pendant une de ces époques.
A l'ori^ne, toute la population de la surface terrestre était à peu près la même partout ; c'est seulement à partir du milieu de l'époque tertiaire qu'elle commença à se distribuer en zones distinctes.
La constitution de la population originelle et les proportions numériques de ses représentants in-
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ET DES TYPES PERSISTANTS DE LA VIE. 29t
diquent un climat plus chaud que le nAtre, un climat tropical en tous lieux, et à température assez constante pendant tout te cours de l'année. La distribution ultérieure des êtres vivants en zones provient d'un abaissement graduel de la température générale, qui s'est d'abord Tait sentir auxpAles.
Je n'ai pas l'intention de rechercher en ce moment si ces docirines sont vraies ou fausses, mais je veux appeler votre attention sur une question préliminaire bien plus simple et Tort essentielle cependant. Quelle est leur base logique? Quels sont les axiomes postulés dont ils dépendent logiquement? Sur qaelle évidence ces propositions fondamentales ont-elle$ droit à notre assentiment.
Ces axiomes sont au nombre de deux. Le premier, c'est que dés ses premières manifestations sur la terre, la vie y a laissé ses traces. Le second, que la contemporanéité géologique est constituée par un synchronisme réel. Sans le premier postulat, il n'y a rien à affirmer par rapport & l'origine de la vie; sans le second, toutes les autres afQrmations citées plus haut, impliquant toutes une connaissance des différentes parties de la terre à un même moment donné, ne seront pas non plus susceptibles de démonstrations.
11 est vrai que le premier axiome repose entièrement sur des preuves négatives, C'estnécessairement le seul genre d'évidence dont on puisse se servir pour établir le commencement d'une série de phénomènes; mais en même temps il ne faut pas
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perdre de vue que la valeur d'une preuve négative dépend entièrement de l'ensembla des faits positifs qui viennent la corroborer. Quand un homme vent prouver son absence d'un lieu quelconque, il lui est inutile d'amener mille témoins préLsà jurer qu'ils ne l'ont pas vu en cet endroit, ai ces témoins ne peuvent prouver qu'ils auraient nécessairement constaté sa présence dans le cas où il s'y serait trouvé. Quand on veut établir que ta vie animale commence avec les rocbes stratifiées, dites couches à lingules, on se trouve précisément en présence de preuves négatives de ce genre, insuffisantes et sam confirmation positive. Les terrains Cambriens appelés en témoignage disent sous serment: Nqus n'avons vu personne; et aussitôt l'avocat de la partie adverse présente trois ou quatre mille mètres de grès Dévoniens prêts à jurer qu'ils n'ont jamais vu un poisson ou un mollusque, quand cbacun sait par- 1^-iitement qu'il y en avait abondamment à leur époque.
Mais alors on allègue que si les roches Devoniennes d'une partie du monde sont sans fossiles, elles en contiennent ailleurs, tandis que les roches Gambriennes inférieures n'ont de fossiles nulle part; d'oti l'on peut conclure qu'aucun être vivant n'existait à leur époque.
A ceci il y a deux réponses & faire : D'abord les obseiTations permettant d'aflirmer que les roches inférieures ne présentent de fossiles nulle part, sont bien restreintes, car on n'a encore étudié à fond
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qu'une bien petite partie de la terre; puis il faut dire, en second lieu, que l'argument est sans valeur si ces roches sans fossiles ne sont pas seulement -contemporaines au sens géologique, mais réellement synchrones.vPour reprendre un exemple analogue au précédent, si un homme veut prouver qu'il n'était ni en A ni en B un jour donné, ses témoins pour chacun des deux endroits doivent pouvoir répondre du jour entier. S'ils peuvent prouver seulement qu'il n'était pas en A au matin ni en B au soir, la preuve de son absence est nulle, car il aurait pu être en Bau matin et en A au soir.
Ainsi donc tout dépend de la valeur du second postulat, et nous devons maintenant rechercher le sens réel du mot contemporain, comme l'emploient les géologues. Prenons pour cela un fait concret.
Le Lias d'Angleterre et le Lias d'Allemagne, les roches crétacées de la Grande Bretagne et les roches crélacées des Indes méridionales sont appelés par les géologues des formations contemporaines ; mais demandez à un géologue réfléchi s'il entend dire par là que ces terrains furent déposés simultanënaent, il vous répondra : Non, j'entends dire seulement qu'ils se sont déposés dans le cours d'une même gramle époi^e. Et si, poursuivant vos questions, TOUS lui demandez la valeur de temps approximative d'une grande époque, si cela signifie cent ans ou mille ans, un million ou dix millions d'années, il vous répondra : Je n'en sais rien. Quand on recherche en outre si la géologie phy-
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sique possède une méthode pour reconnaître que deux dépôts éloignés se sont déposés simuUaném eut, ou au contraire à des moments Fort séparés, on ne trouve rien de ce genre. Les autorités les plus compé lentes admettent, en effet, que la similitude de composition minérale ou de caraclëre physique, ou même la continuité directe découches ne sout pas des preuves absolues de synchronisme pour des couches sédimcntaires même très-rapprochées, et quand il s'agit de dépôts éloignés, il ne semble pas qu'il soit possible d'atteindre à une évidence physique propre à démontrer que ces dépôts onl été formés simultanément, ou qu'il y a entre eux une diOérence d'antiquité évaluable. En nous reportant à notre dernier exemple, tous les hommes compétents reconnaîtront probablement que la géologie physique ne nous permet pas de répondre à la question suivante : Les roches crétacées d'Angleterre se déposaient-elles au même moment que celles de l'Inde ; leurs sont-elles antérieures ou postérieures d'un million d'années?
La géographie physique nous Taisant ici défaut, la paléontologie est-elle capable de résoudre ces questions? Les paléontologistes qui font autorité le prétendent, comme nous l'avons vu. Pour eux, il serait certain que des dépôts contenant des restes organiques semblables sont synchrones, si l'on ne prend pas du moins ce mot dans un sens trop restreint. Pourtant ceux qui voudront étudier les onzième et douzième chapitres du bel ouvrage de sir
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Henry delà Bêche (1), publié il y a une quarantaine d'années, el suivront dans toutes leurs conséquences logiques, les arguments qui y sont exposés d'une façon si lucide, arrïverontracïlenientà se convaincre que l'identité laplus absolue des contenus organiques des dépôts n'est pas une preuve de leur synchronisme, tandis que d'autre pari la diversité la plus absolue de ces fossiles ne prouve pas une différence de date des dépôts où on les trouve. Sir Henry de la Bêche va même plus loin, et nous donne de bonnes preuves pour démontrer que les différentes parties d'une seule el même couche, présentant partout la infime composition, les mêmes restes organiques, les mêmes couches au-dessus et au-dessous d'elle, peuvent s'être formées cependant à des époques indéfiniment éloignées l'une de l'autre.
Edward Forbes avait l'habitude d'alOrmer que la similitude des contenus organiques de formations éloignées, prouvait, & première vue, non une simililude, mais une différence d'Age de ces couches. 11 soutenait la doctrine des centres uniques de formation des espèces, et cette théorie étant admise, sa conclusion était tout aussi légitime qu'une autre, car, des deux points examinés, l'un avait été occupé par migration provenant de l'autre, ou bien leur population provenait d'un point intermédiaire, et dans ce derniercas toutes les chances sont contraires
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à une migration et à un ensevelissement simultanés. Quoi qu'il en soit, et que l'on admette ou non rbypolhèse des centres spécifiques uniques ou multiples, il est de fait que la similitude des contenus organiques ne peut prouver en rien le synchronisme des dépôts oii on les trouve. Tout au contraire, on peut démontrer que celte similitude est compatible avec des différences d'âge infinies et l'interposition de changements énormes des mondes organique et inorganique, dans l'intervalle des époques de formation de ces dépOts.
Quel est le degré de similitude des faunes sur lequel ou a établi la doctrine de la contemporauéilé des terrains Siluriens Européens avec ceux de l'Amérique septentrionale 7 Sir Charles Lyell ■dtBrme(i) sur l'autorité d'un ancien président de cette société, Daniel Sbarpe, que sur cent espèces de mollusques Siluriens, trente ou quarante espèces sont communes aux deux côtés de l'AllanLique. Pour tenir compte des découvertes que l'on pourra faire encore, doublons le chiffre moindre, et supposons que soixante pour cent des espèces soient communes aux terrains Siluriens de l'Amérique du Nord el de la Grande-Bretagne. Soixante espèces en commun, sur cent, suffiraient alors à établir la contemporanéité de deux terrains.
Or, supposons que dans un ou deux millions d'années, quand l'Angleterre après s'Stro encore une
(1) Dernière édition de sa Giologit ilémenlaire.