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pas eatraiaés à faire les grands efforts qai nou^ Tendent plus sages et plus capables, si nous ne artous trouvions pas dans la nécessité absolue de Jjander nos facultés jusqu'à l'extrëaie limite de nos forces, à seule fin de réussir dans le sens le plus pratique du mot.
Or, personne ne peut nier aujourd'hui combien la connaissance des sciences physiques nous est utile pour réussir et progresser. 11 n'y a guère chez nous de profession mercantile, à part le petit commerce de détail, dont les représentants ne retirent un bénéfice direct des connaissances scientifiques qu'ils possèdent. A mesure que l'industrie se développe et se perfectionne, à mesure que ses procédés se compliquent et s'améliorent, et que la concurrence devient de plus en plus active, les sciences sont mises à réquisition l'une après l'autre par les combatlants, et celui qui sait en tirer le meilleur parti a le dessus dans cette grande lutte pour l'existence, qui se produit sous la surface si calme de la civilisation moderne, avec la même fureur que parmi les hâtes sauvages des forËts.
Sans me borner à l'action de la science sur la vie pratique ordinaire, permeltez-moi d'appeler votre attention sur l'immense influence qu'elle exerce sur plusieurs professions. Je fais appel à tout ingénieur pour qu'il dise combien de temps il a perdu, après sa sortie de l'école, pour acquérir des connaissances auxquelles il était resté jusque là tout à fait étranger, et dont ses maîtres ne lui avaient pas donné la
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moindre idée. 11 avait dès lors à se rendre compte du cours et des forces de la nature, à se familiariser avec ces conceptions nouvelles vers lesquelles son attention n'avait pas été dirigée pendant tout le cours de ses éludes, et il lui fallait apprendre, pour la première fois, qu'au delà dn monde des mots il y a un monde des faits. Je m'adresse à tous ceux ({uî connaissent cette profession pour qu'ils disent si je me trompe ; mais il en est une autre, non moins importante, dont je puis vous parler parce que je la connais directement. Il peut nous arriver à tous qu& la maladie nous jette un jour ou l'autre, pieds et poings liés, aux mains d'un médecin. Au premier instant notre vie ou notre mort peuvent dépendre de son habileté à reconnaître la lésion corporelle dont nous sommes atteints, et à y appliquer les remèdes convenables.
l'elles sont les nécessités de la vie moderne et les conditions sociales de la classe qui fournit le plus grand nombre de médecins, que ceux qui veulent se livrer à la pratique de la médecine ne peuvent passer qu'un nombre d'années trës-restreint à acquérir les sciences les plus nécessaires à l'exercice de leur profession. Comment se passe ce temps d'étude si écourlé? C'est comme ancien examinateur et après onze ou douze ans d'exercice en cette qualité, à l'université de Londres, que je vous parle ; je suis donc bien renseigné sur ce sujet; mais je pourrais en appeler à l'autorité de M. Quaio, président du Collège des chirurgiens, pour corroborer mon opinion, car
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je l'entendais, il y a peu de jours, traiter ce sujet à fond d'une façon admirable (1).
L'étudiant en médecine qui débute doit tout d'un coup cherchera se renseigner sur une foule de sciences; la physique, la chimie, la botanique, la physiologie par exemple, qui lui sont absolunient êtrangë-
(1) ftunlerian Oralion {Uedical TioiM anrf Gazette du 30 février 18S9). Deux mots au sujet de nos cour» de médecine, et de l'influence des changements effectués dans les écoles élémentaires, dont Je viens de vous parler, sur cette instruction médicale. Aujourdtiai l'étudiant, k ses débuta, se trouve tout à coup en présence de pluaieurs sciences : la pliTsigue, la cliimie, l'analomie, la physiologie, la botanique, la pharmacie, la tliérapeatique ; Il n'a que dix-huit mois pour en connaître tous les faits, le langage et les lois. Jusqu'aux débuts de leui-B études médicales, la plupart des étudiants ont acquis bien peu de connaissances ; et ai l'examinateur da l'université de Londres et te professeur de Cambridge nous montrent dans leurs rapports l'infériorité de leurs élèves, nous ne sommes pas fondés b en attendre davantage. Si dans les écoles les jeunes gens avaient acquis des connaissances précises en physique, en chimie et en une dea branches de l'histoire naturelle, en botanique, par exemple, avec la physiologie qui s'y rapporte, ils posséderaient alors des connaissances qui vont leur être nécessaires et une pratique rudiinentaire du raisonnement par induction- Toutes nos études sont dea procédés d'observation et d'induction, et l'obaervation, l'induction, constituent la meilleure disciplinu mentale pour les besoins de la vie, plus importante chez nous que partout ailleurs. C'eat, dit le docteur Whenell parde semblables études dans un ou dana pluaieurs des départements des sciences d'induction, que l'eaprit peut échapper à la tyrannie des mots. S'il en était ainsi, les premiers cours de médecine seraient bien allégés, et les élèves pourraient consacrer bien plus de temps «ui études pratiques, y compris ce que sir Thomas Watson appelle la connaissance flnale et suprême, celle de la médecine proprement dite.
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res, quelque bonne qu'ait été l'instruction première, si illusoire le plus souvent, qu'il aitpu recevoir. Nonseulement il n'a pas acquis de conceptions scieutiBques, non-seulement le sens scientifique des mots : matière, force, loi, est pour lui lettre close, mais, ce qui est bien plus f&clieus, il ne sait pas qu'il est possible do se mettre en contact avec la nature, d'aborder un fait physique par l'esprit, et d'en venir k bout comme Nelson, notre grand héros naval, recommandait à ses capitaines d'aborder les ennemis, en les serrant d'aussi près que possible pour les vaincre. Il ne connaît que les livres, et je n'exagère pas en disant qu'ils sont plus réels pour lui, que la nature. Il se ligure qu'il pourra acquérir, au moyen des livres, toutes les connaissances possibles, et se conHe à l'autorité d'un maitre; il ne doute pas que la méthode d'apprendre, à l'aide de laquelle il a quelque connaissance des règles grammaticales, suffira bien pourlui faire connaître les lois de la nature. C'est ainsi que le jeune homme, fort mal préparé . aux éludes sérieuses, commence, sans guide et sans frein, ses études médicales, et neuf fois sur dix, comme on pouvait s'y attendre, il passe sa première année à apprendre la manière d'apprendre. Il est même bien heureux si au bout de cette première année il a acquis seulement cet art suprême, à l'aide des efforts de ses professeurs et de sa propre diligence. Puis il ne lui reste que peu d'années à consacrer à l'étude profitable de sciences aussi vastes que l'anatomie, la physiologie, la thérapeutique, la
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médecine, la chirurgie, l'obslétrigue et d'aulres encore, et les tables de mortalité vont s'élever ou baisser en raison des connaissances que le nouveau praticien aura acquises en toutes ces matières. Si l'éducation scolaire ordinaire n'était pas organisée d'une façon si détestable, pourquoi le jeune homme de dix-sept ans, qui se destine à la médecine, ne serait-il pas pleinement préparé à l'étude de la nature? Pourquoi n'arrïverail-il pas aux écoles médicales bien pourvu de la connaissance préliminaire des principes de la physique, de la chimie, delà biologie, qui vont malheureusement occuper une de ces années précieuses dont tous les instants devraient être consacrés à l'étude directe de toutes les branches de sa profession ?
Il est une autre profession dont les membres, à mon avis, retireraient tout autant d'avantages que les médecins de quelques notions préliminaires en fait de sciences physiques. Le médecin se propose un noble but; il s'occupe du bien-être corporel de l'homme, mais les membres de cette autre profession s'occupent de son bien-être spirituel; autant que faire se peut, ils cherchent ù diminuer le péché, à adoucir les chagrins de la vie . Comme les médecins, leclergé, dont nous parlons maintenant, fait dépendre sa puissance de guérir, de sa connaissance de l'ordre universel, il la base sur certaines théories des rapports de l'homme avec ce qui l'entoure. Je n'ai pas à vous dire mes opinions à l'endroit de ces théories ; je me borne h vous faire remarquer que.
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comme toutes les autres tbéones, caUes-ci ont la prétentioQ de se baser sur des faits. AïDsi donc le clergé s'occupe des faits de la nature, à un certain point de vue ; c'est ainsi qu'il se trouve en contact avec la science qui traite des mâmes faits envisagés sous un autre aspect. Vous savez que ce contact mérite souvent le nom de colliiion ou de frottement rude; s'il en résulte beaucoup de chaleur, il n'en résulte pas le plus souvent beaucoup de lumière.
Dans l'intérei de la vérité et de la justice pour ne pas parler des intérêts de l'humanité, je demande : pourquoi tout membre du clergé n'est-il pas tenu d'acquérir, comme faisant partie de son éducation préliminaire, une teinture des sciences physiques qui le mettrait à même de comprendre les difficultés qui s'opposent à l'acceptation de ses théories, et qui s'imposent à l'esprit de tout homme réfléchi et intelligent, s'étant donné la peine d'étudier les éléments des connaissances naturelles?
11 y a peu de temps, j'assistais à une grande assemblée cléricale où j'avais été convoqué pour faire un discours. J'eiposais quelques faits élémentaires^ des sciences physiques et faisais ressortir en quoi ces faits contredisent certains enseignements ordinaires du clergé. Voici ce qui en résulta. Quand j'eus fini, une section de l'assemblée m'attaqua avec toute l'intempérance du zèle religieux pour avoir exposé des faits et des conclusions qu'aucun juge compétent ne saurait admettre ; puis, quand le» premiers orateurs se furent retirés au milieu de»
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applaudissements de la majorité de leurs confrères, la minorité, plus sensée, se leva pour me dire que je m'étais donné bien de la peine en pure perte. Ces messieurs savaient déjàtout ce que je venais de leur dire ; ils étaient parfaitement d'accord avec moi. Un de mes amis, homme positif, ne se payant pas de mots, des plus distingués d'ailleurs, assistait à la réunion, et tout naturellement il leur Qt cette question ; S'il en est ainsi, pourquoi ne le dites-vous pas eQ cliaire 7 Ou ne &t pas de réponse à sa demande.
On peut, en effet, diviser aujourd'hui notre clergé en trois catégories : dans la première, de beaucoup la plus considérable, se rangent les ecclésiastiques ignorants et qui parlent ; puis il y a une petite proportion de gens qui savent et qui se taisent ; enfin une minorité insignifiante composée d'hommes qui savent, et qui parlent selon ce qu'ils savent : il s'agit ici du clergé protestant. Notre grande ennemie (je vous parle comme homme de science), l'Église catholique romaine, seule grande organisation spirituelle capable de résister et qui s'oppose en effet aux progrès des sciences et de la civilisation moderne, parce que c'est pour elle une question de vie ou de mort, cette Église, dis-je, conduit mieux ses affaires.
Tout récemment j'eus le plaisir de visiter un des grands séminaires les plus importants de l'Église romaine en ce pays (1), et il me sembla qu'il y avait,
(1) Séminaire de Uaynooth en Irlande.
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m DE L'ÉDUCATION SCIENTIFIQUE.
entre Ihs hommes de cette institution et les champions si hien pourvus de nos églises anglicanes et dissidentes, la même différence qu'entre ces parfaits soldats, les vétérans de la vieille garde de Napoléon, et nos braves volontaires anglais.
Le prStre catholique est dressé à savoir son métier (passez-moi la trivialité de l'expression sans intention méchante] et à l'exercer erQcacement. Les professeurs du séminaire en question, instruils, pleins de zèle et de détermination, me permirent de leur parler franchement. Nous étions là comme les postes avancés de deux armées ennemies pendant une trêve, et nous cansions comme ennemis faisant commerce d'amitié. Je me hasardais à leur indiquer certaines difficultés que la pensée scientifique allait susciter à leurs élèves et ils me répondirent : Notre église dure depuis bien des siècles, et a traversé heureusement bien des orages. Nous sommes aujourd'hui en présence d'une bourrasque de la vieille tempête, et les jeunes gens qui sortent de nos mains sont prêts maintenant, comme ils l'étaient autrefois, à lutter contre toutes ces difficultés. Leurs profes- , seurs de philosophie et de sciences leur expliquent toutes les hérésies du jour et leur enseignent la manière d'y répondre.
Je respecte de tout mon cœur une organisation qui fait ainsi face à l'ennemi, et je voudrais qu'elles fussent toutes en aussi bon ordre de bataille. Cela vaudrait mieux pour tous les clergés, comme pour nous-mêmes. L'armée de la libre-pensée marche
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DISCOURS APBËS DINER. ^ 87
aujourd'hui il la débandade, et plus d'un bouillant libre- penseur use de sa liberté pour faire circuler bien des sottises. Sous les coups 'd'un ennemi vigoureux et altentif, nous pourrions peut-être acquérir plus de cohésion et de discipline, et quant à moi, je regrette bien qu'il n'y ait pas au banc des évoques un homme de la trempe de Butler, l'auteur de l'Analogie, qui eïécuterait en un tour de main la plupart des doctrines de ce scepticisme àpriori qui court les rues en ce moment.
Les arguments que je viens de vous eiposer suffiront sans doute, quand mSme il n'y en aurait pas de plus puissants, pour motiver mon désir de voir introduire dans les écoles l'enseignement scientifique. J'ai ensuite à me demander : quelles sont les sciences qui doivent entrer dans l'éducation des enfants? Cette question est de la plus grande importance, car ceux de mon parti, qui vont sans doute me reprocher cet aveu, font souvent tort & la cause qu'ils défendent, en demandant trop. A cOté des sciences physiques, il y a d'autres formes de la culture intellectuelle, et je regretterais infiniment de voir- oublier cette vérité, ou même d'observer une tendance à négliger ou à ruiner la culture littéraire ou esthétique en faveur de la science. Cette manière étroite de se rendre compte des besoins de l'éducation diffère totalement de ce que j'entends, quand je demande l'introduction d'une culture scientifique complète et réelle dans toutes les ' écoles. Je ne pense pas cependant qu'il faudrait en-
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seigner à tous les écoliers, tout ce que comporte la science. Une semblable idée est absurde, il serait pernicieux de chercher à la mettre à exécution. J'entends qu'en quittant l'école, tous les garçons et toutes les filles devraient posséder un aperçu du caractère générai de la science et avoir l'esprit plus ou moins façonné aux méthodes scientifiques en général, de telle sorte qu'en arrivant dans le monde pour y faire leur chemin, ils fussent tous préparés à se rendre compte des problèmes scientifiques ; non qu'ils pussent connaître tout d'abord les conditions de tous ces problèmes, qu'ils pussent être capables de les résoudre tous, mais je voudrais voir tout le monde familiarisé avec le courant général de la pensée scientifique et capable d'appliquer convenablement les méthodes de la science, après s'être enquis des conditions du problème spécial qui se présente.
C'est ainsi que je comprends l'éducation scienti flque. Pour qu'un garçon puisse acquérir une sem blable éducation, il n'est nullement nécessaire qu'il consacre tout son temps d'étude aux sciences physiques. Personne ne regretterait plus que moi une manière de faire aussi exclusive. Bien plus, il n'est pas nécessaire qu'il y passe beaucoup de temps, pourvu que l'on choisisse bien les objets d'étude, qu'on les dispose utilement et que cette instruction soit donnée d'une façon convenable.
Voici à peu près ce qu'il y aurait à faire, selon moi. Pour commencer, il faudrait faire connaître
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aux enfants l'ensemble des phénomènes de la nature, la géograpbie physique, h l'ErdkuDâe » des Allemands, connaissance de la terre ou géologie au sens étymologique, embrassant les connaissances générales qui s'y rapportent, ce qu'on trouve à sa surface, et ce qui l'entoure. Si celui qui a l'expérience des allures intellectuelles des enfants veut bien rappeler & sa pensée leurs questions, il reconnaîtra que, tant qu'il est possible de les rapporter à une catégorie scientiflque,cesquestionsserattachentàcette géographie physique. L'enfant demande : Qu'est-ce que la lune? pourquoi brille-t-elle? D'où vient l'eau de la rivière ; où coule-t-elIe7 Pourquoi y a-t-il des vagues sur la mer?D'oti vient cette bëte? A quoi sert cette plante î Si on ne lui fait pas affront, si on n'arrête pas le développement de ses pensées en lui disant de ne pas faire de sottes quesUons, il n'y a pas de limites aux désirs intellectuels du jeune enfant, ni de bornes aux acquisitions, lentes maïs solides, que ses facultés de penser peuvent Eaire ainsi, en fait de connaissances et d'expansion mentale. A toutes questions de ce genre, un précepteur dont les idées représentent des connaissances vraies, etnon des phrases de livres apprises par cœur, peut faire des réponses incomplètes nécessairement, mais vraies pourtant dans l'étendue de leur portée; et l'on peut mettre ainsi un enfant de neuf ou dix ans à même de saisir une vue panoramique de la nature, en infusant dans son esprit de fortes habitudes scientifiques.
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Après avoir ainsi, pour commencer, ouvert les yeux de l'enfant aux grands spectacles des mouvements journaliers de la nature, à mesure que se développent ses facultés de raisonnement, et qu'il se familiarise avec les instruments des connaissances : la lecture, l'écriture et les mathématiques élémentaires, il faut le pousser vers les connaissances que l'on appelle d'uqe façon plus précise les sciences physiques. Or, les sciences physiques sont de deux genres : le premier comprend les sciences qui se rapportent à la forme et aux relations des ' formes entre elles ; le second, celles qui étudient les causes et les effets. Dans les sciences, comme nous les étudions, les deux genres se trouvent souvent réunis; mais l'étude des systèmes botaniques, que l'on appelle la taxonomie, est un exemple du premier genre, dans toute sa pureté, et la physique est un exemple du second. En étudiant convenablement ces deux branches de la science, on peut obtenir, au point de vue de l'éducation, tout le bénéfice que l'étude des sciences physiques peut procurer, et si avec la géographie physique ces deux études fournissaient tout le programme scientifique des écoles, je le considérerais comme fort satisfaisant. Je pense mCme que ce serait pour l'Angleterre le plus grand bonheur que l'on puisse souhaiter, si tous les enfants de ce pays recevaient à l'avenir une connaissance générale des choses qui les entourent, avec les éléments de la physique et ceux de la botanique. Mais je serais bien plus
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satisfait encore si l'on pouvait ajouter à cette iostruction uu peu de chimie, et une connaissance élémentaire de la physiologie de l'homme.
En ce qui concerne l'éducatâon scolaire, je n'en demande pas davantage pour le moment, et je crois qu'une instruction semblable serait une excellente introduction à l'éducation scientifique que je vous ai indiquée comme si essentielle à ceux qui veulent poursuivre heureusement nos professions les plus importantes. Mais il faut que ce minimum d'instruction soit donné de façon à procurer des connaissances réelles, et soit ponr l'esprit une discipline pratique. Si l'éducation scientifique doit se résoudre purement en un travail délivres, il vaudra mieux ne pas s'en mêler, et s'en tenir à la grammaire latine qui n'a pas la prétention d'être autre chose.
Si l'on recherche les grands avantages de l'éducation scientifique, il faut que cette éducation soit réelle, c'est-à-dire, que l'esprit de l'élève soit mis directement en relation avec les faits ; il ne faut pas se borner à lui dire une chose, mais il faut lui faire voir qu'elle est telle, et non autrement, au moyen de sa propre intelligence et de ses capacités propres. Il y a ceci de particulier dans l'instruction scientifique, et qui fait qu'aucune autre espèce de discipline ne peut la remplacer : elle met l'esprit en contact direct avec les faits, elle exerce l'intelligence aux procédés de l'induction dans toute leur plénitude, ou, en d'autres termes, elle habitue l'esprit à Urer des conclusions de faits particuliers,
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connus par l'observation immédiate de la nature.
Ce n'est pas ainsi que les autres études, faisant partie d'une éducation ordinaire, disciplinent l'esprit. L'étude des mathématiques ne nous exerce guère qu'à faire des raisonnements par déduction. Pour point de départ le mathématicien a quelques propositions simples, doat la preuve est si claire qu'on les dit évidentes en soi, et alors il n'a plus qu'à en tirer des déductions subtiles. L'étude des langues, du moins comme on les enseigne habituellement, est le plus souvent de môme ordre; l'autorité et la tradition fournissent les données, et les opérations mentales de l'élève sont déductives.
De même, quand il s'agit de l'histoire, les faits sont encore admis sur l'évidence de la tradition et de l'autorité. Vous ne pouvez faire constater par lui-même, à l'enfant, la bataille des Thermopyles, ni lui faire constater que Cromweli a gouverné autrefois en Angleterre. II n'y a pas moyen, par cette voie, de le mettre directement en contact avec les faits naturels, l'autorité est ici indispensable, ou plut At tout dépend d'elle.
A cet égard, l'éducation scientifique donne à l'esprit une discipline bien différente , et prépare l'élève pour la vie commune. Qu'avons-nous à faire dans la vie de chaque jour? Il s'agit, le plus sou* vent, de faits qu'il faut d'abord bien observer ou bien comprendre, et qu'il faut ensuite interpréter à l'aide de raisonnements par induction nu par déduction , en tout semblables aux raisonnements
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scientifiques. Ce que l'on admet dans un cas comme dans l'autre est admis à nos risques et périls; les faits et la raison on t)e derniermot, et c'est au moyen de rhonnéteté et de la patience qu'on se tire de toutes les difficultés.
Mais, je le répète, pour que l'éducation scientifique procure ses plus grands résultats, il faut qu'elle soit pratique. En expliquant h l'enfant les phénomènes généraux de la nature, il faut autant que possible donner une réalité à votre leçon en lui mettant sous les yeux les objets que vous voulez lui faire connaître. Si vous lui enseignez la botanique, îl faut lui mettre les plantes dans les mains, il faut lui faire disséquer les fleurs; si vous lui enseignez lapbysique, la chimie, cberchez pIutAt à lui faire apprendre par lui-même, qu'à lui remplir la tête de connaissances nouvelles. Ne vous contentez pas de lui dire que l'aimant attire le fer; faites-le-lui sentir et qu'il éprouve lui-mEme cette traction. Dites-lui surtout qu'il a pour devoir de douter, jusqu'à ce que l'aulorité absolue de la nature l'ait contraint à reconnaître la vérité de ce qui est écrit dam les livres. Si vous savez poursuivre soigneusement et en toute conscience celte discipline mentale, croyez que vous aurez créé dans l'esprit de l'enfant une habitude intellectuelle d'une immense valeur dans la vie pratique, quelque peu nombreuses que soient les connaissances que vous lui aurez données. On m'a souvent demandé : A quel âge faudrait-il commencer celte éducation scientifique ? Elle de-
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Trait commencer, selon moi, aux premières lueurs de l'intelligence. Gomme je viens de tous le dire, dès qu'il commence à parler, l'enfant demande des renseignements sur les matières des sciences physiques. La première leçon dont il éprouve le besoin se rapporte aux objets, quels qu'ils soient, qui lui tombent sous la main et l'entourent; dès qu'il est capable de recevoir une instruction systématique quelconque, il est capable de recevoir les premiers rudiments de la science.
Certaines gens vous feront valoir toutes les difficultés qui empêchent d'enseigner ces matières aux jeunes enfants, et tout aussitôt insisteront pour qu'on leur fasse apprendre le catéchisme, qui contient pourtant des propositions bien autrement difliciles à comprendre que toutes celles du système d'éducation que je vous ai soumis. De même, on me répète sans cesse, qu'en préconisant l'introduction de la science dans les écoles, nous ne tenons pas compte de lastupidité des garçons et des Glles en général. Mais & mon avis, neuf fois sur dix cette stupidité est acquise ; fit, non naseilur. Elle provient de ce que les parents et les pédagogues s'efforcent incessamment de réprimer les appétits intellectuels de l'enfance, pour y substituer le désir artiliciel d'un aliment aussi insipide qu'indigeste.
Ceux qui nous représentent ainsi les difficultés de donner aux jeunes gens une éducation scientiQque, oubhent facilement une autre condition importante du succès, toujours importante lorsqu'il s'agit d'é-
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ducation, mais des plus essentielles, selon moi, quand l'écolier est fort jeune. Cette condîlioD est la suivante : Le professeur devra connaître son sujet d'une façon réelle et pratique. S'il eu est ainsi, il en pourra parler en langage facile avec une conviction complète, comme il parle de tout ce qui fait la fie habituelle. Mais s'il ne le connaît pas à fond, il craindra de s'aventurer en dehors des limites d'une phraséologie technique apprise par ctBur, et un froid dogmatisme, qui fatigue l'esprit et excite l'opposition, remplacera cette confiance animée, résultat des convictions personnelles, qui réjouit et encourage l'esprit si sympathique de l'enfance.
Je vous ai déjà donné à entendre que l'instruction scientifique, demandée par nous, peut se donner sans empiéter d'une façon extravagante sur le temps accordé actuellement à l'éducation. Dans les traités politiques il y a toujours une clause pour dire qu'une partie contractante met l'autre sur le pied de la nation la plus favorisée. Nous demandons une clause de ce genre dans le traité que nous voulons passer avec les pédagogues; nous demandons qu'il soit accordé & la science un temps égal à celui que l'on accorde à toute autre branche de l'éducation, soit quatre heures par semaine dans chaque classe des écoles ordinaires.
Pour le moment, je crois qu'un arrangement de ce genre satisferait les hommes de science, mais, quant à moi, je ne pense pas qu'il serait définltir, ni
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qa'il puisse l'eire. L'éducation actuelle me fait l'effet d'un arbre dont les racines seraient en l'air et dont les (leurs et le feuillage seraient fixés an sol ; je voudrais, je l'avoue, retourner l'arbre de façon à enterrer profondément ses racines dans les faits de la nature qui fourniraient une sève réparatrice à la littérature et à l'art, le feuillage et les fruits de cet arbre. Pour qu'un système d'éducation puisse être considéré comme définitif, il faut qu'il reconnaisse cette vérité, que l'éducationadeux grands buts auxquels tout ce qui la constitue doit être subordonné: son premier but est de faire progresser les connaissances ; le second est de développer l'amour du bien et la haine du mal.
La sagesse et l'honnêteté d'une nation la rendront toujours digne de notre estime , et entraîneront bientôt notre admiration quand même elle ne chercherait pas à l'attirer ; d'autre part, sur toute la surface du globe, aucun spectacle n'est plus triste et plus révoltant que celui d'hommes ignorant toutes choses, toutes les vérités de la nature du moins, et bornant leur science à ce que d'autres ont écrit; toute croyance, toute direction morales, semblent leur faire défaut, mais lesentiment de la beauté est si développé chez eux, la puissance d'expression si bien cultivée, qu'on serait tout d'abord tenté de prendre leurs miaulements langoureux et sensuels pour l'harmonie des sphères.
A présent, l'éducation n'a plus guère d'autre but que de cultiver la puissance d'expression et le sen-
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, timent de la beauté littéraire. Il ne s'agît pas d'avoir ' {pifilQue chose à dire en dehors d'Un ramassis d'opi - ' nions formulées par d'aulres, ou de posséder uncri- ' lorium de la beauté qui nous permette de reconnaître le divin et le diabolique.; on néglige tout cela , comme dépourvu d'importance. Je ne pense pas me ' tromper en disant que, si l'on prenait la science comme base de l'éducation, au lieu d'eu faire tout au plus un ornement accessoire, cet état de choses ne pourrait exister.
Eu préconisant, comme élément de majeure im- ;' portance , l'introduction des sciences physiques dans l'éducation, je suis loin d'avoir en vue les ' écoles supérieures seulement. Ce changement, tout au contraire, me semble nécessaire surtout dans ^ les écoles primaires, où l'on désire voiries enfants des pauvres tirer le meilleur parti possible du peu de temps qu'il leur est loisible d'accorder à l'acquisition des connaissances. A cet égard, de récentes décisions officielles ont fait faire un grand pro- ' grés \ l'instruction en poussant nos écoles à établir des cours scientifiques; cette mesure n'a pas attiré l'attention, mais elle sera, je crois, plus utile au bonheur du peuple que bien des changements politiques qui ont occasionné des luttes retentissantes.
Par les règlements dont je parle, un maître d'école est autorisé à établir des cours sur une ou plusieurs branches de la science ; ses élèves subissent des examens, et l'État lui accorde une rémuné-
ration, d'après iin tarif établi, pour tous ceux de ses élèves qui satisfont aux examens. Depuis rétablissement de ce système je suis un des examiaateurs, et je m'attends cette année à avoir au moins deux mille séries de réponses à des questions de physiologie, provenant surtout de jeunes gens des classes ouvrières qui ont appris ce qu'ils savent dans les écoles actuellement répandues sur toute l'étendue des îles Britanniques. Je sais que quelques-nns de mes collègues qui s'occupent de su* jets dont l'enseignement est mieux organisé, la géométrie par exemple, recevront un nombre de feuilles d'examen trois ou quatre fois plus considé' rable. Je puis dire qu'en ce qui concerne les sujels dont je m'occupe, l'enseignement dont je suis ainsi h même de constater les résultats, est solide et fort satisfaisant en général, et il dépend des examinateurs, selon moi, de maintenir le niveau de ces études, et même de leur assurer un développement pour ainsi dire illimité. Que pouvons-nous en conclure? Ceci signifie qu'en leur offrant une rémunération bien minime, les maîtres des écoles primaires, sur bien des points de notre pajs, sont arrivés à créer de petits foyers d'instruclion scientifique et qu'ils sont parvenus, ainsi que leurs élèves, à trouver le temps nécessaire pour mener à bonne fin ce qu'ils avaient entrepris. A mesure que ce système se perfectionnera et se fera connaître, ses résultats efficaces, je n'en doute pas, se développeront beaucoup, malgré le peu de temps que les