‹ Les sciences occultes en AsieChapitre 11 sur 39 · IV · texte numérisé non relu

IV

(9) Devéria, Catalogue des manuscrits égyptiens du Louvre, p. 174.

(3) Je traduis ainsi rexpression aalui, que je regarde comme empruntée aux langues sémitiques.

(4) Set.

(5) C'est Osiris.

seigneurs absolus qui sont avec lui (1). Celui-ci répond à son ennemi : o Olion, face-noire, yeux sanglants, [venin] en a sa bouche, destructeur de son propre nom,.... de son père, « la faculté de mordre n'est pas encore enlevée à ceux- (c ci. »

Les noms mystiques et magiques it physionomie barbare désignant les dieux tiennent une place très-considérable dans les quatre derniers chapitres qui se trouvent à la fin du Rituel funéraire dans les exemplaires de même famille que celui de Turin, chapitres que M. Birch tient pour composés vers Vépoque de la XXVP dynastie; et on y discerne avec certitude un Mitain nombre de radicaux sémitiques. Il est dit en termes formels que ceux du chapitre CLXv sont puisés dans la langue des Anou de Nubie. Ailleurs , renseignement que j'emprunte à une communication épistolaire du si regrettable vicomte de Eougé, des noms de même nature sont donnés comme de Tidiome des nègres (nahasi) du pays de Pount, T Arabie méridionale. Ceci serait de nature à faire entrevoir une influence exercée à une certaine époque et dans de certaines limites sur la magie égyptienne par la magie des populations africaines. Celle de l'Egypte en diflférait sans doute profondément par ses doctrines essentielles et par son origine ; mais dans la pratique, elle avait pu emprunter aux sorciers nubiens et nègres quelques rites et quelques nom.^.

(1) Les quarante-deux assesseurs du tribunal d'Osiris.

Après avoir mis le lecteur en mesure, par les citations qui précèdent, de faire lui-même la comparaison des formules magiques égyptiennes et chaldéennes, il n*est pas besoin d'insister longuement sur la différence profonde des deux systèmes, car elle éclate manifeste à tous les regards. Les croyances fondamentales et les idées génératrices de la superstition magique, en Egypte et en Chaldée, s'éloignent autant que la forme même des incantations.

Dans les documents égyptiens, nous n'apercevons aucune trace de ces esprits élémentaires, doués d'une personnalité si distincte, que la magie chaldéenne voit partout répandus dans Tunivers, les uns bons, les autres mauvais^ adressant aux uns ses incantations propitiatoires et aux autres ses exorcismes les plus terribles. En revanche, les Chaldéens ne s'imaginent en aucune façon pouvoir par leurs formules faire de l'homme un dieu et l'identifier aux personnages les plus élevés de la hiérarchie céleste. Ils ne prétendent pas non plus au moyen de ces formules arriver à commander aux dieux les plus puissants et les contraindre à obéir à leurs paroles. C'est dans le monde intermédiaire des esprits que se maintient leur magie et (D[u'elle exerce son action. Lorsqu'il faut recourir au secours des dieux suprêmes, c'est par voie

de prières et de supplications que Ton s'adresse à eux, non par une contrainte, et même, notion sur laquelle nous aurons à revenir plus loin, les prières des hommes ne sont complètement efi&caces auprès de ces dieux qu'en passant par Torgane d'un médiateur. Aussi le nom suprême dont le pouvoir commande même aux dieux et exerce sur eux une vertu coercitive demeure toujours le secret d'Êa. L'initié n'a point, comme en Egypte, la prétention d'arriver à sa connaissance. Il demande dans certains cas d'une gravité exceptionnelle, par l'intermédiaire de Silik-moulou-khi, à Êa de vouloir bien le prononcer pour rétablir l'ordre dans le monde et terrasser les puissances de l'abîme. Mais ce nom, l'enchanteur ne le sait pas, et il ne peut par conséquent point l'encadrer dans sa formule, même destinée à rester absolument mystérieuse. Ce n'est pas lui qui s'en sert; il ne fait que demander au dieu qui le connaît de l'employer, sans chercher lui-même à en pénétrer l'arcane.

Ce qui frappe aussi dans les incantations de la magie chaldéenne comparées à celles de la magie égyptienne, et ce qui leur donne un cachet manifeste d'antériorité, c'est leur simplicité tout à fait primitive. Tout y est d'une remarquable clarté, exprimé simplement et directement, sans recherche d'obscurités ni de complications voulues. La croyance aux esprits s'y manifeste sous sa forme la plus antique et la plus absolue, sans raffinement philosophique sur les problèmes de la substance divine, sans trace de mysticisme, et surtout sans aucune de ces

tiUusions à un vaste développement de légendes mythologiques qui remplissent les formules égyptiennes et les Tendent complètement inintelligibles sans un commentaire développé.

Au contraire, l'intelligence des formules magiques en langue accadienne , qui se conservèrent en Chaldée jusqu'à la fin des écoles sacerdotales des bords de TEuphrate et qu'Assourbanipal, au vu® siècle avant notre ère, faisait copier pour la bibliothèque palatine de Ninive, était accessible à tous. Elles ne renferment aucun mystère, et le secret sacerdotal, s'il y en avait un, résidait seulement dans la connaissance précise des termes mêmes des incantations consacrées par leur antiquité, et sans doute aussi par l'idée d'une révélation divine à leur origine. Elles sont Tœuvre d'u» peuple qui n'avait encore ni doctrine ésotérique, ni initiations, et chez qui la science des prêtres magiciens ne consistait que dans la connaissance pratique de certains rites et de certaines paroles, au moyen desquelles on croyait entrer en communication avec le monde des esprits, sans que la manière de les concevoir différât de la superstition populaire autrement que peut-être par un peu plus de régularité systématique dans leur hiérarchie et dans leurs attributions*

C'est par là que la magie accadienne, dans les siècles même du plus grand éclat de Babylone et de l'Assyrie, conserve l'empreinte d'une extrême antiquité, l'esprit des âges les plus primitifs, à côté de la religion savante qui s'était développée plus tard dans les mêmes lieux.

Celle-ci avait accepté l'existence de cette magie et reçu dans le canon de ses livres sacrés les vieilles incantations d'Accad, en donnant une place dans son système théologique aux génies invoqués dans ces incantations, mais une place en sous-ordre. Au fond, en effet, comme nous allons le voir, la magie ne découlait pas en Chaldée de la religion officielle des siècles pleinement historiques; c'était le rameau d'une tout autre plante, qu'on avait greffe plus ou moins bien sur ce tronc nouveau, du moment qu'on en avait toléré et reconnu l'existence, au lieu de chercher à l'anéantir. Mais les faits nous obligeront à y reconnaître l'épave d'un système religieux antérieur, d'un naturalisme encore rudimentaire et grossier, et même d'une couche de population primitive, appartenant à une race entièrement différente de celle dont la religion chaldéo-assyrienne fut l'œuvre. Dans la civilisation qui naquit graduellement sur les rives du Tigre et de l'Euphrate de la fusion des Soumirs et des Accads, des Sémito-Kouschites et des Touraniens, la religion et la magie parvinrent à s'unir pacifiquement, mais elles provenaient à l'origine des deux éléments opposés de la population. C'est, je crois, ce qui ressortira de l'exposé des doctrines des livres magiques primitivement composés en langue accadienne et dont on doit la découverte à sir Henry Rawlinson, mises en comparaison avec celles de la religion officielle et du culte public, telles que de nombreux documents nous les font connaître.

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