LE PEUPLE D'ACCAD ET SA LANGUE
L'étude comparative à laquelle nous venons de nous livrer conduit à reconnaître une parenté étroite entre la magie chaldéenne et celle des peuples oural-altaïques ou touraniens, particulièrement celle des Finnois. Les idées religieuses auxquelles elle se rattache et sur lesquelles elle se fonde constituent un système de mythologie complet et très-bien lié dans toutes ses parties, qui n'est qu'un développement normal et logique de la forme de naturalisme propre à cet ensemble de peuples, du culte des esprits des éléments et de la nature. Il présente de frappantes analogies, d'une part, avec le vieil élément antéiranien qui se combine avec les données mazdéennes dans le magisme de la Médie, de l'autre avec la mythologie finnoise, malgré la couleur spéciale qu'a donnée à cette dernière le fait de son développement dans les latitudes les plus septentrionales de l'Europe.
Parvenus à ce point de nos recherches, il est impossible de ne pas attacher une importance capitale à ce fait que, dans la Chaldée et dans les pays qui comme l'Assyrie ont accepté sa discipline, il y aune langue spéciale pour la magie, et que cette langue est celle à laquelle, d'accord avec les savants de l'école anglaise, nous donnons le nom à^accadienne (1). Les livres sacrés des magiciens, qu'Assourbanipal faisait copier encore au vir siècle pour l'instruction des prêtres de son pays, étaient rédigés en accadien ; on y avait seulement j oint dès une époque fort ancienne une version en langue assyrienne sémitique, afin de permettre l'intelligence de ses incantations et de ses hymnes à ceux qui devaient les réciter. Mais il est manifeste que le seul texte liturgique, le seul prononcé, était le texte accadien. Nous en avons la preuve formelle quand nous voyons de temps à autre un verset qui se répète, ou dont le sens est très-facile à saisir, ne plus avoir en ce cas de traduction. C'est ainsi qu'aujourd'hui les prêtres coptes ont tous leurs missels accompagnés d'une version arabe, qui leur permet de comprendre les paroles rituelles, tandis qu'ils les récitent en copte. Les formules magiques gravées sur des amulettes en pierre dure, même sur des amulettes trouvées en Assyrie, de travail positivement assyrien et des
(1) J'ai essayé de justifier ce nom, d'après les iezies cunéiformes euxmêmes, daDs le S* fascicule de mes Etudes accadiennes. Je le maintiens plus que jamais comme exact, au lieu de celui de sumérien que veut j substituer M. Oppert, seul de son avis, du reste, parmi les savants qui s'occupent d'études cunéiformes.
dernières époques de l'empire ninivite, sont en langue accadienne, du moins Timmense majorité. Contre plus de cent dont les légendes sont en accadien, je n'en ai rencontré jusqu'ici, dans les diverses collections de l'Europe, que trois où elles fussent en assyrien. De même, dans les fragments du grand recueil magique copié par les scribes d'Assourbanipal, il y a bien quelques incantations et quelques hymnes dont le texte accadien primitif s'était sans doute perdu de bonne heure, puisqu'on n'en a qu'une version assyrienne, portant, du reste , le cachet d'une très-haute antiquité. Mais il n'y en a pas plus d'une dizaine qui soient dans ce cas, au milieu de plusieurs centaines de formules en accadien.
Il y avait donc bien positivement en Chaldée une langue propre à la magie, qui avait conservé ce caractère pour les Assyriens, et cette langue était celle d'Accad. On la regardait comme ayant une puissance spéciale sur le monde des esprits, des bons comme des mauvais. Il semble même que l'idée de la vertu propre et sumaturelie inhérente aux mots de cette langue avait grandi à mesure que son emploi comme idiome parlé était tombé en désuétude, et qu'elle était devenue pour les prêtres une langue morte et exclusivement religieuse, pour la masse un grimoire inintelligible. C'était l'effet de la tendance naturelle qui pousse l'homme à attribuer une vertu mystérieuse à des paroles mystérieuses, de la même tendance qui avait conduit les Egyptiens à employer de
préférence dans leurs formules magiques des noms étrangers, dont le sens échappait au vulgaire, et même des noms et des mots bizarres , n'appartenant à aucune langue et composés à plaisir en vue des opérations théurgiques.
Or, cette liaison intime des rites magiques à une langue déterminée est une circonstance capitale pour la détermination de Y origine de la magie chaldéenne. Car si nous avons pu établir la parenté de celle-ci avec la sorcellerie sacrée des nations touraniennes, Taccadien, sa langue, est décidément un idiome de la grande famille oural-altaïque. Tout concourt donc à nous ramener à la même race de Thumanité, comme ayant implanté, dans une antiquité prodigieusement reculée, les superstitions démonologiques et magiques qui lui sont, propres dans le bassin de TEuphrate et du Tigre.
Mais la nature touranienne de la langue dea Accads est un fait qu'il ne suffit pas d'affirmer. Il faut en donner les preuves, et le lecteur a le droit ds les réclamer ici. Aussi bien la question des origines de la magie chaldéenne nous amène en présence d'une série de problèmes linguistiques et ethnographiques, qui ont désormais une importance de premier ordre dans l'histoire de la haute antiquité. Ce sont ceux des éléments qui ont contribué à former la culture de Babylone et de l'existence d'une civilisation touranienne primitive, s' étendant sur la majeure partie de l'Asie antérieure, avant l'expansion des Sémites et des Aryas. Force nous est, à moins de nous
borner à des assertions insuffisamment prouvées, d'aborder ces problèmes dans une certaine mesure et d'indiquer au moins les principaux faits qui conduisent à leur solution.
Donc, après avoir constaté la liaison étroite et constante qui existait en Chaldée entre la magie et la langue accadienne, il devient nécessaire que je dise quelques mots de cette langue et de ce qui la caractérise décidément comme touranienne. Après Hincks, sir Henry Eawlinson, M. Oppert, M. Grivel et M. Sayce, je me suis occupé d'une manière toute spéciale de l'idiome des Accads, et j'ai cru pouvoir même en donner un premier essai de grammaire (1). C'est un travail purement philologique, d'une nature ardue et qui ne s'adresse qu'à une catégorie restreinte de lecteurs spéciaux» Je profite donc avec plaisir de l'occasion qui s'ofire ici de résumer, en vue d'un public plus étendu, les résultats auxquels m'a conduit cette étude grammaticale, encore bien incomplète, mais où je crois cependant qu'une partie des données est déjà sûre et peut défier l'épreuve du contrôle par l'étude directe et l'analyse philologique des textes. Le lecteur me pardonnera de faire exclusivement de la linguistique dans ce chapitre. Malgré ce qu'une semblable étude a d'aride pour ceux qui ne s'y adonnent pas complètement, la question est assez importante pour. que l'on surmonte pendant quelques pages l'impression de cette aridité. Si le fait de la prc-
(1) Dans le tome I^i* de mes Etudes accadiennes, fascicules 1, 3 ei 3.
sence d'une nation touranienne aux* premières origines de la Chaldée est bien établi, c'est tout un grand rameau de l'espèce humaine auquel il faut désormais rendre sa place dans l'histoire des civilisations, où l'on n'en tenait aucun compte.
Uaccadien, parmi les langues jusqu'à présent connues, doit être regardé comme le type d'un groupe particulier, rattaché à la famille des langues oural - altaïques ou touraniennes, en prenant ce dernier mot dans son sens le plus étroit et le plus précis. Il présente en effet une originalité trop grande, des caractères trop spéciaux pour rentrer naturellement dans aucun des groupes qu'on y rassemble. Ce qui le met à part, c'est la réunion de phénomènes qu'on n'a rencontrés jusqu'à présentque séparés, dans des langages fort différents les uns des autres -, la réunion de tendances opposées et qui pouvaient même sembler antipathiques ; une puissance d'agglutination qui va jusqu'au polysynthétîsme (1), et un phénomène d'en-
(1) La teDdaDce au polysynthétisme se marque dans la syntaxe accadienne par deux faits importants et bien caractérisés :
1* Les postpositions indiquant les cas et les pronoms suCfîxes d'un substantif qui régit un génitif, ou qu'accompagne un adjectif, se placent,
capsulation presque comparable à celui des langues américaines (l)y unis à une conservation parfaite de tous les mots, qui entrent daps l'agglutination en se juxtaposant purement et simplement, et en ne se mutilant pas pour
non à la sui^e de ce substantif lai-méme, mais à la suite du génitif ou de l'adjectif. Exemples :
kar Kddingirata, c sur le quai de Babylone, » mot k mot « le quai — de Babjlone — sur ; »
f am tUlabikUf c pour son prix entier^ » mot k mot c prix — entier — son — pour. »
20 Lorsqu'une énumération d'objets, quelque longue qu'elle soit, se trotte au même cas, chacun des mots de cette énumération fût-il accompagné d'un adjectif qualificatif ou d'un génitif qu'il régit, la série entière est considérée comme un seul groupe polysjnthétique, qui se comporte k la façon d'un yéritable mot composé ; au lieu de donner à chaque terme de Ténumération sa postposition casaelle, on n'emploie pour tous qu'une seule postposition, qui s'attache k la fin de la série. Exemple :
khanak iaq iirgal iaq guk taq xaibuma, < la montagne d'albâtre, de lapis et de marbre, » mot k mot < montagne — pierre — de la grande lumière — pierre — bleue — pierre — brillante — en. »
(1) Dans les langues américaines, — arec lesquelles nous établissons, comme le bon sens l'indique, une simple comparaison, et non un rapprochement, — il n'y a pas seulement synthèse groupant en un seul mot tous les 'éléments de l'idée la plus complexe, il j a enchevêtrement des mots les uns dans les autres ; c'est ce que A, F. Lieber a appelé eneaptulatiofif comparant la manière dont les mots rentrent dans la phrase k une boite dans laquelle en serait contenue une autre, laquelle en contiendrait une troisième, contenant k son tour une quatrième, et ainsi de suite.
En accadien, les choses, tout en suivant la même tendance, ne vont pas aussi loin. De même que Tagglutination synthétique n'arrive pas k former un seul mot des éléments qu'elle réunit, mais seulement un groupe homogène d*une nature particulière, où tous les mots, au lieu de se mutiler par le frottement en sUncorporant les uns aux autres, restent intacts et conservent dans une certaine limite une vie propre, tout en s'agglomérant par un lien assez intime pour que leur groupe se décline en bloc ; de même, Tencapsulation fait entrer dans ce groupe étendu, comme une petite boite dans une grande, un membre de phrase, constituant k lui seul une proposition complète ou un groupe synthétique plus restreint. Il n*y a pas, k proprement parler, enchevêtrement de mots holophrastiques l'un dans l'autre, mais enche-
se mieux incorporer; un mécanisme de postpositions casuelles et jouant le rôle de prépositions, ainsi que d'affixion des pronoms possessifs, à côté de l'emploi de véritables prépositions, pareilles à celles des langues à flexions, et d^une conjugaison verbale fondée, dans les voix actives, sur un procédé d'agglutination prépositive ou précédant le radical, qui rappelle les langues taïennes, lohitiennes et dravidiennes.
Mais si ces faits imposent de considérer Taccadien comme le type d'un groupe à part, ce groupe doit trouver sa place dans une plus grande division linguistique, et il est bon de rechercher ses affinités extérieures. Or, ces affinités me paraissent plus particulièrement étroites avec les idiomes ougro--finnois,bien qu'existant aussi dans une certaine mesure avec les idiomes turcs, mongols et même tongoiises. Je crois donc que M. Oppert a été inspiré par une véritable illumination, lorsqu'il a dit, dès 1857, que la langue des inventeurs de l'écriture cunéiforme de Babylone et de Ninive tenait de près à celle des habitants anté -aryens de la Médie et appartenait à la famille tou-
vêtremeDt d'une sentence complète en elle-même et offrant déjà quelquefois entre ses éléments le groupement polysynthétique, dans une agglomération de mots se déclinant en bloc, liée par une postposition commune. En outre, renchevétrement ne se complique pas autant que dans les langues américaines ; nous ne l'avons jamais rencontré double, triple ou quadruple comme dans celles-ci, mais toujours simple. Nous avons un exemple, très-facile à analyser, de ce phénomène, dans l'expression egir sam nutilîahiku^ * pour après son à-compte, » mot à mot « suite — du prix — non — complet — son — pour, » où sam nuttllahi s'encapsule entre les deux éléments de la préposition egirJcUf formée originairement d'un substantif avec la marque du cas de motion.
ranienne proprement dite, et un peu plus tard, en 1859, que son aflBnité la plus marquée devait avoir été avec le groupe ougro-ûnnoîs.
J'ai indiqué dans mon essai grammatical la limite d'incertitude, tenant à la nature même de récriture, avant tout idéographique, qui subsiste dans notre connaissance, encore très-incomplète, mais s'augmentant chaque jour., du vocabulaire accadien. Sous la réserve de ces observations, je ne puis mieux faire que de citer ici une page de M. Sayce sur les caractères les plus saillants de ce vocabulaire (1). S'il me fallait exprimer d'une manière absolument indépendante la conviction que l'étude des textes accadiens a formée dans mon esprit, je ne pourrais que répéter le même langage :
En discutant les langues touraniennes, nous n'avons jusqu*à présent aucune autre clé^ pour nous guider dans les comparaisons de vocabulaire, que la simple ressemblance et la conjecture. Il n'existe pas encore de loi de Grimm qui permette de suivre avec une certitude scientifique les modifications d'une même racine à travers les différents dialectes. Et non-seulement le vocabulaire est restreint^ mais les idiomes des peuples nomades sont continuellement changeants, a Dans les dialectes qui se développent isolément, dit M. Max Mûller (2), les particularités individuelles peuvent gagner une influence qui change toute la surface apparente de la grammaire et du
dictionnaire Si le travail de Tagglutination a commencé,
et s'il n'existe aucune action de littérature ou de société pour
(1) JoyjimaX ofphilology, t. III, n®5, p. 48 et suiv.
(2) Dans Bunsen, OutUnes of the philosophy of universal history^ t. I, p. 483 ; TOj. Leçons sur la science du langage, trad. Harria et Perrot, p. 55-62.
le retenir dans de certaines limites, deux villages, séparés seulement depuis un petit nombre de générations, en arrivent à ne plus se comprendre. Ceci est arrivé en Amérique, aussi bien que sur les frontières de la Chine et de Tlnde; et dans le nord de l'Asie, au dire de Messerschmidt, les Ostiaks, bien que parlant une langue qui est, au fond, la même partout, ont créé tant de formes et de mots particuliers à chaque tribu» qu'à la distance de douze ou vingt milles allemands, les rapports deviennent trës-difGciles entre eux La conversation
des tribus nomades se meut dans un cercle restreint ; et avec la grande facilité de former des mots nouveaux à l'aventure, ainsi que la tendance naturelle et si puissante que développe la vie solitaire à inventer de nouvelles app'ellations — semipoéliques en général, ou satiriques — pour les objets qui composent tout le monde du pasteur ou du chasseur, on comprend comment, au bout de peu de générations, le lexique d'une tribu nomade peut avoir passé, comme il arrive en fait, par plus d'une édition. » Ajoutez à ceci les migrations constantes des petites tribus, les changements politiques qui se sont produits à diverses reprises dans l'Asie centrale, les nombreux mots d'emprunt que des tribus, toujours prêtes à laisser de côté leur ancien vocabulaire, ont puisés chez les races étrangères et plus civilisées avec lesquelles elles ont été perpétuellement en contact (1), et Ton ne pourra être surpris que d^une chose, c'est que tant de radicaux semblables existent encore dans les différentes langues touraniennes. Maintenant, si nous essayons de comparer le vocabulaire de l'accadien à ceux des dialectes modernes, la difficulté devient plus grande. Non-seulement il y a un immense hiatus dans le temps et un grand intervalle d'espace, depuis le pays où se parlent les dialectes tongouses,
(1) Ces emprunts ont commencé de très-bonne heure, car le protomédique, dans les inscriptions des Achémënides, est rempli de oiots puisés dans le perse. L'accadien a pris aussi quelques mots à Tassyrien, mais en petit nombre, par suite de la coexistence des deux langues sur le même territoire (voj. mes Études accadiennes, t, I, fasc. i, p. 55].
à une extrémité^ jusqu'à la Chaldée, mais il y a aussi la diiférence d'étal social, dont riùfluence a dû être encore plus considérable que nous ne pouvons exactement Tapprëcier. A la langue d^un peuple qui a tenu une place capitale parmi les premiers pionniers de la civilisation^ qui inventa un système savant d'écriture et établit un florissant empire, nous avons à comparer les idiomes de hordes éparses, barbares et nomades. Aussi ai-je été réellement étonné du nombre de mots qui semblent pareils à ceux des dialectes modernes. Il est vrai qu'ils désignent les objets les plus ordinaires^ et que leurs analogues modernes se trouvent généralement dans les dialectes qui ont atteint le plus haut degré de développement. Quelques-uns, comme taq^ c pierre^ » dïngïray a dieu, » semblent plutôt se rattacher à la branche tartare, mais la plupart des analogies les plus saillantes se découvrent dans les idiomes ougriens, et c'est dans ceux-ci que les mots accadiens semblent trouver principalement leur contre-partie (1).
(1) Voici quelques-unes des analogies les plus frappantes de yocabulaire, dont une partie ont été déjà signalées par M. Oppert :
pi,pil oreille, magyar fui;
si œil, > szem;
kha^ khan poisson, » hal;
nah lumière, > nap (jour);
ad père, » atya;
mar chemin, » mor;
dim cours d'eau, » to (mer) ;
âr région, » or-s^ay (empire);
or nez, » orr;
sH corne, » ssaru;
pal glaire, » pallos;
sal vulve, * » smuI (enfanter) ;
gir fendre, » gereszd (entaille) ;
uru mâle, » ur (monsieur, seigneur) ,
usu chair, * hus ;
til finir, compléter, » teU (plein) ;
hhal frapper, tuer, » ^aZ (mourir);
urud cuivre, finnois rauta {fer);
ma pays, > maa (terre, pays);
sa champ, » sia (espace),
usar rivage, > syrjd;
J'ajoute qu'on peut même déjà constater que les formes accadiennes de certains mots permettent d'établir un lien entre des noms qu'on n'aurait pas osé jusque-là rapprocher, dans les différents groupes des idiomes touraniens. Ainsi la permutation de ng en m, essentielle en accadien, donnant pour le mot a dieu » les deux formes paralèles dingira et dimir^ rattache les uns aux autres
mal id
hi.biter,
(préformante de localité),
(ostiaque
fzyriainien
votiaque
val;
ol;
inty (lieu) ;
gurus nim
élevé, être élevô.
(vogoul
gures ; keras ; numan (élevé)}
rum
homme,
mordvine
loman ;
tur
fils, chef,
f turc oriental
tsiir (fils) ; tura (maison ro
ai
lune,
turc
aï;
maison,
ev ;
nene
mère.
nana ;
dingira
taq
ud
dieu,
pierre,
soleil,
mongol
tengri;
tach;
ud.
n serait facile de porter les rapprochements de ce genre à plus d'une centaine.
Les plus remarquables sont ceux des noms des nombres jusqu'à dix, avec les noms analogues des langues ougro-finnoises :
Accadien :
f'innois : Esthonien
Jcdksi. v%i8i, liât», wiis .
id. ka$. s'a(cf. es'a, a5 (cf. essa, iisna. ge,
quinze). trois).
kuusi.
Tcuus.
hit.
koto. sisem.
hvait, sizim.
chut. tahet. jong,
hat. het. tiz.
yksi,
iits.
Tchérémisse: ik. kak,' vis.
Mordvine : vaike. kavto. vàte.
Zvriainien : dtik. kyk. vit.
Ostiaque : it. kat. vet.
Magyar : egy. ke't. ôt.
seitsemàn. kymmenen.
seitxe. kiimme,
sim»
kàmen.
Nous donnons plus loin un certain nombre de rapprochements, non moins frappants, avec le vocabulaire proto-médique.
le turc tengri et le mongol tagri, d'un côté, de l'autre le finnois jumala. Ceci, du reste, est sans préjudice du rapprochement si curieux que M. Oppert (1) établit entre un certain nombre de racines verbales accadiennes et de racines primitives aryennes, fait qui demande à être étudié plus profondément encore, mais qui peut ouvrir des perspectives importantes à la philologie comparée.
Mais ce n'est pas la parenté du vocabulaire qui constitue l'unité de la famille oural-altaïque ou touranienne . M. Max Millier a pu dire en effet sans paradoxe : a Notre attente serait trompée si nous pensions trouver dans cette multitude de langues le même air de famille qui rapproche les langues sémitiques ou aryennes ; mais Tabsence même de cet air de famille constitue un des caractères des dialectes touraniens. » A côté des divergences du lexique, dont la cause vient d'être indiquée, ce qui constitue Tunité de la famille, Tunité plus étroite de chacun des groupes qui la composent et leur affinité générale, c^est bien moins Texistence d'un petit nombre de radicaux communs, qui se reproduisent dans les dialectes les plus éloignés les uns des autres, que la structure grammaticale partout fondée sur les mêmes principes et les mêmes procédés, se prêtant partout à une décomposition facile et laissant le radical en relief.
Ici les caractères grammaticaux de Taccadien me semblent assez clairs et assez positifs pour bien déterminer sa parenté.
(1) Journal asiatique, 7* série, t. I, p. 116.
Trenons la déclinaison. Le radical mes^ « beaucoup », dont Tadj onction au mot forme les pluriels les plus habituels (adda, 4 le père », addames^ (l les pères »), offre une occasion tentante de rapprochement avec le yakonte myz^ (L rassemblé »; mais elle est peut-être trompeuse. Ce qui est plus digne d'une sérieuse attention, c'est que, dans la formation du pluriel du premier indicatif des verbes, il perd son initiale m — qui était en accadien une labîo-nasale de nature particulière, tournant au v — et devient es (1). Dès lors, il est bien difficile de ne pas le rapprocher de la terminaison plurielle commune à tous les idiomes ougro-finnois, qui se présente comme yas en zyriainien, yos en votiaque, i en finnois, en lapon, en tchérémisse, en mordvine et en magyar, et cela d'autant plus que, depuis longtemps déjà, M. Max MûUer (2) a montré, par de tout autres preuves, que « Tantique terminaison ougrienne du pluriel était as ».
Le mécanisme des postpositions casuelles de l'accadien est d'essence purement touranienne. Et il ne s'agit pas ici seulement d'une simple analogie de structure, qui serait déjà bien frappante ; l'affinité va plus loin. La majorité des postpositions accadiennes semble exister aussi dans les principaux idiomes touraniens, oii la trace de. leur signification radicale primitive s'est oblitérée, tandis qu'elle se reconnaît presque toujours dans la langue d'Accad. Le hasard seul ne peut
(1) On trouye pourtant quelquefois, mais très-rarement, met au lieu de es dans des exemples de yerbes.
(2) Dans Bunsen, Ouilines, t. I,p. 460.
pas avoir fait que la postposition du locatif soit ta en accadien, et rfa, de, du en mandchou, en mongol et en turc ; que la postposition accadienne de Tablatif, na^ qui a quelquefois presque la signification d'an génitif, soit identique à la postposition du génitif dans la plupart des langues touraniennes de toutes les branches, na en protomédique, en en mordvine et en lapon, n en finnois, in en turc, yin en mongol et wt en mandchou; en même temps le sens de a sur, au-dessus », que Ton voit revêtir dans certains cas en accadien par la même postposition, explique comment en yakoute elle peut, sous la forme na ou yna^ devenir le signe du locatif. Le rapprochement est moins absolument certain, mais encore bien probable, entre la postposition instrumentale accadienne H et celle qui en yakoute sert à former le cas adverbial, /y, comme celle qui marque le datif en votiaque et en zyriainien, également ly ; entre le la du comitatif locatif en accadien et le yakoute /yn, a avec », turc aiVa/i; entre Taffixe ga^ qui sert à former des adjectifs employés souvent à la place du génitif, et le suffixe du datif dans les langues turcotartares, ga. Ce sont là de premières indications, que le progrès des recherches ultérieures viendra encore étendre et confirmer.
L'étroite communauté des pronoms dans tous les groupes de la famille est un des faits dominants des langues touraniennes, un de ceux qui les rattachent le plus manifestement les unes aux autres. Or, le caractère des pronoms accadiens pour les trois personnes du singulier
ne peut laisser, je crois, aucun doute après les rapprochements qui suivent :
Accadien. Protcmédique. Finnois. Esthonien. Voti«que.
1" PERSONNE : mu. mi ma. ma, mon,
(génitif).
Mordvine. Zyri&inien. Tchérémiase. Magyar. Ouigour. Yakoute.
mon, me. min. en. man. min, hin.
Turc. .Mongol. Mandchoa.
im, bi bi
(génitif mini). (génitif mini).
Accadien. Finnois. Esthonient Votiaque. Mordvine* Zyriainieo.
2* PERSONNE : zu. sa. sa. ton. ton. te.
Tchérémisse. Magyar. Yakoute. Turc. Mongol. Mandchou.
tin. te. an, sen. zi. si.
primitiTement %à,n, Accadien. Finnois. Esthonien. Zyriainien. Magyar.
3'^ PERSONNE : na, ni. ne neet nya on
(pluriel). (pluriel). (pluriel). («soi»),
Yakoute. Turc. Bouriate. Tongouse.
kini. ol ene. w.
(pluriel an-lar).}
L'accadien a un second type de pronom de la troisième personne du singulier, bi. Il se retrouve dans le pronom verbal finnois, pi, vi, et est certainement à rapprocher du démonstratif dans d'autres langues de la même classe, par exemple du proto-médique hubcj du yakoute 6t/, ba et du turc bu ; et cela d'autant plus que le pronom bi en accadien a souvent une valeur particulièrement individualisante et presque démonstrative.
Le pronom pluriel de la première personne est me. Le même changement de la voyelle du pronom singulier le marque dans les idiomes ougro-finnois :
Finnois. Esthonien. Votiaque. Mordvine. Zyrioinien. Tchërémisse.
me. meie. mi, min. mi, ma.
Les pronoms pluriels des deux autres personnes se forment en accadien par un procédé particulier : celui de la troisième personne, wene, par le redoublement du singulier ni; celui de la deuxième, zunene^ par Taddition de ce pronom nene au singulier zu^ zu -h nene^ a toi -}eux » = « vous ». Ils ne se prêtent donc pas aux mêmes comparaisons. Cependant, il est curieux de voir le tchérémisse, qui n'a pas gardé pour le singulier de la troisième personne le pronom en «, nous oflFrir pour le pluriel un pronom, nina^ semblable à celui de Taccadien, nene y et qui doit de même avoir été produit par une duplication du type pronominal en n.
La conjugaison accadienne des voix passives est tout à fait conforme, dans son génie et dans son système, aux conjugaisons ordinaires des langues ougro-finnoises et turco-tartares, plaçant à la suite du radical les particules qui en modifient le sens et donnent naissance à de nouvelles formes, et les pronoms incorporés qui constituent la conjugaison. La particule formative du causatif, ian, est pareille à celles qui ont le même rôle dans la plupart des langues touraniennes : tan en finnois, iam en lapon, ^a en zyriainien, ^ en votiaque, a^en magyar, tar ou dar
dans les dialectes turco-tartares. Nul doute que plus tard on n'arrive à faire des rapprochements analogues pour la plupart des particules formatives qui entrent dans la conjugaison du verbe accadîen ; j'en entrevois même déjà quelques-uns, qui me semblent assez séduisants. Ainsi le proto-médique nous offre une particule tr, qui paraît bien impliquer une notion de réciprocité, et, en accadien, l'incorporation d'un élément modificateur ra donne naissance aux formes réciproques et coopératives des différentes voix verbales. Mais, pour atteindre à un degré suffisant de certitude, ces comparaisons nécessitent une recherche qui est tout entière à faire, et qui mériterait de devenir un des principaux sujets de méditations des savants spéciaux, la recherche des lois du Lauthverschie" bung dans les langues touraniennes.
Ce qui est tout à fait décisif, comme caractère linguistique rattachant à la famille touranienne , c'est l'existence du verbe négatif en accadien, d'autant plus que la conjugaison de cet idiome offre deux ordres de voix négatives, formées par l'incorporation des particules nu et mCf ce qui correspond aux deux types différents de la négation incorporée au verbe, nem dans une partie des langues ougro-finnoises et me dans les langues turco-tartares. Une coïncidence aussi frappante ne peut être attribuée au simple hasard.
Tels sont les faits principaux qui me paraissent établir rétroite affinité de Taccadien avec la famille des langues touraniennes, et plus spécialement avec le groupe ougrofinnois. Mais il existe en même temps des affinités remarquables, et qu'on ne saurait passer sous silence, entre cet idiome et le basque.
D'abord, c'est l'identité de position du génitif, par rapport au substantif dont il dépend (le suivant), et l'identité de position du membre de phrase relatif, par rapport au mot auquel il s'applique (le suivant également), deux points où l'accadien s'écarte complètement de la grande majorité des langues touraniennes modernes, tandis qu'il s'en rapproche par l'emploi relatif du participe.
Vient ensuite la faculté de préposer ou de postposer au radical le pronom sujet incorporé au verbe, bien que ce double mode d'agglutination, s'il existe en basque comme en accadien. n'y ait pas la même régularité et la même signification. En basque, la place du pronom par rapport tiu verbe est indifférente ; l'accadien en a fait tin ingénieux moyen de distinction entre les voix actives et les voix passives. Ainsi mu-gur est « j'ai rétabli » , et gur-mu^ «j'ai été rétabli. »
Ce qui est plus significatif et plus remarquable encore, comme marque d'af&nité, c'est Tincorporation des pronoms régimes au verbe, qui joue un très-grand rôle dans la conjugaison de l'accadien, et qui est la base de celle du basque. Cependant, ici encore, une distinction est à faire: l'accadien a toujours une double série de formes, avec ou sans incorporation des pronoms régimes, tandis qu'en basque cette incorporation est constante et nécessaire.
Enfin, quelques-unes des plus importantes postpositions casuelles de l'accadien n'ont pas de correspondant parmi les langues touraniennes actuelles et se retrouvent en basque d'une manière frappante. Telle est celle du datif, va, que le basque nous offre exactement semblable, ra^ et avec le même sens ; telle ^t encore celle du cas de motion, ku^ laquelle présente une sensible i^essemblance avec la postposition basque ea,
« vers, sur. »
Mais, tout en constatant ces points de contact et en y attribuant une sérieuse importance, il me semble que M. Sayce l'a exagérée, quand il a voulu rattacher déddément l'accadien au basque, pour en former un groupe linguistique ibérien, et quand il a dit que Taccadien est le représentant le plus antique de ce groupe. Les affinités qui relient l'accadien à la famille proprement touraniénne et au groupe ougro- finnois, affinités que je viens de passer en revue, me paraissent plus importantes, plus essentielles, plus organiques, et par conséquent de nature & primer, au point de vue de la classification des
la&gnes, ses affinités avec le basque. D'autant plus que les trois faits principaux de grammaire, par lesquels Taccadien s'éloigne de la constitution habituelle des idiomes touraniens pour se rapprocher du basque, ont tous des analogues isolés chez quelques individualités linguistiques du vaste ensemble des langues touraniennes ou oural-altaïques. Si donc on tient compte de l'énorme intervalle de temps qui sépare l'accadien des idiomes touraniens, tels qu'ils sont actuellement parlés, des modifications que ces derniers idiomes ont dû nécessairement subir pendant une aussi longue suite de siècles, et des particularités tout à fait primitives qu'oflfre en grand nombre la langue d' Accad^ on est induit à penser que les faits en question représentent un antique état de choses des idiomes touraniens, qui se sera graduellement altéré avec le temps dans la plupart d'entre eux, mais aura du moins laissé quelques épaves", permettant de restituer par la pensée, pour la famille entière, cet état •antérieur, que repl*ésente l'accadien.
Ainsi, tandis que toutes les autres langues de la famille, à quelque groupe qu'elles appartiennent, préposent le génitif au substantif dont il dépend, M. Wiedemann (1) a constaté que le votiaque le postpose, exactement comme l'accadien.
Pour ce qui est de la préfixation des pronoms sujets, restés intacts, au radical verbal dans la conjugaison^ au lieu de placer à la suite du radical des terminaisons
(1) Grammatik der Woijakischen Sprache, p. 270.
affixes provenant d'une altération spéciale des pronoms, le groupe tongouse, celui de tous dans la famille touranienne qui s'est immobilisé à Tétat le plus rudimentaire et qui , par conséquent, a dû le mieux conserver les formes originaires, présente le même fait. En mandchou, la simple position du pronom devant le radical crée une personne du verbe; bi-thege, si-thege sont « j'habite, tu habites, » comme en accadien mu-tuq^ iz4uq, «j'ai, tu as. » On egt donc en droit de voir ici le fait primitif, qui, dans les autres groupes, aura disparu, par suite de Faction, constamment plus grande, de la tendance à postposer tous les éléments grammaticaux. Il est même très-curieux que Ton ait pu assister, presque de nos jours, au passage de l'un à Tautre état, dans un des dialectes du groupe tongouse. Car le courageux et éminent explorateur des contrées et des langues de l'Asie septentrionale et centrale, Castrèn,^ constaté que ce n'est que tout récemment que le fait de l'emploi d'afflxes pronominaux pour les différentes personnes du verbe, inconnu encore aux autres dialectes tongouses, a fait son apparition dans le langage des tribus de Nyertchinsk, en Sibérie, comme, dans le groupe mongol, chez les Boudâtes. Nous en concluons que les langues touraniennes ont dû passer par trois états successifs, en ce qui est de l'incorporation du pronom sujet au verbe : V simple juxtaposition prépositive; 2** simple juxtaposition postpositive; S" transformation du pronom postposé en une terminaison affixe, distincte de la forme entière du pronom. Le groupe tongouse, à
rexception des tribus de Nyertchinsk, chez lesquelles le changement est si récent, est resté cristallisé à la première période ; les idiomes turco-tartares et ougro-finnois ont tous atteint la troisième. Quant à Taccadien, il a évidemment formé sa grammaire dans la transition entre le premier et le second état, quand on pouvait indifféremment préfixer ou sufTixer le pronom au radical. Et comme il avait à répondre aux besoins d'une vraie civilisation et d'une culture intellectuelle développée, comme il lui fallait une grande variété de formes verbales pour compenser la pauvreté du vocabulaire de ses radicaux, il a cherché une richesse grammaticale, qui lui manquait ailleurs^ dans la diversité des procédés d'agglutination qu'il pouvait employer, et il y a trouvé, pour la formation de ses voix, une ressource dont aucune autre des langues congénères n'a profité.
Quant à l'incorporation du pronom régime, si elle est dans le basque plus saillante que partout ailleurs, l'exemple du mordvine montre qu'elle n'a rien d'absolument étranger, ni de contraire au génie des langues touraniennes. En effet, dans le mordvine, une partie deâ terminaisons verbales contiennent les deux pronoms, sujet et régime, entre lesquels s'est établie une crase dont les éléments peuvent être encore analysés :
1»« PERSONNE RÉGIME *. mak (m-ûA , me+ tu); wam (m-aw, me + ille) ; "^^k {m-iskj me + vos).
2* PERSONNE : tan {f-an^ te + ego) ; wza^ (jiz-at, ille+te); dez (rf-ez, vobis-i-il!ud).
262 LA MAGIB CHEZ LES GHALDÉENS
3« PERSONNE : nA(«-ifc, illud-Hvos).
l'"* PERSONNE DU PLURIEL : misk {mi''i$k , no& + in) \ nua (mirta, nos+illi).
De même, en accadien^ mais avec les pronoms préposés au lieu d'être postposés, nous avons :
murûy «j'ai bâti; >> mvrna-rûj « je l'ai bâti; »
mu^nan-rûf « je lui ai bâti ; « fnu^na'mn'râf « je le lui ai bâti ; »
et ainsi de suite.
Enfin, si la postpositîon du cas motif, ftti, n'a pas d'analogue dans les idiomes touraniens actuels, il n'en est pas de même dans ceux de l'antiquité. On ne peut se refuser, en effet, à admettre son étroite affinité avec la postposition proto-médique ikha^ ikkis « vers, dans. »
Les af&nités qu'on peut remarquer entre Taccadien et le basque ne sont donc pas une raison suffisante pour méconusître la parenté de la langue d* Acead avec le groupe ougro-finnois. Elles se rattachent à une question plus large, celle des liens qui peuvent exister entre le basque jet les langues ougro-finnoises. Ce n^est pas la première fois que celle-ci se trouve posée. La parenté a été souté^ nue avec des arguments ingénieux par le prince Louis- Lucien Bonaparte et M. H. de Charenoej. Si cea deux habiles philologues ne sont point parvenus à la faire encore définitivement admettre par la science, elle n*en est pas non plus absolument rejetée, et elle reste au nombre des faits possibles, mais insuffisamment établis. Ce serait
trop dire que prétendre que la connaissance de l'accadien apporte la démonstration de la parenté du basque avec les langues ougro-finnoises, de la nécessité dMntroduire dans la grande famille touranienne un rameau ibérien, entre lequel et le rameau ougro-finnois devrait se placer le ramei^u accadien. Du moins elle fournira des argaments sérieux aux défenseurs d'une telle opinion, et elle introduit dans le problème des éléments dont il faudra désormais tenir compte.
c Les langues touraniennes, a dit M. Max Mûller, ne peuvent être considérées comme ayant les unes avec les autres la même relation que l'arabe avec Thébreu, ou le grec avec le sanscrit. Ce sont des rayons qui divergent d'un centre commun, et non pas des filles d'une même mère. }» Eien de plus exact que cette image^ même — ou peut-être à plus forte raison — quand on ne veut pas en étendre l'application aussi loin que Ta fait l'éminent professeur d'Oxford, quand on la restreint à l'ensemble, déj& suffisamment vaste, des langues oural-altaïques, dont le lien ne saurait être contesté. L'accadien, en faisant remonter de bien des siècles dans le passé de ces langues, rapproche considérablement du centre commun d*où elles ont dû toutes émaner en divergeant. Il n'est donc pas étonnant qu'il permette d'entrevoir, comme plusprobable, la communauté de foyer de certains rayons, qui dans l'état actuel ont telliment prononcé leur écartement qu'on ne peut les affirmer sortis de la même source. A ce point de vue, je n'hésite pas à croire que la langue d' Accad,
parlée et écrite en Chaldée bien longtemps avant Abra-^ ham, est destinée, quand elle sera plus complètement connue, à jouer un très-grand rôle dans la philologie comparée des langues agglutinatives. Elle y donnera peutêtre l'instrument qui a manqué jusqu'à ce jour, pour permettre à cette partie de la linguistisque d'atteindre le même développement et le même caractère positif que la philologie aryenne et sémitique.