CHAPITRE III Chirognomonie et chiromancie
La chirognomonie, ^im^le branche delà physiognomonie, enseigne à juger du caractère des personnes d'après les formes de leurs mains. Dans l'antiquité, Anaxagore, Démocrite, Artémidore, Chalchindus ; plus près de nous, le cardinal d'Ailly, Savonarole, le P. Niquet, et l'auteur du Miroir d'astrologie du XVII® siècle, ont écrit sur cette partie de la science physionomique(l).Le capitaine Stanislas d'Arpentigny, en 1856, écrivit dans La science de la raain, comme si tous ses devanciers lui étaient inconnus : « Je ne réclame que l'honneur d'avoir le premier entrevu les plages fécondes de cette science nouvelle. »
D'Arpentigny ne prétend pas indiquer l'état social d'un homme d'après la forme de sa main. Il se contente de signaler sept catégories : 1*^ main élémentaire ou à grande paume ; 2^ main nécessaire ou en
(1) Montaigne a simplement parlé de la mimique dans ce passage, cité par les chiromanciens. « Quoy des mains ? Nous requérons, promettons, appelons, con^érlions, menaçons, prions, supplions, interrogeons, admirons, nombrons, confessons, repentons, craignons, vergognons, doutons, instruisons, commandons, incitons, encourageons, jurons, témoignons, accusons, condamnons, absolvons, in'jurions, méprisons, défions, disputons, flattons, applaudissons, bénissons, humilions, moquons, réconcilions, recommandons, exaltons, festoyons, réjouissons, complaignons, attristons, réconfortons, désespérons, étonnons, écrivons, pensons; et quoy non ? D'une variété et multiplication à l'envie de la langue. » (Essais, I. II, ch. xii.) « Dieu, dit Jacob, mit des signes dans la main des hommes, afin que tous pussent connaître leurs œuvres. » (xxvii, 7.) — Valerius a écrit : Manus est index indolis. Chiromancia non magica, sed physica et naturalis. « La main dénote le naturel. La chiromancie est non pas une science magique, mais physique et naturelle.) Lachambre n'a exprimé à ce sujet que des idées arénérales.
spatule ; 3° main artistique ou conique ; 4° main utile ou carrée ; 5° main philosophique ou noueuse ; 6° main psychique ou pointue ; 7° main mixte. Dieu, remarque- t-il, en nous dotant d'aptitudes diverses, nous a dotés de mains de formes diverses : la main d'un poète n'est pas celle d'un mathématicien, et celle d'un homme d'action n'est pas celle d'un homme de contemplation.
D'Arpentiorny appelle une main mixte celle dont les lignes indécises semblent appartenir à deux types différents. — « Ainsi, écrit-il, votre main est mixte si, étant en spatule, par exemple, la forme en est si peu marquée qu'on puisse s'y méprendre et n'y vuir que des phalanges carrées. Une main élémentaire et conique peut être prise pour une main artistique. Une main artistique peut être prise pour une main psychique et réciproquement. Une main utile peut être prise pour une main philosophique, et réciproquement. » Selon lui, ces mains mixtes sont des mains de fusion, à qui appartient l'intelligence des oeuvres mixtes, des idées intermédiaires, de l'administration, du commerce, des arts industriels. DesbarroUes voit ici un signe de bon équilibre de facultés variées, chez Lamartine, J. Janin, Emile Augier, le général Daumas, Auber, Horace Vernet, Delaroche, Meissonnier, Diaz, Gérùme, qui unissent « le goût de la poésie à la recherche de la vérité ». Il y a une remarquable force de jugement comparatif dans cette seule remarque de d'Arpentigny : les animaux à pieds articulés sont supérieurs en inteUigence aux solipèdes. Il n'y en a pas moins dans cette autre : la paume est le siège des appétits physiques, et « jusqu'à un certain point, celui de l'intensité des aptitudes intellectuelles que ces appétits déterminent. » Vers la même époque, un savant allemand s'exprima aussi de cette manière :
<( Les os de la paume, dit le docteur Carus, forment,
chez les animaux, presque toute la main, comme on le voit chez les singes ; il ressort de là qu'une domination de la paume sur les doigts doit dénoter chez les hommes un caractère approchant de Fanimalité... La chiromancie dit avec raison que les couleurs blanches et jaunes des lignes de la main sont des signes de maladie. Comme une paume bien colorée, et tendre à peu près comme une terre amollie par la bêche, sensible, chaude, humide, annonce la jeunesse, la santé, la sensibihté, tandis que la sécheresse et la maigreur annoncent l'insensibilité, la rudesse du caractère (1) ».
La forme des doigts est aussi nettement définie par d'Arpentigny que celle de la main, et toujours d'après le raisonnement analogique.
« Aux doigts en spatule et carrés, écrit d'Arpentigny. Dieu a donné ia matière et la réalité, c'est-à-dire rindustrie, les arts utiles et nécessaires ; l'action, la théorie des choses, l'intelligence des faits, les hautes sciences ; aux doigts coniques et pointus, Dieu a ouvert le champ sans limites de l'idéalité : aux doigts coniques, en leur donnant l'intuition du beau selon le sens extérieur : Part ; aux doigts pointus, en leur donnant l'intuition du vrai et du beau, selon le sens intérieur, la haute poésie, la philosophie idéahste, le lyrisme (p. 31) (2).
Le lecteur rapprochera certainement ces vues de celles de Ledos sur le caractère humain dévoilé par la forme générale de la tête : la forme ovale du visage correspond à la forme pointue des doigts et ordinairement lui est associée , la forme carrée du visage à une forme analogue des doigts et ainsi de suite.
(1) Cité par Desbarrolles : Les mystères de la main, p. 175.
(2) Selon Desbarrolles, les doigts effilés signalent les qualités d'imagination et de divination ; les carrés, celles de raison, d'ordre, de règle ; les spatules, celles de l'action, et aussi la science des intérêts matériels.
La classification de d'Arpentigny est donc féconde. Toutefois il faut constater que la complexité de certains tempéraments détermine certaines variations dans la forme des doigts : tel homme a l'index carré et l'annulaire spatule. Desbarrolles en a fait plus tard la remarque et corrige sur ce point son prédécesseur.
D*Arpentigny a très bien exposé les déformations que les conditions sociales font subir aux mains sans changer leur type en aucune façon : il a observé des mains de poètes et de logiciens chez des paysans, qui ont des tendances imaginatives ou scientifiques. Cette déformation générale de la main correspond à celle des doigts.
Le lecteur trouvera dans son livre, qui mériterait une réédition, bon nombre d'observations très fines, et de citations fort bien choisies.
D'Arpentigny a développé seul, grâce à son expérience, les indices tirés de la forme des doigts. La première phalange du pouce, longue et ovale, signifie volonté persistante (1) ; longue et en bille, orgueil, domination (selon Desbarrolles, penchant à la fureur aveugle et même au meurtre, si d'autres signes ne corrigent pas celui-ci) ; très longue, domination tyrannique ; courte, manque de volonté (ou indolence, selon Desbarrolles) ; très courte, insouciance, découragement ; la deuxième, longue, logique et jugement ; courte, leur absence ; la troisième, longue et épaisse, amour brutal ; courte et assez plate, amour normal ; très courte et très plate, amour peu développé. La comparaison de la première et de la deuxième laisse voir quelle faculté prédomine, de la volonté ou de la raison.
(1) Si elle ne signifie pas simplement patience quand ce signe existe chez un lymphatique (à mon avis).
Le peintre Desbarrolles, ami de Dumas père, fut disciple d'Eliphas Lévi (l'ex-abbé Constant) et de Tabbé Lacuria, pour la philosophie cabalistique ; de d'Arpentigny, pour la chirognomonie.
Prenant pour base la distinction des trois mondes (divin, intellectuel et physique) il dit que que la première phalange correspond aux ianiltés volontaires et religieuses ; la deuxième, à celle do raisonnement, et que la troisième est matérielle (1).
Desbarrolles a fort bien montré comment un caractère peut en corriger un autre : « Le pouce, dit-il, peut tout modifier... Une main est molle et disposée à la paresse, mais si la première phalange du pouce est longue, celle de la volonté, la main molle travaillera sans aimer le travail, et s'il le faut, plus qu'une autre, par devoir. Une main spatulée aura un pouce court, elle deviendra incertaine, elle essaiera de tout, mais sans rien terminer, elle fera des voyages sans but ; son activité sans cesse mal dirigée lui deviendra inutile ; elle sera tendre, aimante, expansive, ce qui est contre tous ses instincts. Mais si la logique est très développée, alors son incertitude cessera ; elle verra vite par l'impresgionnabilité du pouce court, et la logique triomphera de ses incertitudes ; elle ira à coup sûr, et son activité éclairée la fera réussir. L'ordre matériel, second nœud des doigts, avec la logique, seconde phalange
(1) Les vieux auteurs allaient jusqu'à dire que chaque phalange est sous l'influence d'un signe du zodiaque ; que l'éminence hénar ou mont de Vénus, à la racine du pouce, correspond à l'étain ; l'hypothénar ou partie charnue de la main, au fer ; à droite, la lune, à l'argent ; l'index, à Jupiter et au cuivre ; le médius à Saturne et au plomb ; l'annulaire au soleil (Apollon) et à l'or ; enfin l'auriculaire à Mercure et au vif argent.
(2) Les mystères de la main, in-12, Bibl. Nat., V. 36507, et Révélations complètes, in-S', R. 10324.)
du pouce, et la main ferme, Tactivité, mènera infailliblement à la fortune.
« Le nœud philosophique (1) donne Tordre dans les idées, et surtout la recherche des causes qui en sont la conséquence.
((La logique et le nœud philosophique réunis feront un homme fort, à moins que la racine du pouce trop développée et le pouce court, ou la volonté trop faible, ne viennent l'entrahier dans un précipice. Il ira, mais il saura parfaitement qu'il y va. Toutefois, il a tout ce qu'il faut pour s'arrêter à temps » (p. 179-180).
Le même explique que la forme des doigts et la nature des lignes modifient le sens des monts : « une ligne de tète bien droite, une ligne de cœur assez faible, des nœuds aux doigts, un pouce long par la première phalange, peuvent donner à la ligne du soleil la signification d'amour de la richesse au lieu de l'amour des arts. Et, au contraire, une ligne de tête descendant vers l'imagination, des doigts lisses et pointus et un pouce court, indiqueront l'artiste » (p. 319).
Dans ses Réoélations complètes, Desbarrolles dit que (( toutes les sciences appelées à faire deviner le caractère des hommes donnent les mêmes résultats. » Mais il a fait une œuvre éclectique plutôt que synthétique ; et il a eu le tort de croire au système de Gall. La chiromancie doit, selon lui, corriger les indications de la chirognomonie, quand les signes compensateurs se peuvent vérifier : une ligne de tô:e longue corrige par la volonté de raison et de calcul l'indécision annoncée par un pouce court. La largeur du pouce corrige l'absence de longueur en donnant la persévérance, l'entêtement même : c'est, dit l'auteur, la force des faibles (2).
(1) A l'extrémité du doigt, entre la première et la deuxième phalange.
(2) Page 153.
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Il conserve en outre la terminologie traditionnelle : le pouce est gouverné par Vénus, l'index par Jupiter, le médius par Saturne, l'annulaire par Apnllon rie soleil) et l'auriculaire par iMercure. A la pariie inférieure de chaque doigt est (ordinairement) un mont ou éminence de même dénomination. Les monts de la Lune et de Mercure sont sur la coupure de la main,
La ligne de cœur ou mensale coupe la main, du mont de Jupiter au mont de Mercure ; la ligne de tête ou naturelle lui est à peu près parallèle, au milieu de la paume ; la ligne de vie contourne la base du pouce ou mont de Vénus ; la ligne de Saturne ou de chance va du médius au poignet ; parfois il existe des lignes d'Apollon et de Mercure, ou même un anneau de Vénus, rarement double ou triple, formant un demi-cercle au-dessus de la ligne de cœur, de l'index à l'annulaire (signe mauvais).
L'auteur constate que les lignes sont marquées dans la main d'un enfant mort avant d'avoir vu le jour, ce qui prouverait que l'influence des astres se fait sentir au moment de la conception plutôt qu'au moment de la naissance. Avec les autres chiromanciens, il rappelle que certaines li;i:ne«:, surtout celles d'Apollon et de Mercure, sont souvent à peine indiquées, ou même font totaleaient défaut.
La chiromancie est malheureusentent traitée par lui comme une science divinatoire. D'après la tradition, lorsque les trois lignes prin ipales n'ont pas de rameaux, c'est un signe de murt violente.
La ligne de vie doit être mesurée par degrés qui marquent les âges, depuis l'origine de la ligne de tête (avec laquelle elle se confond souvent) ju«^qu'au poignet. Il admet que ses indications corresj)ondent à celles de la saturnien -^e, bien que celle-ci ne puisse être divisée en degrés. De la rascette (ligne-! du poignet à la ligne de tête, sont marijuéf^- les trente \ unières années ; il y aurait dix à qumze ans de