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plus de la ligne de tête à celle du cœur ; et les autres années, depuis la quarantième, seraient marquées par la continuation de la saturnienne jusqu'au mont de Saturne. Une main, selon Desbarrolles, donne par la saturnienne le caractère général de la vie, tandis que l'autre signale par des brisures les époques de crise.
Les époques de la vie seraient marquées aussi dans la ligne du soleil (ou apollonienne) (1).
« La ligne de chance (saturnienne), dit le fameux chiromancien, excelle surtout à indiquer les temps d'arrêt de la fortune et leur époque : ce que donnent en détail les lignes parties de Vénus, mais sans former un tout (2). »
Si cette remarque est juste, le chiromancien, me semble-t-il, devra pouvoir constater diverses correspondances entre la ligne de vie et celle de Saturne : par exemple, la première est-elle très rayée à sa naissance, ce qui signale des malheurs (ou des maladies) dans les premières années, le même signe doit se retrouver à l'extrémité inférieure de la saturnienne et de la hgne du soleil, si cette dernière existe. Tout autre signe, bon ou mauvais, nettement marqué sur une ligne, devrait aussi exister sur l'autre. Desbarrolles l'a montré pour diverses personnes qu'il n'a point nommées : son raisonnement eût gagné en valeur, s'il l'avait appliqué à l'avenir de contemporains dont il aurait eu la permission de publier le nom et l'adresse (3). Le sceptique peut dire que le vaniteux artiste a fort inexactement rapporté ce qu'il raconte.
La couleur et la profondeur plus ou moins accentuée des lignes correspondent, d'après la tradition, à rintensité et à la force des sentiments, des passions,
(1) Pp. 1?3, 205.
des qualités et des défauts. La ligne de cœur (ou de Mercure), terminée en fourche, annonce très souvent ia suffocation. La ligne de tête brisée prédit la mort sur l'échafaud (1).
Les maladies sont indiquées sur la ligne de tête par des îles ou des points correspondant à des marques foncées sur la ligne de vie, quand ces signes ne lui sont pas simplement joints par une ligne capillaire. Un point noir dans la ligne de vie indique une fièvre typhoïde ou nerveuse ou des douleurs de tête Une étoile sur la ligne de tête annonce une blessure à la tête ou la folie (2). Les aptitudes indiquées par chaque mont sont proportionnées au développement de celui-ci : quand les monts sont plats, les aptitudes sont nulles. Le creux à la place du mont donne l'inaptitude. « Mais les raies, qui représentent l'électricité (?), donnent aux monts même môdiocres,même plats, une énergie nerveuse. » Les raies ou lignes augmentent toujours l'importance du signe planétaire d'un mont ou d'un doigt, à moins qu'elles ne soient transversales (3). Une étoile sur le mont de Saturne annonce une mort tragique, ou une maladie incurable ; sur le mont de la lune, une maladie provenant de l'élément eau (hydropisie, maladie de vessie, naufrage) (4). Une croix sur le mont de Jupiter est un signe heureux ; joint à une étoile, il annonce un mariage d'inclination ; sur Mercure, c'est improbité ; sur le quadrangle (entre les lignes de cœur, de tête, de Saturne et de Soleil), c'est disposition au mysti-
(2) P. 112. Selon DesbarroIIes, le type planétaire de Saturne donne les chutes, les empoisonnements, les blessures aux jambes, les mauvaises dents, et réuni au type de Vénus, la surdité ; celui de Soleil, les maux d'yeux (p. 141.)
(3) P. 148. L'auteur dit que deux points dans la ligne de coeur, sous le mont de Mercure, prédisent des chagrins provenant des «afants ; mais ailleurs il dit qu'ils viendront des médecins. J'ai ce signe : que me présage-t-il ? î ?
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cisme ; au milieu de la plaine de Mars (au-dessous dp. la ligne de tête), c'est disposition à la querelle ; sur le mont de la Lune, tendance à l'exagération ; sur celui de Vénus, amour unique ; il annonce le succès quand il est sur la rascette (ligne souvent double ou triple à la jointure du poignet) (1). Les grilles maléfi* ient les signes planétaires. Le carré est signe de préservation, surtout lorsqu'il entoure des lignes menaçantes (2). Desbarrolles assure que le développement de chaque mont, chez la femme, indique quel genre d'homme elle est portée à aimer : les médecins d'après le mont de Mercure, les agriculteurs d'après celui de Saturne, les gens haut placés, d'après celui de Jupiter, les artistes, d'après celui du Soleil (3).
Tout en se montrant discret, il donne d'intéressantes consultations sur les mains de ses contemporains les plus célèbres, et assure avoir réussi plusieurs milliers de fois à pronostiquer diverses fatalités. Mais aujourd'hui le moyen de vérification fait défaut. Son disciple Andrieu veut que la chiromancie soit appliquée à l'éducation.
Après Desbarrolles (mort en 1886), Mme Louis Mond a fait progresser la chiromancie en l'unissant à la graphologie : c'est une tentative de synthèse intéressante, quoique incomplète (4).
Papus n'a pas seulement vulgarisé cette étude par son Traité méthodique de science occulte , son Traité de magie pratique, et un hvre particulièrement consacré à la chiromancie : il a perfectionné le système de DesbaroUes, en s'inspirant de Philippe May de Franconie.
(4) La chirognomonie, Bibl. Nat. in-8*, V. 14116.
« Au milieu de la main, dit-il, nous trouvons la fatalit<^, à droite de cette fatalité (ligne de Saturne) les tendances abstraites (art ou science) ; à gauche les tendances positives (ambition pratique et logi^ que)... Si l'indicateur dépasse l'annulaire, l'individu considéré préfère le positif à l'idéal, l'argent à la gloire. »
La partie la plus originale peut-être de son ouvrage est celle où il parle de la manière de déterminer l'âge d'une personne au moment de tel ou tel événement important, même à venir. Huit fois sur dix, affîrmet-il, il a réussi à faire cette détermination. Son système est plus précis que celui des anciens cabalistes et chiromanciens : les uns divisaient la ligne de vie en sept degrés ; les autres en dix de dix années chacun, se rétrécissant depuis la soixantième : le premier, partant du point correspondant au milieu du doigt de Jupiter (l'index) était limité par une ligne droite tirée de Saturne à la ligne de vie. Papus assure que la rencontre de la saturnienne avec la ligne de tête marque la vingtième année (1), avec celle de cœur, la quarantième ; que la rencontre de la ligne d'Apollon avec la ligne de tête marque la trentième ; que la rencontre de la ligne de Mercure avec la même indique la quarantième. Les points d'intersection de la ligne de cœur avec ces trois lignes donnent 40, 25 et 10 ans.
Ce système, du reste, n'oblige pas à rejeter ce que les anciens chiromanciens ont dit de la ligne de vie. Mais Papus, non plus que Desbarrolles, n'a jamais publié une série d'observations faites sur des contemporains et annonçant pour leur avenir des fatalités contrôlables par le sceptique. Le savant occultiste n'explique pas comment il a été amené à faire cette détermination 11 se rapproche de ses prédécesseurs pour la plupart des règles de détail, mais
(1) La trentième selon Desbarrolles.
toujours en les précisant. Par exemple, il indique ainsi la distinction entre les tendances matérielles et les tendances abstraites : « une ligne part de la fatalité, un peu au-dessous de la ligne de tête et se dirige vers l'annulaire (Apollon),., tendance artistique... à vingt-cinq ans. » On peut lui faire cette objection ; il faudrait pouvoir affirmer que cette ligne ne s'allongera pas un jour jusqu'à rauriculaire (Mercure) ; et de plus savoir d'avance si le con~ sultant est un artiste : car s'il est un profane, en admettant même la vérité de cette remarque, ce trait marquerait simplement l'éveil du sens artistique.
Ailleurs, Papus dit que chaque saut de la ligne de fatalité indique un événement important ; et que les petites lignes qui l'accompagnent signalent un accroissement de chance ; qu'une fourche sous l'annulaire présage la fortune (i) ; que la confusion à leur origine de la ligne de tête et de celle de vie signifie une grande défiance de soi-même. Nou?* sommes en droit de réclamer à Papus, comme à tous les autres physionomistes, de vouloir bien indiquer en note les autorités sur lesquelles il s'appuie, les vues propres à tel ou tel auteur, les divergences surtout des anciens.
Il faudrait de longues années pour lire tous les auteurs qui ont traité de la chiromancie, relever leurs divergences et signaler de plus les signes dont la signification est inconnue : mais ce travail de bénédictin pourrait être accompli par un chercheur ayant des loisirs et de l'érudition. Son accomplissement est indispensable pour que le sceptique ne voie plus dans la chiromancie un ensemble de règles la plupart copiées sur des auteurs qui les doivent à leur nnagination, et pour qu'il admette ce juge-
(1) Desbarolles, les anciens, Mme de Thèbes, dise-t tout U contraire.
ment de Dumas fils : « La chiromancie sera un jour la grammaire de l'organisation humaine. »
Je n'irai pourtant pas jusqu'à dire que tout est faux ou hypothétique dans la chiromancie. Le docteur Francis Galton a démontré que les raies et le pointillé résultant de l'empreinte du pouce présentent des signes invariables pour le même individu : on a même commencé d'en faire un moyen plus sur pour reconnaître un accusé, concurremment avec les mesures anthropométriques du docteur Bertillon. Ce fait seul suffirait à prouver que le pouce a sa physionomie, et par conséquent que tout Tintérieur de la main doit en avoir une aussi bien que le visage.
Il est regrettable toutefois, puisque les chiromanciens actuels admettent que les signes de la main s'effacent et que d'autres apparaissent, grâce à l'action de la volonté ou des événements extérieurs, qu'ils prétendent faire une science divinatoire avec une simple branche de la physiognomonie.