‹ Les Sciences sociales en AllemagneChapitre 5 sur 21 · P,. VON .ÏIIEHING. — LA PHILOSOPHIE DU DROIT · texte numérisé non relu

P,. VON .ÏIIEHING. — LA PHILOSOPHIE DU DROIT

leurs réelle ou imaginée, et souvent l'éloquence d'un des échangeurs entraînera l'autre à imaginer une coïncidence qui n'est pas réelle. Mais le commerce idéal, par lequel les deux égoïsmes en jeu sont également satisfaits, est celui qui établit l'équivalence entre les valeurs des choses échancharge d'ailleurs lui-même, le plus souvent, d'amener le commerce à cet état idéal. D'une part la concurrence deségoïsmes force le marchanda vendre au plus juste prix ; d'autre part, son propre calcul lui apprend que. s'il exploite ses clients, il les perdra.

Ainsi le commerce repose essentiellement sur l'égoïsme ; et cela même est heureux. Un commerce fondé sur la bienveillance serait intolérable. Il détruirait notre liberté économique et même morale en nous mettant à la merci îles caprices et des préférences individuelles. Devant le commerçant égoïste, au contraire, tous les hommes sont égaux. En ce sens on peut dire que l'argent est le grand apôtre de l'égalité f. Par le seul jeu des égoïsmes, le commerce réalise une certaine indépendance des personnes, une certaine équivalence des choses, une certaine justice.

Pour comprendre l'extension de cette première justice, il faut étendre la notion même du commerce. On peut vendre non pas seulement des choses, mais du travail. Et, de même qu'il n'est pas toujours juste de ne vouloir payer, dans un achat, que la valeur réelle de l'objet acheté, sans payer, par exemple, une part des frais généraux du marchand, de même il ne serait pas juste de ne vouloir payer que le temps précis du travail vendu, sans payer au travailleur, comme au médecin par exemple, son temps d'études, ou même, comme au commissionnaire, son temps d'attente forcée. La notion d'équivalence est donc plus large qu'elle ne parait au premier abord, et le système de la rétribution, fondé sur l'égoïsme, nous explique non seulement l'organisation du commerce proprement dit, mais encore celle du travail.

A vrai dire, n'y a-t-il pas des cas où cette loi d'équiva-

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lence trouve difficilement son application ? Quand il s'agit d'un travail intellectuel, on ne peut mesurer ni l'effort qu'il a coûté, ni le résultat qu'il a produit ; il semble impossible par suite d'en donner une rétribution équivalente. Aussi, dans les cas de ce genre, à la rétribution matérielle, précise, évaluée en argent vient s'ajouter, quand elle ne la remplace pas tout à fait, la rétribution idéale, faite d'honneur et de considération. Même dans les temps modernes, où le travailleur intellectuel est obligé de gagner sa vie comme les autres, on a le sentiment qu'on ne peut mesurer, et, par suite, payer avec précision les services d'un avocat, d'un ingénieur ; on ne dit pas qu'ils ont un gain, un « salaire », mais des « honoraires », des « appointements ». Mais, si différents que soient ces phénomènes des phénomènes de rétribution commerciale proprement dite, nous y trouvons encore une coïncidence d'intérêts fondée sur une diversité d'intérêts, un échange d'un certain travail, matériel ou intellectuel, contre une certaine rétribution, matérielle ou idéale ; nous pouvons par suite les faire rentrer sous la catégorie générale du commerce.

Tout autres sont les phénomènes d'association. Ici les intérêts sont par définition identiques. Cette identité des tins peut d'ailleurs s'accorder soit avec l'identité des moyens, comme dans le cas où tous les sociétaires font le même travail, soit avec la diversité des moyens, comme dans le cas où le travail est divisé entre ses sociétaires et différencié. Mais, quelles que soient ses différentes organisations , l'essence de l'association , au point de vue de la fin, se distingue nettement de celle du commerce. L'association ne nous fait pas encore sortir de l'égoïsme ; mais tandis que par le commerce, l'égoïsme cherchait son intérêt aux frais de l'intérêt d'autrui, il cherche, par l'association, son intérêt dans l'intérêt d'autrui. L'intérêt de mon associé et le mien ne font plus qu'un ; ce qui est avantageux à l'un, Test du même coup à l'autre. En ce sens, l'association établit entre l'égoïsme et le désintéressement une sorte de transition. Si elle n'élève pas encore le lien aux dépens du mien, elle n'élève plus lemien

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