K. VON JHERING. — LA PHILOSOPHIE DU DROIT
terme> op goïsme et altruisme, ne feraient plus
qu'un. Ainsi la dialectique téléologique, ayant parcouru les différents cercles de la vie sociale, se serait achevée en um se, qui aurait réconcilié les forces opposées
par la thèse et l'anlithi
livres de Jhering nous montrent que, s'il en avait eu le temps, il eût élargi encore le cercle des applications de la finalité, que par elle il eût essayé d'expliquer la genèse, non pas seulement des idées juridiques et morales, mais encore des idées religieuses et même des idées scientifiques.
S méthode apparaît clairement dans les quelques problèmes d'origines qu'il traite, à propos de l'histoire primitive des Indo-Européens. Il se plaint qu'on prenne les pour des causes et qu'on attribue à la puissance des idées la création d'institutions qui sont nées des besoins pratiques de l'égoïsme l. C'est ainsi qu'il reprochera à Fustel de Coulanges 2 d'essayer d'expliquer par l'histoire d'une croyance toutes les institutions de la cité antique, à Renan 3 d'essayer d'expliquer, par le développement de l'idée monothéiste, toute l'histoire du peuple juif. Les croyances ne sont pas des faits premiers, elles demandent à être expliquées ; les mêmes tendances qui expliquent tous les faits sociaux les expliqueront. Les tendances religieuses nous paraissent au premier abord assez différentes des tendances égoïstes ; elles en sont pourtant le fruit naturel. L'Aryen qui offre des sacrifices aux mânes de ses pères obéit à la crainte, et est utilitaire. Les actes religieux paraissent assez différents des actes utiles. Mais, outre qu'il suffit, pour les justifier du point de vue utilitaire, que leur utilité soit imaginée, on peut, la plupart du temps, y reconnaître des habitudes engendrées par des actes anciennement utiles \ On expliquerait de la sorte l'origine
(1) Vorgeschichte^ 51.
. Vorgeschichte, 63-73.
rgeschichte, 288-300. (4j Vorgeschichte, 413.
des rites les plus bizarres, et par exemple celle du tème augurai des 'Romains. Tout ce système est un souvenir de la période d'émigration pendant laquelle les ancêtres des Romains allaient de l'Orient vers l'Occident. Pendant cette période, il était utile aux conducteurs des émigrants, pour savoir s'ils devaient arrêter leur armée ou continuer leur marche, de contempler l'état du ciel du coté de l'Occident, de consulter le vol des oiseaux, les vestiges des quadrupèdes, de scruter les entrailles des bœufs l. Ainsi les nécessités pratiques sont mères des formes comme des idées religieuses.
Les mêmes nécessités ont sur l'histoire des sciences la plus grande influence. Si les Babyloniens ont fait beaucoup pour le progrès des mathématiques et de l'astronomie, leurs découvertes sont dues, non pas tant aux spéculations théoriques de la pure science, qu'aux exigences pratiques de l'architecture et de la nautique -. Les idées scientifiques apparaissent sous la pression des besoins. C'est la fin qui fait naître les sciences comme elle fait naître les religions. D'une façon plus générale, les inventions se produisent au moment et à l'endroit où. d'une part, les besoins humains sont les plus exigeants, où. d'autre part, les conditions naturelles sont les plus favorables 3. A l'aide de cette double détermination la finalité peut, suivant Jhering. expliquer tous les phénomènes sociaux, et «c nécessiter » l'histoire.
(1) Vorgeschichte, 439-459.
(2) Vorgeschichte, p. 141-179-223. On trouvera, dans la nouvelle édition de VHistoire ancien m' des peuples de V Orient classique, de Maspero, des explications analogues. C'est ainsi qu'il explique le développement de la géométrie chez les Egyptiens par l'obligation où le Nil les mettait, en modifiant et en effaçant, dans ses crues, les bornes naturelles des champs, d'arpenter avec précision. I. 328.
(3) Vorgeschichte, 106, 186.