XVI PRÉFACE
l'endroit qu'ils auraient dû occuper; si bien que dès qu’on s’aperçoit de la lacune on s’aperçoit aussi de la restitution. Si l’on admet l’existence de deux mains différentes, on est obligé d'admettre que les vers ont été écrits d’abord à la marge extérieure, puisqu'ils sont de la main du texte de R!; et alors on se demande pourquoi le second copiste, R?, qui n’a pas pu ne pas voir cette restitution, ἃ transcrit une seconde fois ces mêmes vers sur la marge supérieure. Si, au contraire, on n’admet qu'une seule main, l’explication devient très simple : le copiste s’est aperçu de la lacune quand il transcrivait les scolies, 1] a aussitôt rétabli à la marge supérieure les vers omis. Cette restitution, — nous en avons d’autres exemples, — a été faite d’après le système d'écriture des Scolies ; mais bientôt, remarquant que sur cette marge supérieure le passage restitué était trop éloigné de la place qu’il devait occuper primitivement, il l’a transcrit de nouveau, cette fois à la marge extérieure, et, pour que toute confusion fût impossible, d’après le système d'écriture du texte.
Il y a, dans le manuscrit de Ravenne, un certain nombre de faits paléographiques qui offrent de l’intérêt. Nous ne nous occupons ici que des scolies ; c’est là d’ailleurs que ces faits sont le plus nombreux, les scolies ayant, en règle générale, beaucoup plus d’abréviations que le texte.
L’abréviation de l’4 se fait par un trait horizontal : Κλέων — Κλέωνα, Nuées, 549 ; c’est l’abréviation régulière, et nous la trouvons constamment employée dans les scolies, sauf pour la syllabe τα, qui s’abrège ainsi : +. Cette exception avait été signalée (1) pour un manuscrit d’Aristote, le Marcianus 201, de l'an 954.
La plupart des abréviations régulières de la minuscule ont pour origine la tachygraphie. Le principe suivi, en tachygraphie, était de transcrire, non l'orthographe, mais la prononciation. Toutes les syllabes ou groupes de lettres qui avaient la même prononciation étaient représentés par le même signe, ainsi par exemple les syllabes Ἣν; εἰν, tv et ns, εἰς,
(1) Die tachygraphischen Abkürzungen der Griechischen Handschriften , von O. Lehmann, Leipzig, 1880, p. 30.