PRÉFACE. XIX
il se servit des abréviations tachygraphiques à peu près de la même façon que le copiste du ms. 990 de notre Bibliothéque nationale (1) ; il avait, lui aussi, pour excuse que l’espace lui manquait sur les marges pour la transcription des scolies ; mais l'emploi qu’il fit de l'écriture à la mode fut bien plus timide ; nous voyons les abréviations tachygraphiques apparaitre assez tard dans la partie des scolies écrite par R!, el disparaitre presque aussitôt après. Tous ces faits ont leur intérêt, et, rapprochés des particularités que nous avons signalées pour les abréviations ordinaires, ils donnent une importance nouvelle à un manuscrit si intéressant déjà à tant d’autres égards.
Les dernières éditions des scolies d’Aristophane sont celles de W. Dindorf (Oxford, 1835, 8 vol.) et de F. Dübner (Paris, 1841, un vol. collection Didot). Ces deux éditions marquent un progrès très sérieux sur les précédentes, et en particulier les Adnotationes que Dübner a ajoutées à la fin du volume forment à ces textes souvent si difficiles un commentaire dont le secours est indispensable. Le défaut commun à ces deux éditions c’est de reposer sur une connaissance insuffisante (2) des manuscrits. Si parmi les textes que nous a transmis l'antiquité il en est qui ont subi des altérations nombreuses, ce sont bien ces commentaires, ces notes explicatives, dont la sécheresse était une excuse pour la négligence des copistes, et qui, par la place qui leur était réservée sur les marges,
le dixième , il existe, pour un certain nombre de syllabes, deux manières de les écrire en abrégé : l’une selon le système ordinaire de la minuscule, l’autre selon le système sténographique byzantin. Les copistes qui, donnant dans la mode, se sont plus ou moins exercés à se servir de la nouvelle sténographie, mêlent alors volontiers quelques signes néosténographiques aux abréviations du système ordinaire. » Charles Graux , op. cit. C’est tout à fait le cas pour le copiste du manuscrit de Ravenne.
(1) Ce manuscrit a été décrit par Ch. Graux, p. 316, op. cit.
(2) Cette insuffisance avait été signalée pour le manuscrit de Venise dans une communication de M. Augsberger, lue à l’Académie de Munich par M. Bursian, cf, Sitzungsberichte der kôn. bayerischen Akademie der Wissenschaften zu München, 1877, ?° livr.
be à PRÉFACE.
étaient les premières atteintes et pâtées si le manuscrit venait à subir quelque dommage. Dans ces conditions, il n’en est que plus important d'établir d'une façon aussi certaine que possible la lecon des manuscrits. C’est la raison qui nous a porté à tenter ce travail, en nous bornant, pour des motifs que nous donnerons plus bas, à l’étude d’un seul manuscrit.
Nous ne voulons pas faire cette préface trop longue; nous nous bornerons donc, pour donner une idée des résultats nouveaux que contient notre collation , à l'examen d’une des pièces d’Aristophane, pour lesquelles les questions qui concernent les scolies se présentent de la façon la plus simple. Nous prenons les Æcclesiazusæ ; dans cette pièce, les scolies sont peu nombreuses, assez courtes, et de plus, comme nous n'avons que très peu de manuscrits donnant ces scolies, une des fautes que nous trouvons le plus fréquemment dans les éditions précédentes , les erreurs d'attribution de tel passage à tel ou tel manuscrit, cette faute ne se rencontre qu’assez rarement. Nous ne relèverons (1) que les faits un peu imporlants : 36, 1. 27 κνύσμα, ibid., 28 χνύσμον. Cette orthographe, au lieu de χνίσμα, xviouov, se rapproche davantage du mot que les principaux manuscrits donnent pour le texte χνῦμα, cf. le Thesaurus aux mots xvioux et χνῦμα. — 45, ἔχαπτον. Cette conjecture de Portus, à la place de ἔχωπτον qu'on disait être la leçon du ms., se trouve confirmée par le Ravennas. — 49, Λυσιστράτη au lieu de Λυσιστράτην. C’est un genre de faute assez fréquent ; ainsi v. 71 et 101, μέγα pour μέγαν; dans l’archétype du Rav., le v final devait être représenté par un trait horizontal dans l’interligne, cette abréviation aura pu disparaître ou ne pas être vue du copiste. — 88, αὐτά au lieu de ἐρία est la lecon de l’Aldine, du Laurentianus F, — 96, ἀναδαίνουσα au lieu de dvabaivoucav; cette dernière lecon pouvait induire en erreur et faire supposer dans le texte une leçon autre que celle que nous y trouvons : ônepéuivouoé τις. — 102, θηλυδρώδης pour θηλυδριώδης. Dans notre manuscrit, l”: est ordinairement représenté par un trait assez petit, quelquefois
(1) Nous ne dirons rien de ce qui semble être, dans Dübner, des fautes d’impression, ainsi, 404, 27 Λάκωνιν, etc.
PRÉFACE. XXT
par un simple point; souvent même il est omis. Cf, ce que nous avons dit Nuées, 352, le copiste écrit très souvent ποεῖν pour ποιεῖν, δός pour υἱός, etc. — 109, 49, le vers manque tout entier. — 160, scolie nouvelle, ἀναμνησθεῖσα ; Praxagora, se souvenant qu'elle doit jurer comme jurent les hommes, dit: ὦ νὴ τὸν ᾿Απόλλω. — 185, scolie nouvelle, ἐκκλησίαις. — 208, 11, les mots χωλὸς ἄτιμος χαὶ ἀμαθής manquent. — 221, le texte donné jusqu'ici s'explique difficilement : ἐπιτρίδουσι, μοιχεύουσιν, À ἐν τῷ μηδὲν πράττειν ; 1] devient très clair avec la lecon de ἢ: μοιχεύουσαι ἢ ἐν τῷ μηδὲν πράττειν ; explication qui tombe sur les mots χαθήμεναι φρύγουσιν. — 296, la lecon véritable de R., ἀλλὰ ἃ dei εἰπεῖν εἰπῆς, au lieu de ἀλλὰ δεὶ εἰπεῖν ὁπῶς, donne un sens bien préférable. — 302. Nous sommes étonné (1) que le texte de cette scolie n’ait pas encore été corrigé : ὡς διὰ τὴν εὐτέλειαν τοῦ μισθοῦ δικάζειν θελόντων. Les. juges athéniens voulant juger parce que le salaire est médiocre, ce n’est pas sous cet aspect qu'ils nous sont montrés d'ordinaire ; le texte d’Aristophane dit d’ailleurs tout autre chose : ὅσοι πρὸ τοῦ | μὲν, ἡνίκ᾽ ἔδει Aubeïv | ἐλθόντ᾽ ὀδολὸν μόνον, χαθῆντο λαλοῦντες [ἐν τοῖς στεφανώμασιν᾽ | νυνὶ δ᾽ ἐνοχλοῦς᾽ ἄγαν. La lecon de ἢ, pour le texte de la scolie, est plus conforme à la vérité historique et à la pensée d’Aristophane, elle ajoute un entre δικάζειν et θελόντων. — 319, περσιχαὶ) εἶδος ὑποδημάτων εὐτελῶν. Les chaussures appelées persiques auraient donc été de peu de prix; dans le Περὶ πόλεων au mot Πέρσαι, Etienne de Byzance dit : εἶδος εὐτελοῦς ὑποδὴήματος. CI. cependant ce que dit la scolie du v. 707 des Oiseaux. — 351, la scolie ἱμονιὰ (20) — ὕδατος (21) manque. — 357, οἷον ἐπίκειταί μοι καὶ θλίδει, le mot μοι rend la phrase complète et la fait plus conforme à la lecon du texte ἐνέχεται γοῦν μοι. — 440, τῶν ᾿Αθηναίων glose nouvelle, expliquant le mot τῶνδε. — 473, ἀχούσασαν au lieu de ἀχούουσαν. L'aoriste est la lecon nécessaire dans cette construction : φασὶν ἀκούσασαν τὴν ᾿Αθηνᾶν προσθεῖναι, Cette lecon correspond à la construction de la phrase précédente : φασὶν ἡττηθέντα τὸν Ποσειδῶνα καὶ λυπηθέντα χαταρᾶσθαι τῇ πόλει. ---- 516,
scolie nouvelle, ἱκανωτέρα φρονιμωτέρα expliquant le mot δεινοτέρα.
(1) Disons cependant que M. Fr. Blaydes avait proposé, mais avec hésitation, la correction suivante : δικάζειν (οὐ δικάζειν ?) θελόντων. cf. l'édition des Ecclesiazusæ due à ce savant. Halle, 1881,