LV PRÉFACE
bli avec quelles sources Musurus avait composé son recueil ; certaines de ces sources semblent aujourd’hui perdues. Quoi qu’il en soit, l'édition princeps d’Aristophane est un des titres sérieux d'Alde Manuce à la reconnaissance de la postérité, et la part que Musurus ἃ prise à cette œuvre ἢ est pas la moins recommandable.
En 1515, B. Junti donna à Florence la deuxième édition d’Aristophane; c'était, à peu de chose près, une répétition de l’Aldine. Junti, lui aussi, avait eu l'espoir (1) d'enrichir le recueil de quelques comédies nouvelles; mais il avait dû y renoncer, et il ne donnait que les neuf pièces déjà publiées par Alde. Cette édition de Junti était à peine mise en vente (septembre 1515), qu’il parut (28 janvier 1516) dans le même format et avec les mêmes caractères un volume supplémentaire contenant enfin les deux pièces qui manquaient encore au recueil d'Aristophane, tel que nous l’avons aujourd’hui (2), Lysistrata et les Thesmophoriazusæ.
Les deux nouvelles pièces (l'éditeur nous le dit dans sa préface) étaient publiées d’après un très ancien manuscrit provenant de la bibliothèque d’Urbin. Depuis Junti, ce ma-
(1) « Putabam vir doctissime duas quoque notioribus his addere posse nondum ab aliis impressas, quæ cito forsan abs te nostra ope his novem comitatæ legi poterunt, ni forsan Euphrosyni bonini præceptoris tui et aliorum tuorum pariterque nostrorum amicorum promissa irrita quod credere nequeo in leves abibunt auras » (Dédicace de Junti à Fr. Accolti, évêque d’Ancône).
(2) Venit mi Francisce expectata dies illa in qua ex Urbinate bibliotheca antiquissimum Aristophanis exemplar nacti sumus, ibique inter alias Λυσιστράτην xai Θεσμοφοριοζούσας... non alias visas comedias invenimus... Nec te ignorare velim vir doctissime plus aliis truncatas , mutilatasque has esse comedias, quibus emendandis lynceis ut aiunt oculis opus fuisse non dubites.. » Florentiæ X. ianuarii MDX V.
A la fin du volume on lit :
« Bernardus Tunta lectori. S.
» Habes candide lector nusquam hactenus impressas binas Aristophanis comœædias. Sacrificantes feminas, atticamque Lysistraten. Quas ex codice adeo vetusto excerpsimus ut altera interdum dictionis pars ibi desideretur. Si quid igitur in illis quod tibi molestum sit invenies quia ἀπαραλλάχτως cudere voluimus, id evenisse scias. Vale.
» His summa manus imposita est, quinto KI’ Februarii M.D.XV. Leonis papæ nostri anno tertio. »
PRÉFACE. ÿ
nuscrit avait disparu, perte regrettable, car il avait fourni très souvent d'excellentes leçons. On n'avait cependant pas renoncé à tout espoir de retrouver un texte perdu ainsi au commencement du seizième siècle, en pleine culture littéraire. M. À. von Velsen, en faisant ses collations, remarqua que, sur le manuscrit de Ravenne, les marges des feuillets contenant Lysistrata et les Thesmophoriazusæ portaient une série de chiffres arabes, des indications de personnages el d’autres signes appartenant à une main du seizième siècle. Il nota dans sa collation ces particularités, dont 1l ne saisissait pas alors le sens. C’est seulement après son retour en Allemagne , quand il reprit son travail, qu'il s’apercut de la concordance que ces chiffres et ces signes offraient avec la pagination de la Juntine. La concordance était telle, et il y avait là un tel ensemble de preuves, que le doute n’était pas possible : l’Urbinas de Junti était retrouvé. Ce n’était malheureusement pas un texte nouveau qui nous était rendu, mais une équivoque était dissipée; la place que la Juntine devalt occuper comme source du texte était définitivement établie ; enfin une lumière précieuse était faite sur le passé des manuscrits de Ravenne.
C'est, en effet, pour l’histoire de ce manuscrit que la découverte de M. von Velsen est importante. J’ai déjà eu l’occasion, dans un précédent fascicule de la Bibliothèque des écoles francaises d'Athènes et de Rome, de m'occuper de la bibliothèque qu'avaient réunie les princes de la maison d’Urbin. On me permettra de renvoyer à ce travail (1). M. A. von Velsen, dans la brochure qui contient le récit de son intéressante découverte (2), commet une erreur quand il dit (p. 5?) que, jusqu'en 1515, le Ravennas a appartenu à la Vaticane, classé dans le fonds d'Urbin. Le manuscrit de Ravenne n’a pu être, en 1515, à la Vaticane, par la raison que la bibliothèque d’Urbin a été apportée au Vatican seulement en 1657, sous Alexandre VIT. Ce Ravennas n’a jamais été à la Vaticane.
(1) Le manuscrit d'Isocrate Urbinas CXI, de la Vaticane. Paris, 1881, p. 2. (2) Ueber den Codex Urbinas der Lysistrata und der Thesmophoriazusen des Aristophanes. Halle, 1871.