ACTE III
que celles-là que vous attaquassiez. Mais vous ne faites entre toutes ni choix, ni différence. Quel tort a-t-elle jamais eu envers vous, Don Juan, cette enfant qui est devant vous? Elle est pure, douce, tendre. Pourquoi êtesvous venu troubler son repos? Avant de vous avoir vu, elle était contente de son existence simple et tranquille et elle eût accepté de la continuer avec quelque honnête homme qui l'eût aimée. Elle aurait vécu heureuse et respectée, à son foyer dont elle n'aurait connu que les joies simples, mais durables. Au lieu de cela, il a suffi que vous parussiez. Il lui a suffi d'entrevoir, au coin d'une rue, votre visage maudit et cet habit rouge qui est sur vous, moins l'accoutrement d'un gentilhomme que la livrée même de Satan, pour lui pervertir l'esprit et lui tourmenter le cœur. Dès lors, rien de ce qui composait son existence ordinaire n'a plus compté pour elle. Elle a tout oublié, et vous avez détruit en elle l'édifice de la paix pour y substituer l'autel brûlant de l'amour. La couleur de feu que vous portez lui a communiqué sa dangereuse
flamme dont il ne restera un jour en elle que des cendres amères et empoisonnées. Vous êtes parvenu jusqu'à elle, je ne sais par quels moyens, mais avec une rapidité qui stupéfie, et la voici devant vous, Don Juan, fascinée et presque perdue, prête à augmenter la suite de ces misérables dont vous tramez après vous les ombres gémissantes et accusatrices. Gomme celles-là, Don Juan, vous la mènerez à sa perte et vous l'abandonnerez à sa douleur, comme celles-là vous la quitterez, car il vous quittera, Angélique, il vous délaissera, il vous oubliera...
ANGÉLIQUE
0 Don Juan, depuis que j'ai entendu ta voix, je sais qu'elle est trompeuse et mensongère! 0 cher amant, oui, je sais que par toi je souffrirai et que je pleurerai, que je connaîtrai Tangoisse, le désespoir et l'abandon, mais aussi je connaîtrai l'ivresse du cœur, je connaîtrai l'amour. .. Léandre, Léandre, éloignez-vous...