ACTE PREMIER
DON JUAN
Comment, tu rencontres une jolie fille, tu n'ig-nores pas que depuis plus de cinq jours je n'ai rien à me mettre sous la dent et tu laisses le gibier te g-lisser entre les doig-ts... Et tu crois que je t'aurai amené de Naples jusqu'ici, vêtu, nourri, payé... {Leporello fait un geste), oui, payé {Leoorello évite la canne levée), pendard, car, enfin, ne viens-je pas de te donner dix écus sur ce que je te dois, et tu oses...
SGANARELLE, recevant le coup de canne destiné à Leporello.
Aïe, aïe. Ah, mon dos! ah, mon échine ! Ah, mes côtes 1
DON JUAN
Ma foi, Sganarelle, je ne Tai pas fait exprès !
SGANARELLE, geignant.
Ah, Monsieur, je suis mort... Un homme de mon âge... Aussi, voilà bien vos façons d'avoir toujours la canne en Tair.
DON JUAN
Bah! cela ne sera rien, Sg-anarellel Songe donc que j'aurais pu très bien te crever un œil ou te casser le nez, et tu en seras quitte avec un emplâtre ou un peu d'onguent.
Ah que je soufFre! Ah! Monsieur, je crois que je vais crier.
DON JUAN
Allons, tais-toi... je vais te dédommager.
Il met la main à sa poche.
SGANARELLE, redoublant.
Aïe, aïe, aïe !
DON JUAN, se ravisant.
Mais, j'y pense, Leporello, c'est toi qui es la cause des souffrances de ce pauvre Sganarelle et n'est-il pas juste que je te laisse le plaisir de panser ses plaies? Oui, noble cœur, bénis un maître qui sait te comprendre. Leporello, je te permets de donner à Sganarelle ces dix écus que je t'ai remis. Puisqu'il a reçu le coup de bâton qui t'était destiné,