‹ Les scrupules de SganarelleChapitre 12 sur 121 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

qu'il ait l'argent que je t'ai compté et qu'il m'aurait pu réclamer aussi bien que toi.

Alors, Monsieur, faites qu'il me le donne devant vous, sans quoi je n'en verrai jamais rien... et mon dos me fait bien mal.

DON JUAN

Il ferait beau que Leporello se dérobât à mes ordres. Allons Leporello !

Leporello présente un écu à Sganarelle, qui le prend, l'empoche et tend la main.

Eh bien, va donc, Leporello. Tu as fort bonne mine ainsi. Courag'e, mon garçon!

Leporello remet à Sganarelle un second écu, puis un troisième.

LEPORELLO

Trois, quatre, cinq.

11 s'arrête.

DON JUAN

Finis donc...

LEPORELLO

Ail, Monseigneur, cela vous est facile à

dire... Six... qu'il est joli, celui-là... Sept... Jamais le Roi n'eut plus noble figure que sur cette pièce neuve... Huit, neuf. Ah voleur! misérable !

11 lance le dixième écu au nez de Sganarelle, qui le rattrape au vol.

Grand merci, Mons Leporello.

Il recompte l'argent, bruit de métal. Leporello grince des dents et roule des yeux furieux,

DON JUAN, à lui-même.

Ces deux drôles me répugnent presque également... A quoi sert d'avoir l'âme ardente et hautaine, le cœur plein de désirs, l'esprit habité de chimères délicieuses et brûlantes, la mémoire riche de noms de femmes dont chacune est un souvenir de caresses et de voluptés, à quoi bon être Don Juan, n'avoir voulu supporter aucun délai à ses souhaits, f aucune règle à ses caprices, aucune borne à ses volontés ? Fallait-il passer à travers les obstacles, l'or et le fer à la main, pour en être réduit à s'occuper d'accommoder, entre deux

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