ACTE PREMIER 3l
valets, des querelles ridicules ? Que de choses inexplicables dans la vie, et qui me dira seulement pourquoi j'ai compté à Leporello ces dix écus qui appartiennent maintenant à Sganarelle ? Morbleu, comment ces faquins osentils bien se faire payer l'honneur de me servir? N'est-ce point assez que je les nourrisse et les habille, que je les promène avec moi, et que je leur fasse voir le monde à mes dépens? Quel besoin ont-ils d'une part de cet arg-ent dont le tout ne m'est point de trop et dont je ferais meilleur usage à m'acheter des gants et des parfums, des dentelles et des rubans, à soudoyer des duègnes et des suivantes ou à offrir aux femmes de ces petits cadeaux qui aident à en obtenir du retour?...
LEPORELLO, qui a écouté ce que dit Don Juan.
Bravo, Monseigneur, voici ce qui s'appelle I parler, et je suis bien de votre avis que nous reprenions à ce gros ladre ces écus dont il n'a que faire...
Il bouscule Sganareile .
Au secours, Monsieur, au secours, ou je me vais réfug-ier chez monsieur Géronte.
DON JUAN
Que dit-il ? Qui est-ce que ce Géronte dont lu nous rebats les oreilles ?
C'est le propriétaire, Monsieur, de la belle maison qui est là...
DON JUAN
Mais d'où vient que tu sois si familier avec les lieux et les g"ens d'ici, jusqu'à savoir leur nom et leur demeure ?
Eh, vous n'en seriez pas étonné si vous m'aviez jamais interrog-é sur mon existence, mais cela vous importe bien? S'enquiert-on d'un valet? Que lui demande-t-on, sinon d'être ponctuel, empressé et robuste ? Le reste n'est rien à son maître. Qu'il soit heureux, triste ou gai, c'est à son choix! A plus forte raison ne s'occupe-t-on pas des menus détails