ACTE PREMIER
de son passé ! Si vous m'aviez témoig-né quelque intérêt à ce sujet, je vous eusse répondu sans détours, et plus d'un n'en eût pu faire autant, et pour cause... (// regarde Leporello.) Je suis natif de Verrières, Monsieur, et j'y ai coulé la meilleure part de ma vie, au service de ce monsieur Géronte. C'est chez lui que j'ai appris ce que je sais, et les qualités que vous voulez bien me reconnaître me viennent de cet excellent maître. Ah ! la digne maison ! Que tout y était donc propre et luisant, du grenier à la cave, où le vin ne manquait pas, et quelle table. Monsieur, si abondante en volailles et en viandes que la desserte en faisait de l'office un lieu de délices, car monsieur Anselme, le frère de monsieur Géronte, était fort porté sur sa bouche ! Quel bon convive et comme il disait : « Sganarelle, repasse-moi donc de ce coulis et redonnemoi de ce rôt ! »
DON JQAN
Et pourquoi donc, maître Sganarelle, avezvous quitté ce paradis, d'autant que vous
VOUS plaignez avec moi de risquer Tenfer à chaque pas? Vous étiez fort dégraissé des bombances de chez monsieur Géronte, quand je vous rencontrai en Avignon, le corps efflanqué et les dents longues... Il y a là quelque obscurité que je serais curieux que vous m'éclaircissiez.
Aïe, aïe, Monsieur, voici ma douleur qui me reprend.
DON JUAN
Cela ne sera rien... Répondez, maître Sganarelle.
SGANARELLE, à part.
Aïe, que dire?...
DON JUAN
Voulez-vous que j'aille interroger là-dessus ce bon monsieur Géronte?
Il ne faut pas. Monsieur, mais que vous importent tout à coup les affaires d'un pauvre valet î