‹ Les scrupules de SganarelleChapitre 17 sur 121 · ACTE PREMIER Sq · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER Sq

DON JUAN

Ecoute, mon pauvre Sganarelle, et retiens bien cela pour ta gouverne. Quand on voit à un homme la figure jaune et longue, le nez bas, les sourcils rejoints et les pieds en dedans, on peut dire à coup sûr qu'il est cocu ; mais eût-il la figure ronde et vermeille, le nez relevé, et les pieds droits, on ne peut pas assurer qu'il ne le soit point, parce que, retiens bien ceci, Sganarelle, — les femmes sont si perfides, si dangereuses et si lâches qu'il n'en est aucune qui ne soit capable de tromper aussi bien l'homme qu'elle aime le mieux que celui qu'elle aime le moins. C'est pourquoi il importe d'agir en tout avec elles sans ménagements, sans scrupules et sans remords et de ne prendre d'elles que son plaisir, y dussent-elles perdre l'honneur, la beauté ou la vie... Mais au fait, Sganarelle, raconte-moi comment cela t'est arrivé ?

SGAN.VRELLE

Ma foi, Monsieur, c'est bien simple. Monsieur Géronte trouvait sans doute ma femme

jolie, car je le surpris, un beau jour, à la serrer de fort près.

DON JUAN, ironique.

Quoi, un si bon maître? un si digne homme? et tu t'osas fâcher contre lui?

Non pas, Monsieur, mais contre Dorine.

DON JUAN

A la bonne heure, Sganarelle [/Aux gens de votre espèce ces choses-là ne tirent pas à conséquence et sont tout bonnement un des usages de votre condition. Le lien entre les serviteurs et le maître s'en trouve comme renforcé, et tout est ainsi pour le mieux.

Ah! si je n'avais eu que cela à reprocher à Dorine je me fusse tenu coi. Monsieur... Monsieur, quelle heure est-il?

DON JUAN, tirant sa montre.

Il est une heure de relevée, mais pourquoi, diantre, ne portes-tu pas une montre, Sganarelle?

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