ACTE PREMIER î
LEPORELLO
Etj si j e te serrais le cou avec mes deux mains , crois-tu que je ne te ferais pas rendre gorge?
Oh! que nenni, monsieur l'étrangleur ! Nous ne sommes point ici àNaples, dans votre pays, où Ton coupe les bourses en plein midi, sans que personne y prenne garde, et où Ton assassine les gens en pleine rue, sans que nul ne s'en soucie... Ici, nous sommes en royaume de France et dans la bonne ville de Verrières, où il y a des juges et un Guet. Touche-moi donc, et tu verras comme j'appellerai au secours. J'ai la voix forte, Leporello, quoique d'ordinaire je parle bas par modestie et par politesse... Me vois-tu, appelé en témoignage et en demeure de dire ce que peut bien être cette espèce de moresque venu on ne sait d'où? Comment pourrais-je faire autrement que de parler? Te rappelles-tu, Leporello, cette petite affaire de Lyon, où tu escroquas si galamment le dépôt confié à tes soins?...
6o LES SCRUPULES DE SGANA.RELLE
LEPORELLO, inquiet.
Chut!
Et quel est donc le nom de cet honnête drapier de Dijon? Ah oui, il me revient...
LEPORELLO
Tu plaisantes, Sg-anarelle.
Je plaisante, et ce jeune garçon de Montpellier?
LEPORELLO, haut.
Eh! tu m'excèdes, vieux radoteur, garde tes souvenirs, tes écus et tes cornes. Adieu, coquin I
Adieu, coupeur de bourse, filou, bardachc !
LEPORELLO, à part.
Adieu, Sganarelle !
Il lui donne une bourrade.
Je vais me plaindre au seigneur Don Juan.